1478 Philippe de Commynes, seigneur d'Argenton, reçoit Louis XI dans son château d'Argenton

Philippe de Commynes, né dans une famille de la noblesse flamande au château de Commynes en 1445, était un des diplomates les plus avisés de Charles le Téméraire.

En préférant la paix, il quitta le camp des Bourguignon dans la nuit du 7 au 8 août 1472.

Au début du mois de septembre, il arriva aux Ponts-de-Cé, auprès de Louis XI.

Philippe de Commines, venait de passer au service de Louis XI, qu'il avait délivré des mains de son ennemi lors de l'entrevue de Péronne.

 Le roi avait conquis un trop précieux auxiliaire à sa politique si française de l'unité nationale pour qu'il ne cherchât pas de suite à le récompenser largement.

Dès le mois d'octobre 1472 il lui accorda une pension de 6,000 livres à laquelle il ajouta presque en même temps le don des seigneuries de Talmond, Olonne, la Chaume, Curzon, Château-Gauthier, Bran et Brandois, qui formaient une notable portion de la vicomté de Thouars, extorquée naguère par lui au vicomte Louis d'Amboise.

De la même manière, Odet d'Aydie rallia à son tour Louis XI en novembre.

Il négocia en outre son mariage avec Hélène de Chambes, fille de Jean de Chambes, seigneur de Montsoreau, qui depuis dix ans se ruinait en procès pour conquérir l'héritage des d'Argenton.

 Ce seigneur, dévoué à la politique royale, accepta cette union avec d'autant plus de satisfaction, que Louis XI, qui s'était transporté dans ce but à Montsoreau, le 26 janvier 1473, l'y avait fortement disposé par le don d'une pension de 4,000 livres et par la perspective non moins puissante de la solution de ses contestations de famille.

En effet, le lendemain même, 27 janvier 1473, le contrat de mariage de Commines avec Hélène de Chambes, passé à Chinon, stipulait que Jean de Chambes et sa femme Jeanne Chabot cédaient à leur fille et à leur futur gendre les seigneuries d'Argenton, les Mottes-Couppoux, l'Hérigondeau, le Beugnon en Gatine, Vauzelles, Gourgé, Pressigny, Souvigné, la Vacheresse, Agenais, avec tous leurs droits et prétentions, moyennant 50,000 écus d'or dont 20,000 formaient la dot d'Hélène et 30,000 furent payés au seigneur de Montsoreau par Commines, avec l'argent du roi (2).

Devenu seigneur d'Argenton, Commines intenta une action à Louis Chabot, l'adversaire de Chambes, l'accusant d'avoir obtenu l'arrêt de 1469 par faux titres et faux témoins.

Il le fit emprisonner à la Conciergerie et obtint un arrêt du parlement, du 10 juillet 1473, le déclarant faussaire, déchu de l'arrêt de 1469 et condamné à une amende de 15,000 livres qui furent données à Commines par le roi.

Peu de temps après, Louis Chabot, fatigué d'une si longue lutte, transigea avec Commines auquel il céda tout son droit à la seigneurie d'Argenton, moyennant l'abandon en sa faveur de l'amende de 15,000 livres (3).

Depuis longtemps déjà la ville d'Argenton avait atteint le développement qu'elle a conservé jusqu'à nos jours.

Le château et les églises existaient dès le XIe siècle: Saint-Georges situé dans le château, Saint-Gilles au milieu de la ville.

L'aspect du vieux château, qu'allait bientôt faire reconstruire Commines, ne serait pas facile à décrire, mais sa situation et sa configuration générale, de forme triangulaire, n'ont probablement guère changé, même après les travaux du xve siècle.

Placé au nord de la ville sur les coteaux escarpés de l'Ouère et de l'ancien étang seigneurial, il était entouré d'une forte muraille garnie de tours, celle de l'Ormeau à l'angle de l'ouest, celle de l'Horloge, celle de la Fauconnerie, celle de l'Étable, celle des Gardes et celle dite Tour carrée.

La porte principale était au sud du côté de la ville près la tour des Gardes.

Une poterne au nord conduisait à la porte et au pont Cadoré sur l'Ouère non loin de son confluent avec l'Argenton.

