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Au siècle dernier, il existait en Poitou des carrières de marbre qui étaient en pleine exploitation.

Située en marge du Massif armoricain et du Bassin aquitain, la commune d’Ardin a jadis produit de la pierre marbrière….Mais qu’est ce donc ? Et pourquoi du « marbre » à la Villedé d’Ardin ?

La carrière de la Marbrière est inscrite à l’inventaire des sites d’intérêts géologique de Poitou-Charentes depuis 1998.

Les caractéristiques géologiques et paysagères des lieux ont conforté l’intervention du Conservatoire Régional d’Espaces Naturels (CREN) de Poitou-Charentes pour sa préservation.

Aujourd’hui, en collaboration avec la commune, le CREN souhaite valoriser ce patrimoine naturel et culturel auprès du public.

Les Affiches du Poitou, à l’année 1774 (1), parlent plusieurs fois de celle de la « Bonnardelière », située dans la commune de Saint-Pierre-d’Excideuil, près Civray (Vienne).

Ces jours derniers, M. Léo Desaivre a publié une plaquette — imprimée à Niort par Lemercier et Alliot — sur deux gisements de marbres existant à Ardin, canton de Coulonges (Deux- Sèvres), lesquels semblent avoir été exploités dès avant le milieu du XVIII e siècle (2).

 Une question intéressante, ç’aurait été de rechercher les ouvrages qui ont été exécutés avec ces marbres poitevins.

La brochure que nous avons citée ne mentionne comme produit des marbrières d’Ardin qu’une plaque ayant servi d’inscription commémorative pour la fontaine monumentale élevée à Niort, en 1828, sur la place Saint-Jean.

Que M. L. Desaivre me permette de lui signaler d’autres marbres travaillés sortis des mêmes carrières, et de lui faire connaître le nom d’un artiste marbrier.

En 1752, un bénitier en marbre est exécuté pour l’église Notre-Dame de Niort par François Deloyau ou Daloyau, m sculpteur marbrier, demeurant à Coulonges ».

Je tire cette mention du Livre des comptes de la fabrice de Notre-Dame de Niort, 1745-1761, ms. in-fol., fol. 60 r° :

 « Du 7e 7 bre 1752, payé au sr François Deloyau, sculpteur marbrier, demt à Coullonges, cinquante-sept livres pour le surplus de la somme de soixante-quinze livres, pour un bénitier de marbre avecq son piédestal qu’il a fourny et pozé ce jourd’huy dans l’églize de N.-Dame au devant du pillier d’icelle dérière la chaire, Monsieur le curé lui ayant cy-devant payé dix-huit livres par gratification qu’il fait à l’églize.

« Payé suivant la quittance dudit Deloyau en datte de ce jour, cy 57 l. »

Il est évident que le marbre qu’employa Daloyau n’était autre que celui d’Ardin : le chef-lieu de cette commune est distant de trois kilomètres seulement de Coulonges.

Daloyau alla sans doute ensuite s’établir à Niort; car je trouve son acte d’inhumation dans le Registre des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse de Notre-Dame pour l’année 1766 (3) :

« Le douze (janvier 1766) a été inhumé le corps de François Daloyau, décédé du dix du présent, âgé de quarante-quatre ans, époux de Marie Brouard, en présence de Joseph Brunet et d’André Soquet qui ont déclaré ne savoir signer. « Pérault, vie. de N.-D. »

C’est bien le « sculpteur marbrier de Coulonges »; la preuve se lit dans le Livre des comptes de la fabrice de Notre-Dame, 1761-1790, ms. in-fol., fol. 27 v°.

« Recettes de l’exercice 1765-1766 :

« Drap (mortuaire) du sr Aloyau marbrier 2 1. »

A l’époque de la Révolution, le bénitier fut transporté à l’Oratoire de Niort, comme les autres objets de prix de Notre- Dame.

R est ainsi inventorié par Bernard d’Agescy (4) :

« N° 15. Un vase de marbre ovale avec son support

« Ce vase d’une forme très commune et de de marbre ovale avec marbre gris veiné ordinaire servoil de bénitier dans l’église de Notre-Dame de Niort. Il a 2 pieds 6 pouces de diamètre. »

 Lors du rétablissement du culte en France, on rendit le bénitier à l’église Notre-Dame où il se trouve actuellement encore. Il est placé dans le clocher, au rez-de-chaussée.

La description qu’en a faite Bernard d’Agescy est conforme à l’original, de même que la dimension qu’il a donnée de la coupe est aussi exacte que possible. La mesure métrique du bénitier est : hauteur totale, 1 m. 03 c.; diamètre de la coupe, 0 m. 83 c.

 

Le Catalogue de Bernard d’Agescy mentionne en toutes lettres un autre marbre d’Ardin. R est étonnant que M. L. Desaivre ne s’en soit pas souvenu.

« N° 18. Une plaque de marbre jeaune de cinq pieds sur deux de large. »

« Servant d’inscription à la tonbe d’un curé dans l’église de Notre-Dame. Ce marbre très ordinaire vient de la carière d’Arden dans le pays. »

Ce curé est Jean-de-Dieu-René Bion, fondateur de la bibliothèque publique de Niort. La plaque funéraire fut replacée dans l’église de Notre-Dame après la Révolution.

