1792 LES CANONNIERS ET LES CANONS DE LA GARDE NATIONALE PERMANENTE

L'exécution des décrets relatifs à l'organisation de la garde nationale dans tous les cantons fut impossible durant la seconde moitié de l'année 1792, comme précédemment (1).

 Le Conseil général du département renonça même à l'essayer dans le Bocage et le Marais de Challans, redoutant d'armer des paysans fanatisés, prêts à l'insurrection.

Mais il mit le plus grand zèle à fortifier les gardes nationales des petites villes, appelées à maintenir l'ordre dans les campagnes environnantes, en l'absence complète de troupes de ligne depuis le mois d'août 1792 jusqu'au mois de mars 1793.

Sous le commandement de Goupilleau (de Fontenay) et de Denfer du Clousy, la garde nationale du chef-lieu départemental se grossit au point de former un véritable bataillon, déjà pourvu d'un corps de cavalerie.

Il y manquait une compagnie de canonniers.

L'administrateur Moulins, ci-devant de Rochefort, fut chargé de l'organiser, et s'acquitta de sa mission avec un zèle que Mercier du Rocher (2) qualifie d'exagéré, car les artilleurs existaient avant qu'il n'y eût de canons.

 

Le 13 août, était écrite cette lettre (3) :

Au ministre de l’intérieur.

Monsieur,

Le conseil général du département a pensé qu'il était de sa prudence, dans la crise actuelle, de se procurer des canons; en conséquence il a arrêté dans sa séance du 26 du mois dernier qu'il en serait acheté quatre de fonte du calibre de 4 avec leurs affûts, avant-trains et tout ce qui est nécessaire pour le service de ces bouches à feu, et qu'on s'adresserait pour cet achat au sieur Dupont, commissaire des fontes au port de Rochefort.

 L'administrateur du département qui a été chargé de traiter avec ce commissaire des fontes pour la fourniture de ces canons, n'a pu parvenir à effectuer ce traité, le sieur Dupont lui ayant objecté qu'il n'avait point de matière à sa disposition et qu'il ne pouvait se charger d'en faire venir.

 Le commissaire du département, voyant qu'il ne pouvait pas remplir sa mission par cette voie, s'est adressé au chef de l'administration de la marine pour autoriser le sieur Dupont à fondre de vieux canons pour en faire quatre du calibre de 4 ou à extraire de l'arsenal de la marine la matière nécessaire pour cette fonte.

M. l'intendant du port a répondu qu'il ne pouvait prendre sur lui ce qu'on lui demandait sans l'aveu du ministre de la marine, mais qu'il fallait lui donner un mémoire à ce sujet, qu'il l'adresserait par le premier courrier au ministre, et qu'il t'appuierait. Cela a été exécuté.

 Le département a pensé, Monsieur, qu'il était de son devoir de vous instruire de sa démarche et de vous prier de concourir avec lui auprès du ministre de la marine pour obtenir l'autorisation dont il s'agit.

Nous nous flattons, Monsieur, que vous prendrez en considération la prière que nous vous faisons et que vous approuverez les vues que nous nous sommes proposées en arrêtant l'achat de ces canons, qui n'ont pour objet que de maintenir la tranquillité et le bon ordre dans le département.

Nous espérons, et nous en avons la confiance, que cette mesure ne sera que de précaution.

Les administrateurs du département de la Vendée réunis en conseil, C.-J.-Et. GIRARD, président; Ja-Mas COUGNAUD, procureur général.

 

 

Le ministre de l'intérieur, Roland, avisa, le 24 août, son collègue de la marine, Monge, et répondit:

Ne connaissant, Messieurs, aucune loi qui autorise les administrations de département à avoir à leur disposition des machines de guerre, il ne m'est pas permis d'autoriser la mesure que vous vous proposez, et c'est avec un véritable regret que je me vois dans l'impuissance de seconder votre zèle.

L'Administration départementale se décida à acheter elle-même, « à la fonderie d'Indret, deux pièces de canon en fonte de fer, du calibre de 4, avec leurs affûts de campagne, les munitions et les autres objets nécessaires à leur service ».

L'un de ses membres, Fillon, fut envoyé pour cela en commission à Nantes et solda la dépense, qui s'éleva à 3,674 livres 10 sous (4).

Dès lors, pour la double défense contre les ennemis du dehors et contre ceux de l'intérieur, fut essayée sur un plan uniforme l'organisation de compagnies soldées de canonniers à Fontenay et dans les autres districts; mais, quand le département demanda une subvention du gouvernement afin de couvrir cette dépense, il éprouva un refus catégorique.