L'enceinte fortifiée de la ville, reliée à celle du château, n'est pas sans doute aussi ancienne que lui, mais elle doit remonter vers la fin du XIIe siècle ou au commencement du XIIIe.

Elle suivait les hauteurs de l'Ouère au nord, traversait un plateau assez étroit à l'ouest où s'ouvrait la porte Viresche, gagnait la vallée de l'Argenton dont elle côtoyait les pentes au sud et à l'est.

De ce côté s'ouvrait la porte du Pont neuf, anciennement porte Gaudin. Le Pont neuf portait ce nom dès 1442, et auprès se trouvaient les moulins seigneuriaux du même nom. Plus loin s'ouvrait la porte de l'Abreuvoir ou porte Biart par où l'on arrivait du

Portrait de Philippe de Commines, d'après un dessin à la sanguine du Musée d'Arras.

pont Cadoré à la grande place en contournant le pied du château. Parmi les tours de l'enceinte urbaine, les documents ne citent que la tour Brasmin dont la situation semble devoir être assignée non loin de celle de l'Ormeau.

Dans l'intérieur de la ville, il y avait une halle et quelques petites places dont l'une dite carrefour de Nlauconseil.

En dehors, presqu'en face de la porte Viresche, était le cimetière et l'ancienne chapelle de Notre-Dame fondée au XIIe siècle.

Dans le cimetière, il y avait un charnier avec une lampe funéraire pour l'entretien de laquelle une pieuse femme, Jeanne Bonnaudin, de la paroisse Saint-Gilles, légua une rente de 12 deniers' en 1384.

Ces terrains sont aujourd'hui occupés par l'école communale. De la porte Viresche on allait au pont de Vautibus sur l'Ouère par le faubourg Sainte-Radegonde. Le bourg neuf s'étendait au sud-ouest au-dessous des murs.

 Enfin, au nord du château, au delà de l'Ouère, se trouvait le bourg Giroire communiquant il la ville par le pont Cadoré, appelé, au XVe siècle, pont du bourg Giroire (4).

Commines, que nous ne considérons ici que comme seigneur d'Argenton, transforma ses nouveaux domaines par ses constructions et son intelligente administration.

Dès l'année 1473 il se mit à l'œuvre. Les fossés, les tours et les chambres du château d'Argenton furent réparés et nettoyés.

La salle du château ainsi que l'église furent recouvertes en ardoise. La halle fut aussi réparée.

En 1474, le pont et la chaussée de Vautibus furent reconstruits par un maître des œuvres nommé Étienne Guillegot.

Le compte, qui nous révèle ces détails, dressé le 25 décembre 1475 par Guillaume de Nouyer, receveur de la baronnie, nous donne en même temps les noms des autres officiers seigneuriaux : Jean Favereau, sénéchal ; Regnault de Noyer, châtelain; Guillaume Girardeau, procureur; Michellet Thierry, capitaine du chàteau (5).

Nommé successivement sénéchal de Poitou (1476), capitaine des châteaux de Chinon et de Poitiers (1477), confident intime de Louis XI, instrument habile de ses volontés dans toutes les affaires de l'Etat, Commines parvint rapidement au comble de la puissance.

Il était sans contredit le premier personnage du royaume après le roi.

 

Au retour de son ambassade à Florence, à la fin de l'année 1478, il reçut Louis XI dans son château d'Argenton.

 Le monarque ne trouva pas, sans doute, cette demeure digne de son favori. C'est vers cette époque, en effet, qu'il commença à lui donner des subsides annuels de 1,000 livres pour sa reconstruction (6).

Le grand corps de logis fut bàti en 1479 et 1480. Il joignait, d'après un vieux compte, à la vieille salle et greniers joignant aux fossés devers le bourg Giroire, d'une part, et d'un bout au gardouer et chemin allant de la ville au dit bourg, et d'autre bout ait jardin du dit lieu et d'autre côté à la petite cour du château. Il coûta la somme alors considérable de 60,000 francs.

La vieille salle dont il vient d'être question fut réparée. Commines fit bâtir en outre deux cuisines et une citerne, une grange couverte en ardoise ; il fit reconstruire la grosse tour de la porte du château, celles de l'Horloge et de la Fauconnerie, munies de mâchicoulis, la nef de la chapelle à laquelle il ajouta plus tard, en 1493, un petit oratoire particulier pour lui et son épouse.

