5 mars 1373 au 1er octobre 1374 siège de Lusignan mené par le duc de Berry et Bertrand du Guesclin

Le château de Lusignan, situé à 134 mètres d'altitude, commandait la route de Poitiers à Saint-Maixent et à Niort, ainsi que l'étroite vallée de la Vonne, bordée presque dans toute sa longueur de hautes murailles de rochers à pic. Froissart se trompe en rapportant l'occupation de Lusignan par les Français à la même date que la reddition de Niort.

 Le samedi 5 mars 1373, le premier samedi de carême, trois semaines par conséquent avant l'affaire de Chizé, Alain de Beaumont, sénéchal de Poitou, Jean de la Personne, vicomte d'Aunay, Gadifer de la Sale et Aimeri de Rochechouart mirent le siège devant le château de Lusignan, défendu par une garnison anglaise dont les deux principaux chefs étaient Jean Cressewell et Geffroi de Saint-Quentin (Delpit, Documents franfais en Angleterre, p. 191; Bibl. Nat., collection Decamps, vol. 84, f* 170).

Le « biau chastel de Lusignan » ne fut pas pris sans coup férir, comme l'avance à tort Froissart.

Porte occidentale fortifiée de Lusignan

 

Nous avons vu que, dès le 5 mars, il avait été investi par Alain de Beaumont et d'autres lieutenants du connétable; Jean Cressewell et Geoffroy de Saint-Quentin défendaient ce château.

Cette forteresse était réputée imprenable

Afin de protéger les assiégeants contre les sorties de cette garnison, Jean, duc de Berry, fit construire au moins deux bastilles, chacune pourvue de quatre « eschiffes »et d'un engin apporté de Loudun, lesquelles bastilles ne furent complètement terminées et mises en état que plusieurs mois après 1 investissement (Redet, lavent. des arch. de Poitiers, p. 90, 91; Arch. Nat., KK 251, f. 102 V, 122, 127 à 129).

Cet investissement dura sans interruption depuis le 5 mars 1373 jusque vers le milieu de l'année suivante (ibid., KK 252, f" 27 V, 29 V, 30).

 Par une endenture datée de Bordeaux le 4 avril 1374, en présence du seigneur de Percy et de Thomas de Felton, sénéchal d'Aquitaine, duc de Lancastre, ayant conclu avec Du Guesclin une trêve pendant la durée de laquelle les garnisons anglaises devaient cesser de vivre comme par le passé aux dépens du pays environnant, alloua à titre d'indemnité 6000 florins d'Avignon à Jean Cressewell et à Geffroi de Saint-Quentin, capitaines du château de Lusignan, en même temps qu'il les prorogea dans leur commandement jusqu'au 1° septembre suivant (Delpit, Document fronçait, etc., p. 191, 192).

Du 19 septembre 1373 au 20 juillet 1374, les comptes du contrôleur de l'artillerie du château de Bordeaux mentionnent plusieurs livraisons de munitions, notamment d'arcs, de gerbes de flèches et de cordes, faites par Thomas de Felton, par Florimond, seigneur de Lesparre, ainsi que par Robert Roux, maire de Bordeaux, tant à Jean Cressewell, capitaine de Lusignan, qu'à Thomas Brancestre, lieutenant du dit capitaine (Arch hist, de la Gironde, XII, 329, 330, 337).

Cressewell fut fait prisonnier par les Français un peu avant le 24 juin 1374, puisque ce jour-là le duc de Berry, qui se trouvait à Issoudun, donna l'ordre de payer 40 sous à Araby le chevaucheur «  qui estoit venu de Poitou dire les novelles de la prise de Cressoelle » (Arch. Nat., KK 252, f> 21).

La capture de cet audacieux partisan contribua sans nul doute à amener la reddition du château de Lusignan, qui dut avoir lieu vers la fin de septembre 1374 au plus tard.

Ce qui est certain, c'est que, dès le 1er octobre suivant, Lyonnet de Pennevaire fut institué par Jean, duc de Berry, capitaine, châtelain et gardien du château de Lusignan (Redet, Tables de Dom Fonteneau, Poitiers, 1839, p. 305).

