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PHystorique- Les Portes du Temps
21 mai 2022

Augustin Dehargues, maire de Menomblet : Officier de l'Armée Catholique et Royale au siège de Nantes 29 et 30 juin 1793

Augustin Dehargues, maire de Menomblet Officier de l'Armée Catholique et Royale au siège de Nantes 29 et 30 juin 1793

Augustin de Hargues d'Estivau, fils du fermier général de la de la Joblière, commune de la Ronde, entre la Châtaigneraie et Bressuire était maire de Menomblet vers 1789.

Il n'avait qu'une vingtaine d'années lorsque la guerre de la Vendée éclata.

Pourvu d'une bonne éducation et possédant de la fortune, il acquit aisément de l'influence sur le peuple dit pays qu'il habitait et joua dans l'insurrection un rôle assez important.

Il prit part à l'attroupement qui se porta sur Bressuire, le 24 août 1792 et qui était commandé par Baudry d'Asson et Delouche.

Cette insurrection ayant été apaisée dès son principe, Dehargues fut obligé de se cacher. Il se retira alors en Anjou auprès de la famille Gesbron, à laquelle il était allié. Il fut néanmoins arrêté à Chalonnes, au commencement de mars 1793, par ordre du maire Vial, et après interrogatoire du juge de paix, il fut jeté en prison, comme prévenu d'espionnage.

Mais, lors de l'entrée des Vendéens à Chalonnes (21 mars 1793), on s'empressa de lui rendre la liberté. Il signe parmi les chefs vendéens qui élisent Cathelineau généralissime.

Dehargues rentra alors dans son pays, et devint l'un des principaux officiers et même chef de division de l'armée de Royrand.

Maîtres de Saumur, d'Angers et des deux rives de la Loire jusqu'à Nantes, les chefs vendéens tenaient essentiellement à s'emparer de cette autre ville, afin de consolider leurs premiers succès, de se pourvoir des ressources immenses qu'elle contenait en numéraire, en matériel de guerre et de marine, et de disposer librement du fleuve jusqu'à son embouchure.

Il ne leur manquait plus que cela pour pouvoir se présenter à l'étranger, avec le caractère de belligérants sérieux, et en obtenir les munitions et les forces imposantes de troupes de ligne, qu'ils ne s'étaient pas fait faute de quêter misérablement en Angleterre et en Espagne (i).

 

C'était une question de vie ou de mort pour l'insurrection. Aussi les chefs y attachaient-ils une importance extrême, comme nous l'avons vu.

Mais ce que la noblesse protestante du XVIe siècle n'avait pas osé tenter, ses descendants, devenus catholiques et royalistes depuis la révocation de l'édit de Nantes, pouvaient-ils l'exécuter?

Pour y parvenir et profiter des intelligences qu'ils avaient dans la place, en suscitant une panique, ils crurent devoir se faire précéder de cette artificieuse sommation.

Augustin Dehargues, maire de Menomblet Officier de l'Armée Catholique et Royale au siège de Nantes 29 et 30 juin 1793

Sommation adressée à la municipalité et aux habitants de la ville de Nantes, le 20 juin 1793, par les commandants des armées catholiques et royales, réunis à Angers.

Angers, 20 juin 1793, l'an Ier du règne de S. M. Louis XVII.

Messieurs,

Aussi disposés à la paix que préparés à la guerre, nous tenons d'une main le fer vengeur, et de l'autre le rameau d'olivier. Toujours animés du désir de ne point verser le sang de nos concitoyens (2), et jaloux d'épargner à votre ville le malheur incalculable d'être prise de vive force, après en avoir mûrement délibéré en notre conseil, réuni au quartier-général à Angers.

Nous avons arrêté, à l'unanimité, de vous présenter un projet de capitulation, dont le refus peut causer le tombeau de vos fortunes et de celles d'une partie de la France, et dont l'acceptation, qui vous sauve, va sans doute assurer à la ville de Nantes un immense avantage et un honneur éternel.

