Mars 1430 Louis Rouault, prieur d’Auzay envoie Bertrand Rataut, Joachim de Volvire et des hommes écossais pour s’emparer de l’abbaye de l’Absie

 La mort de Jean Grimault, abbé de l’Absie en Gâtine, survenue dans les premiers jours de mars 1430, fut le signal d'événements qui ajoutèrent de nouveaux dommages à ceux déjà subis par le monastère pendant la guerre de cent ans.

Ces événements sont quelque peu confus. Ils donnèrent naissance à deux procédures, l'une civile, l'autre criminelle, devant le Parlement de Paris.

Des trois prétendants à la succession de Jean Grimault, frère Bertrand de la Fosse, dit du Retail, frère Louis Rouault de la Rousselière, futur évêque de Maillezais, frère Bernard d'Appelvoisin, ce dernier l'emporta.

Nous suivrons le récit des faits tel que nous le trouvons dans les plaidoiries et les réquisitions du Procureur général Rabateau, qui fit triompher sa cause.

Les décisions du Parlement sont une garantie suffisante de sa véracité. Nous analyserons ensuite les répliques de ses adversaires.

Les deux instances furent introduites à la requête du prieur claustral et des religieux de l'abbaye de l'Absie.

Plus tard, Bernard d'Appelvoisin se joignit à eux. De son côté, Louis Rouault, dès qu'il entrevit l'échec de ses prétentions tenta de se dissimuler derrière Bertrand de la Fosse.

De proches parents des adversaires en présence s'étaient déjà affrontés sur d'autres terrains.

Le frère de Bernard d'Appelvoisin, Guichard, était l'un des principaux lieutenants de Jean II l'Archevêque lors du siège de Parthenay par les troupes du dauphin en 1419.

Parmi les capitaines qui assiégeaient la ville sous les ordres de Philippe d'Orléans, comte de Vertus, on remarquait Jean Rouault, sire de Boisménard, oncle à la mode de Bretagne de frère Louis.

Les Archives Historiques du Poitou ont cru voir dans la compétition pour l'abbatiat de l'Absie entre les d'Appelvoisin et les Rouault un épisode de la lutte entre Arthur de Bretagne, comte de Richemont, devenu depuis peu seigneur de Parthenay, et le favori de Charles VII, Georges de la Trémoille qui, par ses intrigues, l'avait fait tomber en disgrâce (1).

Parmi les seigneurs qui prirent fait et cause pour Louis Rouault, on rencontre des amis et partisans de Richemont, beau-frère de Louis Rouault : Bertrand Rataud, seigneur de Curzay, conseiller et maître d'hôtel du connétable (2), Guy de Beaumont, seigneur de Bressuire, et son fils aîné André, seigneur de Lezay (3).

Les d'Appelvoisin, vassaux de la vicomté de Thouars (4), ayant occupé à la cour des vicomtes des charges de confiance (5), avaient voué aux d'Amboise une fidèle et respectueuse amitié (6).

Et les d'Amboise, ennemis de Georges de la Trémoïlle, étaient des amis de Richemont.

Cette amitié les d'Appelvoisin la continuèrent aux nouveaux vicomtes, les de la Trémoïlle, après le mariage, en 1445, de Marguerite d'Amboise avec Louis de la Trémoïlle, fils de Georges, l'ennemi de Richemont.

Mais, alors, Richemont et Georges de la Trémoïlle étaient réconciliés.

 Et lorsque, dépouillés de leurs biens, Louis de la Trémoïlle et Marguerite d'Amboise moururent, François d'Appelvoisin, abbé de l'Absie, accueillit pieusement leurs cendres dans une chapelle dépendant de l'église de son monastère (7).

A l'époque de la mort de Louis Grimault, les d'Amboise et les d'Appelvoisin, leurs fidèles, loin d'être des amis de Georges de la Trémoïlle, ne pouvaient espérer d'appui que de Richemont.

Le favori de Charles VII projetait alors d'obtenir pour son fils Louis la main de Françoise, fille de Louis d'Amboise.