Il fit aussi enduire à neuf et réparer les murs de l'enceinte et créa un étang pour la défense du château, du côté de l'Ouère. L'ensemble des dépenses pour le château s'éleva à 72,500 livres.

Enfin l'auditoire et la halle d'Argenton, le Pont neuf et le pont Cadoret, les moulins du Pont neuf furent réparés (7).

Nous omettons les autres travaux accomplis dans les diverses dépendances de la baronnie, au château de la Motte-Coppoux, à Vauzelles, à la Vacheresse, etc.

Le roi, frappé d'une première attaque d'apoplexie au mois de mars 1481, à Forges, près de Chinon, appela en toute hâte d'Argenton son fidèle Commines.

Celui-ci le soigna, sans le quitter un instant, durant quarante jours.

Une nouvelle attaque qui atteignit Louis XI, à Thouars, au mois de décembre 1481, mit sa vie en danger.

Commines le voua à saint Claude et, le voyant revenir un peu à la santé, l'emmena à Argenton, où il séjourna un mois.

Le roi, accompagné de ses conseillers, y reçut une ambassade du duc de Bretagne qui venait régler divers conflits survenus sur les frontières de leurs États, en bas Poitou.

Puis il retourna à Thouars, où il rendit plusieurs ordonnances. Commines fut chargé, à cette époque, d'une mission auprès du duc de Savoie. Il trouva à son retour la santé de Louis XI très chancelante.

Ce prince se retira au Plessis-lez-Tours, où, malgré les terreurs de la mort, il continua à s'occuper des affaires du gouvernement. Commines lui envoya, pour dissiper ses sombres pressentiments, des danseurs et joueurs d'instruments du Poitou.

Il assista à ses derniers moments, le 30 août 1483 (8).

 

Cet événement si grave pour le seigneur d'Argenton n'ébranla point son crédit pour le moment, mais le livra sans défense aux poursuites judiciaires des enfants de La Trémoille, qui n'avaient cessé de demander la restitution de la vicomté de Thouars et des terres de Talmond confisquées jadis par Louis XI.

Commines, possesseur de Talmond en vertu d'une donation royale, avait joué, depuis l'origine du procès, en 1476, un rôle intéressé et assez peu honorable sur lequel il n'y a pas lieu de s'étendre ici.

Il se retranchait pour sa défense derrière cette donation dont il soutint la validité.

Le parlement, éclairé par une enquête minutieuse qui révéla les manœuvres frauduleuses auxquelles il avait pris part, le condamna, par arrêt du 22 mars 1486, à la restitution de Talmond et des fruits perçus depuis sa mise en possession.

 

Commines refusa de livrer Talmont aux commissaires.

 

Le roi Charles VIII ordonna alors, le 10 juin 1486, la saisie de tous ses biens pour sûreté du payement de la somme de 11,693 livres due aux La Trémoille en vertu de l'arrêt.

 Un sergent royal du bailliage de Thouarsais apporta l'exploit de commandement à Argenton, demeure habituelle de Commines et d'Hélène de Chambes, son épouse, qui s'y trouvait en ce moment, le 11 juillet 1486.

L'ouverture de la porte du chàteau lui ayant été refusée, il y cloua sa cédule en la signifiant à haute voix.

Le procureur d'Argenton, Antoine Ledoux, survenant aussitôt, arracha la cédule et déclara faire appel au nom de son seigneur. Le sergent répondit qu'il n'en procéderait pas moins à la saisie le 21 juillet.

La mise à la criée des terres d'Argenton eut lieu, en effet, à Thouars, et, personne ne se présentant pour enchérir, le procureur de La Trémoille les prit en payement de sa créance (9).

Le mécontentement bien naturel de Commines, en le poussant dans la faction du duc de Bourbon et du duc d'Orléans contre la régente, finit par lui créer une situation dangereuse.

 

 

Emprisonné comme conspirateur, le 29 janvier 1487, au château de Loches, puis à Paris, il fut condamné à la relégation dans une de ses terres et à la confiscation du quart de ses biens, par arrêt du 4 mars 1489.