 

Arrêté départemental du 20 septembre 1792, l'an IV de la liberté, l'an Ier de l’égalité.

L'assemblée, sur le rapport d'une pétition de plusieurs citoyens de la ville de Fontenay, convertie en motion par un des membres, tendant à ce qu'il soit accordé pendant trois mois une paye de douze sols par jour à chacun des individus composant la compagnie de canonniers qui s'est formée parmi la garde nationale de la même ville, pour indemnité du temps qu'ils doivent employer aux instructions propres à leur service;

Considérant que les pièces d'artillerie qui existent dans ce département exigent la formation de compagnies de canonniers auxquelles il est indispensable de donner les moyens d'instruction convenable ;

 Considérant que les citoyens qui emploient leur temps à une instruction profitable à l'intérêt général, ont droit à une indemnité capable d'assurer leur subsistance;

Que cette dépense, ayant pour objet la sûreté de la commune et les précautions que les circonstances rendent nécessaires tant contre les ennemis du dehors que pour repousser la malveillance dans l'intérieur, doit être supportée par la nation;

Que néanmoins soit que l'État l'acquitte, soit qu'elle reste à la charge du département, cette dépense exige des mesures propres à assurer l'exactitude des payements;

Que, la pénurie des fonds ne permettant pas de suivre la destination de ceux qui avaient un objet particulier, et de fournir en même temps les autres fonds nécessaires pour la solde des canonniers, il est indispensable de suspendre l'exécution d'une partie des travaux ordonnés, afin d'en appliquer le montant à cette solde; mais que, dans la détermination qui doit être prise à cet égard, l'assemblée doit conserver aux citoyens indigents des moyens de subsistance, en les employant à des ouvrages également utiles au bien public et à l'intérêt général; que sous ce rapport les ateliers de charité, chemins vicinaux, entretien et construction des grandes routes, ne peuvent souffrir ancune atteinte;

Le substitut du commissaire procureur général syndic entendu,

A arrêté et arrête ce qui suit :

ART. 1er.– Les citoyens composant les compagnies de canonniers, qui sont et pourront être formées dans les divers districts de ce département, recevront pendant trois mois, qui commenceront à l'instant où l'instruction pour chacune d'elles sera ouverte, la solde de douze sols par jour.

ART. 2. La paye aura lieu de huitaine en huitaine et sera faite par le capitaine de chaque compagnie, auquel les fonds nécessaires seront remis d'après l'état certifié qu'il produira du nombre effectif d'hommes qui aura assisté aux instructions.

ART. 3. Les avances pour la solde seront provisoirement faites par le département en conséquence les directoires de district sont autorisés à faire faire chaque semaine, d'après les états des capitaines de canonniers, l'avance de cette solde par leurs receveurs respectifs, et ils seront exacts à transmettre également chaque semaine l'état de ces mêmes avances au directoire de département, qui délivrera de suite les mandats de remboursement nécessaires sur les sols additionnels destinés à l'acquit de ses charges.

ART. 4. Le ministre sera invité à prendre en considération la nécessité de l'instruction des canonniers, l'avantage général qui en doit résulter, et de faire des efforts pour faire mettre à la charge de l'Ëtat les frais nécessaires pour cette instruction.

ART. 5. Dans le cas où ces frais resteraient au compte du département, et pour donner à l'administration les moyens de les acquitter ainsi que les autres dépenses que les circonstances rendraient indispensables, il ne pourra pendant la durée de la guerre être exécuté aucun des ouvrages d'art ou de nouvelles constructions à adjuger, dont les fonds ont été imposés en charges locales.

Signé LADOUESPE, président; Jh-Ms COUGNAUD, secrétaire général.

 

Le 26 septembre, cet arrêté fut adressé au ministre de la guerre, Servan, avec une lettre en expliquant «l'utilité générale pour la défense, s'il se présentait des ennemis sur les côtes ».

Le ministre de la guerre renvoya la communication à son collègue de l'intérieur, Roland, qui répondit le 31 octobre (5) :

 

Il n'est pas possible, Messieurs, d'accueillir cette demande parce qu'elle en occasionnerait de semblables de la part de tous les corps administratifs, lesquelles, si on y faisait droit, occasionneraient des dépenses considérâmes.