Après diverses intrigues qu'il serait oiseux de raconter et qui échouèrent, furieux de n'avoir pu mettre le connétable dans ses intérêts, Georges de la Trémoïlle fit traîtreusement arrêter Louis d'Amboise, le sire de Lezay et Antoine de Vivonne.

Ceux-ci, contre lesquels la Trémoïlle avait d'autres griefs, « furent condamnés à « mort par le parlement et exécutés.

 Quant au vicomte de « Thouars, on se contenta de le faire emprisonner au château de Poitiers en attendant son procès.

La vicomtesse de Thouars elle-même, Marguerite de Rieux (8), menacée « jusque dans son château par les partisans que la Trémoïlle avait su se gagner, s'enfuit à Mauléon, d'où elle implora la protection du comte de Richemont.

Celui-ci s'empressa de la faire venir à Parthenay, où il lui offrit un refuge assuré (9) ».

Partisans et adversaires de Louis Rouault et de Bernard d'Appelvoisin, dans la querelle de la Trémoïlle et de Richemont, se trouvaient dans le même camp.

Seuls des motifs d'ambition, joints peut-être (l0) à des rancunes d'Armagnacs à Bourguignons, les avaient mis en rivalité pour l'abbatiat de l'Absie.

Aussitôt après les obsèques de Jean Grimault, les religieux décidèrent de se réunir, le 10 mars 1430, pour procéder à l'élection d'un nouvel abbé.

Le scrutin donna douze voix à frère Bernard d'Appelvoisin, moine de Saint-Michel-en-l'Herm, et six à frère Louis Rouault, prieur d'Auzay.

L'un des électeurs de Louis Rouault n'était pas qualifié pour participer au vote. Des cinq autres « aucuns se seaient repentiz » et ralliés à d'Appelvoisin.

Bref, autant qu'on peut s'en rendre compte, le chantre et le sous-chantre seuls « se partirent des autres » et demeurèrent fidèles à frère Louis.

Bernard d'Appelvoisin accepta sous réserve de l'autorisation de son abbé.

 Les religieux demandèrent alors la confirmation de l'élection à Guillaume de Lucé, évêque  de Maillezais, « lequel « bailla sa citation pour faire les ediz accoutumez (11) ».

Entre temps, à l'insu des moines et peut-être à l'instigation de Louis Rouault, un autre clerc, Bertrand de la Fosse, dit du Retail, s'était acheminé vers Rome afin de se faire pourvoir de l'abbatiat de l'Absie.

La procédure engagée devant l'évêque de Maillezais paraissait devoir se dérouler sans incidents, conformément aux règles canoniques.

Pendant ce temps, Louis Rouault se fit délivrer subrepticement des lettres royaux ordonnant aux religieux de l’Absie de le recevoir comme abbé et de repousser son rival ; il avait faussement donné à entendre qu’il avait obtenu la majorité des suffrages.

Louis Rouault et les religieux qui tenaient pour lui se présentèrent aux portes de l'abbaye le 5 octobre 1430, à jour couchant, accompagnés de trente à quarante hommes d'armes et autant de trait, la plupart écossais (12), « armez et embastonnez de lances, arbalestes et autres armes », portant des « torches ardentes », ayant à leur tête messire Bertrand Rataut et messire Joachim de Volvire (Velluire).

En cet appareil, « soubz couleur de justice et de certaines « lettres royaux » ordonnant aux religieux de le recevoir comme abbé, qu'il s'était fait délivrer subrecepticement (13), frère Louis, se doutant bien que son adversaire s'éfforcerait de prendre possession et gouvernement de l'abbaye, venait notifier aux « prieur et couvent » qu'« ilz ne receussent « ledit d'Appellevoisin ».

Les moines épouvantés s’enfuirent, sauf le prieur claustral, nommé Jean Barbotin.

« Les religieux espouventez laisserent le service divin et « s'enfouirent. » et portèrent plainte au Parlement. Quant aux assaillants, après avoir bousculé le prieur, ils « prirent les clefs, se logerent et se tindrent, mengerent, « pillerent et gasterent les biens » qui se trouvèrent à leur portée (14).