Commines revint alors à Argenton, devenu sa résidence obligatoire. Mais il n'en continua pas moins sa lutte judiciaire contre La Trémoille, qui, après être entré enfin en possession définitive de Talmond (1489), lui réclamait le payement des fruits perçus, réduits à 7811 livres par la déduction des réparations qu'il prétendait même monter à plus de 15,000 livres.

Une nouvelle saisie et mise en criée des terres d'Argenton fut donc pratiquée, à la requête de La Trémoille, les 18 février et 13 avril 1491, par un sergent de Thouars, en présence des officiers d'Argenton, Guillaume Girardeau, châtelain, et Antoine Ledoux, receveur.

Le roi Charles VIII, qui sentit sans doute le besoin de ménager celui qui avait été le dépositaire des secrets politiques du roi son père, et dont les services pouvaient être encore si utiles, accorda à Commines, par lettres du 25 juillet 1495, une somme de 30, 000 livres en indemnité des terres de Talmond.

Il paraissait juste, en effet, de le dédommager de la perte des domaines qui avaient été, en définitive, le prix, la récompense de ses grands services.

Pour se débarrasser des poursuites de La Trémoille, Commines ne trouva pas de meilleur moyen que de lui allouer, sur ladite somme, celle de 10,000 livres (10).

La naissance d'une fille, Jeanne, qu'Hélène de Chambes mit au monde au château d'Argenton, en 1490, apporta à Commines un peu de consolation dans l'adversité.

C'est là qu'il continua et acheva la rédaction de ses célèbres Mémoires sur le règne de Louis XI, commencés, paraît-il, dans sa captivité.

 

Il s'occupait aussi de l'administration de ses domaines.

 La construction d'un oratoire le long de la chapelle Saint-Georges, destiné à son usage et à celui de son épouse, date de cette époque.

Le marché en fut passé en son nom, le 23 novembre 1493, avec Pierre Turpault, maçon, par l'un de ses confidents qui était aussi son compatriote, Baulde Talboein, curé de Boesse, chanoine de Tournay.

Un autre marché du même jour fut passé par les mêmes pour la construction d'un pressoir au château. L'établissement du grand étang d'Argenton est également contemporain, car c'est le 20 novembre 1493 que furent réglées les indemnités dues pour l'occupation des terrains de divers particuliers.

Ces documents nous font connaître les noms de deux personnages du pays, agents et confidents ordinaires de Commines.

L'un était Hardouin de Vendel, seigneur du château voisin de l'Ebaupinaye, capitaine du château d'Argenton.

L'autre était René de Pouillé, seigneur de la Hudandière, qui commandait au château de Talmond, dont il refusa l'entrée, en 1486, aux commissaires exécuteurs de l'arrêt en faveur des La Trémoille (11).

Commines réussit à reconquérir son crédit politique à la cour. Il suivit Charles VIII dans son expédition d'Italie, en 1494, et lui rendit les plus grands services comme ambassadeur à Venise.

 

Mais à l'avènement de Louis XII, il retomba dans un injuste oubli et se retira définitivement dans ses domaines.

 Les procès et les tracasseries de toutes sortes l'y poursuivirent. Un de ses vassaux, René de Sanzay, plaideur acharné, lui contestait le droit de juridiction sur le bourg de Boesse.

Malgré, les droits bien constatés de la baronnie d'Argenton sur Boesse, un arrêt du 15 septembre 1508, donna gain de cause au seigneur de Sanzay (12).

Commines ne faisait là que se défendre. Mais une autre fois, en 1502, poussé par un sentiment d'amour-propre assez mesquin, il brisa, dans l'église de Voultegon, les armoiries peintes sur verre d'un de ses vassaux, Jean le Mastin, seigneur de La Rochejaquelein, que celui-ci avait fait placer dans la fenêtre de sa chapelle.

C'était un acte impardonnable. Une sentence du sénéchal de Poitou, du 20 mars 1503, le condamna à des dommages-intérêts (13).

Le procès d'un caractère purement féodal qu'il eut avec le baron de Mortagne lui causa un bien plus grand souci.

La baronnie d'Argenton relevait de celle de Mortagne depuis 1244, au moins. Commines en fit l'hommage en 1477, 1496, et, en dernier lieu, le 6 novembre 1506, à Pierre d'Armagnac, seigneur de Mortagne.

Mais un différend déjà ancien éclata de nouveau au sujet de la façon et qualité de l'hommage.