Je dois vous observer aussi qu'il ne vous est pas permis d'employer pour le payement de la solde dont il s'agit les sols additionnels aux impositions de votre département, et de leur donner par là une autre destination que celle à laquelle ils ont été appliqués. Aucune loi ne vous y autorise.

Vous ne pouvez que vous renfermer dans ce qui vous est prescrit par celle du 14 octobre 1791, article 16, section 3°, relativement aux exercices des gardes nationales.

Le Ministre de l'intérieur.

 

Le mois précédent, le même ministre Roland avait désapprouvé un arrêté du Conseil général des Deux-Sèvres, par lequel étaient appelés des volontaires en vue de former un bataillon spécialement destiné à maintenir la tranquillité dans le département.

 Par sa lettre du 19 septembre au substitut du procureur général syndic (6), l'homme d'État de la Gironde prouve combien peu son parti comprenait la gravité de la situation dans les départements de l'Ouest :

Au reste, l'Assemblée nationale se déterminera-t-elle difficilement à accueillir la demande du département des Deux-Sèvres, nos ennemis du dehors étant, dans ce moment, les plus à craindre, c'est contre eux que doivent se porter toutes nos forces. Celles de l'intérieur du royaume sont dans l'impuissance de nous nuire, depuis que la déportation des prêtres a été ordonnée et qu'il a été pris des précautions pour désarmer les citoyens suspects.

Ainsi, il y a lieu de croire que, tant que les corps administratifs les surveilleront avec attention, ils ne tenteront contre nous aucune entreprise.

Le département de la Vendée, lorsque les quatre cinquièmes de ses gendarmes lui furent enlevés, réussit à obtenir, au chef-lieu, l'enrôlement, pour le service intérieur, de 60 jeunes gens dont il forma un escadron de cavalerie, montée, habillée et équipée à ses frais.

Par ordre de l'autorité militaire, ce petit corps fut appelé à Angers et incorporé dans le 19° régiment de dragons (7)

 

ENLEVEMENT DES ARMES POUR PARIS

Par décret du 26 août, l'Assemblée nationale avait chargé deux de ses membres, députés de la Charente-Inférieure, Pierre-Charles Ruamps, précédemment administrateur du département, et Joseph Niou, ingénieur de la marine et maire de Rochefort, d'aller « chercher de l'artillerie » dans ce port pour la défense de la capitale, vers laquelle l'ennemi s'avançait à trente lieues.

Le 29, le décret fut expédié aux chefs de l'administration maritime, Le Dall de Tromelin et Charlot, avec une lettre du ministre Monge, expliquant que les commissaires devaient « requérir et faire passer à Paris toutes les armes et autres ustensiles de guerre qui se trouvaient dans les arsenaux de la marine, n'étant pas dans ce moment d'une nécessité absolue pour l'armement des vaisseaux de l'État ».

Le 31, sur la réquisition des commissaires Niou et Ruamps, fut dressé « un état des bouches à feu et munitions à faire partir de Rochefort pour Paris ».

Le 15 septembre, le ministre accusa réception à Tromelin de l'envoi qui avait été opéré, « ne pouvant donner que des éloges à la conduite tenue par lui dans cette circonstance (8).

Ainsi, non seulement rien ne fut fait pour aider les administrations vendéennes à préparer leur défense, mais la nécessité de tout employer pour repousser la première invasion vida les arsenaux où elles auraient pu puiser des armes et des munitions au moment du danger.

 

PRÉPARATION DE LA DÉFENSE DES COTES (9)

(Le Fort du Chapus, poste avancé du continent - François Michel Le Tellier, marquis de Louvois (1691)

On a vu combien, dès le mois de mai 1791, les patriotes de la Vendée, de Nantes et de toute la Bretagne redoutaient des débarquements d'émigrés sur leurs côtes avec le concours des ennemis séculaires, les Anglais (10).

En 1792, ils attendaient d’un moment à l’autre l’entrée de l’Angleterre dans la Coalition formée par l'Autriche et la Prusse.

La déclaration de la guerre maritime, retardée jusqu'au mois de février 1793, ne les surprit pas ils y applaudirent et les habitants des ports de toute la côte entre Saint-Malo et La Rochelle, ainsi que les populations de Belle-Isle et de l'île d'Yeu, de l'IIe-de-Ré et d'Oléron, s'élevèrent et se maintinrent avec une persévérance admirable à la hauteur du péril.

L'administration départementale de la Vendée, aux mois d'août et de septembre 1792, envoya des commissaires dresser procès-verbal de l'état des poudrières, corps de garde et batteries de côtes.