Les agresseurs pénétrèrent dans l’enceinte, constituèrent prisonnier le prieur, s’emparèrent de toutes les clefs, prirent possession de l’abbaye et la mirent au pillage.

Ils y tinrent ensuite garnison, et quand un huissier du Parlement vint les sommer de se retirer, ils lui refusèrent l’entrée et menacèrent de le jeter à l’eau.

Les sires de Bressuire et de Lezay (André de Beaumont) prirent fait et cause pour Louis Rouault et introduisirent dans l’abbaye des religieux qui n’avaient aucun droit d’y demeurer.

Les fauteurs de ces violences étant tous des amis et partisans avérés du connétable de Richemont, il est vraisemblable qu’il faut voir dans cette affaire un épisode de la lutte ouverte entre celui-ci et Georges de La Trémoïlle.

Devant cette situation, par arrêt du 3 novembre 1430 (15), le Parlement plaça sous séquestre l'abbaye et son temporel, et chargea deux religieux, frère André Mareschal et frère Michau de la Court d'en assurer le « gouvernement ».

Bientôt les gens de trait qui faisaient le guet virent arriver un huissier du Parlement, Philippe de Berlecte, accompagné du sergent Oudin, de la sénéchaussée de Fontenay-le-Comte.

Oudin notifia la décision du Parlement, ainsi que l'ordre de sortir du monastère, à Louis Rouault, qui refusa d'obéir.

Un religieux, nommé Rouetays, fit alors observer que « ceulx qui se tenoient en l'abbaye nestoient  ceulx du temps de l'appoinctement, mais autres que les seigneurs de Versuire (Bressuire) et de Lezay y avoient envoyés ».

Bertrand Rataut confirma le dire du religieux (16).

Berlecte « fist son informacion et quant vint au jour qu'il avoit assigné pour veoir executer la complaincte hurta à la porte pour entrer. On lui dist qu'il n'y entreroit que lui et les officiers de Monseigneur le connestable (17) ». On lui rapporta que « en ladite abbaye estoient de vingt à « trente à quarante compaignons estrangiers et que sil y « feust alez on leust noyé » ; que le seigneur de Lezay aurait déclaré « qu'il avoit bien passé plus fors pas ».

 Enfin on refusa de le laisser parler au prieur et à un autre religieux qui étaient restés à l'abbaye (18).

Frère Louis Rouault ne se faisait déjà plus illusion sur la validité de son élection.

 Il déclara être simple vicaire de frère Bertrand de la Fosse, dont le mandataire fit opposition à la plainte des religieux. « Se mist l'uissier la chose contencieuse en la main du roy ».

Cependant « le prieur trouva maniere de parler à l'uissier en lui priant qu'il le recommandast à la court…. Icelui prieur et un autre religieux estoient destenuz par les diz complices (de Louis Rouault) et tous les autres religieux s'en estoient fouiz pour les outrages desdiz complices  exceptez les chantre et soubz chantre qui alere batre III ou IIII des subgiez de l'abbaye in contemptum qu'ilz avoient esté à l'execucion de la complaincte » des religieux.

De Berlecte rendit compte de son échec au Parlement. On dépêcha à l'abbaye un autre huissier, Maignier, «qui, au lieu du Busseau, prist en sa compaignie Robert Leblanc et venuz a l'abbaye demanderent les clefs au chantre qui bailler ne les volut, ne dire quel gens y avait ne leurs noms. Lhuissier fist son exploit et attacha une scedule à la porte ».

Un troisième huissier, Jean de Ruit, reçut mission de se rendre à l'Absie pour amener les occupants de l'abbaye à de meilleurs dispositions. Ses remontrances n'eurent pas plus de succès.

Faire le guet sur les murs à demi écroulés d'une abbaye, même en ripaillant au réfectoire dans les moments de loisir, n'avait rien de bien récréatif pour des « compaignons » habitués à écumer les grands chemins, « à courre la poule », selon l'expression imagée du temps, quand ils ne se battaient pas.

