Origine du communisme : La Révolution française comme prémisse du communisme (Karl Marx et Friedrich Engels)
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Le communisme, en tant qu'idéologie politique et économique, désigne à l'origine une forme d'organisation sociale sans classes sociales, sans État ni propriété privée des moyens de production, où les biens sont répartis selon les besoins de chacun (« À chacun selon ses besoins »).
Issu du socialisme du XIXe siècle, il s'oppose radicalement au capitalisme en prônant la collectivisation totale des ressources et la fin de l'exploitation du travail. Bien que des idées similaires existent depuis l'Antiquité, le communisme moderne émerge comme doctrine structurée au XIXe siècle, principalement grâce à Karl Marx et Friedrich Engels.
Son développement historique est marqué par des influences philosophiques, religieuses et révolutionnaires, avant de devenir un mouvement mondial au XXe siècle.
Racines anciennes et pré-modernes
Les concepts de communauté des biens et d'égalité remontent à l'Antiquité et au Moyen Âge, souvent liés à des traditions religieuses ou philosophiques :
- Chez Platon (IVe siècle av. J.-C.), dans La République, il imagine une société divisée en classes où les dirigeants (gardiens) mettent leurs biens en commun pour éviter la corruption par la richesse.
- Dans le christianisme primitif, les Actes des Apôtres (IIe siècle) décrivent une communauté où « tous les croyants étaient ensemble et avaient tout en commun » (Actes 2:44), une pratique reprise par des sectes comme les anabaptistes au XVIe siècle ou les guaranis au Paraguay (XVIIe-XVIIIe siècles), qui instauraient une république chrétienne sans propriété privée sous l'égide des jésuites.
- Au XIIIe siècle, le terme « communelli » apparaît chez des dissidents chrétiens pour désigner les partisans de la communauté des biens. En 1569, un pamphlet polonais utilise « communista » pour les anabaptistes. Des mouvements comme les taborites en Bohême (XVe siècle) ou les diggers en Angleterre (1649) luttent pour un communisme agraire contre les seigneurs et l'Église.
- À la Renaissance, Thomas More décrit dans L'Utopie (1516) une île où la propriété privée est abolie, et Tommaso Campanella imagine La Cité du Soleil (1602), une société scientifique et égalitaire sans monnaie ni clôtures.
Ces idées, souvent utopiques ou religieuses, préfigurent le communisme sans en former la base théorique moderne. Elles sont influencées par des critiques de la propriété privée, comme chez Jean-Jacques Rousseau dans Du contrat social (1762), qui voit la propriété comme un effet de la force et prône une société sans inégalités.
Émergence au XVIIIe et XIXe siècles : De la Révolution française au marxisme
Le mot « communisme » apparaît en français au XVIIIe siècle, initialement pour signifier « copropriétaire » (Restif de la Bretonne en 1785), avant de prendre un sens politique autour de 1793-1796.
La Révolution française (1789) marque un tournant :
- Victor d'Hupay publie en 1779 un Projet pour une communauté philosophique à Marseille, sans propriété privée, se qualifiant de « communiste » en 1782 – première occurrence connue du terme.
- Gracchus Babeuf, avec la « Conspiration des Égaux » (1796), prône l'égalitarisme radical, la communauté des biens et la redistribution des richesses par une dictature temporaire. Influencé par Morelly (Le Code de la nature, 1755), Babeuf est considéré comme un précurseur direct du communisme moderne. Sa répression sanguinaire (guillotiné en 1797) n'empêche pas la diffusion de ses idées par Philippe Buonarroti.
Au XIXe siècle, avec l'industrialisation et l'exploitation ouvrière, le communisme s'ancre dans le socialisme :
- Des utopistes comme Charles Fourier ou Robert Owen imaginent des communautés égalitaires, mais sans analyse scientifique.
- Le terme s'impose dans le vocabulaire socialiste vers 1830-1840. Étienne Cabet publie Voyage en Icarie (1840), décrivant une société communiste pacifique.
- Karl Marx (1818-1883) et Friedrich Engels (1820-1895) fondent le communisme scientifique. Influencés par la philosophie hégélienne (dialectique), le socialisme français et l'économie politique britannique (comme Adam Smith), ils analysent le capitalisme comme un système d'exploitation basé sur la lutte des classes.
Leur Présence en France (Post-1789)
- Marx à Paris (1843-1845) : Exilé de Prusse, Marx rencontre Engels à Paris en 1844, marquant le début de leur collaboration. Ils fréquentent des cercles socialistes français (Proudhon, Blanqui) et publient des articles dans Vorwärts. Expulsé en 1845 par Guizot sous pression prussienne, il part pour Bruxelles.
