Fontevraud juillet 1589 le roi de Navarre étant à Saumur vient visiter la chapelle Notre-Dame-de-Liesse de l’Abbesse Éléonore de Bourbon

Aux XVIe et XVIIe siècles, les Abbesses de la famille des Bourbons, bénéficiant de l’appui royal, font de Fontevraud un centre spirituel et intellectuel.

Ce renouveau est accompagné d’une rénovation des lieux et de la construction de nouveaux bâtiments :

«  Partout, qu’il pleuve ou qu’il vente, l’Abbesse de Fontevraud a rente. »

Quelques années après que l'abbesse Éléonore de Bourbon (1) ait intégré le clos dès lors dénommé "Bourbon" à l'ensemble monastique (1578), elle fait édifier là une chapelle entre 1589 et 1591, pour 10.914 livres :

 

 

La Vignerye de présent appellée Bourbon.

Aultres mises faictes en l'année 1580, par très illustre et religieuse princesse Madame Eleonor de Bourbon, abbesse de Fontevrault, pour mettre en enclos ladite abbaye, le lieu de la Vygnerye, de présent appelle Bourbon, tant pour se retirer en temps de contagion et autre besoing et changement d'air d'Elle et pour la consolation de ses religieuses. Somme totalle...

Aultres mises faictes par madicte Dame pour faire bastir le pont pour aller de son logis et gallerye au lieu de Bourbon, le grand chemin estant dessoubz le pont.

Premier. Auxperriers, etc.. Somme totale...

Autres mises faictes par Madame pour faire bastir audit Bourbon ung corps de logis. Somme totale...

Madite Dame se délibéra de bastir une infirmerie tout de neuf (2).

 

Premier. Madame a payé comme appert par les mises particulières, etc.. Somme totalle...

Sensuyt la mise faicte par madite Dame tant pour achapter les meubles, etc., poisleryes, vaisselles, landiers, coytis et tout aultre meuble cy appres déclaré pour garnir lesdites enfermeryes. Somme totalle...

Sensuyvent les mises faictes en la construction de la chapelle de Bourbon, petit logis et autres deppendances (3) en pierre, boys, ardoyse, mains de maçons, tailleurs de pierres, charpentiers, menuziers, peintres et vitriers, commençant le Ier jour de mars l'an 1589 (2) et finissant l'an 1591. Somme totalle ……

 

La chapelle de Bourbon était consacrée à Notre-Dame-de-Liesse.

 

Les travaux de la chapelle de Bourbon étaient à peine commencés lorsque l'abbesse reçut la visite de son neveu, Henri de Bourbon, roi de Navarre.

Un mémoire du temps raconte ainsi la réception du futur roi de France dans le monastère de Fontevrault:

« Au mois de juillet de l'année 1589 le roy de Navarre estant en la ville de Saumur avec toute sa maison, donna advis à Madame l'abbesse de Fontevrault, dame Éléonor de Bourbon, sa tante, soeur aisnée du feu roy, son père, qu'il l'iroit veoir.

 Cette dame résolue de bien recevoir ce prince, ne l'ayant veu il y avoit longtemps, sachant qu'il approcboit, le vint attendre à la porte de son abbaye, accompagnée d'un grand nombre de ses religieuses.

Le roy de Navarre estant à cbeval dans la court et voyant que lad. dame l'attendoit à la porte de l'abbaye, mit pied à terre et tenant son chapeau en la main, la vint baiser les larmes aux yeux.

L'ayant salué, elle lui présenta la dame de Lavedan, l'une de ses religieuses qui luy succéda en lad. abbaye, et lors lad. dame luy dit : Monsieur mon nepveu, entrez s'il vous plaist en cette maison où je vous donneray à soupper, et le roy entra seul.

En ce mesme temps arriva en lad. abbaye Madame la princesse de Conty, veuve du feu comte de Montafier et mère de Madame la comtesse de Soissons, qui fut receue en même temps que le roy de Navarre.

Le souper fut faict en une grande salle tendue de tapisseries de toille de Hollande par bandes reseul recouvert avec des carrez de point couppé; le daiz avec sa queue estoit de mesme.

Lad. dame abbesse estoit assise en haut bout de la table, le roy de Navarre au milieu et Madame la princesse de Conty au bout, tous trois d'un mesme costé.

La viande fut apportée par plusieurs religieuses vestues ainsi qu'elles sont quand elles chantent au choeur.

A la teste, il y avoit une religieuse qui portoit un baston en main comme font les maîtres d'hostel des roys. Au haut de ce baston estoient les armes de la maison de Bourbon.

La dame de Lavedan, de laquelle est parlé en dessus, servoit d'eschanson, ayant à ses costez deux de ses compagnes, l'une desquelles servoit de tranchant et l'autre de servant.

Le premier service achevé, celle qui servoit de maistre d'hostel retourna au second service et ainsy au troisième.

Le Benedicite comme les grâces furent dites par deux religieuses qui estoient à eosté de celle qui servoit de maistre d'hostel.

Le soupe parachevé, le roy, Madame l'abbesse, la princesse de Conty devisèrent longtemps ;

puis le roy de Navarre fut mené par Madame la princesse de Conty coucher en une maison où estoit logée lad. dame, qui est en la basse court et qu'on nomme la maison des eslrangers, d'où il partit le lendemain matin pour s'en retourner coucher à Saumur. (Mss. de la Bibl. nationale, Fonds Colbert, t. CXL, fol. 190.)

 

Ceste Dame et illustre princesse a employé l'argent de son prieuré de Prouillé (4) a entretenir tousjours aux estudes deux ou trois religieux de l'Ordre, lesquels ayant estudié elle en envoyoit d'autres.