Pour se distraire ils commencèrent par rouer de coups un pauvre religieux, frère Maurice puis ils le mirent en prison et, « causa abhominacionis et horride associationis», un chat avec lui « et disoient que cestoit le diable (19) ».

 Enfin, ils allèrent s'ébattre aux alentours sous la conduite de « laumosnier de Noaillé (20) », molestant les bonnes gens qui, par malchance, se trouvaient sur leur route. « Ils firent « plusieurs maulx, villenies et oultraiges etiam aux femmes, « et en habit desguisiez ont peschié lestang, ont pris à  Saint Lou 150 sextiers des blez de labbaye. ….ont tout dissipé et gasté les biens de l'abbaye et des mestaieries, pillé et robé et batu les bonnes gens et les femes aussi qui vouloient exteindre le feu ».

Dès avant l'incursion des hommes d'armes de Bertrand Rataut et de Joachim de Velluire, Bernard d'Appelvoisin, avisé des démarches de Bertrand de la Fosse, s'était rendu à Rome.

Là il obtenait gain de cause et se voyait octroyer, le 7 juin l430, les bulles reconnaissant son droit à l'abbatiat (21).

Quant à Louis Rouault il s'effaçait de plus en plus et, le 16 avril 1431, n. st. (22), faisait déclarer au Parlement, par son avocat, qu'il serait « content daler hors de procès pourveu que ce soit sans despens ».

Dès lors l'issue des deux instances n'était plus douteuse. Par un arrêt rendu au civil, le 16 avril 1432, n. st. (23), le Parlement, après avoir levé au profit de Bernard d'Appelvoisin, reconnu abbé légitime, le séquestre apposé sur l'abbaye et ses biens, condamna Louis Rouault à lui restituer les fruits qu'il avait pu percevoir.

 Par le même arrêt, Rouault fut condamné à verser au prieur claustral et aux religieux la valeur, au prix fort, de quarante setiers de froment à la mesure de Saint-Loup, de quarante autres setiers de froment alors aux mains des agents du vicomte de Thouars, et de dix setiers de baillarge, plus cinquante livres parisis.

L'arrêt lui infligea, en outre, une amende de cinquante livres parisis au profit du roi et mit les dépens à sa charge.

Les deux religieux que les moines de l'Absie avaient fait assigner en même temps que lui, Jean Vigieer et Barthélemy Moreau, furent renvoyés des fins de la plainte, sans dépens. Sans doute le Parlement jugea qu'ils avaient suffisamment expié leurs méfaits par leur incarcération prolongée en la conciergerie du palais de Poitiers (24)

Quant à l'affaire criminelle, elle ne prit fin que le 26 février 1435, n. st. Bertrand Rataut et Joachim de Velluire furent condamnés à une amende de mille réaux d'or envers le roi (25) et à quatre cents réaux au profit du prieur claustral et des religieux de l'Absie.

Ils durent, en outre, restituer tout ce qui avait été détruit et volé par leurs hommes d'armes ou en payer la valeur (26).

Pour être complet, il faut dire que Bernard d'Appelvoisin paraît avoir employé d'étranges moyens pour assurer son élection. L'avocat du prieur et des moines, après avoir raconté les actes de banditisme des routiers amenés à l'Absie par Bertrand Rataut et Joachim de Velluire, ajoute: « etiam fist mal celui Dappellevoisin qui fist venir a son « election 780 personnes (27) ». C'était un cortège imposant, susceptible d'influencer les électeurs.

L'avocat de Bertrand de la Fosse, Jouvenel, dans sa plaidoirie du 16 avril 1431, n. st. (28), donne des détails plus circonstanciés : Bernard d'Appelvoisin, ayant appris la maladie de messire Jean Grimault, « vint et avec lui messire Guichart Dappellevoisin son frère à Saint Lou, manda et fist venir les reli« gieux de l'abbaye que eleussent abbé le dit frère B. Dapelevoisin en promettant aux uns donner prieurez, aux autres argent, aux autres donations et incontinent que Grimaut fut mort et que on le portoit enterrer entra dedans labbaye en grant nombre de gens darmes et jusques au nombre de 120 chevaux, lesquels gens prirent touz les biens et jusques à la crosse et par ceste manière fut  lelection et postulacion dudit…. ».