- Révolutions de 1848 : Tous deux reviennent en France lors des soulèvements européens de 1848. Marx dirige la Nouvelle Gazette rhénane à Paris brièvement, tandis qu'Engels participe aux combats en Allemagne avant de revenir. Ces événements, influencés par l'esprit de 1789, renforcent leur vision d'une révolution prolétarienne.
Dans Le Manifeste du parti communiste (1848), ils appellent les prolétaires à s'unir contre la bourgeoisie : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! ». Le communisme y est vu comme l'étape finale après une phase socialiste (dictature du prolétariat), menant à une société sans classes ni État.
Marx et Engels rejettent l'utopisme pour un matérialisme historique : l'histoire avance par contradictions économiques (esclavagisme → féodalisme → capitalisme → communisme). Leur œuvre majeure, Le Capital (1867), démontre comment le capitalisme engendre ses propres contradictions, aboutissant à la révolution prolétarienne.
Développement au XXe siècle : Du léninisme aux régimes communistes
Le communisme passe de la théorie à la pratique avec la Révolution russe (1917) :
- Vladimir Lénine adapte le marxisme au contexte russe (pays agraire) dans L'État et la Révolution (1917), insistant sur un parti d'avant-garde (bolcheviks) pour guider la révolution. Les bolcheviks prennent le pouvoir en octobre 1917, créant l'URSS (1922), premier État socialiste autoproclamé.
- La IIIe Internationale (Comintern, 1919) propage le communisme mondialement, scindant le socialisme en réformistes (social-démocrates) et révolutionnaires (communistes).
- Des variantes émergent : stalinisme (industrialisation forcée, collectivisation en URSS), maoïsme (rôle des paysans en Chine, 1949), trotskisme (révolution permanente mondiale). Des partis communistes se forment partout (PCF en France, 1920).
Au XXe siècle, le communisme inspire des régimes en Europe de l'Est (après 1945), en Asie (Chine, Vietnam, Corée du Nord) et à Cuba (1959). Il devient une idéologie rivale du capitalisme lors de la Guerre froide, avec l'URSS comme superpuissance. Cependant, des critiques soulignent des dérives autoritaires (totalitarisme stalinien, famines, purges), loin de l'idéal marxiste.
Aujourd'hui, cinq pays se revendiquent communistes (Chine, Vietnam, Cuba, Laos, Corée du Nord), mais avec des économies mixtes intégrant des éléments capitalistes. Le communisme reste un idéal contesté, critiqué pour ses échecs pratiques (répressions, inefficacités économiques) mais défendu comme critique nécessaire du capitalisme néolibéral. Des courants contemporains, comme l'éco-communisme, le réactualisent face aux crises climatiques et inégalitaires.
Lien entre le communisme et la Révolution française
Le lien entre le communisme et la Révolution française (1789-1799) est fondamental, bien que le communisme en tant qu'idéologie moderne n'ait émergé qu'au XIXe siècle avec Karl Marx et Friedrich Engels.
La Révolution française représente une étape préliminaire et inspiratrice pour les idées communistes, en introduisant des concepts d'égalité radicale, de lutte des classes et de critique de la propriété privée.
Elle a servi de matrice à des courants proto-communistes, comme le babouvisme, et a influencé directement les théoriciens du socialisme et du communisme ultérieurs.
Marx lui-même voyait dans la Révolution une "poésie du passé" qui préfigurait la révolution prolétarienne, bien que limitée à une transformation bourgeoise.
Ce lien n'est pas direct – la Révolution visait l'abolition de l'absolutisme et des privilèges féodaux, non une société sans classes –, mais il est essentiel pour comprendre l'origine des idées égalitaires qui mèneront au communisme scientifique.
Contexte : Idées pré-révolutionnaires et racines philosophiques
Avant 1789, les Lumières françaises ont posé les bases intellectuelles d'une critique de la société inégalitaire, influençant les proto-communistes. Des penseurs comme Jean-Jacques Rousseau (Du contrat social, 1762) dénoncent la propriété comme source d'inégalités : "Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire 'Ceci est à moi' et trouva assez de fous pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile." Des auteurs plus radicaux, tels que l'abbé Jean Meslier (XVIIIe siècle), Morelly (Le Code de la nature, 1755) ou Dom Deschamps, imaginent une communauté des biens pour abolir l'exploitation.
Victor d'Hupay, en 1782, se qualifie de "communiste" pour décrire une communauté philosophique sans propriété privée, marquant la première occurrence du terme en français.
Restif de la Bretonne, en 1785, l'emploie dans un sens politique proche de l'égalitarisme.Ces idées, souvent utopiques ou religieuses, préparent le terrain pour la Révolution, mais c'est l'événement lui-même qui les politise.
