1467 Bressuire – Le seigneur Jacques de Beaumont convoque le ban et arrière ban de la province de Poitou, Saintonge et Angoumois.
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Sous le ciel lourd du Poitou médiéval, les bannières claquent au vent dans la cour du château de Bressuire.
Nous sommes en 1467. Le roi Louis XI, engagé dans une lutte féroce pour centraliser le pouvoir royal face aux grands ducs rebelles, ordonne la levée des armes.
À Bressuire, son fidèle chambellan et sénéchal, Jacques de Beaumont (né vers 1423 et mort en 1492), orchestre la grande « montre » militaire de la province.
Ce document nous plonge au cœur de cette revue d’effectifs.
Des fiers chevaliers en armure étincelante — tels les seigneurs de Glénay ou de Saint-Mesmin — aux modestes « brigandiniers » en gilets de plaques rivetées, découvrez les noms, les visages et le destin de ces hommes qui s'apprêtaient à marcher pour la couronne de France.
Devenu seigneur de la ville en 1440, c'est un personnage extrêmement influent de la cour. Très proche de Louis XI, il occupe la fonction stratégique de chambellan et conseiller du roi.
C'est d'ailleurs sous son impulsion que le Château de Bressuire a été profondément remanié à la fin du Moyen Âge pour être transformé en une prestigieuse demeure de plaisance.
(Note historique : Son oncle, Louis II de Beaumont-Bressuire, était également un grand chef militaire de l'époque et sénéchal du Poitou, travaillant lui aussi étroitement avec le roi.
- Les Hommes d'armes du Sieur de Bressuire : Nobles et combattants convoqués (comprenant des figures notables comme Messire Guy de Montfaucon, sieur de Saint-Mesmin, ou Messire Jean de Beaumont, sieur de Glenay).
- Les Brigandiniers : Soldats ou miliciens s’étant reconnus sous l'autorité du sieur de Bressuire et confiés au sieur de la Grève (avec des noms comme Vincent Caulnys, Guillaume Alu, Jean des Bordes, etc.).
« Autres Brigandiniers qui s’estoient aduoüez au Sieur de Bresuire lesquels ont esté baillez audit Sieur de la Greue.
Vincent Caulnys. Guillaume Alu. Jean des Bordes. François de Luzarches. Jacques de la Faye.
Guillaume de la Faye. Louys Caulnys. Pierre Onfaugier. Guillaume Richier. Jean du Chastenet.
Au Sieur de Bresuire Hommes d’Armes.
Messire Guy de Montfaucon sieur de Sainct Mesmin. Pierre de Grenoillon, ô l’ayde de Michel d’Arrot. Louys Voussart. Messire Mathurin Dappellevoisin. Messire Jean III de Beaumont Sieur de Glenay. Rolland de la Voerie. Blanc Daubigny. Jean de Laspaye & Leonnet Martin. Pierre Marueilleau.
Geoffroy & André de Terne. Jean de Barrou & Me Louys Tindou. Mathurin & Pierre Atousfreres. Pierre Jousseame. Louys le Mastin. Jean Chauderon. François Brahou. Pierre de Naussay. Jean du Bois. Pierre de Sazay. Jean Guyndron. »
Le rôle politique de Jacques de Beaumont auprès de Louis XI
Jacques de Beaumont (v. 1420-1492) n’est pas un simple seigneur provincial. Il est l'un des hommes de confiance de Louis XI, qui l'a nommé chambellan et conseiller du roi, puis sénéchal du Poitou.
Un homme du « Conseil étroit » : Louis XI se méfiait de la haute noblesse (les grands ducs). Pour gouverner, il préférait s'entourer de seigneurs de rang moyen mais d'une fidélité absolue.
Jacques de Beaumont fait partie de ce cercle restreint qui gère les affaires du royaume, préfigurant les premiers secrétaires d'État.
Le contrôle militaire de l'Ouest : En tant que chef militaire local et organisateur du ban de 1467, Jacques a pour mission de s'assurer que le Poitou reste fidèle au roi face aux menaces extérieures (notamment la Bretagne ou la Bourgogne) et aux révoltes seigneuriales (la Ligue du Bien public).
Un relais de pouvoir : Il sert d'intermédiaire financier, judiciaire et administratif entre le pouvoir centralisé de Paris (ou de la Touraine où réside souvent le roi) et la province poitevine.
- Focus sur Messire Jean de Beaumont, Sieur de Glénay
Bien que portant le même nom, Jean de Beaumont (Jean III de Beaumont-Glénay) appartient à la branche des Beaumont-Glénay, distincte mais vassale de celle des seigneurs de Bressuire.
