Le château de la Touche-Limouzinière au travers des affres du temps
Fondation médiévale : Les premiers seigneurs connus remontent au début du XIVe siècle, avec notamment Robin Ier de La Touche attesté vers 1312.
Robin, marié vers 1312 à Isabeau de l’Estang, père de 1° de Robin qui continue la branche ainée, 2° de Guillot, partagé à viage par son ainé en 1367, marié à Marie Mainguy, auteur de la branche de Mauny.
La seigneurie relevait alors de la châtellenie de la Bénate et du duché de Retz.
D’or, à trois tourteaux de gueules
En 1588, l'événement majeur survenu dans la région est la halte d'Henri de Navarre (le futur roi Henri IV) le 3 octobre 1588
À cette époque, la région vivait dans un climat de forte tension militaire, partagée entre les forces d'Henri de Navarre et les armées catholiques de la Ligue, menées au niveau national par des chefs comme le duc de Guise ou le duc de Nevers (Louis de Gonzague).
22 novembre 1522 : Renaud de La Touche épouse Marquise de Goulaine.
Mars 1556 : le roi Henri II élève la seigneurie de La Touche au rang de châtellenie pour récompenser les services de Renaud.
Celui-ci obtient notamment le droit d’édifier un château fortifié, doté de douves, d’un pont-levis, de créneaux et de mâchicoulis, ainsi que des droits de haute justice, de marché et de foire. Les lettres sont enregistrées en 1557.
Élévation royale : En 1556, le roi Henri II érige la seigneurie de La Touche-Limouzinière en châtellenie pour récompenser Renaud de La Touche.
Ses droits s'étendaient alors sur plusieurs paroisses environnantes, jusqu'aux portes de la Vendée actuelle (Grand'Lande).
1566 : Claudine de La Touche, fille et héritière de Renaud, rend aveu pour la châtellenie au seigneur de La Bénate.
En pleine huitième guerre de Religion, le chef des armées protestantes remontait de La Rochelle avec ses troupes pour reconquérir son royaume et mener des opérations militaires.
Au cours de sa traversée du Pays de Retz, il s'est arrêté pour passer la nuit tout près de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu :
La nuit royale : Le 3 octobre 1588, alors que la huitième guerre de Religion fait rage, Henri de Navarre (futur Henri IV), chef des armées protestantes, a logé une nuit au Château de la Touche, situé sur la commune voisine de La Limouzinière lors de sa remontée militaire vers le nord.
Le saccage par la Ligue : Quelques semaines plus tard, à l'automne 1588, l'armée catholique royale menée par le duc de Nevers (Louis de Gonzague) lance une offensive majeure en Bas-Poitou.
Pour couper les réseaux et punir la noblesse locale ayant abrité ou soutenu le prétendant protestant, le château de la Touche est pris d'assaut, pillé et ravagé, entrant ainsi dans la liste des fameuses places fortes neutralisées par le duc.
L'importance historique : Ce passage à proximité du lac de Grand Lieu a profondément marqué l'histoire locale.
Le logis-porche du château de la Touche, où le futur roi a probablement dormi, a d'ailleurs été inscrit aux Monuments Historiques en grande partie grâce à cette nuit royale.
Limouziniere dont le château fut l'un des trente-six châteaux protestants pillés et ravagés en Vendée lors de la campagne du duc de Nevers en Bas-Poitou, en 1588 (1).
Les principaux châteaux protestants pillés, ravagés ou démantelés
Le duc de Nevers fit méthodiquement démanteler ou confier à des capitaines catholiques les places fortes du Bocage et des plaines environnantes. Parmi les trente-six édifices, les plus notables de la région et de la campagne du Bas-Poitou incluent
- Le Château de la Touche (La Limouzinière) : saccagé dans la foulée des mouvements de troupes aux confins de la Bretagne et du Bas-Poitou.
- Le Château de Montaigu : entièrement rasé et démoli sur ordre du duc de Nevers juste après sa reddition.
- Le Château de Mauléon : pillé et démantelé après l'assaut général.
- Le Château de Tiffauges : identifié par les chroniqueurs comme un repaire stratégique protestant neutralisé lors de cette campagne.
- Le Château de Mortagne-sur-Sèvre
- Le Château de Commequiers
- Le Château de La Garnache : importante place forte huguenote de la région de Challans.
- Le Château de Palluau
- Le Château de Mouchamps (fief historique des seigneurs protestants de Parthenay-l'Archevêque et des Soubise).
- Le Château de Mareuil
- Le Château de Rocheservière
Note historique : La plupart des autres châteaux de la liste des "36" correspondent à de petits manoirs fortifiés ou des logis nobles du Bocage vendéen appartenant à des gentilshommes protestants alliés à Henri de Navarre ou au Prince de Condé.