La Révolution française comme prémisse du communisme
La Révolution introduit des pratiques et des idées qui annoncent le communisme :
Égalité et lutte des classes : La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (1789) proclame "Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits", inspirant les communistes dans leur rejet des inégalités. Les sans-culottes (ouvriers et artisans parisiens) exercent une pression populaire contre les bourgeois, préfigurant la "dictature du prolétariat" marxiste.
Le Comité de salut public (1793-1794) et la Terreur représentent une "dictature provisoire" pour défendre la Révolution, un modèle repris par Lénine.
- Réformes sociales radicales : Abolition des privilèges (4 août 1789), nationalisation des biens du clergé (2 novembre 1789), loi Le Chapelier (1791) interdisant les corporations (préfigurant la critique des monopoles capitalistes). Les Enragés (Jacques Roux, Jean-Théophile Leclerc) et les Hébertistes demandent une redistribution des richesses et un "maximum" sur les prix pour contrer la spéculation, des idées proches du collectivisme.
- Influence sur Marx : Dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte (1852), Marx analyse la Révolution comme une bourgeois qui masque des contradictions de classes, menant à une nouvelle exploitation. Il admire les Jacobins (Robespierre) pour leur radicalisme, mais critique leur alliance avec la bourgeoisie. Engels, dans La Guerre des paysans en Allemagne (1850), voit des parallèles avec des mouvements proto-communistes antérieurs.
Cependant, la Révolution reste "bourgeoise" pour Marx : elle remplace la féodalité par le capitalisme, sans abolir la propriété privée ni les classes.
Le babouvisme : Le premier communisme révolutionnaire français
Le lien le plus direct est la "Conjuration des Égaux" (1796), menée par Gracchus Babeuf sous le Directoire. Héritier des Enragés et influencé par Rousseau et Morelly, Babeuf prône :
- L'abolition de la propriété privée et la communauté des biens : "La Révolution est complète seulement quand tous jouissent également."
- Une dictature temporaire d'un "état-major secret" (Société des Égaux) pour redistribuer les terres et les richesses, préfigurant la "dictature du prolétariat".
- Une société sans classes, fondée sur l'égalité absolue, avec éducation gratuite et travail obligatoire.
La conspiration est découverte et Babeuf guillotiné en 1797, mais son compagnon Philippe Buonarroti diffuse ses idées via Histoire de la conspiration de Babeuf (1828), influençant les socialistes utopiques (Saint-Simon, Fourier, Owen) et Marx.
L'historien Michel Winock voit dans Babeuf un précurseur de Blanqui et Lénine : un avant-garde révolutionnaire organisant un coup de force. Babeuf est considéré comme le "premier communiste révolutionnaire".
Influence sur le communisme moderne
- XIXe siècle : Les idées babouvistes inspirent Étienne Cabet (Voyage en Icarie, 1840), qui popularise "communiste". Marx et Engels, exilés à Paris (1843-1845), étudient ces courants français et les intègrent dans Le Manifeste du parti communiste (1848), où la Révolution est vue comme une étape historique vers le prolétariat.
Le terme "communisme" s'impose en 1839-1840 pour désigner les prolétaires révolutionnaires.
- XXe siècle : La Révolution russe (1917) se revendique héritière de 1789, avec Lénine adaptant les Jacobins au contexte prolétarien.
Le Parti communiste français (1920) naît au Congrès de Tours, scindant la SFIO, et intègre cet héritage via la IIIe Internationale.
Karl Marx et la Terreur française
Karl Marx (1818-1883), fondateur du marxisme avec Friedrich Engels, a analysé la Révolution française (1789-1799) comme un événement fondateur de l'histoire moderne, qu'il qualifiait de « la plus colossale révolution que l'histoire ait jamais connue ».
Pour lui, cette révolution était fondamentalement bourgeoise : elle a renversé l'Ancien Régime (féodalisme et absolutisme) pour établir la société capitaliste moderne, en libérant les forces productives et en affirmant la propriété privée.
Contexte : L'intérêt de Marx pour la Révolution française
Dès son exil à Paris en 1843, Marx s'immerge dans l'étude de la Révolution française, consultant des sources comme les Mémoires de Levasseur, les histoires de Buchez et Roux, ou les écrits de Robespierre et Saint-Just. Il prévoyait même d'écrire un livre sur la Convention nationale (1792-1795), mais ce projet n'aboutit pas. Ses analyses sont dispersées dans des œuvres comme La Sainte Famille (1845), Le Manifeste du parti communiste (1848), Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte (1852) et des articles de journaux. Influencé par les historiens de la Restauration (Mignet, Thiers) et les critiques communistes précoces (Babeuf, Buonarroti), Marx applique sa méthode matérialiste historique : la Révolution est un produit de contradictions économiques (lutte entre noblesse, bourgeoisie et prolétariat naissant), et non une simple affaire de volontés individuelles.
