La Bataille d'Argenton-Château du 26 février 1794 et l'incendie du château par les troupes de Stofflet
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La bataille d'Argenton-Château (actuellement Argentonnay, dans les Deux-Sèvres, Nouvelle-Aquitaine) s'inscrit dans le contexte des Guerres de Vendée, une guerre civile opposant les forces républicaines "bleues" aux insurgés vendéens "blancs" (royalistes et catholiques) pendant la Révolution française.
Elle a lieu le 26 février 1794, au plus fort de la période des "colonnes infernales" ordonnées par le général républicain Louis Marie Turreau pour raser les zones insurgées. Cette bataille marque une victoire vendéenne temporaire, menée par le général Jean-Nicolas Stofflet, et s'achève par la prise du bourg et l'incendie du château médiéval d'Argenton, un édifice défensif bâti autour de l'an 1000.
Contexte historique
En janvier 1794, les colonnes infernales, composées de troupes républicaines, dévastent la Vendée pour briser la rébellion. La colonne du général Pierre Grignon, l'une des plus féroces, opère dans la région de Bressuire et Argenton-Château.
Grignon y installe son quartier général fin 1793 et y lance ses expéditions meurtrières, massacrant civils et incendiant villages sans distinction.
Le 20 janvier, il écrit au général Turreau : "Demain je commencerai les feux de joie, en brûlant et passant au fil de la baïonnette tout ce qui pourra se trouver au pouvoir de ma colonne." Ces exactions ravivent l'insurrection locale.
Stofflet, chef vendéen de l'Armée d'Anjou, profite du départ de Grignon pour contre-attaquer.
Le 24 février, ses forces (environ 3 000 hommes, selon les estimations républicaines) s'emparent de Bressuire, chassant une garnison républicaine de 400 à 1 000 hommes.
Deux jours plus tard, le 26 février, Stofflet marche sur Argenton-Château, une place forte protégée par des remparts, un vieux château et une garnison républicaine réduite (estimée à 2 400 hommes à proximité, mais dispersée).
Déroulement de la bataille
- Préparation et approche : Les Vendéens empruntent un chemin indirect pour surprendre l'ennemi. Alertés à Saint-Clémentin (6 km au sud-ouest), les républicains se déploient en plaine, entre les portes de Bressuire et de Thouars. Stofflet commande le centre, avec Challon à gauche et Louis Richard à droite.
- Affrontement : L'attaque commence au crépuscule.
Les Vendéens, forts de leur supériorité numérique et de l'obscurité, submergent les lignes républicaines. Les "bleus" fuient en désordre vers Doué-la-Fontaine, laissant derrière eux des provisions et des munitions stockées dans l'église et les magasins.
Le général républicain François Carpantier, à Doué, écrit le 27 février : "Les brigands, forts d'environ trois mille hommes, ont attaqué Argenton hier à trois heures après-midi, et la garnison a été contrainte d'évacuer."
- Pertes : Les Vendéens capturent du butin important (grains, fourrage, munitions) qu'ils envoient vers l'intérieur du pays. Les pertes républicaines sont élevées (centaines de tués ou prisonniers), mais précises non documentées. Les Vendéens subissent peu de pertes grâce à la surprise.
Conséquences
- Immédiates : Les Vendéens se dispersent pour cacher le butin, évitant une contre-attaque. Le 28 février, Carpantier note que les "brigands" chargent des voitures à Argenton et mettent le feu aux magasins de fourrage avant de se replier vers les Aubiers et la forêt de Vezin.
- Grignon revient le 11 mars, incendiant les environs, mais est battu par Stofflet aux Ouleries le 18 mars.
- À long terme : La ville, rebaptisée "Argenton-le-Peuple" sous la Révolution, est dévastée. De 830 habitants en 1792, elle n'en compte plus que 270 en 1796.
L'incendie du château
Une fois maîtres de la ville, les Vendéens jugent Argenton indéfendable sans artillerie en cas de contre-attaque républicaine. Ils démolissent alors les portes, une partie des remparts et incendient le château pour le rendre inutilisable à l'ennemi.
Louis Monnier, présent détaille la destruction du château d’Argenton après la prise de la ville : « On démolit les murs du château, on le brûla même. » Les portes et une partie des remparts sont également détruits, et le butin (grains, fourrage, munitions) est envoyé dans l’intérieur du pays vendéen.