Elle adressa leurs rapports au commandant de la 12e division militaire, en lui signalant « les mauvaises dispositions » des maraîchins de Challans et les difficultés qui en résultaient pour la garde de Noirmoutier, de Bouin et du voisinage.

 

Le lieutenant général Verteuil répondit que «.M. de Lépinay, directeur de l'artillerie de l'IIe-de-Ré, priait les administrateurs de lui indiquer des officiers à mettre à la tête des postes à établir sur les côtes. Or, ce Lépinay était un royaliste, et une lettre saisie, adressée par sa femme à sa mère au commencement de 1793, contenait « l'espérance que cette année serait meilleure que la précédente », grâce à l'entrée des Anglais dans « la coalition pour la bonne cause (11) ».

Cependant, il est prouvé que la direction de l'artillerie de La Rochelle dressa, le 11 octobre 1793, un « état des bouches à feu, fers coulés, effets et munitions d'artillerie nécessaires pour l'armement des côtes de la Vendée », et que « le préposé au service national des transports fut chargé de les faire rendre sur les lieux (12) »

 Il y avait à fournir cinq canons de 18, pour les batteries de Saint-Nicolas et du Tranchet dépendant du port des Sables une pièce de 36 et deux de 18 avec leurs affûts, pour l'une des batteries de Noirmoutiers et une autre de la côte; un peu plus de 1,800 boulets et 3,000 livres de poudre à canon.

Il est très douteux que cette fourniture ait été faite. Car les ressources de la 12° division militaire étaient tellement épuisées à son chef-lieu que le général commandant Verteuil écrivait à son subordonné de Nantes, Marcé (13) le 13 octobre :

Je vous demanderai, cher général, un approvisionnement en boulets de différents calibres dont nous manquons à La Rochelle et villes voisines ce dénuement donnant de l'inquiétude aux citoyens, le directeur de l'artillerie en a écrit plusieurs fois au ministre de la guerre; il s'est même adressé pour cet objet au commandant de la marine, à Rochefort, qui, ne pouvant rien par lui-même, nous laisse toujours dans un état d'inquiétude que j'ai à cœur de faire cesser car, quoique cette partie de la République ne soit pas encore menacée par un ennemi extérieur, il n'en est pas moins sage et intéressant de pourvoir à l'avance à un état de défense respectable et tranquillisant pour les citoyens.

Je vous prie donc, cher général, de faire en cela tout ce qu'il sera possible de faire et qui pourra dépendre de vous, en m'indiquant de suite les quantités et calibres dont vous pourriez disposer en notre faveur car, quoique j'écrive aujourd'hui à ce sujet au ministre de la guerre, ainsi que les administrateurs du district, je serais fort aise de trouver auprès de vous des ressources qui seraient infiniment plus promptes et conséquemment beaucoup plus tôt satisfaisantes.

Le lieutenant général de Marcé, toujours à Nantes, s'occupait, avec un zèle sans cesse ravivé par les autorités de cette ville patriote, de la défense de l'embouchure de la Loire.

Il adressa au ministre de la guerre un mémoire dans lequel il exposait ses idées générales sur la garde des côtes de l'Océan.

 Ce mémoire, comparé à ceux de Canclaux, n'a pas grande valeur militaire; mais il prouve combien son malheureux auteur connaissait peu les populations de la région où il commandait et comment, par ignorance et non par trahison, il s'exposa à la déroute du 19 mars 1793.

 

Au ministre de la guerre (14)

Nantes, 30 octobre 1792.

J'ai pensé qu'un militaire patriote devait à la République, au Conseil exécutif, le compte de ses réflexions, de ses plans, comme de ses actions. Employé dans les départements maritimes, j'ai dû rassembler, non par de longs mémoires, mais par un aperçu général, positif et succinct, les moyens d'entretenir le calme au dedans et de repousser les attaques, s'il pouvait en être porté à la tranquillité publique et par les ennemis du dehors Le calme intérieur relatif à la force publique sera constant lorsque le chef militaire sera vraiment citoyen, lorsqu'il saura se concilier l'estime et la confiance non seulement des administrations, mais encore des citoyens en général. La force publique est et ne sera désormais que la réunion de toutes les gardes nationales dans une République organisée, sous l'empire de la liberté et de l'égalité, les troupes sont peut-être nécessaires pour la garde des forteresses et des frontières éloignées de la majeure partie des provinces de la République, mais l'administration, comme la défense de tout le reste, doit tirer sa force des citoyens de l'intérieur.