Elle avoit grand zèle d'augmenter le bien de la maison et travailla fortement pour obtenir du Roy Henry IV l'exemption des décimes.

Elle a donné à l'église une chapelle de veloux cramoisy a fond d'argent : chasuble, tunicques et la chappe, avec plusieurs reliquaires d'argent doré.

Elle a fait faire deux petits tabernacles, un pour le Grand Moustier et l'autre pour l'Habit qui sont en broderie de bon or.

Elle avoit désiré d'avoir quelqu'une de Mesdemoiselles ses niepces, Dieu inspira à Madame la duchesse de Guyse (5), par la permission du Roy, de luy donner Mademoiselle Jeanne de Lorraine, sa filles, aagée de 10 ans, quelle luy amena en 1596, et arriva icy le 29 juillet.

 Elle donna le jour de la vestition, le 3 d'aoust, une belle chapelle : chasuble, deux tuniques, chape, deux paremens, le tout de drap d'or frizé et figuré de velours cramoisy. Une pièce de toille de Hollande pour faire aulbes et amictz. Plus une Nostre-Dame d'argent doré assez grande. Plus trois cents escuz d'entrée et cent escus de pension pour le convent et cinquante pour son entretien particulier.

Madame sa mère arriva ensuite pour la profession de sa fille, au commencement d'octobre 1602, qui fut professe le dimanche 1er dudit mois.

Elle demeura icy deux ans entiers. Ayant esté pourveue du prieuré de Prouilhé (7), elle sortit de cette maison pour y aller le samedy des Quatre-Temps de septembre 1604.

 

Cette chapelle ne semble pas connaître d'autres phases majeures de travaux dans les deux siècles qui suivent.

Saisie comme bien national, elle est vendue au sein du lot qui comprend tous les bâtiments du Clos Bourbon, en 1796.

Encore en place à cette date, elle est déjà détruite en 1813 (absente du cadastre napoléonien) : sa démolition (sans doute vers 1800-1810) est probablement à mettre en relation avec l'activité de salpêtrier qu'exerçait le nouveau propriétaire du Clos, le notaire Jean Hudault.

La chapelle Notre-Dame-de-Liesse, aujourd’hui disparue, se trouvait au sein du parc du Logis Bourbon, grands jardins de l’abbaye, séparé du village par un mur dans lequel on discerne ici un vieux portail sculpté.

Ce porche donnait directement accès à la chapelle qui permettait au prêtre d’y acceder sans s’introduire dans la clôture de l’abbaye, réservée aux femmes.

Les vestiges de la chapelle ont été classés parmi les monuments historiques par arrêté du 12 octobre 1962 (protection confirmée par un second arrêté du 28 août 1989).

 

 

 

Mémoires de la Société académique de Maine et Loire

 

 

Liste des abbesses de l'abbaye de Fontevraud <==.... ....==> Mémorial des Abbesses de Fontevrault issues de la Maison Royale de France accompagné de Notes Historiques et Archéologiques

 

 


 

 
(1)    Éléonore de Bourbon (1532-1611), Sœur d'Antoine de Bourbon, duc de Vendôme et roi de Navarre, père du futur roi de France Henri IV, abbesse de Fontevraud à partir de 1575.

Le 2 août 1589, à 37 ans, le roi Henri III, sans descendance, est assassiné. Le royaume de France est déchiré, depuis 1585, par la huitième guerre de religion.
Avant de mourir, Henri III reconnaît son beau-frère et cousin, Henri de Navarre, comme son successeur légitime ; Henri de Navarre accède au trône de France sous le nom d'Henri IV en vertu des règles de succession.
Mais la majorité des catholiques français et la Ligue catholique tente de s’opposer à l’accession d’Henri de Navarre au trône de France, parce qu’il est protestant.

Les Guerres de Religions en dates 

LA REFORME - GUERRES DE RELIGION La Réforme est la plus grande révolution sociale qui se soit produite en Europe jusqu'à la Révolution française. Avant les prédications de Luther, toute l'Europe occidentale était catholique et reconnaissait la suprématie morale du pape; mais après, l'Europe se partagea en deux groupes longtemps hostiles : le groupe des États catholiques et celui des Etats protestants.

(2). infirmerie était située auprès de l'église de Saint-Benoît.

(3). Une des dépendances de Bourbon était destinée aux malades, elle se nommait le Châtelet.

(4). Le prieuré de Notre-Dame de Prouilhé ou Prouillé (Sancta Maria de Prouilhiaro aliàs de Prouilho), diocèse de Saint-Papoul, avait été fondé par saint Dominique en 1206.

(5). Catherine de Clèves, comtesse d'Eu, avait épousé : 1° Antoine de Croy, prince de Portien ; 2° Henri de Lorraine, duc de Guise, etc., pair et grand-maître de France, chevalier des Ordres du Roi, général de ses armées, gouverneur de Champagne et de Brie, assassiné à Blois avec son frère le cardinal de Guise, par ordre du roi Henri III, le vendredi 23 décembre 1588. De son second mariage Catherine de Clèves eut quatorze enfants. Elle mourut à Paris dans l'hôtel de Clèves, près du Louvre, le 11 mai 1633, étant âgée de 85 ans. Son corps fut inhumé dans le choeur de l'église du couvent des Jésuites qu'elle avait fondé à Eu.

(6). Jeanne de Lorraine fut la dernière enfant née du mariage de Henri de Lorraine, duc de Guise, avec Catherine de Clèves. Elle fut successivement prieure de Prouilhé, et abbesse de Jouarre, où elle mourut le 8 octobre 1638, dans sa 52e année; elle fut inhumée dans le choeur de son église abbatiale qu'elle avait fait reconstruire.

(7). Ce prieuré, qui dépendait de l'Ordre de Saint-Dominique, était très-riche.