Un arrêt du parlement, du 22 août 1508, consacrant les prétentions de Pierre d'Armagnac, ordonna la saisie de la baronnie et terres d'Argenton et la remise de son administration à des commissaires.

Le château toutefois demeurait réservé à Commines et à son épouse pour leur demeure.

Le 14 octobre, les commissaires Michau Trouvé et Lucas Gabriau étaient nommés, et cet état de choses si vexatoire dura jusqu'à la- levée de la saisie qui n'eut lieu que le 9 août 1511.

Commines, qui était allé à Paris au mois de mai 1511, probablement pour cette affaire, se décida à son retour, au mois de septembre, à aller à Mortagne faire son hommage en telle manière qu'il était tenu, sans préjudice du pétitoire qui n'était pas jugé (14).

 

Commines avait marié sa fille unique Jeanne, alors âgée de quatorze ans, le 13 août 1504, à René de Brosse ou de Bretagne, comte de Penthièvre.

C'était une alliance brillante et avantageuse, car René était héritier des prétentions des Penthièvre au duché de Bretagne.

D'un autre côté, Commines avait payé une partie des dettes du comte. Aussi lors du contrat de mariage, passé à Poitiers le 10 août 1504, par lequel il constituait à sa fille une dot de 18,000 écus d'or, il fut convenu que le montant des dettes payées, 4,500 écus, serait déduit.

Le contrat stipulait que, s'il y avait des enfants du mariage, le second ou le troisième fils aurait les seigneuries d'Argenton, de la Motte et de Villentrois (15)

Philippe de Commines mourut, le 18 octobre 1511, au château d'Argenton, d'une maladie courte et accidentelle qui surprit tout son entourage.

Son corps, exposé dans la grande salle tendue de noir, fut ensuite transféré dans une chapelle des Grands-Augustins, à Paris, où il s'était fait construire un tombeau de famille.

Les dépouilles mortelles de sa femme et de sa fille y furent plus tard déposées.

Si leurs cendres ont été dispersées à la Révolution, le monument funéraire, composé des statues des deux époux agenouillés dans l'attitude de la prière, a du moins survécu. Le soubassement porte l'écusson de Commines, de gueule au chevron d'or accompagné de trois coquilles de même, et sa devise :

Qui non laborat non manducat (16).

On ignore s'il fut dressé un inventaire au décès de Commines. Nous posséderions ainsi une curieuse description du chàteau d'Argenton à l'époque la plus intéressante de son histoire; on sait seulement qu'il était meublé avec luxe et contenait beaucoup d'objets précieux. La plupart des appartements étaient garnis de tapisseries de Flandre dont plusieurs fabriquées à Tournay.

Les consuls de cette ville, en 1475, en avaient offert une du prix de 60 livres à leur illustre concitoyen. Les Florentins lui avaient donné un service de vaisselle d'argent du poids de 55 livres, lors de son ambassade en 1478.

Commines et son épouse Hélène de Chambes possédaient des bijoux du plus grand prix et en grand nombre, si l'on s'en rapporte à l'énumération brillante de ceux qu'ils donnèrent à leur fille lors de son mariage et que le contrat estime 4,142 écus.

La bibliothèque devait contenir de précieux manuscrits. On n'en connaît malheureusement que trois : Valère Maxime, traduit en français, en deux volumes; la Cité de Dieu de saint Augustin, traduite en français, en deux volumes enrichis de grandes miniatures ; les Chroniques de Froissart (17).

Mausolée de Philippe de Commines, au musée du Louvre.

Commines, dont nous n'avions pas à retracer ici la carrière politique, demeurera sans contredit le plus illustre seigneur d'Argenton. Son souvenir survivra à ce château presque disparu qu'il édifia avec amour et où il rédigea ses Mémoires, son plus beau titre de gloire. Mais il serait digne de la ville d'Argenton de le consacrer d'une manière sensible et durable par l'érection d'une statue, ainsi que M. de La Fontenelle de Vaudoré l'avait autrefois si justement proposé.

La mort de Commines faisait passer par moitié la baronnie d'Argenton, qui était un bien d'acquêt, entre les mains de sa veuve Hélène de Chambes et de sa fille Jeanne.