En conséquence, nous vous invitons à délibérer et statuer que le drapeau blanc sera de suite, et dans l'espace de six heures après la réception de cette lettre, arboré sur les murs de la ville et sur les tours de votre église cathédrale, ainsi que sur le château ;

Que la garnison mettra bas les armes et nous apportera ses drapeaux pliés comme nationaux ;

Que toutes les caisses publiques, tant du département, du district et de la municipalité, que des trésoriers et quartiers-maîtres de l'armée, nous seront pareillement apportées ;

Que toutes les armes nous seront remises ; que toutes les munitions de guerre et de bouche nous seront fidèlement déclarées, et que tous les autres effets, de quelque genre que ce soit, appartenant à la République française, nous seront indiqués et livrés, pour que, par nous, il en soit pris possession, au nom de Sa Majesté très-chrétienne Louis XVII, roi de France et de Navarre, et au nom de Monseigneur le Régent du royaume ;

Qu'il nous sera remis, pour ôtages, les députés de la Convention nationale, de présent en commission dans la ville de Nantes, et autres dont nous conviendrons.

A ces conditions, la garnison sortira de la ville, sans tambours ni drapeaux ; les officiers seulement avec leurs épées, et les soldats avec leurs sacs, après avoir prêté le serment de fidélité à la religion et au roy, et la, ville sera préservée de toute invasion et de tout dommage, et mise sous la sauvegarde et protection spéciale de l'armée catholique et royale.

En cas de refus, au contraire, la ville de Nantes, lorsqu'elle tombera en notre pouvoir, sera livrée à une exécution militaire, et la garnison passée au fil de l'épée.

Nous vous faisons passer, Messieurs, plusieurs exemplaires de nos proclamations, qui vous instruiront plus en détail de nos véritables sentiments, et nous vous donnons l'espace de six heures, pour nous faire connaître votre refus ou votre acquiescement à nos propositions.

Nous avons l'honneur d'être très-parfaitement,

Messieurs,

Vos très-humbles et très-obéissants serviteurs,

Les commandants des armées catholiques et royales,

DONNISSAN, BERRARD, D'HERVOUET, D'ELBÉE, CH. DESESSART, DUHOUX D'HAUTERIVE, LA TRÉMOILLE, DE LA ROCHEJACQUELEIN, PIRON, DEHARGUES, LE CHEVALIER D'AUTICHAMPS, CATHELINEAU, STOFFLET, LALOUERY.

Le lendemain, cette sommation était adressée avec une circulaire par les mêmes commandants, aux chefs subalternes, pour les faire tenir aux comités de paroisse et répandre partout.

 La Vendée était ainsi poussée à se ruer sur la ville de Nantes pour venir à la curée. On espérait étouffer la défense sous le déploiement de l'attaque.

 

Voici la copie de cette circulaire et de l'ordre de transmission pour le comité de la ville de Fontenay, tombée depuis un mois aux mains des royalistes :

Angers, 21 juin 1793.

Messieurs,

Nous avons l'honneur de vous faire passer copie de la proposition de capitulation, adressée par MM. les Commandants des armées catholiques et royales à Messieurs de la Municipalité de la ville de Nantes et autres habitants de cette ville. Vous y trouverez les sentiments d'humanité, qui -sont la règle de conduite des défenseurs de la religion et du trône. Nous vous prions de la faire connaître aux populations que vous administrez.

Pour copie conforme :

DEHARGUES, DE BOISY.

Copie de la lettre ci-dessus est envoyée ce jourd'huy, 24 juin 1793, l'an 1er du règne de Sa Majesté Louis XVII, roy de France et de Navarre, au comité de la ville de Fontenay. Sera remise audit comité par François Lhomedé, courrier.

A Montournais, le 24 juin 1793.

POUZIN, Commandant.

(Papiers de Mercier du Rocher).

 

L'expédient fut déjoué au moyen du silence presque absolu gardé sur elle par le maire Baco. Il n'en résulta que l'utile avertissement de se mettre en mesure de bien les recevoir le plus rapidement possible.

