1894 M Bélisaire Ledain à la Vente des archives et des tapisseries du château de Saint-Loup.

— M. Georges Turpin, de Parthenay, nous adresse sur notre demande des détails intéressants sur la vente du château de Saint- Loup, ainsi que des archives et des tapisseries qui y étaient contenues:

Le 2 décembre 1894 a eu lieu la vente du château de Saint-Loup.

 C’est M. de Maussabré, aujourd’hui décédé, qui s’en rendit acquéreur.

 Le lendemain, 3 décembre, on mit en vente les tapisseries et quelques meubles de prix.

Le 4 décembre, ce fut au tour des archives, sur la mise à prix de 600 fr. M. Bélisaire Ledain, qui était accompagné de M. Barbault, archiviste de la Vendée, et de M. A. Richard, archiviste de la Vienne, mit une première enchère de 10 fr., immédiatement couverte par M. Dorbon, libraire à Paris; après enchères successives de 10 fr., le lot entier, que M. Ledain avait fait monter jusqu’à 1790 fr., fut adjugé à M. Dorbon pour la somme de 1800 francs.

Ces archives, paraît-il, concernent surtout Bressuire, Moncontour, Saint-Loup, etc.

Voici le détail de la vente des tapisseries et meubles de prix :

 1 er lot. — Une tapisserie de Beauvais, verdure en très bon état, de 4 m, 50 X 3m environ, mise à prix 2,500 fr., adjugée 2,750 fr. à M. de la Faille. (Cette tapisserie immédiatement rachetée par M. Suc, marchand à Paris )

2e lot. — Une tapisserie de Beauvais, verdure de 3m , 20 X 3m environ, mise à prix, 2,000 fr, adjugée 2,230 fr. à M. Suc.

3e lot. — Une tapisserie de Beauvais, verdure de 2m, 20 X 3m 1 environ, mise à prix, 1,000 fr., adjugée 1,500 fr. à M. Suc.

4e lot. — Une tapisserie de Beauvais, verdure de 4 m X 3 m environ, mise à prix 1,000 fr., adjugée 3,200 fr. à M. Suc.

5e lot. — Une tapisserie de Beauvais, verdure signée p. Behagle, de 3m X 3m , mise à prix 1,500 fr., adjugée 2,500 fr. à M. Suc.

6e lot. — Une tapisserie de Beauvais, verdure de  m , 30 X 3m de haut, mise à prix, 800 fr., adjugée 1,200 fr.

7e lot. — Six tapisseries d’Aubusson (en mauvais état) représentant différentes scènes de la vie de Cléopâtre et Antoine, encadrées de bordures de tulipes et de roses, mise à prix 500 fr. les six, adjugées 2,150 fr. à Mme Laiguillon, à Niort.

 8e lot. — Un panneau de tapisserie de Flandre, représentant le Triomphe de Pompée, de 5m X 5m , mise à prix 300 fr., adjugée 2,700 fr. à M. Helpht, à Paris. (La partie du bas était en mauvais état, mais cette tapisserie était magnifique.

9e lot. — Un panneau de Flandres, même sujet, mais coupé en deux, mise à prix 400 fr., vendue 1,550 fr. à M. Chennevières.

10e lot. — Un panneau de Flandre, tapisserie représentant un autre sujet du triomphe de Pompée, de 3m X 5m , mise à prix 1,000 fr., vendue 2,300 fr. à Mme d’Espadingue. Un tableau sur toile, représentant M. de la Boissière, cadre bois sculpté, vendu 1,560 fr. à M. Samary, de Paris. Un petit bahut à deux corps, noyer sculpté, avec incrustations de marbre, mis à prix 500 fr., adjugée 1,710 fr. Un tableau représentant un ecclésiastique, cadre bois sculpté, mis à prix 150 fr., vendu 270 fr. Un bureau style empire, avec cuivres, mis à prix 50 fr. et vendu 190 fr. Une grande glace Louis XIV en 6 panneaux, cadre en bois sculpté, mise à prix 100 fr., vendue 770 fr. à M. le marquis de Talhouet. Un vase à fleurs, en faïence de Rouen, misa prix à 5 fr., adjugé 144 fr. Une commode Louis XIV, mise à prix 10 fr., vendue 150 fr. Une très grande quantité de fauteuils, boiteux, cassés, n’ayant plus de tapisseries, criés sur des mises à prix de 2 à 10 fr., vendus 30 à 50 fr. Presque tous ces fauteuils réparés par des artistes de Saint-Loup.