Le lien avec Bressuire : Au Moyen Âge, la terre de Glénay relevait directement (à hommage lige) de la baronnie de Bressuire. Voir Jean de Beaumont figurer parmi les « Hommes d'armes » du sieur de Bressuire est donc tout à fait logique : il répond à son obligation de vassalité féodale en se rangeant sous sa bannière.
Le bâtisseur de Glénay : C'est précisément à cette époque, vers le milieu du XVe siècle (aux alentours de 1450-1460), que ce Jean III de Beaumont fait grandement reconstruire et fortifier le Château de Glénay.
Les vestiges et le logis d'époque que l'on peut encore deviner aujourd'hui sont son œuvre. Sa famille possède alors les droits de haute, moyenne et basse justice sur ses terres.
Les autres seigneurs mentionnés
- Messire Guy de Montfaucon, sieur de Saint-Mesmin
Son profil : Guy de Montfaucon (né vers 1450) est le seigneur du Château de Saint-Mesmin, une puissante forteresse médiévale fortifiée par sa famille.
Le contexte : Les Montfaucon sont de grands militaires poitevins.
En 1454 et 1456, Guy a dû payer de lourdes taxes de rachat pour ses fiefs auprès de son suzerain.
Sa présence dans le texte comme homme d'armes montre qu'il participe activement à la défense de la province sous les ordres directs de Jacques de Beaumont (dont il est d'ailleurs le cousin éloigné par les femmes : sa mère était Marie de Beaumont-Bressuire).
- Le Sieur de la Grève en 1467 fait référence à la famille Chabot du Poitou
À cette date exacte (1467), le seigneur de la Grève (Saint-Martin-des-Noyers) était Louis II Chabot, conseiller et chambellan du roi Louis XI.
Les registres militaires de l'arrière-ban du Poitou en septembre 1467 mentionnent de nombreux hommes d'armes servant sous les ordres du « seigneur de la Grève »
La sœur de ce même Louis II Chabot, Catherine Chabot, a épousé un membre de la famille de Châtillon (Charles de Châtillon, seigneur de Argenton), ce qui croise les noms de « Châtillon », « de la Grève » et la période des années 1460 dans les généalogies du Bas-Poitou
Son rôle dans le texte : Contrairement aux chevaliers d'élite (les hommes d'armes), il se voit confier par Jacques de Beaumont la direction des Brigandiniers (Vincent Caulnys, Guillaume Alu, etc.).
Cela indique qu'il occupait une fonction d'officier d'infanterie ou de capitaine de milice, chargé d'encadrer les troupes de soldats à pied équipés plus légèrement.
Messire Mathurin d'Appelvoisin (ou d'Appellevoisin) est un chevalier et seigneur issu de l'une des plus anciennes et prestigieuses maisons de la noblesse militaire du Poitou.
Sa mention dans le rôle de 1467 comme Homme d'armes sous la direction de Jacques de Beaumont témoigne de son importance locale, bien qu'elle cache une histoire judiciaire turbulente typique des seigneurs du XVe siècle.
1. Qui est le seigneur et quel est son fief ?
La famille d'Appelvoisin tire son nom de la seigneurie éponyme d'Appelvoisin, située à Cerizay (dans l'actuel département des Deux-Sèvres).
Ses autres terres : Mathurin d'Appelvoisin était notamment seigneur de La Bodatière (ou Jobetière), de La Sicaudière et de Thiors. Ses terres possédaient les droits de haute, moyenne et basse justice, et relevaient directement de la baronnie de Bressuire et de la vicomté de Thouars.
Son rang : Il porte le titre de chevalier, ce qui le place au sommet de la hiérarchie militaire du texte. Contrairement aux simples écuyers, il mène souvent sa propre « chambre » ou escouade de combattants
2. Le « fait d'armes » qui a failli causer sa perte
Si Mathurin d'Appelvoisin est bien vivant et armé lors du ban de 1467, c'est parce qu'il a bénéficié de la clémence royale quelques années auparavant après une affaire retentissante.
En mai 1458, Mathurin s'est retrouvé impliqué dans un terrible fait divers politique : le meurtre de maître Hector Rousseau, le procureur du roi en Poitou.
Rousseau s'était attiré les foudres des seigneurs locaux à cause de ses abus de pouvoir et de ses extorsions. Lassés, plusieurs nobles de la région — dont Mathurin d'Appelvoisin — ont encerclé sa maison. L'affaire a dégénéré et le procureur a été tué.