Enlevée de nouveau en 1872, à cause des réparations qu’on fit alors dans l’église, elle fut déposée sans soin dans la cour de la sacristie où elle a fini par tomber en morceaux et disparaître.

Voici l’inscription qui y était gravée, relevée par moi avant que le marbre ne fût entièrement brisé :

 

HIC JACET

J : DE DEO REN : BION HUJ : ECCL :

RECTOR. ANIMARUM ERAT

ZELATOR, PAUPERUM PATER,

GREGIS AMATOR. OBIIT DIE 7A

MAII AN : 1774, PLENUS MERITIS.

REQ : IN PACE.

 

 Peut-être devons-nous voir encore des marbres d’Ardin dans les trois numéros suivants du Catalogue de Bernard d’Agescy : il y est dit positivement que ces objets sont « du même marbre » que ceux qui précèdent :

« Nos 16 et 17. Deux autres vases du même marbre de trois pieds de diamètre. »

 « Ces deux vases de marbre gris noir veiné de blanc servoient au même usage [que le n° 15 mentionné plus haut] dans l’église de St-André de Niort; ces vases sont suportés par deux pieds en forme de balustre. »

« N° 19. Une tonbe de 6 pieds de long sur 17 pouces de large, arondie en dessus. »

« De même marbre jeaune veiné de gris ayant servi à la femme d’un particulier de la paroisse de St-André. »

 

Enfin le Catalogue de Bernard d’Agescy contient un dernier numéro sur lequel j’ai pu encore trouver des détails :

« N° 20. Un petit tonbeau apartenant à Mr de Toustin. »

« Il consiste dans une plaque de marbre de 5 pieds de haut sur quatre pieds de large et une base de quatre pieds 3 p. de large sur 1 pied de haut de marbre jeaune ordinaire de peu de dureté. »

 

Les Affiches du Poitou, année 1774, page 208, vont nous renseigner sur cette œuvre de marbre :

« La carrière de marbre de la Bonardelière, près Civray, commence à avoir le plus grand débit; les demandes se multiplient; le marbre est très beau, et on est très content des ouvrages. On vient d’y faire un Mausolée destiné pour renfermer le Corps de feu M. le Comte de Toustaing de Viray, Lieutenant Colonel du Régiment Royal Dragons, mort à Nyort dans l’été dernier. Nous en donnerons la description quand la cérémonie de l’érection sera faite. »

 

La description annoncée ne paraît pas avoir été donnée; du moins je n’ai pu la retrouver. Louis, appelé comte de Toustain, de la branche des marquis de Toustain-Viray, en Lorraine, était le troisième fils de Claude-François, marquis de Toustain de Viray, baron d’IUing, seigneur d’Abaucourt, Fanoncourt et Malliot. Il mourut, dit La Chenaye - Desbois , « avec la réputation d’un excellent officier ».

Son acte d’inhumation est un texte bon à reproduire (5) :

« Le 14 (juin 1774) a été inhumé dans cette église de Saint-André, par moi curé de Notre-Dame, le corps de messire Louis, comte de Toustain de Viray, meslre de camp de Dragons, lieutenant-colonel du régiment royal en garnison en cette ville, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, décédé du 12 sur la paroisse de Notre-Dame, âgé d’environ quarante-cinq ans. Ont assisté à ses funérailles messire Bernard de Marigni, major dudit régiment et meslre de camp de Dragons, et messire Pierre Gironde de Felzins, capitaine dudit régiment, qui se sont avec nous soussignés.

« Bernard de Marigny.

 « Gironde.

« Goizet, curé de N.-Dame. »

Le 8 juillet suivant, MM. les officiers du régiment Royal- Dragons firent célébrer dans la même église un service solennel pour le repos de l’âme du défunt. Le clergé séculier et régulier de la ville de Niort et la noblesse assistèrent à la cérémonie (6).

Ch au de Boissoudan, par Champdeniers (Deux-Sèvres), 21 novembre 1894.

 L’abbé Alfred Largeault.

 

 

 

Antiquité d’Ardin sur la Voie Romaine de Saintes à Angers <==

 


 

(1) Cf, pp 96, 199, 208.

 (2) Les marbres d’Ardin. Niort, chez l’auteur, 26, Avenue Saint-Jean, 1894, in-8°, 16 pp.

(3) Arch. municip. de Niort.

(4). Catalogue de l’inventaire des tableaux, sculptures, marbres, instruments de phisique et méchanique, déposés dans la maison de l’Oratoire de Niort, rassemblés par le citoyen Bernard, peintre, à la suite du Catalogue de la bibliothèque du district de Niort, 3 vol. in 4° ms. (Bibl. publ. de Niort, Histoire, n° 5330.)

Cet inventaire a été publié dans les Mémoires de la Soc. de.statist. des Deux-Sèvres, 3e série, t, VI (1889), pp. 248-267.

(5). Registre des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse de Saint-André pour l’année 7774. (Arch. municip. de Niort.)

 (6). Affiches du Poitou, an. 1774, p. 136.