Lors de l'irruption de Bertrand Rataut et de Joachim de Velluire, une quinzaine de religieux résidaient à l'abbaye.

Le prieur Barbotin resta par devoir, frère Maurice l'imita, ce qu'il dut regretter plus d'une fois le chantre et le souschantre, partisans de Rouault, n'eurent garde de partir.

Tous les autres, par les brèches les plus proches, gagnèrent la campagne, si bien que Rouault dut repeupler le monastère de moines venus d'abbayes voisines.

Bernard d'Appelvoisin, malgré les agissements qu'on a pu lui reprocher, paraît bien avoir recueilli les suffrages, spontanément exprimés, de la majorité des moines de l'Absie. Leur choix fut heureux le nouvel abbé ranima la vie ascétique en rétablissant la discipline cistercienne et releva de leurs ruines l'église et les bâtiments claustraux.

 

Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest

 

 

 

 

Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania (LES GRANDES DATES DE L'HISTOIRE DU POITOU ) <==.... ....==> 1435 Entretien du Marais Poitevin, procès entre l'abbaye de l'Absie et l'évêque de Maillezais devant le Parlement de Poitiers

 

 

 


 

Fondation de l'Abbaye Royale de l'Absie - Pierre de Bunt ; Giraud de Salles ; Louis VII le Jeune ; Aliénor d'Aquitaine
Quand vers 1095 l'ermite Pierre de Bunt arriva à l'Absie, il découvrit les débris écroulés d'une antique église. C'était une église paroissiale. Les anciens du pays lui affirmèrent qu'elle ne dépendait d'aucune des paroisses voisines. A sa grande joie, l'enquête à laquelle il se livra confirma leurs dires.


 

(1) T. XXIX, p. 139, note.

(2) HM.

(3) Il avait épousé la fille de Jean de Torsay, seigneur de Lezay, qui, comme grand-maître des arbalétriers, avait coopéré avec le comte de Vertus au siège de Parthenay (LEDAIN, His de Bressuire, p. 111 ).

(4) IMBERT, Hist. de Thouars, Mém. Soc. Statistique des Deux-Sèvres, 2e série, t. X, pp. 174, 175.

(5) Perceral d'Appelvoisin figure parmi les officiers et seigneurs de la cour de Thouars qui accompagnèrent en 1439, à Airvault, Marie de Rieux, femme de Louis d'Amboise, lorsqu'elle se rendit dans cette ville pour renverser les fortifications élevées par les habitants contre sa volonté (IMBERT, op. cit., pp. 159, 160).

Jacques d'Appelvoisin, seigneur de la Guiraire, de Pugny et de Chaligné, fut, le 22 août 1446, l'un des témoins de la ratification par Louis d'Amboise du contrat de mariage de sa fille Marguerite avec Louis Ier de la Trémoille (BEAUCHET-FILLEAU, Dict. Hist. des Familles du Poitou, Appelvoisin, § 7, branche de Chaligné, n" 4).

 René d'Appelvoisin, gentilhomme de la compagnie de Louis d'Amboise, assista aux scènes violentes qui éclatèrent entre ce seigneur et Louis XI, lorsque celui-ci voulut s'emparer de la vicomté de Thouars (IMBERT, op. cit p. 166 THIBAUDEAU, hist. du Poitou, éd. 1839, t. II, p. 125, note).

(6) Abbé DROCHON, Journal de Paul de Vendée, p. 5. -Cet auteur affirme que les d'Amboise et les d'Appelvoisin étaient parents. Nulle part nous n'avons trouvé trace de cette parenté.

(7) Abbé Drochon, op. cit., p. 5. C'est dans la chapelle particulière de l'abbé que les deux époux furent ensevelis, la femme en 1475, le mari en 1482. Depuis cette époque cette chapelle porte le nom de la Trémoille.