Georges Turpin.

 

 

LE CHATEAU

L'aspect général du château de Saint-Loup frappe tout d'abord par l'élégance de sa façade, qui se développe au fond de la cour et que font ressortir, d'une manière fort heureuse, le vieux donjon campé fièrement à droite au premier plan, comme une sentinelle d'un autre âge, et un bâtiment d'un caractère indéfini, contigu à l'aile gauche, où se cachent les restes d'une vieille église, dont nous avons déjà parlé.

Il y a là, en effet, deux châteaux bien distincts qui, loin de se nuire, forment un contraste avantageux, à la fois historique et architectural.

D'une part, c'est la féodalité turbulente et guerrière, retranchée derrière d'épaisses murailles dans des salles froides et à peine éclairées.

D’autre part, c'est le luxe et la richesse d'une époque plus heureuse, s'étalant en toute sécurité dans une demeure princière, largement ouverte au soleil et à la société polie du grand siècle. L'ensemble de ces diverses constructions est compris dans un vaste terrain renfermé de toutes parts par le Thoué, par le canal et par un vaste fossé plein d'eau communiquant de l'un à l'autre.

 

L'ANCIEN CHATEAU

Le vieux château du XVe siècle, que l'on rencontre à droite en entrant dans la cour, réclame à cause de s'en âge notre première visite. Il consiste principalement en un gros et robuste donjon d'une grande élévation, affectant la forme d'un rectangle irrégulier. Placé sur le bord du fossé, le mur de la face la plus large de cette tour, construit en belles pierres de taille dont le pied plonge dans l'eau, s'élève jusqu'à son couronnement.de mâchicoulis avec une inclinaison très sensible, désignée sous le nom de fruit en termes d'architecture.

 Les trois autres côtés sont construits en gros moellons. Les pierres de la partie supérieure du mur de face, depuis l'unique fenêtre qui y est pratiquée jusqu'à la naissance des mâchicoulis, sont ornées de bossages bruts semblables à ceux des pierres de la porte de ville de Montreuil-Bellay.

Le couronnement du donjon est une réfection ou addition visiblement postérieure à sa construction, et qui doit dater du commencement du XVIe siècle. Il se compose d'une rangée de larges consoles de mâchicoulis reposant aux angles de la tour sur des encorbellements arrondis et peu saillants ornés de petites - arcatures trilobées s'amortissant sur des masques grimaçants.

La salle basse du donjon, voûtée en berceau, communique à la cour par une porte munie d'une herse. Des archères étroites s'ouvrent au fond de profondes embrasures du côté du fossé. La chambre du premier étage est éclairée par une fenêtre ouvrant sur la cour.

 On y voit encore les armoires qui contenaient les archives de la baronnie de Saint-Loup. Les titres de chaque fief étaient placés dans des tiroirs soigneusement étiquetés (2).

 Une tour à pan coupé, juxtaposée sur l'angle nord du donjon dans la cour, contient le grand escalier en colimaçon qui conduit à la fois dans la chambre du premier étage et dans les appartements de deux corps de bâtiments de la même époque, c'est-à-dire du XVe siècle.

L'un, directement contigu au donjon, côtoie le fossé jusqu'à une tour ronde. L'autre, formant un angle droit, s'étend entre la cour et le fossé jusqu'à l'aile droite du nouveau château. Ils n'offrent rien de remarquable.

La salle supérieure du donjon, à laquelle on arrive par un escalier tournant très étroit pratiqué dans l'épaisseur de la muraille, est digne de toute l'attention. (Voir-pl. 5 et 5 bis.) Elle est recouverte d'une ample voûte soutenue par deux larges nervures taillées en chanfrein, se croisant en ogive à une clef centrale où est inscrit un écusson vide. Les nervures retombent dans les angles sur des consoles où sont sculptés des personnages.