D'après Thomas Walsingham, une des conditions de la reddition aurait été la mise en liberté de Thomas de Percy, sénéchal du Poitou, fait prisonnier à Soubise (Hist. angl., p. 317).

La délivrance du prisonnier coïncida avec la livraison de la forteresse.

 

15 septembre 1374  Mandement de Charles V pour le prêt de 6.000 francs d'or à Guillaume Larchevêque, seigneur de Parthenay et à Jean Regnaut, maire de Poitiers.

Original, Arch Nat J 382 n° 6 ter.

De par le roy.

Maistres Hue de Roche, Bertran du Clos et toy, Jehannin de Vaudetar

Nous voulons et vous mandons que, des deniers de noz coffres, vous bailliez et délivrez par manière de prest à nostre amé et féal Guillaume Larcevesque, sire de Partenay (1) et Jehan Regnaut, maire de Poitiers, la somme de six mille frans d'or, en prenant d'iceulx lettres obligatoires de nous rendre et restituer la dicte somme.

Et gardez que en ce n'ait aucun deffaut. Donné à Meleun le XVe jour de septembre l'an mil CCC LXXIIII.

Par le roy. (Signé :) Tabari.

 

 

 

5 novembre 1374 Jean duc de Berry ayant reçu du seigneur de Parthenay et du maire de Poitiers la somme de 5.600 de francs, destinée à hâter la reddition du château de Lusignan, remet en gage à Denis Gillîer deux couronnes d'or garnies de pierreries.

Registre de Barthélemi de Noces, Arch mun. de Germont-Ferrand, fol. 28 v°. — EDITION. Teilhard de Chardin, Bibl. de l'Ecole des Chartes, 1891, p. 251.

Le Ve jour de novembre, l'an mil CCC LXXIIII, en la ville de Poictiers, presens messeigneurs de Sanceurre, de Chastellerault, le chancellier de monseigneur le duc de Berri et d'Auvergne (2), conte de Poitou, le trésorier monseigneur Golas Mengin (3) et plusieurs autres, mon dit seigneur bailla à Denis Gilier, bourgois de Poitiers, deux grans chapeaux (4) d'or, garnis de grans rubis, esmeraudes, saffirs et perles, lesquielx le dit trésorier, maistre Ascelin de Masches, secrétaire de mon dit seigneur, et Harpin, son varlet de chambre, avoient apourtés de Avignon, où monseigneur les avoit, et tesmoigne le dit trésorier que qui eust voulu vendre les diz chapeaux au dit lieu d'Avignon, que l'en en eust eu XIIm frans.

Touteffoiz mon dit seigneur les a bailliés au dit Denis, comme prédit est, pour la cause qui s'ensuit.

C'est assavoir que monseigneur de Partenay et le maire de Poictiers avoient emprunsté à Paris du roy nostre sire la somme de VIm frans d'or, de laquelle somme les diz monseigneur de Partenay et le maire de Poictiers presterent à mon dit seigneur le duc la somme de cinq mille six cens frans d'or, pour convertir à la délivrance de Lesignen (5)

 Et pour ycelle somme paier et rendre aus diz créanciers furent pièges les diz monseigneur de Chastelleraut, monseigneur le chancellier, le trésorier, le dit Denis et Barthelomi de Noces (6)  dedens le terme de la Saint André prouchain venant.

Et pour ce que les diz pièges soient seurs de eulx acquitter pour mon dit seigneur, mon dit seigneur leur a baillié, c'est assavoir au dit Denis pour eulx touz ensemble, les chappeaux dessusdiz en gaige pour la dite somme de Vm VIc frans d'or, senz ce que en ne les puisse engaiger à aucune usure, fors tant seulement pour la dite somme, et touteffoiz mon dit seigneur a ordenné comment la finance sera paiée en France avant le dit terme, se faire se puet en aucune manière, senz y convertir les diz chapeaulx.

 

 

 

 

Conduit de Tours à Poitiers le 18 septembre 1374, Thomas de Percy fut dirigé sur Cognac le 11 octobre suivant (KK 252, f" 22, 31).

