1840 Château de La Mothe Saint Héray avant sa démonlition

 

MESSIEURS,

Le sceau dont je viens vous parler aujourd'hui, curieuse relique du temps passé, est en bronze, de 45 millimètres de diamètre.

Au centre existent des armoiries, qu'en termes de blason on peut caractériser ainsi, d’argent chargé au milieu d’un écusson de sable.

Ces armoiries sont entourées d'une guirlande de fleurs, que ceint un hexagone à côtés courbes, décrit dans un cercle.

 En dehors de ce cercle se lit la légende suivante:

 

LE:SEEL: DE LA CHASSTELERIE DE LA MOTE SAINT ELOY.

 Enfin, en dehors de cette légende, existe un simple filet qu'entoure un grenetis.

Ce sceau est dans un état parfait de conservation, et a été trouvé en démolissant les soubassements du château de la Mothe-Saint-Héray.

Des fautes considérables existent dans la légende; le graveur a écrit chasstelerie pour chastellenie, puis Saint-Eloy pour Saint-Eroy, faute qui s'est reproduite bien souvent, et qui n'est, nous l'avons prouvé ailleurs (1) qu'une orthographe vicieuse du nom de Saint-Héray.

Ainsi c'est bien de la châtellenie de la Mothe-Saint-Héray que l'on veut parler ici.

Mais de quelle époque est ce sceau? A quel seigneur appartenait-il ?

Voilà deux questions qui se présentent tout d'abord à l'esprit : leur solution peut n'être pas sans intérêt, nous allons essayer d'y répondre.

De prime abord, l’inspection de la forme des lettres de la légende peut donner une limite de temps, une époque approximative, le quinzième siècle. Mais cela ne suffit pas, précisons les faits.

Au quatorzième siècle, la seigneurie de la Mothe-Saint-Héray était divisée en deux châtellenies, celle de la Mothe et celle de Saint-Héray (2), qui furent réunies entre les mains de Jean de Torsay par l'acquisition qu'il en fit en 1401 et 1404.

 Ainsi la gravure de notre sceau ne peut être antérieure à cette dernière date.

D'un autre côté la châtellenie de la Mothe fut érigée en baronnie par lettres-patentes données à Paris, au mois de janvier 1487.

 C'est donc entre ces deux limites, 1404-1487, qu'il faut chercher le seigneur qui fit graver ce sceau et qui y mit ses armes.

Cinq seigneurs ont possédé la châtellenie de la Mothe-Saint-Héray pendant cette période de quatre-vingt-trois années ce sont Jean de Torsay, André de Beaumont, Jean de Rochechouart Philippe de Melun et Jacques de Beaumont.

Les armes gravées sur ce sceau appartiennent au premier, dont le cachet, apposé à un acte du 9 mars 1418 est un écu chargé d'un écusson au milieu (3).

Puisque nous savons que Jean de Torsay a fait graver ce curieux monument d'un temps déjà bien loin de nous, permettez-moi de vous présenter sur ce seigneur quelques détails biographiques qui ne manqueront pas de donner plus de valeur et de curiosité à ce sceau.

Fils de Guillaume de Torsay (4) et de Talaisie de Châtenet, qui était veuve en premières noces, de Louis de Vivonne, seigneur de Champdeniers, Jean de Torsay, alors simple chevalier, échangea, en 1401, le 19 novembre, le « chastel, chastellenie et terre de la Mote » à Ingerger d'Amboise, qui en était propriétaire, « pour et à l'éncontre de la vicomte de Tours et du chastel de Moutiz près de Tours avec tous les droits, raisons et actions que ledit Jehan de Torsay peut et doit avoir tant envers la ville de Tours, comme envers toutes quelconques personnes que ce soient, tant pour raison que ledit chastel de Moutiz fut abatu, comme pour cause de la matière de pierre, de bois et d'autre chose qui fut abatue et prise audit lieu de Moutiz, mise et convertie en fait de la fortification de ladite ville de Tours ou ailleurs. »

Le 9 août 1404, Jean de Torsay acheta de Charles d'Albret, connétable de France, « la ville, chastellenie et terre de Saint-Héray, avec toutes leurs appartenances, droits et appendences maisons, terres, hommes, hommages, péages, etc., etc. »

Par ce fait voici les deux seigneuries réunies en une seule; elles n'ont plus qu'un maître qui a tout acheté, hommes et terres, redevances et châteaux.

Jean de Torsay fut nommé sénéchal du Poitou en 1405. Peu avant d'être promu à cette place, il avait épousé Marie d'Argenton, dame de la Roche Ruffin et de Gacougnolle.

Pendant ce temps, de grands démêlés s'étaient élevés entre la maison d'Orléans et celle de Bourgogne, la guerre avait commencé, Paris était assiégé au mois de septembre 1405, il y vint avec cent hommes d'armes.

Les événements politiques auxquels il était mêlé, ne l'empêchaient pas de songer à l’agrandissement de ses domaines.

Le 22 juin 1408, il acheta de «  honorable homme et sage maistre Jehan de la Fayolle son lieu et hébergement de Beauvoir assis en la ville de Saint-Eroye. »

 Deux ans après, le roi l'envoya à Gênes au secours du maréchal de Boucicault, et, en récompense, il le pourvut, à son retour, de la capitainerie de Fontenay-le-Comte, et, plus tard, après la mort de sire de Rambures, il le nomma, par lettres du 8 janvier 1415, maître des arbalétriers de France, charge qui avait été créée en 1412 (5).