L'une, au-dessus de la porte, représente un buste d'homme coiffé du chaperon. L'autre représente une Mellusine.

La fenêtre carrée et à croisillon s'ouvre au sud, au fond d'une profonde embrasure dont les angles sont taillés en colonnettes. L'embrasure est voûtée comme la salle en croisée d'ogive et l'intersection des nervures porte les armoiries des de Dercé, fondateurs de ce donjon, qui sont un écu à deux fasces accompagnées de neuf merlettes en orle.

La cheminée est une œuvre curieuse. Son manteau droit, à pans coupés sur les angles, repose sur des colonnettes dont les chapiteaux sont chargés de feuillages. Un cordon de feuilles frisées court sur toute sa longueur. Sa surface est ornée d'arcatures, de roses et d'ornements simulant des fenêtres gothiques. Le couronnement du manteau forme un petit crénelage semblable à celui d'une forteresse, et, dans les créneaux, apparaissent de petits personnages. Au centre s'élevait une fleur- de lys. Dans un angle de cette belle salle s'ouvre une petite porte conduisant dans un oratoire très restreint ménagé dans l'épaisseur de la muraille. De l'autre côté se trouve une garde-robe.

C'était donc là, il n'en faut pas douter, l'appartement seigneurial habité au XVe siècle par Jean et Amaury de Dercé.

CHATEAU DU XVIIe SIÈCLE

La physionomie du nouveau château de Saint-Loup porte en elle-même l'indice révélateur de son origine.

L'ensemble et les détails en fixent clairement la date au début du XVIIe siècle. Toutefois on préférerait un document écrit fournissant quelque renseignement précis sur son fondateur, son architecte et sa construction.

 C'est probablement parce que l'on en manquait que tous les auteurs de guides, de géographies, de statistiques, de notices quelconques, à l'exception du seul M. de Wismes, ont inventé ou plutôt répété de confiance le joli conte qui attribue sa création au cardinal de Sourdis dans le but de plaire à sa maîtresse.

Quelle est la source de cette légende galante? Nul ne saurait l'indiquer. Nul n'est donc obligé d'y ajouter foi. Il sera même beaucoup plus sage de l'abandonner définitivement, comme tant d'autres histoires anéanties-par la critique.

En effet, le cardinal de Sourdis est absolument étranger à la construction de ce château.

Et d'abord, de quel cardinal de Sourdis prétend parler la légende ? Il y a eu, en effet, deux cardinaux de Sourdis archevêques de Bordeaux : François d'Escoubleau de Sourdis, de 1599 à 1628, et Henri d'Escoubleau, son frère et successeur, décédé en 1645.

Or, ni l’un ni l'autre n'ont aucun droit au titre de fondateur du château de Saint-Loup; Un seul argument suffit pour les en dépouiller, c'est qu'ils n'étaient point possesseurs de cette baronnie.

Il est absolument certain, nous l'avons exposé plus haut, qu'elle était alors entre les mains de Claude Gouffier, comte de Caravas, qui vivait encore en 1612.

Lui seul doit donc être considéré comme le véritable fondateur de ce joli monument, avec d'autant plus de certitude que la date de 1609 inscrite sur le petit méridien encastré dans le mur du pavillon central, suppose nécessairement l'achèvement du gros œuvre.

Il est possible et même probable que son fils Louis Gouffier ait continué la construction peut-être inachevée, ou plutôt ait fait exécuter les embellissements intérieurs. Mais le principal devait être terminé à la mort de Claude.

Louis Gouffier fut d'abord abbé commendataire d'Airvault en 1628, quoiqu'il ne soit jamais entré dans les ordres (3).

Mais son frère aîné, Charles, étant mort sans alliance, il épousa en 1631 Madeleine de Gaucourt (4).

La légende aurait-elle confondu ce Louis Gouffier avec le cardinal de Sourdis, qui fut aussi abbé commendataire d'Airvault immédiatement avant lui? Peut-être. Quoi qu'il en soit, elle n'a pas la moindre valeur.

Le château de Saint-Loup ne saurait devoir son existence qu'à ses riches seigneurs, les Gouffier.

