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PHystorique- Les Portes du Temps
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22 mars 2025

22 Mars 1793 Fontenay: Carra et Auguis chargé de l'exécution de la loi sur le recrutement dans les Deux-Sèvres et la Vendée

 

En 1792, Jean-Louis Carra et Pierre Jean-Baptiste Auguis ne sont pas encore directement impliqués en Vendée, mais leur rôle devient significatif en 1793, lors de la guerre de Vendée, dans le contexte des troubles liés à la conscription et du remplacement payant dénoncé par Lazare Carnot (comme évoqué précédemment). Voici une analyse de leur action en Vendée, en se concentrant sur 1792-1793, avec un focus sur leur mission et leur lien avec la conscription :

Contexte en 1792
  • En 1792, la Vendée est marquée par un mécontentement croissant face aux réformes révolutionnaires, notamment la Constitution civile du clergé et les levées militaires par tirage au sort, avec la possibilité de remplacement payant. Ces mesures alimentent les tensions, particulièrement parmi les paysans vendéens, qui perçoivent la conscription comme injuste.
  • Jean-Louis Carra, né à Pont-de- Veyle (Ain), le 9 mars 1742, député de Saône-et-Loire à la Convention et journaliste influent (fondateur des Annales patriotiques et littéraires), est un révolutionnaire modéré, connu pour ses positions parfois ambivalentes. En 1792, il soutient la chute de la monarchie (10 août 1792), malgré des propositions controversées, comme offrir le trône au duc d’York ou au duc de Brunswick. Le 30 avril, il fut délégué à l'armée des côtes de La Rochelle, d'où on le rappela le 13 juin. Guillotiné à Paris, le 31 octobre 1793.
  • Pierre Jean-Baptiste Auguis, né à Melle le 19 octobre 1747, député des Deux-Sèvres à la Législative puis à la Convention, est un modéré, proche des Feuillants, puis de la Plaine. Il vote contre la mort de Louis XVI, préférant la réclusion ou le bannissement.

    Invité par lettres du Comité de Salut public des 16 et 18 mai à rester auprès de l'armée des côtes de La Rochelle, il y fut maintenu par décret de la Convention du 22 juin, et par un autre arrêté du Comité de Salut public du 26 juin spécialement attaché à l'armée à Niort, où il avait opéré, et eut pour collaborateurs Bourdon (de l'Oise) et Goupilleau (de Fontenay).

    Le 16 mai et 25 mai 1793, il assista à la bataille de Fontenay. Rappelé par décret du 19 juillet 1793. Il resta à Niort jusqu'à la fin de juillet 1793. Mort à Melle le 17 février 1810.

  • Joseph-Marie-Jacques-François Gaudin, né aux Sablesd'Olonne, le 15 janvier 1754, député de la Vendée, fut, par décret du 10 juin 1793, adjoint aux représentants Auguis et Carra. La Convention qui le rappela le 12 septembre 1793, le renvoya le 2 décembre 1794 en mission dans la Vendée et à l'armée de l'Ouest. Mort aux Sables d'Olonne, le 20 août 1818.
En 1792, ni Carra ni Auguis ne sont encore envoyés en mission en Vendée, mais les tensions dans la région, exacerbées par le tirage au sort et le remplacement payant, préparent le terrain à leur intervention en 1793.Mission en Vendée en 1793

En mars 1793, Carra et Auguis sont envoyés comme représentants en mission par la Convention nationale dans les Deux-Sèvres et en Vendée pour superviser le recrutement militaire, en réponse à la levée en masse décrétée pour faire face à la guerre contre la Première Coalition et aux troubles internes.

Leur mission coïncide avec le début de l’insurrection vendéenne, déclenchée en mars 1793, en grande partie par le rejet de la conscription.

  1. Rôle dans le recrutement :
    • Leur tâche principale est d’organiser la levée de 300 000 hommes décrétée par la Convention.

En Vendée, le tirage au sort et le remplacement payant, toujours en vigueur, suscitent une forte opposition. Les paysans, déjà hostiles à la République, refusent massivement de s’enrôler, ce qui transforme les troubles de 1792 en une rébellion ouverte en 1793.

  • Carra et Auguis constatent l’échec du recrutement dans une région où la population soutient les prêtres réfractaires et la cause royaliste. Ils rapportent que les volontaires républicains sont démoralisés, parfois frappés de « terreur panique » face aux insurgés vendéens, qu’ils décrivent comme des paysans armés de fourches et de bâtons, mais redoutablement déterminés.
  1. Actions et rapports :

Carra et Auguis, qui se rendaient, en ce moment, de la Rochelle à Niort, la lettre suivante :

Fontenay-le-Peuple, le 22 mars 93.

Citoyens commissaires,

Un crime atroce se prépare. Une grande partie des troupes, qui se trouvent à Fontenay, vient de réclamer, à grands cris, les têtes des prisonniers qui ont été arrêtés à Saint-Hermand, sur le soupçon d'avoir été complices ; mais il est probable qu'un grand nombre est innocent.