Le général Canclaux n'avait cependant, pour défendre une ville ouverte de toutes parts, contre soixante mille assaillants, que dix mille hommes v environ, dont moitié de garde nationale et moitié de troupes de ligne et de volontaires. Nonobstant cette énorme différence numérique (un contre six !) la résistance fut si bien organisée et conduite avec tant de cœur, qu'après dix-huit heures de combat, les Vendéens, vigoureusement repoussés, furent contraints de battre en retraite, abandonnant un grand nombre de morts sur place, et emportant leur généralissime Cathelineau, mortellement blessé.

Gardes-nationaux, volontaires et soldats étaient devenus noirs de poudre, à force d'avoir mâché la cartouche et brûlé des amorces. Depuis ce rude échec, les contre-révolutionnaires n'y sont jamais revenus.

Le danger passé, le maire Baco, dont l'énergie qu'exprime sa figure avait été l'âme de la défense, dans l'adresse de chaleureuses félicitations à ses concitoyens ci-dessous reproduite, leur révéla les honteuses propositions par lui reçues et rejetées.

 

ANNIVERSAIRE DE L'ATTAQUE ET DE LA LEVÉE DU SIÈGE DE NANTES PAR LES VENDÉENS 29 et 30 juin 1793

René-Gaston Baco, maire de Nantes, à ses concitoyens.

Cette horde fanatisée des campagnes, ces prêtres et nobles que nous combattons depuis quatre mois, enhardis par des succès éphémères, ont osé vous proposer une honteuse capitulation.

Les sieurs Donet…  et prisonniers au Loroux, en étaient porteurs. Je la reçus et je répondis que les Nantais ne composaient pas avec des brigands; qu'ils repousseraient, avec l'énergie de la probité, des hommes qui, les mains encore dégoûtantes du sang de huit cents victimes immolées avec une cruauté qui ferait horreur même aux cannibales, empruntaient le langage de l'humanité et de la religion ; qui, à la suite d'une dévastation sans exemple, promettaient le respect des propriétés. Je répondis que nous péririons tous, ou que la liberté triompherait.

Braves et chers habitants, vous avez tenu ma parole, à la mémorable journée du 29 ; vous vous êtes rendus dignes de vos frères d'armes venus à notre secours. Ensemble nous avons sauvé la République.

Je puis aujourd'hui vous communiquer les impudentes propositions de nos ennemis. Je ne vous les ai pas fait connaître plus tôt, parce que vous n'aviez pas besoin de stimulant pour combattre, et que les lâches et les malveillants, qui circulent çà et là au milieu de nous, en auraient pris prétexte pour semer la terreur, égarer l'opinion et entraver nos moyens de défense.

 Les généraux en furent instruits : les succès de leurs heureuses dispositions vous apprennent qu'en les prévenant, j'avais rempli le seul devoir qui m'incombait dans cette grande circonstance. Seul je restai chargé de la responsabilité, dans le cas de fâcheux événements. Mais qu'est-ce que la vie, lorsqu'il s'agit de l'honneur de son pays !

Enthousiasmée et reconnaissante du grand service rendu à la République, par ce glorieux fait d'armes, la Convention nationale décréta que Nantes avait bien mérité de la patrie.

C. D .-M

 

Dehargues se porta sur Chantonnay et Luçon, il poursuivit même à outrance les troupes républicaines jusque dans les plaines qui environnent cette dernière ville et qui devaient finalement être témoin de la défaite de l'armée vendéenne.

Il se retira alors dans le Bocage avec la plus grande partie de sa division et prit part à tous les événements qui précédèrent le passage de la Loire.

Il fut à cette époque très-utile à son parti.

 

==>Après leur échec devant Nantes, les chefs vendéens se réunissent aux Herbiers le 6 septembre 1793 (élection de Charette)

 

Le Passage de la Loire 18 octobre 1793, début de la virée de Galerne

 

Arrivé dès le 18 octobre 1793, et l'un des premiers, à Varades avec des Essarts, le chevalier Duhoux et deux ou trois mille Vendéens, il contribua aux attaques qui facilitèrent le passage du fleuve.

Cette avant-garde repoussa victorieusement les troupes républicaines commandées par l'adjudant général Tabary, à qui était confié le poste important d'Ingrandes.