Le château se compose d'un long bâtiment rectangulaire terminé à chacune de ses extrémités par un pavillon perpendiculaire, ce qui donne à son ensemble la forme d'un H. (Voir pl. _-i.)

Au centre s'élève un pavillon très élégant faisant saillie sur les deux façades, et surmonté d'un léger campanile qui domine le tout. Les toitures en ardoises sont très élevées. Il y a un soubassement et deux étages éclairés par de nombreuses fenêtres hautes et carrées, sans parler des mansardes où sont pratiquées des lucarnes du même genre, couronnées de frontons arrondis. Les angles des bâtiments, les cordons et corniches, les encadrements des portes et des fenêtres sont construits en pierres de taille séparées par des joints larges et profonds, qui leur donnent l'apparence de bossages. - Les pleins des murs sont revêtus d'un enduit peint imitant des briques. La porte du pavillon central, accompagnée de pilastres couronnés de triglyphes, est surmontée d'un fronton brisé, dans le tympan duquel est sculpté un écusson surmonté d'un heaume, représentant les armoiries du seigneur, c'est-à-dire des Gouffier, possesseurs de la baronnie de Saint-Loup.

Elles sont malheureusement martelées, ainsi que les deux lions qui les soutiennent.

Le pavillon, éclairé par trois fenêtres placées successivement l'une au-dessus l'autre, et dont la première est munie d'un fronton brisé, se termine par un grand fronton arrondi, interrompu au milieu par la dernière fenêtre. Des niches, destinées à des statues, sont pratiquées dans la muraille à droite et à gauche desdites fenêtres. Dans les angles rentrants, formés par le bâtiment central et les pavillons, s'ouvrent deux petites portes à voûtes rampantes.

Sur la clef de l'arc de l'une d'elles est sculptée une très belle tête de faune ou satyre coiffé d'une tête de lion; sur l'autre la sculpture n'a pas été faite.. , '

Le grand escalier occupe le pavillon central. Il est droit et divisé en plusieurs paliers soutenus par des voûtes rampantes. Au lieu d'être bordé d'une rampe à balustres, suivant l'usage ordinaire, il est enfermé le long du limon par une muraille percée d'arcatures, qui supporte en même temps chacune de ses volées. Il en résulte un vide rectangulaire existant de bas en haut au centre, entre les volées. Les parois des murs de la cage de l'escalier sont décorées de peintures tellement dégradées par l'humidité, qu'il est impossible de deviner les sujets de leurs représentations.

La légende, qui attribue le château au cardinal de Sourdis, prétend quelles étaient fort licencieuses, et que plus tard on les fit retoucher et modifier. Il paraît beaucoup plus probable qu'elles représentaient des sujets mythologiques, où le nu est souvent prodigué sans avoir un caractère de licence deshonnête. On ne saurait se prononcer sur les modifications qu'elles auraient subies. Les couleurs, principalement des personnages, ont complètement poussé au noir, si bien qu'il est aussi impossible de déterminer leur aspect primitif que les retouches dont ils auraient été l'objet.

Le nombre des appartements du château est considérable.

Un inventaire de 1748, et un autre incomplet de 1787, en énumèrent et en décrivent au moins une trentaine.

Une seule chambre a conservé sa physionomie primitive, vraiment curieuse et intéressante, malgré son état de délabrement. (Voir pl. 4.)

Les poutres apparentes du plafond sont dorées et revêtues de cuirs estampés sur lesquels sont peints, avec beaucoup de délicatesse, des petits amours, des fleurs et des fruits. Les lambris des plinthes existant tout autour de l'appartement sont également recouverts d'habiles peintures représentant des paysages, des vases de fleurs, des personnages vêtus à l'antique. La cheminée, très saillante, placée entre deux portes, est surchargée de dorures et de peintures. Le, trumeau du manteau, encadré dans une forte moulure dorée, contient un remarquable portrait de femme.

Voici la description que donne de cette chambre l'inventaire de 1748 : Une cheminée à l'antique de menuiserie peinte et dorée avec-un portrait de femme au-dessus dans son cadre de bois doré. Ladite chambre parquetée, ornée d'un lambris d'appui et corniche de menuiserie peinte et dorée; plafonée en cul-de-lampe peint et doré. ».