Il note que les habitants des environs récupèrent les grains entreposés dans l’église, ce qui prend deux jours. « On trouva à Argenton beaucoup de provisions de bouche, et une infinité d'autres choses qui furent envoyées dans l'intérieur du pays. » Cette action, décidée par les Vendéens, visait à empêcher les républicains de réutiliser la forteresse.
L'incendie détruit le logis seigneurial et les dépendances, mais la chapelle échappe miraculeusement aux flammes (bien que endommagée plus tard).
Le château, déjà marqué par la Guerre de Cent Ans, est réduit à des ruines : remparts, soubassements de tours et la chapelle survivent. Il n'est démoli davantage qu'au XIXe siècle.
Les Mémoires sur la guerre de Vendée, 1793-1799 de Louis Monnier, publiés et annotés par l’abbé Félix Deniau en 1896, sont une source clé pour comprendre la bataille d’Argenton-Château du 26 février 1794 et les événements des Guerres de Vendée.
Louis Monnier, officier vendéen sous les ordres de Jean-Nicolas Stofflet, offre un récit de première main des combats, basé sur son expérience directe.
Contexte et contenu des mémoires
Dans ses mémoires, Monnier décrit la bataille d’Argenton-Château comme une victoire vendéenne décisive. Il relate que les forces vendéennes, estimées à environ 3 000 hommes par le général républicain François Carpantier, attaquent au crépuscule, surprenant une garnison républicaine affaiblie (environ 2 400 hommes, selon Monnier).
Les républicains, submergés, fuient vers Doué-la-Fontaine ou Thouars, laissant derrière eux des provisions, des grains stockés dans l’église et des munitions.
Monnier précise que les Vendéens, utilisant principalement le sabre et la baïonnette, ne poursuivent pas l’ennemi en raison de l’obscurité. Il écrit : « Tous furent passés au fil de l’épée ; on ne se servit pas de cartouches, mais seulement de la baïonnette et du sabre. »
Autres détails des mémoires
Monnier mentionne un incident marquant après la bataille : un officier de cavalerie vendéen, nommé Piquet, est fusillé sur ordre de Stofflet pour avoir commis un viol et un meurtre sur une jeune mariée à Argenton.
Cet acte, jugé « abominable », illustre la discipline stricte imposée par Stofflet, malgré la valeur militaire de Piquet. Monnier écrit : « Il fut fusillé sur la place d’Argenton-Château, à la tête de l’armée qui cria : ‘Grâce !’ »
Importance des mémoires
Publiées via un fac-similé de l’édition originale de 1896 par les Éditions du Net et la Bibliothèque nationale de France (Gallica), ces mémoires offrent un témoignage vendéen, contrastant avec les sources républicaines. Elles sont précieuses pour leur perspective interne, bien que teintées par la partialité royaliste, typique des récits des « Blancs » (Vendéens) face aux « Bleus » (Républicains). Monnier, en tant qu’acteur direct, apporte des détails vivants sur la tactique, la brutalité des combats et les décisions stratégiques, comme l’incendie du château.
Limites et complémentarité
Les mémoires doivent être croisées avec d’autres sources, comme les rapports républicains de Carpantier ou les écrits d’historiens comme Chassin, pour équilibrer le récit. Par exemple, Carpantier confirme la fuite désordonnée des républicains et l’incendie, mais minimise les effectifs vendéens pour justifier sa défaite. Les exagérations possibles de Monnier (comme le nombre exact de victimes) reflètent les tensions mémorielles entre les deux camps, un point souligné par les historiens modernes.
Le château d'Argenton, forteresse médiévale aux tourelles et douves, abritait une chapelle romane du XIe siècle (Saint-Georges) ornée d'une fresque byzantine exceptionnelle représentant un Christ en majesté entouré des évangélistes – l'une des plus grandes de Poitou-Charentes, classée monument historique en 1929.
Cette bataille illustre la guérilla vendéenne face à la répression républicaine, avec des actes de destruction mutuelle.
Aujourd'hui, le site est un parc ouvert au public, avec visites guidées par l'Association des Amis du Château d'Argenton, mettant en valeur la fresque et l'histoire du lieu (visites en août : jeudi 10h, dimanche 17h, 3 €).
Si vous souhaitez un extrait précis des mémoires ou une analyse plus approfondie d’un passage, je peux me concentrer sur un point spécifique. Vous pouvez consulter le texte intégral via Gallica (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k468086).
Carte Guerre de Vendée et Lieux de Mémoire (Maps et Dates)<==