(8) Son véritable prénom était Marie (Cf. IMBERT, op. e; p. 154 Chartrier de Thouars, Documents hist. et généal., ch. ni, p. 25). Elle était fille de Jean, sire de Rieux, maréchal de France, et de Jeanne de Rochefort, dame d'Asserac et de Châteauneuf, baronne d'Ancenis et vicomtesse de Donges.

(9) LEDAIN, Gâtine Hist. et Monum., éd. 1876, pp. 210, 211.

(10) L'ambition parait avoir prédominé. Le frère de Bernard d'Appelvoisin, Guichard, après s'être distingué dans les rangs bourguignons au siège de Parthenay de 1419, passa dès 1420 au service du dauphin, auquel il avait prêté, serment et la suite de l'acceptation par Jean l'Archevêque du traité de Pouilly (/6td., p. 202).

Il fit sous ses ordres la campagne du Charolais (BEAUCHET-FILLEAU, Dict. Hist., 1"' édit., v Appelvoisin] et devint plus tard chambellan de ce prince (abbé Drochon, Journal de Paul de Vendée, pp. 2, i86).

(11). Jean Rabateau, avocat du roi au Parlement, requit la punition des coupables dès le 20 novembre 1430.

Un arrêt du Parlement de Paris de Jean Rabateau, avocat du roi siégeant à Poitiers est rendu au profit du prieur claustral et des religieux de l'Absie contre Louis Rouault qui, se prétendant abbé, s'était emparé de l'abbaye à main armée, relate que le Procureur du Roi concluait à la condamnation dudit Rouault pour «  le port d'armes et l'infraction à la sauvegarde du Roy.

Ces détails et ceux qui vont suivre ont été puisés dans un arrêt prononcée à l'audience du 9 mars 1431, n. st. (Arch. Nat., X", 9199, f 337 et suiv., t"' 372 et suiv.).

Les inculpés étaient au nombre de dix-huit frère Louis Rouault, frère Bertrand de la Fosse, dit du Retail (les deux compétiteurs de frère Bernard d'Appelvoisin) messire Bertrand Rataut (beau-frère de Louis Rouault, ayant épousé sa sœur Marguerite) messire Joachim de Velluire, baron de Ruffec (dont la fille Françoise avait épousé Joachim Rouault, seigneur de Boismenard et de Gamaches, cousin-germain de Louis Rouault) ; messire Regnaut ; frère Jean de la Grue, prieur de Coulon ; frère François Banchereau ; frère Jean Dubois ; frère Guillaume de la Fosse, dit du Refait, prieur d'Ardin (frère ou parent plus éloigné du candidat à l'abbatial) ; frère Barthomé ou Barthélémy Moreau ; messires Jean et Guillaume Annet, prêtres enfin quelques comparses Jean Sauzais, Guillaume Tabardas, Huguet David, Jean de Furgières, Lucas du Vignaut, Jean Aujart.

Les pièces de la procédure civile en nomment un autre frère Jean Vigier, qui était retenu prisonnier à la conciergerie du palais de Poitiers en compagnie de frère Barthélémy Moreau (Arch. Nat., X", 9199, f" 372, vo, plaidoirie du 9 mars 1431, n. st.).

Ce sont sans doute le chantre et le sous-chantre, partisans de Louis Rouault, qui avait été incarcéré en même temps qu'eux, puis relaxé (Ibid., X", 9192, f° 284, v" 9199, f° 372, v).

Il y eut d'autres poursuites.

Ce ne fut que le 26 février 1435 n.s. que l’arrêt définitif fut rendu.

Bien qu’à cette époque Richemont fût rentré en grâce auprès du roi et eût reconquis toute son influence à la cour, Bertrand Rataut et Joachim de Volvire furent condamnés à une amende de 1000 réaux d’or envers le roi et à 400 réaux au profit du prieur claustral et des religieux de l’Absie, et en outre à la restitution de tout ce qui avait été détruit et enlevé de l’abbaye par leurs hommes d’armes. (X2a 20, fol. 80 v°, et X2a 21, à la date du 23 février 1435 n.s. ; cf. aussi fol. 148 v°, 149, 161, 162 v°, et aux dates des 7 et 14 mars 1433 n.s. dans ce même registre X2a 21.)