Le roman de Mélusine, par Jean d'Arras, contient de curieuses légendes relatives à ce siège de Lusignan et surtout aux apparitions de la fée Mélusine, qui passait pour avoir fondé ce château, à Cressewell (éd. de 1854, p. 420-424).

 Il résulte d'un acte de donation daté de mars 1376 (n. st.) que le duc de Berry fit un vœu à saint Germain d'Auxerre et une fondation en faveur de l'abbaye placée sous le vocable de ce saint, pour obtenir la reddition d'une forteresse réputée imprenable en raison de son origine féerique (Arch. Nat., J 185, n° 36 Gall. Christ., xii, col. 395).

 

Ainsi fut livré, après un siège de plus d'une année, ce redoutable château, défendu, d'après la croyance populaire, par les enchantements de la fée Mélusine, et pour la reddition duquel le duc de Berry faisait un vœu à Saint-Germain d'Auxerre.

La fée des Lusignan nous apparaît au XIVe siècle comme banshee à la mort de Pierre de Lusignan, roi de Chypre, en 1369.

Puis elle se montre en 1374 à John Creswell, capitaine anglais du château des Lusignan, peu de temps, nous dit Jean d'Arras, avant la reddition de la place au duc de Berry.

Est-ce le récit fait par Creswell lui-même au comte de Poitou qui incita ce seigneur à commander le roman ? Nous l'ignorons. Mais il ne paraît point complètement étranger à la première représentation figurée de la serpente.

 

 

 

 

Recueil de documents concernant la commune et la ville de Poitiers. II. De 1328 à 1380 / par E. Audouin

Campagnes de Du Guesclin dans le Poitou, l'Aunis et la Saintonge. (1372-1375) / D. d'Aussy

Bulletin de la Société des antiquaires de l'Ouest et des musées de Poitiers

Chroniques de J. Froissart. T. 8, 1 (1370-1377) / publiées pour la Société de l'histoire de France par Siméon Luce

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AOUT 1372 - Bataille de Soubise, en Saintonge, Bertrand Du Guesclin emmène son prisonnier le captal de Buch à La Rochelle<==

Alain de Beaumont Seigneur de Sainte - NÉOMAYE<==

Légendes Poitevine ; Geoffroy à la Grande Dent, son frère Fromont Maillezais - Mélusine et Raimondin de Forez, sire de Lusignan<==

 

 

 


 

(1). Guillaume VII Larchevêque, seigneur de Parthenay (1358-1401) avait été lieutenant général du roi en Poitou du 22 mai 1358 à sept. 1361.

 

(2). Pierre de Giac, chancelier du duc de Berry depuis 1371, devint chancelier de France le 19 juillet 1383 et mourut en 1407. Voy. P. Anselme, Hist. généal.,t. VI, p. 343, et Guérin, Arch. hist. du Poitou, t. XXI, p. 309 note.

(3). Colas Mengin est inscrit sur l'avis des finances du duc de Berry dressé le 3 février 1374 pour des gages annuels de 150 fr. (Bibl. êe l'Ecole des Chartes, 1891, p. 242). En 1392, il était trésorier général du duc (Arch. mun. H 9).

 (4). Couronnes. Cf. Douet d'Arcq, Comptes de l'argenterie des rois de France au XIV" siècle, p. 168, 359.

 (5). Le château de Lusignan capitula le 1er octobre 1374, moyennant la mise en liberté de deux chefs anglais faits prisonniers par les Français, Thomas de Percy, ancien sénéchal de Poitou, pris devant Soubise le 23 août 1372, et Jean Cresvel, capitaine de Lusignan.

Cette somme servit à payer leur rançon.

(6). Barthélemi de Noces, l'auteur du registre conservé aux Archives de Clermont-Ferrand, se qualifie de « clerc et lieutenant de sire Raymon Coustave, trésorier gênerai du duc de Berri » sur l'attestation qu'il donne le 15 nov. 1372 à Jean Regnaut de ce que lui doit le duc de Berri (ibid., p. 543). Le 10 mai 1375, il s'intitule « secrétaire et clerc de la chambre sur le fait des finances du duc de Berri » (ibid., p. 547).