Le type de ce portrait, le costume, la place qu'il occupe, le style des décorations de la chambre, tout indique qu'il doit nécessairement représenter une baronne de Saint-Loup du XVlIe siècle. Un cartouche placé au-dessus du portrait, répété sur d'autres parties de la cheminée, contient un chiffre doré composé de deux G enlacés. Un autre cartouche sculpté, au bas du portrait, contient deux A enlacés et se répète sur les montants.

Que signifient ces monogrammes ?

Louis Gouffier, comte de Caravas, seigneur de Saint-Loup, épousa en premières noces, en 1631, Madeleine de Gaucourt; puis en secondes noces, en 1635, Angélique de Bruilhart (5).

Ne serait-il pas très naturel et très logique de voir dans le chiffre A la désignation d'Angélique, et dans le chiffre G celle de Gouffier ?

Le portrait d'Angélique de Bruilhart est bien là à sa place légitime, dans son château, dans la chambre qu'elle habitait. Les parois de cette chambre luxueuse sont tendues de tapisseries de haute lisse d'Aubusson représentant, d'après l'inventaire de 1748, l'histoire de Cléopâtre et d'Antoine. Mais elles n'y ont été placées qu'en 1755, en remplacement de tapisseries de Flandre représentant les amours de Vénus. -

Les autres appartements du château n'offrent plus aujourd'hui aucun intérêt. On n'y retrouve plus le mobilier ni les nombreuses tapisseries indiquées dans les inventaires, de 1748 et de 1787, si ce n'est toutefois plusieurs tableaux et quelques tapisseries qu'il n'est pas inutile d'examiner.

Enumérons d'abord les objets, les plus curieux existant dans le château en 1787.

Dans le cabinet de Monsieur : six fauteuils dont quatre cintrés avec leurs carreaux garnis de plume. Deux petits fauteuils à la reine. Une grande table de marbre avec son bois de console doré. Un coin de bois d'amaranthe avec son dessus de marbre de Rancé. Un miroir orné d'une sculpture de bois doré.

Un lit à tombeau d'indienne bleue garni d'un sommier. Dans la chambre n° 2 : quatre pièces de tapisserie de toile peinte bleu et blanc, doublée de grosse toile. Un lit à la romaine. Une commode de bois de palissandre à deux grands et deux petits tiroirs et son dessus de marbre de Rancé. Trois portraits, celui de M., de la Boissière, celui de M. de Langlade et celui de Mme de Langlade, sa femme, peinte en Madeleine.

Dans la garde-robe du n° 2 : une tapisserie de damas de Caux bleue et jaune; trois chaises de maroquin rouge.

Dans la chambre n° 3 : quatre pièces de tapisseries représentant le triomphe de Pompée; un lit à la duchesse. Dans la salle à manger, dans le passage de ladite salle, une pièce de tapisserie de cuir doré et une grande carte de la ville de Paris. Dans ladite salle : trois pièces de tapisserie de cuir doré, vingt-quatre chaises à mocquette. Deux bras de bronze doré à une branche. Trois portraits, l'un de M. de la Boissière, les deux autres de M. et de Mme Le Page.

Dans le buffet de la salle à manger : trois pièces de tapisserie de cuir doré; une fontaine de cuivre rouge; un bas d'armoire faisant le tour dudit buffet avec onze battants; quatre tables pliantes à manger.

Dans la chambre n° 4 : six pièces de tapisserie à point de Hongrie bleu et blanc; un lit à pavillon garni de siamoise bleu et blanc. Dans la garde-robe du n° 4 : une tapisserie de Bergame rayée; un- lit à tombeau de serge bleue. Dans la chapelle : un autel à la romaine, un calice et sa patène en argent, quatre ornements complets, un vieux ornement de toutes couleurs, un missel.

Dans la chambre n° 5 : trois pièces de tapisserie représentant le triomphe de Pompée; quatre fauteuils de tapisserie de gros point; trois portraits dans leurs cadres de bois doré au-dessus des trois portes. Dans le cabinet du n° 5 : un petit bahut ou cassette de bois de violette.