Le duc de Nevers imposa à chacun la démolition des fortifications ou l'installation de garnisons catholiques pour couper définitivement les lignes de ravitaillement des troupes protestantes remontant vers la Loire.
Les colonnes infernales de Kléber au château de la Touche-Limouzinière
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Cet extrait est tiré de la correspondance militaire relative aux opérations de l'Armée des côtes de Brest (menée par Canclaux et Kléber) lors de la grande offensive combinée de septembre 1793 contre les insurgés vendéens.
Après la chute de Mayence, la garnison républicaine de Mayence (intégrée à l'Armée des côtes de Brest sous le commandement de fait de Jean-Baptiste Kléber) est envoyée en Vendée pour appuyer le plan de Canclaux.
L'objectif est d'encercler l'Armée catholique et royale du Bas-Poitou et du Pays de Retz, menée par Charette.
- Villeneuve : Il s'agit de Villeneuve-en-Retz (Bourgneuf-en-Retz / Fresnay-en-Retz). L'armée s'y rassemble au début de l'offensive.
- Le château de la Touche-Limouzinière (La Limouzinière) : Ce château fortifié, situé sur la rive droite de la Logne, sert de point d'étape stratégique pour l'avant-garde républicaine le 11 septembre 1793.
- Pont-James : Passage clé sur la rivière la Boulogne, situé au sud de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, sur l'axe menant vers Legé (le fief de Charette).
- Le destin du château : Comme le précise la note, le château de la Touche a été incendié et pillé par les troupes républicaines durant les affrontements du secteur de Machecoul et Grand-Lieu entre 1793 et 1794.
Cette progression préfigure le choc de la bataille de Machecoul et de la bataille de Torfou (septembre 1793), où Kléber tentera de verrouiller le Bas-Poitou.
L'armée de Brest se sera portée, le 11, devant Villeneuve.
Son avant-garde aura été le même jour au château de la Limouzinière (2), en avant de Pont-James, où l'armée se portera le jour suivant, laissant sa réserve à Villeneuve.
Contrairement aux destructions du XVIe siècle causées par le duc de Nevers, l'impact des colonnes infernales sur le Château de la Touche fut avant tout documentaire et patrimonial :
La perte des archives : Le grand drame historique du Château de la Touche réside dans l'anéantissement total de ses registres.
Les incendies et les pillages perpétrés par la colonne républicaine ont définitivement détruit les archives de la châtelainie, créant ce que les historiens appellent un "vide documentaire".
C'est à cause de ce passage dévastateur que la date exacte de construction d'origine du château et les détails sur ses premiers seigneurs restent encore aujourd'hui très difficiles à percer.
Le démantèlement global : S'il a subi des exactions et l'abandon durant la période révolutionnaire, l'essentiel du démantèlement des structures fortes et militaires du château avait déjà été amorcé bien plus tôt sur ordre du roi Louis XIII.
Les ruines restantes de la demeure seigneuriale ont ensuite servi de carrières de pierres au fil des décennies post-révolutionnaires, ne laissant debout que le logis-porche actuel.
Description architecturale : les vestiges
Du château résidentiel d'origine dominant la rivière la Logne, il ne reste plus rien d'apparent aujourd'hui. Seul a survécu l'élément d'entrée fortifié, qui témoigne de la richesse passée de la famille :
- Le logis-porte (ou logis-porche) : Datant du XIVe siècle, ce bâtiment rectangulaire massif (environ 21 mètres sur 8) servait à la fois de porte d'entrée fortifiée et d'habitation. C'est dans l'une de ses pièces hautes que le futur Henri IV a logé.
- La galerie-coursière : Au XVIe siècle, une magnifique galerie extérieure couverte d’arcades en granit avec portes et fenêtres voûtées a été accolée au bâtiment.
- La tour-pigeonnier : Le logis est flanqué d'une tour abritant un pigeonnier à son sommet, symbole ultime des privilèges seigneuriaux sous l'Ancien Régime.
Période Temps Modernes - Guerre de Religion 1547 / 1610 <==
Période Contemporaine - La Révolution 1789 / 1795 <==
Carte Guerre de Vendée et Lieux de Mémoire (Maps et Dates)<==
(1). Mémoire du Duc de Nevers, Louis de Gonzague, Paris, 1665, t.I,
(2). Château de la Touche-Limouzinière en la Limouzinière, alors chef-lieu de canton du district de Machecoul, aujourd’hui commune du canton de Saint-Philibert-de-Grand-Lieu, arrondissement de Nantes.
Au-dessus de la rive de la Logne, dans une vaste plaine. A six kilomètres sud-est de saint-Philibert. Le château de la Touche a été détruit pendant la guerre de Vendée.