La surveillance, la défense des côtes paraît donc soumise à la capacité de l'officier général à qui l'on aura confié cette partie intéressante et surtout à l'emploi qu'il saura faire de la force publique sans gêner les citoyens, sans les nourrir d'inquiétudes, sans les fatiguer inutilement.

Quant au rassemblement et à la marche des citoyens armés, l'officier général qui aura reconnu des positions militaires et prévu, en homme de guerre, tous les mouvements de l'ennemi, quel qu'il soit, épargnera bien des fatigues à ses troupes et inspirera toute confiance aux citoyens.

Employé dans les départements maritimes de l'Océan, j'ai dû observer l'ensemble et les rapports de l'administration et de la défense des côtes depuis l'embouchure de la Seine jusqu'à la Gironde.

La côte du Nord, depuis Dunkerque jusqu'au Havre, sera confiée au commandement en chef de l'armée du Nord.

La côte de l'Ouest, depuis Blaye jusqu'à Bayonne, fera partie de l'armée des Pyrénées. Il ne s'agit ici que des côtes centrales et relatives à l'intérieur.

Le commandant en chef sera secondé par des officiers généraux chefs de division : l'un dans la 14e division, depuis le Havre jusqu'à Avranches; le second chef de division aura la l3°depuis Saint-Malo jusqu’à l'embouchure de la Vilaine ; le troisième chef aura la 12° division, depuis la Vilaine jusqu'à la Gironde.

 Des maréchaux de camp seront employés dans ces trois divisions, suivant les circonstances, particulièrement à Cherbourg, pour la 14e division ; à Brest et Lorient, pour la 13e division ; à l'île de Ré ou d'Oléron pour la 12e division.

La 22e division fera sans doute partie du commandement de la côte afin de rapprocher et réunir tous les moyens de la force publique.

Le département de la Charente et celui de la Vienne paraissent également devoir être réunis à la 12e division.

La presqu'île de Cherbourg demande à être surveillée dans tous les temps. Indépendamment de l'établissement de ce port qui peut recevoir un grand accroissement, cette pointe domine les îles de Jersey et de Guernesey, objet d'une jalousie continuelle, dont le voisinage protégera toujours les malveillants contre la France.

On ne doit pas imaginer qu'une puissance rivale puisse jamais tenter de s'établir sur notre continent; mais, s'il arrivait que Cherbourg et Granville fussent surpris et qu'un ennemi prît une position en avant sur la hauteur qui domine le ruisseau de ……(15), la droite et la gauche appuyées également à la mer, il faudrait alors un grand rassemblement de troupes pour le repousser.

On ne s'étendra pas sur l'importance des établissements de Brest et de Lorient, dépôts de la force et du commerce maritimes; un officier patriote y sera nécessaire.

On peut observer que le citoyen Canclaux, lieutenant général, a réuni les suffrages des administrations et des citoyens du Finistère.

Quant à La Rochelle et Rochefort, aux îles de Ré et d'Oléron, ce sont les boulevards du golfe de Gascogne.

 C'est au militaire vigilant à se préparer tous les moyens de sécurité, je ne veux pas dire de défense car il faut être persuadé qu'un ennemi se repentirait de toute entreprise, si jamais il tentait de nous inquiéter sur les côtes, lorsqu'un militaire expérimenté emploiera tous les moyens.

L'île d'Aix couvre la rade de Rochefort, comme l'île de Groix couvre l'entrée de Lorient et de Port-Louis. Belle-Ile, mieux fortifiée, plus étendue, couvre la côte du Morbihan. L'importance de ces postes est connue.

La presqu'île de Quiberon défend particulièrement les mouillages de cette partie. Tous ces postes doivent être observés militairement, mais sans inquiétude.

Je viens de former, par inscription seulement, trois compagnies de canonniers volontaire, pour le service de la côte. Ces compagnies, de cent hommes chacune, sont composées en majeure partie des employés des douanes nationales, occupés journellement par leurs fonctions à veiller sur la côte, depuis la baie de Bourgneuf jusqu'au fort Mindin, à la rive gauche de la Loire, et depuis l'embouchure de la Vilaine jusqu'à Saint-Nazaire, à la rive droite de la Loire.