 Il fut destitué par la faction de Bourgogne en 1418, et s'attacha alors à la personne du dauphin qui venait d'être déclaré, à Poitiers, régent du royaume, et qui envoya Jean de Torsay, avec le comte de Vertus, faire le siège de Parthenay.

 Le dauphin, étant devenu roi sous le nom de Charles VII, l'envoya prendre Marennes, en 1423, et deux ans après lui donna la capitainerie de Saint-Maixent.

Jean de Torsay fit son testament à Poitiers, en 1428, et y mourut, peut- après, remplissant encore les fonctions de sénéchal du Poitou.

 Il fut inhumé dans l'église de Notre-Dame-la-Grande, dans la chapelle de Saint-Clair qu'il avait fondée.

 Le corps de ville de Poitiers y faisait faire un service solennel pour lui, tous les ans, au mois de novembre, en exécution de son testament.

D'après ces données, le sceau qui vient d'être découvert, et que je vous signale, appartenait à Jean de Torsay seigneur de Lezay, de la Mothe-Saint-Héray, de la Roche-Ruffin, de Gacougnolle, etc., chambellan du roi et du duc de Berry, sénéchal du Poitou, maître des arbalétriers de France.

II a été gravé de 1405 à 1428 à cette époque la gravure des sceaux et des monnaies n'était pas assez soignée pour que nous ayons à louer la beauté de celui-ci, mais son ancienneté et sa provenance, lui assurent, nous l'espérons, une place au musée départemental.

 

La Mothe Saint Héray, le 10 février 1845

 

 

 

5 Le chateau de La Mothe et ses dependances

A Glacière ; B Salle de garde ; C Prison ; D Pont-levis ; E Fuie ; F Basse-cour ; G Moulin du château ; H Jardin à la française ; I Galerie, J Pavillons ; K Canal ; L Potager ; M Verger ; N Sèvre Niortaise.

 

Du château réaménagé par Jean de BAUDEAN au début du XVIIe siècle, appelé plus tard « le petit Versailles », il ne reste rien.

En 1801, c’est un autre célèbre propriétaire, le Général MURAT, qui fera l’acquisition de ce magnifique domaine avant de le céder quelques années plus tard à son beau -frère NAPOLEON 1er en devenant roi de Naples.

Après la mort du Général Mouton, comte de Lobau, la propriété revient à l’Etat qui le met en vente en 1840.

Les acquéreurs, marchands de biens, revendent le château pierre par pierre ; il disparaitra en 1842.

L’Orangerie fut construite en 1640 sur commande du Seigneur Henri de BAUDEAN, Comte de Parabère, puissant personnage du Poitou.

L'orangerie se présente comme un corps de bâtiment qui s'ouvre au rez-de-chaussée et du côté sud, par cinq arcades en anse de panier. Au premier étage, une salle est percée, du même côté, de six hautes fenêtres à meneaux et de trois portes dont celles des extrémités s'ouvraient sur les galeries qui conduisaient à deux pavillons carrés.

Ce premier étage est surmonté d'un entablement dont la corniche est à modillons. Les portes sont surmontées d'entablements et de frontons. Ces constructions étaient édifiées au milieu de parterres où se trouvait une pièce d'eau.

Dépouillé des riches tentures, de son mobilier et des œuvres d’art, ses sculptures seront également dispersées dans La Mothe et aux quatre coins du pays.

Des boiseries peintes de la chapelle ont cependant été sauvées et sont à découvrir au Musée d’Agesci de NIORT.

Quelques linteaux et dessus de portes sont également exposés dans la galerie haute de l’Orangerie.

En 1840, L’Orangerie et les pavillons seront sauvés de la démolition car transformés en logements.

château de La Mothe Saint Héray

Mais en 1925, la GALERIE n’est qu’une ruine. Heureusement classée à L’inventaire des Monuments Historiques, elle sera sauvée de la démolition et une longue restauration, échelonnée sur une quarantaine d’années, sera alors entreprise.

Dans les années 1990, la commune, soutenue par l’Etat, la Région et le Département, s’engage dans un projet ambitieux de travaux pour réhabiliter l’ensemble du site.

 

 

 

 

Mémoires de la Société de statistique du département des Deux-Sèvres

 

 

 

 1645 et 1718. Aveu et état descriptif du château et du marquisat de la Mothe Saint-Héray <==

 

 

 


 

(1) Mémoires de la Société de Statistique, tom. IV, p. 64.

(2) Mémoires de la Société de Statistique, tom. V, p. 101.

(3) Histoire des Grands Officiers de la Couronne, tom. VIII, p. 69.

(4) Les auteurs de l'ouvrage cité dans la note précédente, se trompent en disant que Guillaume de Torsay vivait encore en 1405 et est qualifié, dans des actes, de seigneur de la Roche-Ruffin et déjà Mothe-Saint-Héray. L'erreur est flagrante.

 

(5)    Vencenti Lupani de Magistratibus Francorum, lib. Ip.432, dans le Respublica Galliae. Lugdubu-Balavorum, ex officina Elzevirianâ , 1626.