Le général Aulanier, qui se trouvait aux Ponts-de-Cé avec une portion des anciennes garnisons de Valenciennes et de Condé, fit de vains efforts pour soutenir Tabary. Cette petite armée fut battue, perdit deux canons et fut repoussée jusqu'aux portes d'Angers.

A l'attaque de Laval par les patriotes, Dehargues tourna l'ennemi avec sa colonne et l'attaqua par- derrière, ce qui décida du succès de la journée.

D'aussi beaux faits d'armes le firent nommer adjudant général et membre du Conseil militaire de la grande armée vendéenne. Aussi, depuis cette époque, vit-on Dehargues assister à toutes les délibérations.

Il signa notamment l'arrêté du ler novembre 1793, rendu à Laval pour les bons et effets royaux et les sommations faites au commandant et aux officiers municipaux de Granville, le 24 du même mois de novembre.

Enfin Dehargues était à son poste accoutumé, à l'avant-garde, lors de la marche de la grande armée sur Dol.

Six mille hommes composaient ce premier corps que Westermann attaqua avec son intrépidité ordinaire et sans même avoir pris le soin de ranger ses soldats en ordre de bataille. Le feu nourri des Vendéens allait faire lâcher pied aux troupes républicaines, lorsque le général Marceau, à la tête d'une forte colonne, vint rétablir le combat. Mais les royalistes ayant reçu eux-mêmes des renforts, l'action devint générale.

C'est alors qu'un étrange phénomène vint fortuitement surprendre les combattants. Il était huit heures du matin, quand le ciel s'obscurcit au point d'intercepter la vue à six pieds de distance. Cette obscurité fit rentrer les deux armées dans leurs positions respectives, et chacune d'elles, prit les plus grandes précautions pour éviter une surprise. Les coups étaient portés au hasard et le moindre écart exposait les hommes à une mort certaine. Cette scène dura plus d'une demi-heure.

Pendant ce temps, l'arrière-garde vendéenne terrorisée se réfugiait à Dol, tandis que l'avant-garde restait seule immobile en face de l'armée patriote tout entière. Quand l'obscurité eut été dissipée, les républicains, supérieurs en nombre, se portèrent sur le.corps d'armée de Stofflet et le forcèrent de se retirer lui-même à Dol. La confusion la plus grande se mit alors dans les rangs vendéens.

Dehargues avec quelques braves voulut rallier les fuyards ; les prêtres s'armèrent des signes extérieurs de la religion ; les femmes usèrent de leur ascendant pour rétablir le combat, et finalement tout changea déposition.

Mais Dehargues, en poursuivant des hussards républicains, fut emporté par son cheval qui vint s'abattre au milieu des rangs ennemis. Reconnu comme chef à son écharpe blanche, il fut entraîné immédiatement sur le derrière de l'armée républicaine et peu après il périssait à Rennes sur un échafaud, dernier témoin de son héroïque courage.

Toute l'armée vendéenne, qui perdait en lui un de ses meilleurs officiers d’avant-garde, le regretta sincèrement.

À ce sujet, la marquise de La Rochejacquelein écrit : « il sut mourir avec le plus grand courage, il criait Vive le roi quand le couteau tomba sur lui ».

 

 

 

Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania (LES GRANDES DATES DE L'HISTOIRE DU POITOU ) <==.... ....==> 18 Octobre 1793, le général Charles Melchior Artus de Bonchamps meurt près de Varades. (Passage de la Loire)

 

 

 


 

(1) Voir dans les Pièces contre-révolutionnaires du commencement de l'insurrection vendéenne, publiées par Benj. Fillon, le passeport pour l'étranger délivré à Guerry de Tiffauges, par d'Elbée, Berrard et Sapinaud, p. 35. Fontenay- Vendée, Robuchon, 1847, brochure in-8o

(2) Après ce qui s'était passé à Cholet, à Montaigu et surtout à Machecoul., etc., etc.., les chefs vendéens étaient bien mal fondés à s'exprimer de la sorte. Mme de la Rochejacquelein reconnaît elle-même les excès commis par eux, dans ses Mémoires, chap. IV, tout en atténuant beaucoup trop ou plutôt dissimulant ce qui s'était passé ailleurs.

 

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