Dans l’intervalle, une action civile se poursuivit au Parlement entre Bernard d’Appelvoisin, Louis Rouault et un troisième prétendant, Bertrand de la Fosse, dit du Retail.

Ce dernier était allé à Rome dénoncer la mauvaise administration du dernier abbé, Jean Grimaut, et avait, paraît-il, obtenu du pape la promesse de le remplacer.

Inutile de dire que les droits de Bernard furent pleinement reconnus et consacrés par la cour. (Plaidoiries du 15 mai 1431, arrêts des 14 août 1431 et 16 avril 1432 ; X1a 9192, fol. 249 et 284 ; X1a 9201, fol. 35.)

 

Bertrand Rataut était encore tenu à l’hommage envers les sires de Parthenay pour la quatrième partie d’une borderie de terre, vulgairement appelée « la Nouhe-Chappon », qui lui venait des héritiers de feu Guillaume Bertrand, aliàs Gaillart, et tenait d’une part au fief de Saint-Denis et d’autre à celui dudit Rataut, pour son hébergement du Bois de Fenioux, pour le lieu de la Béraudière, mouvant de Secondigny, et pour l’hébergement du Bois-sur-Ardin, mouvant de Parthenay. (Id., R1* 190, fol. 252 v° et 275.)

Bertrand Rataut était conseiller et maître d’hôtel d’Artur de Richemont.

En cette qualité il fut commis, avec Guillaume de Launay, lieutenant dudit sieur à Parthenay, pour diriger les travaux de réparations à faire aux château, halles, fours, moulins, chaussées, étangs, garennes et maisons de cette ville, par lettres du connétable, datées du château de Parthenay, le 20 mai 1443. (Original. Arch. nat., R1 192.)

On trouve trois arrêts de défaut rendus par le Parlement, l'un le 20 juillet 1441, les deux autres le 7 avril 1443, n. st. (Arch. Nal., X", 22) au profit du procureur général du roi et des religieux, abbé et couvent de Notre-Dame de l'Absie-en-Gâtine pour excès (voies de fait à main armée) le premier contre Eustache de Courdault ;  le second contre Jean Veryier du Plesseiz, dit Bâtard, Mathurin Hurriau, Jean Puignon, Jean Gardon et Jean Festicier, le troisième contre Jean Josseaume, Jacques et François Josseaume, ses enfants, et Jean de Carouges.

Il s'agit d'excès commis contre l'abbaye ou ses biens, puisque la plainte émane non d'un seul religieux ou de l'abbé, mais de tous les religieux et du couvent. Rien ne permet d'affirmer qu'il s'agisse d'autres complices de Louis Rouault.

 

 (l2) L'armée royale comprenait beaucoup de gens de pied de cette nationalité. A la bataille de Verneuil (7 août 1424) on comptait 2000 highlanders, armés de haches et 3000 autres mercenaires écossais (LAVISSE, Hist. de France, t. IV~, p. 34).

(13)Pour les obtenir, Louis Rouault avait donné à entendre qu'il avoit été postulé a majore parle. (qu'il avait obtenu la majorité des voix).

 

Ce Louis Rouault, Sgr de la Rousselière, dans l’arrêt du 16 avril 1432, est qualifié prieur d’Auzay (de Auzayo).

Comme Bernard d'Appelvoisin, Louis Rouault appartenait à une famille de bonne noblesse du Bas-Poitou.

Les Rouault de la Rousselière avaient été anoblis en 1317 par Jean 1er l'Archevêque, sire de Parthenay, en vertu d'une procuration sous forme de lettre délivrée par le roi de France, Philippe le Long.

Louis Rouault de Gamaches était fils de Miles, seigneur de la Motte, et d'Isabelle, fille de Louis de Beaumont, seigneur de Bressuire.

Louis Rouault fut élu, le 31 octobre 1449, abbé de Bourgueil et conserva cette dignité à titre de commende après qu'il eut été pourvu de l'évêché de Maillezais vers 1455 à 1475

Il répare les dortoirs de Bourgeuil et fait bâtir une partie du cloître en 1472, où l’on voit ses armoiries De sable à deux léopards d’or, l’un sur l’autre.