Dans la chambre n° 6 : tapisserie de verdure Flandre; lit à la duchesse de moire verte à bandes de point de Hongrie; un sopha à clous dorés; grande-table couverte d'un tapis aux armes de Gouffier (6),

Dans la chambre n° 9 : un grand cabinet ou armoire d'ébène à l'antique .avec ses tiroirs.. Dans la chambre n° 10 : tapisserie représentant le jugement de Salomon.

Dans la chambre n° 11 tenture de tapisserie de haute lisse représentant les Cléopâtres. Dans la garde-robe du n° 11 : tapisserie de Bergame; lit à colonnes.

Dans la chambre n° 14 : tapisserie de drap aurore à fleurs en bandes de tapisserie. Dans le chartrier : armoires où sont les titres. Dans l'ancienne chapelle : beaucoup de meubles; quatre anciens portraits sans cadres.

Cet inventaire, du 16 octobre 1787, est signé du président d'Abbadie, seigneur de Saint-Loup, et de Tonnet - l'aîné, qui devait être un des officiers de la baronnie.

De tous les objets qu'il mentionne, il ne subsiste plus que plusieurs tapisseries et quelques portraits. Cinq pièces de ces tapisseries, représentant l'histoire de Cléopâtre, sont tendues dans la chambre dorée du XVIIe siècle, décrite plus haut.

Les tapisseries de verdure de Flandre, fort belles et bien conservées, se trouvent dans d'autres appartements; Dans la grande salle sont suspendus six tableaux qui faisaient bien partie de ceux indiqués par les inventaires de 1748 et de 1787.

Le plus grand et le plus remarquable est le portrait de M. de la Boissière (Jacques le Boyer), acquéreur de la baronnie de Saint-Loup en 1708. Deux autres portraits, l'un d'homme, l'autre de femme, ne semblent devoir représenter ni M. et Mme Le Page (Louis Le Page et Marie Fouart), prédécesseurs à Saint-Loup de M. de la Boissière, ni M. et Mme de Langlade, mentionnés également par l'inventaire.

 Les Langlade étaient probablement parents des la Boissière, et c'est sans doute à ce titre que Simon Boyer de la Boissière, seigneur de Saint-Loup, nomme, le 13 octobre 1732, à une des huit places de jeunes clercs fondées au petit séminaire de Poitiers par Mme de Langlade (7).

Ces deux tableaux, sembleraient plutôt devoir représenter Marie Tiquereau, épouse de M. de la Boissière, et Simon Boyer de la Boissière, leur fils.

Un portrait d'homme en costume militaire est peut-être celui de Louis-Hyacinthe le Boyer de Crémille, lieutenant général des armées du roi, qui vendit en 1768 la baronnie de Saint-Loup.

Un autre portrait plus ancien représente, vu de profil, un personnage revêtu du costume ecclésiastique, du temps de Louis XIII.

Ne serait-ce point Louis Gouffier, qui fut abbé d'Airvault avant de se marier et de devenir seigneur de Saint-Loup?

On a remarqué sans doute dans l'inventaire le tapis aux armes des Gouffier, preuve nouvelle de la possession du château de Saint- Loup par cette famille.

L'ancienne chapelle mentionnée par les inventaires, où l'on avait accumulé les vieux meubles mis au rebut et les anciens portraits, peut-être ceux des Gouffier, ne saurait être que le grand bâtiment perpendiculaire à l'aile gauche du château, dans la cour des servitudes.

 Rien, à première vue, ne laisse soupçonner la destination primitive de cet édifice assez maussade, recouvert d'une haute toiture en ardoise et évidemment remanié plusieurs fois.

Cependant les contreforts appliqués contre ses murailles, les ouvertures carrées pratiquées dans de plus spacieuses fenêtres ogivales, sa forme rectangulaire, son orientation, le pignon de l'ouest soutenu par deux contreforts, provoquent un examen plus approfondi.

 Dès que l'on a pénétré dans l'intérieur, on-y découvre immédiatement une véritable église, très ancienne, transformée en servitudes et divisée depuis longtemps en plusieurs étages. Le clocher, placé sur l'entrée du pignon de l'ouest, subsiste encore jusqu'à la naissance de la tour.