Nous avons fait retentir le cri de la loi : notre voix n'a pu se faire entendre. Tout ce que nous avons pu obtenir, c'est de suspendre l'exécution jusqu'à demain. Nous ferons tous nos efforts pour empêcher la loi d'être violée ; mais notre espoir est bien faible, ou plutôt nous sommes sûrs de ne pas réussir.

Citoyens, vous seuls pouvez arrêter l'effet d'une menace, qui nous fait frissonner. Le caractère sacré, dont vous êtes revêtus, inspirera peut-être le respect des lois à ceux qui sont prêts à leur porter une atteinte funeste. Ne perdez pas un instant, car il ne serait plus temps, si la journée de demain s'écoulait sans vous voir ici.

CAVOLEAU, président.

Jn-Mas COUGNAUD, secrétaire-général.

A 10 h. 1/2 du soir, la municipalité donne l'ordre au commandant de la force armée d'envoyer un détachement suffisant pour assurer la sûreté de la maison d'arrêt et la sécurité des individus y détenus, qui sont sous la sauvegardc de la loi, ainsi que pour maintenir la tranquillité publique.

La garde nationale de Pouzauges se replie sur la Châtaigneraie, dans la crainte d'être attaquée par les révoltés, qui se retranchent à Chantonnay et en avant du Pont-Charrault.

23 mars. — Sept cents hommes, venant de Niort, arrivent à Fontenay, suivis de 300 volontaires, venait d'Angoulême et de Ruflec. Ils sont logés au couvent de Notre-

Dame. On annonce, à son de caisse, que les citoyens, qui ne porteront pas la cocarde tricolore, seront arrêtés. — Les charrettes qui avaient emporté à Niort les caisses publiques du district et du payeur-général, les archives des administrations et les poudres, reviennent à Fontenay. La municipalité fait lever l'embargo mis sur les grains. A 7 heures du soir, elle apprend que les rebelles se sont emparés d'Avrillé et interceptent la route des Sables.

Carra et Auguis écrivent la lettre suivante aux Directoires de département et de district :

Niort, le 23 mars 1793, l'an Ier de la République française.

Citoyens,

Arrivés, hier soir, à Niort, nous nous empressons de prendre toutes les précautions qui peuvent calmer les esprits et produire les effets les plus salutaires. Nous écrivons au colonel Boulard ('), que nous avons nommé commandant d'armée de la Vendée, à la place de Marcé, pour qu'il se rende incessamment à Fontenay-le-Peuple, où le quartier-général sera provisoirement établi.

Nous vous faisons repasser les caisses du district et du payeur-général, et nous vous envoyons un commissaire des guerres. Demain, nous serons au milieu de vous. De

votre- côté, citoyens, occupez-vous de vous procurer les subsistances, les fourrages et les fournitures, qu'il sera en votre pouvoir de ramasser. Préparez aussi tous les citoyens de Fontenay à ouvrir leurs maisons aux braves troupes de la République, qui vont les défendre et les guérir de la peur. On fera des cantonnements dans tous les villages voisins. Ne négligez rien pour que les volontaires soient contents ; et, lorsque le nouveau commandant, Boulard, sera arrivé à Fontenay-le-Peuple, nous concerterons ensemble toutes les mesures extérieures.

Nous sommes vos frères et amis,

CARRA. AUGUIS.

  • Dès le 24 mars 1793, Carra et Auguis, depuis Fontenay-le-Comte, proposent des mesures radicales, comme brûler les villages insurgés, pour mater la rébellion, témoignant de leur perception de la Vendée comme une « terre maudite ».
  • Ils mentionnent dans un rapport le nom de Jean-François Gaston, un perruquier de Saint-Christophe-du-Ligneron, qu’ils accusent d’être un chef insurgé. Ils offrent 6 000 livres pour sa capture, bien que l’historicité de ce personnage reste débattue (possible confusion avec un général vendéen comme Bonchamps).
  • En avril 1793, après la défaite républicaine à la bataille de Pont-Charrault, ils destituent le général Louis de Marcé à La Rochelle et le remplacent par le lieutenant-colonel Henri de Boulard, promu général par acclamation.
  1. Conflit autour de Quétineau :
    • En mai 1793, Carra et Auguis divergent dans leur gestion de la défaite républicaine à Thouars. Carra défend le général Pierre Quétineau, battu par les Vendéens, le présentant comme un « bon républicain » victime de la « lâcheté » de ses soldats. Cette position modérée est critiquée par Auguis, qui, dans une lettre du 7 mai depuis Niort, accuse Quétineau de trahison, une opinion partagée par d’autres représentants comme Tallien. Cette divergence entraîne le rappel de Carra par la Convention le 13 juin 1793.

Carte Guerre de Vendée et Lieux de Mémoire (Maps et Dates) <==

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