Hélène recueillait en outre tous les biens-meubles. Elle acquit de son gendre, René de Penthièvre, le 20 mars 1514, probablement à titre de règlement de compte, la seigneurie du Fief-Lévêque, dont le chef-lieu était situé dans la ville de Mauléon et le domaine utile à Etusson.

Elle n'en prit possession réelle et en personne que le 3 août 1517.

A peine était-elle entrée en possession d'Argenton, qu'un chagrin cuisant, la mort prématurée de sa fille Jeanne, mère de quatre enfants en bas âge, vint l'accabler (19 mars 15 14).

Une terrible tempête l'assaillait en même temps. Jean de Chatillon, son cousin, petit-fils de Brunissent d'Argenton, reprenait le vieux procès de la succession d'Antoine d'Argenton et poursuivait l'annulation de l'arrêt du 10 juillet 1473 obtenu par Commines.

Un arrêt du Parlement, du 21 juillet 1515, condamna Hélène de Chambes et René de Brosse, son gendre, à rendre à Jean de Chatillon le château d'Argenton et ses préclôtures, plus la moitié de la baronnie et de ses annexes, la Vacheresse, la Carrie, Vauzelles, Massais, Agenais, etc., sous la charge des 2,200 livres de rente anciennement stipulées.

 Il ordonna en outre la restitution entière des fruits du chàteau et préclôtures et la moitié de ceux de la ville et des autres terres depuis 1473.

C'était, pour Hélène de Chambes et ses petits-enfants, la ruine presque complète.

Mais elle se défendit vigoureusement. Son gendre était alors au service du roi en Italie, d'où il ne revint il Argenton qu'en novembre 1515.

Elle fit nommer Olivier Alligret, avocat au Parlement, curateur de ses petits-enfants, et obtint un arrêt, du 28 août 1515, qui lui adjugeait le montant des réparations et améliorations faites par Commines et par elle depuis quarante-trois ans sur toutes les terres de la baronnie d'Argenton.

L'enquête qui devait en opérer la constatation et l'estimation commença à Argenton, le 21 septembre, sous la présidence de Chastelier, conseiller au Parlement, logé à l'hôtel de Saint-Julien, devant le prieuré.

Deux maîtres maçons, Charles Constant et Trégant Larcher, et un peintre, Pierre Mervache, de Poitiers, y furent appelés pour la visite des réparations du château d'Argenton, dont la première eut lieu le 26 septembre.

L'enquête se poursuivit, non sans incidents judiciaires, jusqu'au 29 janvier 1516. Elle démontra que le total des revenus d'Argenton, depuis quarante-trois ans, qu'Hélène de Chambes et ses petits-enfants avaient à restituer à Jean de Chatillon, se montait à près de 200,000 livres et que celui des réparations s'élevait à 100,000 livres, d'où il résultait qu'ils étaient redevables d'environ 100,000 livres.

Hélène quitta Argenton regrettée de ses serviteurs et de ses tenanciers qui refusaient de payer leurs redevances à Jean de Chatillon.

 Elle se retira chez son père, au chàteau de la Constancière, près de Saumur, laissant provisoirement à Argenton son gendre, René de Penthièvre, pour le règlement des réparations. Mais elle lutta judiciairement jusqu'à sa mort, intentant une autre action à son adversaire pour une ancienne dette de 15, 000 livres, contestant la confusion des deux procès, discutant l'indemnité des réparations, disputant pied à pied l'héritage paternel.

Pendant ce temps-là, Jean de Chatillon avait pris possession d'Argenton, conformément à l'arrêt du 21 juillet 1515. Il mourut peu de temps après, en 1520, laissant deux fils, Tristan et Claude, auxquels il léguait son interminable procès avec les Penthièvre et Hélène de Chambes.

René de Penthièvre, qui s'était laissé entraîner dans la rébellion du connétable de Bourbon, périt honteusement en Provence, le 1er août 1524, dans les rangs des ennemis de la France.

La veuve de Commines, restée seule sur la brèche, disparut à son tour, le 11 février 1532, sans avoir pu mettre fin aux embarras de sa famille.

LE CHATEAU ET L'ÉGLISE SAINT-GEORGES

Le château d'Argenton, œuvre de Commines, n'existe plus. Les parties inférieures de la façade et des tours qui la flanquaient, seuls restes subsistant, ne peuvent donner qu'une très faible idée de son antique splendeur. Mais sa situation sur cette colline de rochers qui domine l'Ouère et l'Argenton devait lui donner un aspect imposant.