Une coupole romane, du genre Plantagenet, repose sur quatre gros piliers. Huit larges nervures la sillonnent, partant d'une ouverture ronde centrale par où passaient les cordes des clochers et retombant sur des encorbellements taillés en têtes humaines ou d'animaux. Un grand arceau, voûté en tiers-point, met le clocher en communication avec l'église. Au-dessus, on aperçoit la base de la tour carrée, démolie pour le placement de la charpente qui recouvre tout l'édifice.

Le reste de l'église a perdu tout caractère. Les murailles latérales portent la trace des arcs formerets de la voûte disparue, lesquels semblent plus jeunes que le clocher. L'abside a dû être démolie pour faire place à l'aile gauche du château du XVIIe siècle. Les proportions, et la forme de cette église du XIIe siècle, tout à fait inusitées dans une simple chapelle de château féodal, son éloignement relatif du château du XVe siècle, ne laissent .guère supposer que telle ait été sa destination primitive. Elle ressemble plutôt à une église paroissiale rurale.

Cette considération archéologique, jointe à quelques indications écrites mentionnées plus haut, donne donc quelque consistance à la tradition, dont nous avons parlé, qui place là l'ancienne église de Saint-Loup.

Le nom d'ancienne chapelle du château, qu'elle portait au dernier siècle, laisserait simplement supposer qu'elle fut affectée quelque temps à cet usage, après la construction de l'église du bourg au XVe siècle.

La façade septentrionale du château de Saint-Loup ressemble entièrement, sauf quelques légères différences dans les ouvertures du pavillon central, à celle de la cour d'entrée, décrite plus haut.

Un pont jeté sur le fossé, rempli d'eau vive, la met en communication avec une terrasse d'où l'on descend dans le jardin et d'où l'on communique à une longue allée de marronniers qui s'étend au loin sur le bord du canal jusqu'au Thoué.

De l'autre côté du canal se trouve l'orangerie, puis le grand parc sur le penchant du coteau. Contemplé de l'angle formé par la grande avenue de marronniers et la terrasse qui sépare le fossé du jardin, le château produit un effet merveilleux.

Mais ce sentiment de satisfaction artistique est douloureusement traversé par la tristesse que son état d'abandon et de délabrement ne peut manquer d'inspirer. On regrette que la noble famille qui le possède, retenue dans ce beau pays du Béarn, son berceau, ne vienne pas lui rendre la vie et la splendeur passée dont il est toujours si digne. Elle ne voudra pas laisser périr cette charmante œuvre architecturale.  L'art français qui l'a enfanté, et la ville de Saint-Loup, dont il est le plus bel ornement, en seraient inconsolables.

 

BÉLISAIRE LEDAIN

Officier de l'Instruction publique, Lauréat de l'Institut.

Paysages et monuments du Poitou photographiés par Jules Robuchon

 

 

21 Juin 1476 Château et forteresse de Saint-Loup -sur-Thouet, de Dercé et la conspiration contre Louis XI  <==

BÉLISAIRE LEDAIN Archéologue et collectionneur - Auteur d'ouvrages sur l'histoire du Poitou (Parthenay 1832-1897 )<==

==> Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania (LES GRANDES DATES DE L'HISTOIRE DU POITOU ) <==

 

 


(1)   Notice sur Saint-Loup, par M. Touchard, ap. Bull, des Antiq. de l'Ouest, VIII.

(2) Les pièces relatives à Saint-Loup qui ont échappé à la destruction sont mélangées avec les riches archives de Bressuire apportées dans le nouveau château de Saint-Loup vers 1780, par ordre de Jean d'Abbadie, possesseur .des deux baronnies.

(3) Recherches sur Airvault, par Beauchet-Filleau, 316.

(4) Dict. des familles de l'anc. Poitou, II, 165.

(5) Dict. des familles de l'ancien Poitou, II, 165.

(6) Ces armoiries étaient : d'or à trois jumelles de sable. (Dict. des fam. de l'anc. Poitou, II, 167.)

(7) Archiv. de la Vienne, G. 4, liasse 21.

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