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PHystorique- Les Portes du Temps
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8 septembre 2025

Angers octobre 1793 Marie-Pierre-Adrien Francastel donne l'ordre de décapitation et l'exposition des têtes des Vendéens et Chouans.

Marie-Pierre-Adrien Francastel (1761-1831), député de l'Eure à la Convention nationale et représentant en mission près de l'armée de l'Ouest, est une figure emblématique de la répression républicaine en Anjou pendant la guerre de Vendée.

Arrivé à Angers en octobre 1793, il y concentre tous les pouvoirs, réorganise le Comité révolutionnaire et instaure un régime de Terreur impitoyable pour mater l'insurrection vendéenne. Son rôle dans la gestion des prisonniers et des exécutions, y compris l'épisode macabre des têtes coupées de Vendéens et de Chouans, illustre la brutalité de cette période.

Ces actes s'inscrivent dans le contexte du siège d'Angers (3-4 décembre 1793), où les forces vendéennes, épuisées par la Virée de Galerne, tentent en vain de franchir la Loire pour regagner leur territoire.

 

Contexte : le siège d'Angers et la capture des Vendéens

Après l'échec devant Granville (14 novembre 1793) et la victoire éphémère à Dol, l'Armée catholique et royale vendéenne, commandée par Henri de La Rochejaquelein et Jean-Nicolas Stofflet, se dirige vers Angers pour traverser la Loire. Ravagée par la famine, le froid et les épidémies (dysenterie, typhus), elle affronte une garnison républicaine de 4 000 à 6 000 hommes sous les ordres des généraux Louis Michel Auguste Thévenet (dit Danican) et Jean-Pierre Boucret, avec Michel de Beaupuy blessé mais présent.

 Les assauts des 3 et 4 décembre échouent face aux remparts fortifiés et à l'artillerie. L'arrivée de l'avant-garde républicaine de Jean Fortuné Boüin de Marigny (tué lors de la bataille) provoque la panique vendéenne, qui fuit vers Le Mans, laissant derrière elle de nombreux morts et prisonniers.

Francastel, déjà en place à Angers depuis octobre, voit dans cette victoire l'occasion de terroriser les populations locales et d'empêcher toute reprise de l'insurrection. Il ordonne une répression immédiate, visant non seulement les combattants mais aussi les suspects potentiels (Chouans et sympathisants vendéens). Les prisons angevines s'emplissent rapidement de captifs issus des batailles du Mans (12-13 décembre) et de Savenay (23 décembre), aggravant la crise sanitaire et logistique.

Ces massacres ne suffisaient pas à quelques-uns de ces généraux. Après tant de sang répandu, Turreau disait : Il faut encore passer vingt mille de ces scélérats au fil de la baïonnette.

Le 25 frimaire an II (15 décembre 1793), après la déroute du Mans, les représentants du peuple Bourbotte, Turreau, Prieur de la Marne, firent cette proclamation :

« Saisissez vos armes, prenez vos piques, vos faux, vos fourches, vos leviers ; qu'au même instant le tocsin retentisse dans toutes vos communes, qu'il sonne la dernière heure des brigands, et qu'il ne s'arrête que lorsqu'il n'en existera plus un seul ! »

Quinze jours après, le 11 nivôse, Francastel, parfaitement d'accord sur ce point avec ses collègues, écrivait à la société des Jacobins de Paris : « La Vendée sera dépeuplée, mais la République sera vengée et tranquille ; que la terreur ne cesse d'être à l'ordre du jour, et tout ira bien !» 

L'ordre de décapitation et l'exposition des têtes

À la suite du siège, Francastel, conjointement avec les représentants Esnue-Lavallée et Levasseur de la Sarthe, ordonne la décapitation systématique des corps des Vendéens et Chouans tués aux abords de la ville. L'objectif est clair : exposer ces têtes sur les remparts et les murs d'Angers pour dissuader les royalistes et symboliser la victoire républicaine. Cette mesure, justifiée par la nécessité de "purifier" la ville du "contact royaliste", s'inscrit dans une politique de terreur exemplaire, où la vue des têtes devait instiller la peur chez les habitants et les suspects.

 

  • Procédure macabre : Les corps laissés par les Vendéens sont mutilés sur-le-champ. Les têtes sont collectées et entreposées dans un magasin (appartenant au citoyen Delaunay) pendant trois jours, en attendant une dissection par les officiers de santé – une pratique scientifique courante à l'époque pour "étudier" les ennemis de la Révolution. Cependant, les médecins refusent ou négligent cette tâche, invoquant probablement la décomposition rapide.
  • Enterrement forcé : Le 16 frimaire an II (6 décembre 1793), les registres municipaux d'Angers rapportent la puanteur insupportable des têtes : "Les citoyens Sinval et Chotard [...] rapportent que les Représentants ont décidé qu'il fallait les enterrer. Il a en conséquence été délibéré qu'elles le seront de suite."

 Le 19 frimaire (9 décembre), l'inhumation est effective, sur ordre des représentants, pour éviter une épidémie. Des sources évoquent une "procession lustrale" des sans-culottes, avec encens et purification symbolique des remparts.

Cet épisode n'est pas isolé : Francastel, frustré par l'afflux de prisonniers (femmes et enfants inclus), reproche aux commissions militaires leur indulgence et plaide pour une répression plus féroce, estimant que "le fer et la flamme n’ont pas encore été assez employés dans ce maudit pays".

 Il soutient ainsi les fusillades massives : environ 1 550 prisonniers exécutés aux Ponts-de-Cé (fin novembre 1793-mi-janvier 1794), 1 300 à Avrillé (12 janvier-16 avril 1794), et plus de 1 000 morts en prison à Angers intra-muros (dont 290 guillotinés ou fusillés)

 

Conséquences et héritage

La mission de Francastel à Angers, qui s'achève en avril 1794, est marquée par ces excès : il réorganise le Comité révolutionnaire, fait guillotiner les administrateurs locaux suspects et appuie le général Turreau dans ses "colonnes infernales" (janvier 1794), malgré des tensions avec les autorités locales.

 

Après Thermidor (juillet 1794), il publie un rapport avec Hentz pour se justifier, niant ou minimisant les crimes et arguant que juger les représentants mènerait à un "procès de la Révolution".

 Échappant à la purge, il se retire discrètement, écrivant en 1795 son désir d'"obscurité vertueuse".

Ces pratiques, comme l'exposition des têtes, alimentent la "légende noire" de la Terreur en Vendée, qualifiée de génocide par certains historiens. Elles soulignent la déshumanisation mutuelle dans cette guerre civile, où Vendéens et républicains commettent des atrocités des deux côtés. Francastel, souvent comparé à Carrier pour sa radicalité, incarne la gauche montagnarde impitoyable, mais reste moins connu que lui en raison de son rôle plus discret à Paris.

 

Pour approfondir, consultez les archives départementales de Maine-et-Loire ou des ouvrages comme Détruisez la Vendée ! de Jacques Hussenet (2007), qui documentent ces horreurs à partir de sources primaires.

 

 

Carte Guerre de Vendée et Lieux de Mémoire (Maps et Dates)<==

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