Il semble, d'après ce qui en reste, que son architecture présentait beaucoup de ressemblance avec celle du principal corps de bâtiment du château de Bressuire, naguère encore debout.

La chapelle Saint-Georges du château d'Argenton, agrandie et embellie par Commines, a survécu à la destruction.

Quoique affectée depuis longtemps à des usages domestiques, elle a conservé une vaste et curieuse fresque représentant Jésus-Christ entouré des quatre évangélistes. Le Christ, de grandeur colossale, encadré dans un ovale, est assis, levant une main pour bénit et tenant un livre dans l'autre. Sa tête très chevelue est nimbée. Il est revêtu d'une robe verte à grandes manches et d'un manteau rouge. Ses pieds nus reposent sur un tapis bleu. Les évangélistes se tiennent à ses côtés. Saint Mathieu, la tête nimbée, porte de longues ailes et est vêtu d'une robe blanche et d'un manteau rouge et vert. Saint Marc est figuré par un lion ailé et nimbé.- Un bœuf représente saint Luc. Un aigle nimbé figure saint Jean (18).

 

 

 

 Découvrez un château de l’an mil… Encore debout ! Château d’Argenton, 17 septembre 2022, Argentonnay.

 

Découvrez un château de l’an mil… Encore debout ! 17 et 18 septembre Château d’Argenton
Gratuit. Entrée libre.
Lors de cette visite guidée du château d’Argenton vous en apprendrez davantage sur l’histoire du château et de la chapelle, où vous découvrirez une très belle fresque classée du XIe siècle.

Château d’Argenton Place Philippe de Commynes, 79150 Argentonnay Argenton-les-Vallées Argentonnay 79150 Deux-Sèvres Nouvelle-Aquitaine
05 49 66 17 65 Le château a été aménagé et embelli par Philippe de Commynes, historiographe et confident du roi Louis XI. Incendié pendant la guerre de Vendée, subsistent les remparts et les tours, ainsi que la chapelle Saint-Georges, construite au XIe siècle et ornée d’une fresque représentant un imposant Christ en majesté.

https://www.unidivers.fr/event/chateau-dargenton-argentonnay-2022-09-17t1000000200/

 

Paysages et monuments du Poitou / photographiés par Jules Robuchon .... [Tome VIII], [Deux-Sèvres]

 

 

 

Octobre 1472. Louis XI fait don à Philippe de Commynes, des terres de Talmont, Olonne, Curzon, Château-Gontier et autres. <==

 

 

 


 

(1) Fierville, p. 5I-58.

(2) Philippe de Comyne en Poitou, par de La Fontenelle de Vaudoré. — Louis XI et Colette de Chambes, par l'abbé Ledru. — Mém. de Commines, édit. Dupont.

(3) Fierville, p. 71, 73.

(4) Arch. de l'hôpital d Argenton. — Compte de 1472. — Fierville, p. 84-87.

(5) Rég. de comptes de 1475 dans les arch. du château de la Rochefaton.

(6) Philippe de Commines en Poitou, par de La Fontenelle, p. 29, 30.

(7) Fierville. p. 89,...

(8) Mémoires de Commines. — Philippe de Commines, par de La Fontenelle.

(9) Archives de M. le duc de la Trémoille.

(10) Philippe de Commines, par de La Fontenelle. — Fierville. —Archives de Thouars, appartenant à M. le duc de la Trémoille.

(11) Idem.

(12) Fierville, p. 1°9-113.

(13) Philippe de Commines, par de La Fontenelle, p. 59.

(14) Fierville, p. 117-120.

(15) Mlle Dupont, Mémoires de Commines, t. III.

(16) Ce monument a été dessiné dans les Antiquités nationales de Millin et dans l'édition des Mémoires de Commines, par M. Chantelauze. On le trouve aussi dans le Musée des Monuments français, par Lenoir, t. 11, p. 136.

(17) Lettres et négociations de Commines, par Kervyn de Lettenhove. — Mlle Dupont, Notice sur Commines.

(18) Monuments des Deux-Sèvres; par Baugier et Arnault, 1843, p. 99, 100.