L'arrestation : Mathurin et ses complices furent arrêtés et incarcérés à la Conciergerie à Paris.
Le pardon de Louis XI : Conscient de la popularité de ces seigneurs et du comportement tyrannique de sa victime, Louis XI leur accorda des lettres de rémission (le pardon royal) en 1459.
C'est d'ailleurs lors de cet événement que les textes officiels décrivent Mathurin arrivant sur les lieux « armé de brigandines et d'une salade, avec un serviteur »
La présence de Mathurin au ban de 1467 prouve qu'il a pleinement racheté sa conduite auprès du roi en accomplissant son devoir militaire. La loyauté de sa famille envers la couronne ne s'est jamais démentie :
- Son fils, Jean d’Appelvoisin, deviendra lui aussi un proche conseiller et chambellan du roi Louis XI.
- En avril 1470, le roi accordera d'ailleurs à Jean la permission officielle de fortifier et d'entourer de douves sa seigneurie de Thiors, en récompense « des grands et recommandables services que lui et les siens ont de tous temps faits à la couronne de France dans le fait des guerres à l'encontre des Anglais ».
L'armement de la seconde moitié du XVe siècle (sous Louis XI) correspond à une période charnière.
Le roi cherche à professionnaliser son armée avec la création des compagnies d'ordonnance et des francs-archers.
La liste de 1467 distingue clairement deux catégories de combattants : les Hommes d’Armes (la cavalerie lourde noble) et les Brigandiniers (l'infanterie ou les troupes de soutien).
Voici l'analyse détaillée de leur équipement :
1. La Brigandine : l'armure du soldat d'infanterie
La brigandine est la pièce maîtresse des soldats mentionnés au début de votre texte (comme Vincent Caulnys ou Guillaume Alu).
La structure : Contrairement à l'armure de plate d'un seul bloc, la brigandine est un gilet de cuir ou de tissu fort (comme le velours ou le lin épais) à l'intérieur duquel sont rivetées des centaines de petites plaques d'acier imbriquées (comme des écailles).
Les avantages : Elle offre une excellente flexibilité et une grande liberté de mouvement par rapport à une cuirasse rigide. Elle est également beaucoup moins coûteuse à fabriquer et plus facile à ajuster. C'est l'équipement idéal pour les combattants à pied qui doivent se déplacer rapidement.
L'aspect visuel : De l'extérieur, on ne voit que le tissu et les têtes des rivets (souvent dorés ou étamés en forme de petits motifs décoratifs). C'était une protection à la fois élégante et très efficace contre les flèches et les coups de taille (épée, hache).
2. Le reste de l'équipement d'un brigandinier
Un soldat équipé d'une brigandine ne partait pas au combat uniquement avec son gilet.
En 1467, son équipement réglementaire comprend généralement :
La protection de la tête : Une salade (casque typique du XVe siècle, souvent sans visière pour les soldats à pied afin de garder une bonne vision) ou un chapel de fer.
Les armes offensives : Une arme d'hast (comme une glaive, une vouge ou une corseque) pour maintenir la cavalerie à distance, complétée par une épée courte ou une dague (le coutelas) pour le corps à corps.
3. L'équipement des « Hommes d'Armes » (Seigneurs de Glénay, Saint-Mesmin...)
Les seigneurs cités dans la seconde partie du texte (les cavaliers d'élite) disposent d'un équipement radicalement différent et beaucoup plus lourd, appelé le harnois blanc.
L'armure de plates complète : Ils sont entièrement recouverts d'acier poli (d'où le terme « blanc »). Le torse est protégé par un plastron rigide, les membres par des canons de bras et de jambes, et les articulations par des cubitières et genouillères.
Le casque : Ils portent une salade à visière mobile avec un garde-col (le baon), offrant une protection presque hermétique.
L'armement : Leur arme principale est la lance d'armes pour la charge initiale à cheval. Une fois au sol ou la lance brisée, ils manient l'épée bâtarde (à une main et demie), la masse d'armes ou le maillet de guerre pour enfoncer les armures adverses
==> Poitou Aquitania: Période Renaissance 1453/ 1492
LOUIS II Chabot, seigneur de la Grève, fils aîné de Thibaud IV et de Brunissende d'Argenton<==
14 mai 1458 meurtre d’Hector Rousseau, procureur du roi en la sénéchaussée de Guyenne dans son hôtel du Breuil-Barret <==
Le Guet, l’arrière-Guet et la Garde en Poitou pendant la Guerre de Cent-Ans <==