La moitié de ces gardes ont servi dans les troupes de ligne ou dans la marine. Ils ne recevront un supplément de solde que dans le cas d'un rassemblement général. Ce rassemblement serait d'autant plus prompt au besoin que les corps de garde de ces employés aux douanes sont installés près des batteries qui sont établies sur la côte.

On s'est borné à donner un aperçu, un ensemble de surveillance sur les côtes de l'Océan, et non pas un plan de défense.

Tout plan définitif est une spéculation qui devient toujours soumise aux mouvements de l'ennemi. II annonce encore une infériorité que l'Ancien régime pouvait craindre.

Aujourd'hui toute la nation est une; tout ennemi serait accueilli sur-le-champ, s'il osait tenter une descente sur le territoire français. Un officier général saura prendre des positions militaires et préparer ses marches de manière à prévenir cet ennemi sur tous les points.

Les agitateurs au dedans seraient toujours contenus et dissipés par l'activité des gardes nationales, formées dans toutes les villes.

Les troubles naissants dans les départements de la Vendée et des Deux-Sèvres ont été dissipés d'une manière remarquable.

Les malveillants en armes furent investis par dix mille gardes nationaux accourus de tous les départements voisins. Les gardes nationales des villes éloignées de trente ou quarante lieues arrivèrent successivement. On aurait eu quarante mille hommes au besoin (16).

On observera, d'après cette rapidité de mouvement, que l'ensemble ne peut se calculer qu'en proportion de la population réunie. Les villes principales fourniraient les plus grandes ressources et donneraient l'exemple d'une volonté plus prompte. La solde peut suppléer alors aux besoins de ceux qui attendent leur subsistance d'un travail journalier.

Les campagnes doivent le même patriotisme ; mais les occupations constamment journalières des habitants de nos villages ne leur permettent de s'unir à la force publique que quand la cause sera tout à fait rapprochée d'eux, lorsqu'il faudra combattre un ennemi qui menace leurs foyers. Il n'y a plus d'apparence que nous soyons désormais dans le cas d'employer pour la guerre des bras si précieux pour la République.

Requis, le 2 janvier 1793, par le commandant du port de Rochefort, Le Gall de Tromelin, de fournir des garnisons pour les vaisseaux en armement, le commandant de la 12e division militaire, Verteuil, exprime, le 5, « son embarras extrême ». En même temps, il réclame du ministre de la guerre des ordres précis, car il n'a pas de troupes disponibles, ni pour embarquer, ni pour subvenir à la défense de l'entrée des rivières, des îles et des côtes, en cas de guerre par mer. Comment se procurer ces troupes? demande-t-il.

…..Sera-ce par les moyens indiqués dans la loi du 9 septembre dernier, qui autorise les commandants, dans les départements maritimes, à requérir le nombre de gardes nationales qu'ils jugeront nécessaires pour la garde des forts, châteaux et places des côtes et frontières maritimes? Mais, pour cela il faut un décret de la Convention nationale ou au moins les ordres du Conseil exécutif ? Or je n'ai ni l'un ni l'autre.

Nos magasins sont sur le point d'être évacués les effets de campement nous manquent l'armement des gardes nationales est incomplet. Nos concitoyens s'alarment, et je me trouve, malgré toute ma bonne volonté à bien défendre mon poste, dans l'impossibilité, faute de moyens et d'ordres, de faire à l'avance les dispositions nécessaires pour repousser un ennemi qui viendrait nous attaquer (17).

Le 22 janvier, la Convention nationale, inquiète de cette situation, décrète l'envoi de trois commissaires pour inspecter les côtes de l'Océan et veiller à leur défense, de Bayonne à Lorient Joseph Niou, déjà en mission; Narcisse Trullard (de la Côte-d'Or), officier du génie; Mazade (de la Haute-Garonne), ancien conseiller du roi près le tribunal de Castel-Sarrazin.

Aussitôt après leur arrivée, le général de Marcé est chargé de s'occuper de la mise en état de défense de toutes les côtes de la 12e division militaire.

 

A ce propos, les administrateurs de la Vendée écrivent à ceux de la Loire-Inférieure (18) :

Fontenay-le-Peuple, 15 février 1793.

 

Citoyens et collègues,

Nous avons prévenu les districts de notre territoire de la tournée que doit faire le lieutenant général de Marcé pour mettre en état de défense les côtes de la 12e division. Puisse-t-il stimuler sur la route les officiers qui négligent leurs fonctions, et leur inspirer par son exemple les vertus républicaines.