Marx distingue la Révolution en phases :
- 1789-1792 : Triomphe de la bourgeoisie modérée (Girondins), abolissant les privilèges féodaux et posant les bases du capitalisme.
- 1792-1794 : Ascension des Jacobins et de la Montagne (Robespierre, Danton, Saint-Just), avec la Terreur comme outil de défense contre la contre-révolution interne (Vendée, fédéralistes) et externe (coalition européenne).
- Après 1794 : Thermidor (chute de Robespierre) marque le retour des bourgeois modérés et l'avènement de Bonaparte, consolidant la société bourgeoise.
La Terreur, avec ses 16 000 à 40 000 exécutions (guillotine, fusillades), est vue par Marx comme le point culminant de cette phase jacobine, mais aussi comme un échec tragique.
La vision de Marx sur la Terreur : Nécessité et limites
Pour Marx, la Terreur n'était pas une aberration gratuite, mais une réponse inévitable aux menaces mortelles contre la Révolution. En 1848, dans un article de la Neue Rheinische Zeitung, il écrit que « tout le terrorisme français n'était qu'une manière plébéienne de faire la guerre aux ennemis de la bourgeoisie : l'absolutisme, le féodalisme et le philistinisme ».
La guillotine de la Terreur, la plume de Marat et l'épée de Napoléon ont servi l'intérêt bourgeois, triomphant même des Bourbons et du crucifix. La Terreur a permis de briser les résistances aristocratiques et cléricales, de nationaliser les biens du clergé et d'instaurer des mesures égalitaires temporaires (comme la loi du Maximum contre la spéculation).
Cependant, Marx critique durement son caractère idéaliste et politique, plutôt que social. Dans La Sainte Famille (1845), il dénonce Robespierre comme un « terroriste à la tête dans les nuages », obsédé par des idéaux romains antiques (vertu spartiate, république pure) et par la toute-puissance de la volonté politique. Robespierre voyait les inégalités de richesses comme un simple obstacle à la « pure démocratie », non comme une contradiction économique à résoudre par une révolution sociale.
Marx oppose cela à son matérialisme : la Terreur a perfectionné l'appareil d'État bureaucratique au lieu de le briser, renforçant ainsi le capitalisme naissant. Engels, dans une lettre à Marx (1870), précise que la Terreur était « la domination des gens qui sont eux-mêmes terrorisés », commise par des « philistins petit-bourgeois effrayés » et les « bas-fonds de la population », plutôt qu'une terreur prolétarienne rationnelle.
Dans Le 18 Brumaire (1852), Marx évoque la Terreur comme un moment héroïque mais tragique : « Aussi peu héroïque que soit la société bourgeoise, il lui a fallu cependant héroïsme, sacrifice, terreur, guerre civile et combats de peuples pour naître. » Les Jacobins, en se drapant dans les toges romaines (comme Camille Desmoulins, Danton, Robespierre et Saint-Just), ont masqué les limites bourgeoises de leur lutte, maintenant l'enthousiasme sur un plan « de grande tragédie historique ». Mais cette terreur était vouée à l'échec : elle n'a pas redistribué les terres au-delà des paysans, ni aboli la propriété privée, et a finalement servi la bourgeoisie contre les sans-culottes (prolétariat urbain).
Marx et Engels préféraient les factions plus radicales comme les Hébertistes et les Enragés (Hébert, Roux), qui poussaient pour une « question sociale » (redistribution agraire, lutte contre les riches), critiquant les Jacobins pour leur mollesse sur l'égalité économique. Robespierre, en rejetant une loi agraire, incarnait pour Marx l'aveuglement petit-bourgeois.
En résumé, la Révolution française n'est pas communiste, mais elle fournit au communisme ses premiers outils théoriques et pratiques : une vision de la révolution comme processus inachevé, une critique de l'exploitation et un modèle d'action radicale. Sans elle, le marxisme n'aurait pas eu cette "poésie" historique pour légitimer sa rupture avec le capitalisme. Ce lien reste contesté : pour certains historiens comme Romain Ducoulombier, la filiation est "imaginaire", le communisme léniniste étant une rupture avec le passé.
Néanmoins, il structure l'imaginaire révolutionnaire jusqu'au XXe siècle.
Théories Révolutionnaires et Pourcentage de Morts<==.... ....==> Lien entre la Terreur française et le Bolchévisme