Il mourut le 13 mars 1477, deux ans après avoir abdiqué.

 

Ils portaient de sable à deux léopards d'or, l'un sur l'autre.

 

(14) L'emploi de la force pour la prise de possession d'un bénéfice peut paraître étrange.

 

 Au cours des dernières années de la guerre de Cent Ans et pendant la période troublée qui suivit, on en trouve plusieurs exemptes. Cinquante ans plus tard, on voit Guillaume Le Roy, prétendant à l'évêché de Maillezais contre Frédéric de Saint-Sévérin, nommé évêque par le roi Louis XI et le pape Sixte IV, attaquer à la tête d'une soixantaine d'hommes d'armes le château et la maison épiscopale de Maillezais

(15) Arch. Nat., X.°, 9192, fo 284.

(16) Le texte dit :« Messire Louys Rataut chevalier qui estoit au procès…. (Plaidoirie du 9 mars 1431, n. st.). Seul Bertrand Rataut a été impliqué au procès criminel. Il s'agit sans doute d'une inadvertance, soit de l'avocat, qui, dans sa plaidoirie, aura substitué le prénom de Louis à celui de Bertrand, soit du greffier qui aura mal saisi les paroles de l'avocat.

(17) Le comte de Richement, seigneur de Parthenay. Ses officiers de justice n'avaient plus juridiction sur l'abbaye de l'Absie depuis la transaction de 1364 (voir ci-dessus).

(18) Le prieur s'appelait Jean Barbotin (Archives Hist. du Poitou, t. XXIX, p. 139, note). Le religieux est sans doute le frère Maurice dont on contera tout à l'heure les mésaventures.

(19) Il n'était vexations que, pour se distraire, les routiers et leurs chefs ne fissent subir aux malheureux moines. Voir dans LAVISSE (Hist. de France, t. IV°, p. 72) les aventures tragi-comiques de l'abbé de Preuilly et de ses religieux, houspillés et bafoués pendant toute une nuit de juin 1432, par une bande de chenapans à la tête de laquelle était ung nommé le bastard de « Curssay. »

Le chat a triste réputation dans le pays. C'est un compagnon obligé des sorcières et, comme elles, un suppôt de ~atan. Lorsque, pour venger l'affront fait à un malheureux manchot, dont la fille avait été enlevée par Py-Chabot, l'âme damnée de Geoffroy la Grand'Dent, saint Louis vint mettre le siège devant le château de Fontenay, alors que ses hommes brisaient les portes du donjon, on en vit sortir et s'élever dans les airs la Mrelusine à califourchon sur une acouette (manche à balais), emportant en croupe son terrible fils, Py-Chabot et sa captive, les 799 gibiers de potence qui défendaient la place et son gros matou noir. (Légende rapportée par B. FILLON, dans Poitou et Vendée : Fontenay-le-Comte, p. 28).

(20) Sans doute ainsi surnommé par antiphrase. Un autre brigand, qui opéra aux environs de l'Absie, au XIVe siècle, Pierre Ténébrer, était connu sous le nom d'« Aumosnier de Bersuire (voir la biographie de l'abbé Guillaume de Braye).

(21) Arrêt du Parlement du 14 août 1431, Arch. Nat., Xta 9192, fo 249; Plaidoiries, Ibid., X." 9199, fo 387 et 415.

(22) Ibid..t° 388.

(23) Ibid., 9192, f' 284 et suiv.

(24) Plaidoirie du 9 mars 1431, n. st., -Arch. Nal., X' 9199, f 372.

(25) Le réel ou royal d'or, monnaie créée par Philippe le Bel, valait, le petit royal, 6 livres, et le grand royal, 12 livres.

(26) Arch. Hist. Poitou, t. XXIX, p. 139, note.

(27) Plaidoirie du 9 mars 1431, précitée, f 373.

(28) Arch. Nat., Xta,  9199, f 386, V.