 Quant à nous, nous surveillerons avec la plus grande activité tous ceux de ces fonctionnaires qui manqueraient à leurs devoirs, et nous poursuivrons leur destitution auprès du Pouvoir exécutif et de la Convention nationale.

Signé ESNARD, pour le président, et J. Mas COUGMAUD, secrétaire général.

 

Le 26 février, de La Rochelle, Verteuil fait savoir au Ministre de la guerre (19) qu'il n'a, pour exécuter l'instruction relative à la défense des côtes et villes maritimes, que « des rassemblements de gardes nationales et qu'il ne saurait les organiser en nombre aussi considérable qu'il le faudrait pour garantir des attaques les îles et les points fortifiés, n'ayant point d' officiers généraux :

…..Veuillez donc bien, dans ces circonstances pressantes, m'envoyer le plus promptement possible deux maréchaux de camp et un adjudant général, pour coopérer ensemble à la sûreté de la 12e division. Je vous rappellerai à ce sujet une demande du 10 de ce mois, pour le grade de maréchal de camp en faveur du général Boulard, colonel du 60e régiment (20), ainsi que celle que je vous ai faite de l'adjudant général Thévenot, ci-devant directeur de la fonderie d'Indret.

LA LEVÉE DES MARINS

Les premiers essais du système des classes, substitué par Colbert à la presse, pour le recrutement de la marine du roi, avaient été faits, on le sait, sur les côtes des provinces d'Aunis, de Saintonge et de Poitou.

L'inscription maritime, définitivement organisée par l'ordonnance du 31 octobre 1784, ne fut point abolie par l'Assemblée constituante. Ses lois du 31 décembre 1790, du 18 mars et du 29 avril 1791 ne changent rien au mode de recrutement des marins elles ne font que supprimer les privilèges relatifs à la promotion aux grades elles régularisent, en l'améliorant, le régime des demi-soldes et pensions pour les gens de mer et leurs familles.

Au début de leur institution, quelques administrations de district et de canton des régions maritimes du Poitou et de Bretagne qui avaient cru les tribunaux d'amirauté et les prévôtés de la marine abolies, s'étaient immiscés dans les fonctions de leurs officiers, ou leur avaient refusé leur concours, et même, comme en Vendée, dans le Finistère, avaient fait mettre les scellés sur leurs greffes.

Au mois de mars 1791, une circulaire des deux ministres de l'intérieur et de la marine aux départements maritimes de l'Ouest mit fin « à ces désordres et excès également contraires à la justice et à l'ordre public », les amirautés et prévôtés subsistant, le règlement des affaires maritimes restant exactement le même que par le passée (21).

Parmi les lois militaires qui suivirent la Déclaration du danger de la patrie, il en fut fait une, le 25 juillet 1792; pour excepter les marins des réquisitions vers les frontières de l'est et du nord, et pour préparer leur levée en cas de guerre sur mer.

 Gaspard Monge, ministre de la marine après le 10 août, en adressant cette loi aux commandants des ports, leur prescrivait de dresser « un nouvel état des levées des marins et de leur distribution dans les quartiers maritimes (30 septembre).

 Le 16 octobre, il réclamait d'eux « un état mensuel des quartiers des classes des gens de mer, à fournir dans les premiers quinze jours de chaque mois ». Il ordonnait en même temps de réorganiser les syndicats et de faire prêter à tous les inscrits maritimes le serment nouveau de fidélité à la Nation, à la Liberté et à l'Égalité.(22)

La levée des matelots, quartiers-maîtres et officiers mariniers des Sables, s'effectua le 20 février 1793. Elle fournit 108 marins 4 autres inscrits rejoignirent le 14 août suivant.

Du faubourg de la Chaume, partirent le même jour, 20 février, 39 hommes de mer, et autre le 29 ventôse an II.

La levée de Croix-de-Vie produisit, les 20 et 22 février, 15 hommes; 3 partirent le 14 août.

La levée de Saint-Gilles en fournit 2, le 22 février 1793.

C'était le contingent régulier, et il ne se produisit ni refus de partir, ni désertion en raison des événements politiques (23).

Le patriotisme des fils de la Vendée maritime fut exemplaire durant les guerres de la Révolution.

Il y avait vingt à vingt-cinq marins des ports vendéens sur le Vengeur et à la bataille navale du 13 prairial an II (24).

 Si les nobles, qui s'étaient illustrés dans les dernières guerres maritimes de la monarchie, les Du Chaffault, les Vaugiraud, les Grimouard, refusèrent leurs services à la France républicaine, ils furent glorieusement remplacés par des plébéiens, tels que les frères Collinet, Gizolme, Moreau, Gautier, Monnereau et surtout René Guiné, qui fut, durant vingt ans, la terreur des Anglais dans le golfe de Gascogne.

 

 

La préparation de la guerre de Vendée, 1789-1793. Tome 2  par Ch.-L. Chassin

 

 

 

Le régiment Royal-Niort créé par Louis XIII par lettres patentes prises au Siège de Saint-Jean-d'Angély le 26 juin 1621. <==

1747 Naufrage du navire marchand à deux ponts « La Placellière »- Les canons du fort Saint Nicolas aux Sables d'Olonne <==

14 avril 1758 RÈGLEMENTConcernant le service de la Garde-Côte dans les provinces de Poitou, Aunis, Saintonge et Iles adjacentes <==

Les fonderies de la marine du Ponant - Rochefort et les forges de l'Angoumois - Périgord <==

 

==> L’insurrection vendéenne 1793 (plan- dates)

==> RORTHAYS UNE FAMILLE VENDÉENNE PENDANT L’INSURRECTION Notice sur les massacres de Noirmoutier en l'an II

==> LES MARINS VENDÉENS SUR LE VENGEUR A LA BATAILLE NAVALE DU 13 PRAIRIAL AN II (1er juin 1794).

 

 


 

(1). Compte du Directoire au Conseil général, p. 213

(2) Mémoires inédits, 1er cahier.

(3). Arch. nat. F'130.

(4). Compte du Directoire au Conseil général pour 1792,, p. 127,

(5). L'arrête, la lettre d'envoi et la réponse ministérielle sont aux Archives nationales, F° 150.

(6). De la collection Fillon, citée dans l'inventaire Etienne Charavay, t.1er p. 228-229.

(7). Fait mentionné dans l'adresse que le directoire du département de la Vendée envoya à la Convention, vers la fin de 1793, pour se défendre contre les accusations de fédéralisme; adresse conservée dans la collection Fillon-Dugast-Matifeux, et dont la première partie a été produite au commencement de l'ouvrage de Louis Prévost de la Boutetière, Le chevalier Sapinaud et les chefs vendéens du centre. (Niort, chez Clouzot, 1869, petit in-8".)

(8). D'après le registre manuscrit des lettres du ministre, à la bibliothèque de la marine du port de Rochefort.

(9). Il manque à l'histoire de la marine française toute une page importante, celle qui devrait contenir les efforts considérables faits de 1793 à 1800, pour la défense des côtes de l'Océan et le ravitaillement de la République bloquée par la Coalition européenne. Nous avons trouvé un grand nombre de documents inédits sur ce sujet d'un si grand interet national. Nous les réservons pour un ouvrage spécial. Nous ne donnons ici que ce qui se rapporte à la guerre civile de la Vendée.

(10). V. ci-dessus, t. 1er, ch. XIV.

(11). Mémoires inédits de Mercier du Rocher, 1er' cahier.

(12). Cet état se trouve, autographe, dans la collection de M. Charier-Fillon, mais il est en partie déchiré.

(13). D'après l'extrait conserve à la Bibliothèque de la ville de La Rochelle, manuscrit 676, fol. 92 et qui nous a été communiqué par M. Georges Musset.

(14). Arch. adm. de la guerre; dossier du général de Marcé.

(15). Le ruisseau n'est pas indiqué.

(16). Cela se rapporte à la vive répression de l'insurrection des 22-24 août 1792, dans le district de Châtillon-Bressuire. Voir plus loin, tome III, ch. xxx.

(17). Arch. histor. de la guerre; armée de la réserve, 2 et 5 janvier 1793.

(18). Arch. du départ. de la Loire-Inférieure dossier Vendée, pièces isolées.

(19). Arch.adm.de la guerre; dossier de Verteuil.

(20). Le futur général de l'armée des Sables du mois d'avril au mois d'août 1793.

(21). Cette circulaire est aux Archives nationales, F°'438.

(22). Recueil manuscrit des Lettres du ministre, à la Bibliothèque de la Marine du port de Rochefort, aux dates.

(23). D'après le relevé nom par nom, qu'a bien voulu faire pour nous, en 1869, le commissaire maritime du quartier des Sables-d'Olonne, M. Dusser, actuellement à La Rochelle;

(24). Voir plus loin, Appendice n° 8.