Hugues le Brun était vassal de Jean-Sans-Terre; dans les commencements de l'an 1200 , le 28 janvier , il était venu à Caen avec Raoul, comte d'Eu, et dans un acte qui nous a été conservé, passé devant Guillaume du Hommet, connétable de Normandie , Guillaume Maréchal, comte de Pembrock , Jean de Pratell, Geoffroi de Celle , Garin de Glapion et Guillaume de l'Etang , ces deux barons s'étaient reconnus hommes liges du roi d'Angleterre :

« A tous présents et à venir, avaient-ils écrit, faisons savoir que moi, Hugues le Brun , comte de la Marche, et moi, Raoul, comte d'Eu, sommes les hommes liges de notre illustre seigneur , Jean , roi d'Angleterre , que nous aiderons fidèlement à sa gloire et à son profit, contre tous hommes et femmes qui peuvent vivre et mourir, et dans toutes les occasions et par tous les  moyens qui seront en notre pouvoir , et de tout notre pouvoir lui prêterons fidèlement assistance pour rechercher , recouvrer et conserver ses droits , contre  tous , fût-ce même contre ceux qui sont ou qui seront de notre famille. »

« Tant qu'il sera en notre pouvoir, nous ne souffrirons que notre seigneur, le roi d'Angleterre, en quelque manière, en quelque temps de notre vie et en quoi que ce soit, éprouve tort ou soit lésé par le fait de nos parents ou autres. »

« Et pour certaine garantie du maintien perpétuel de toutes ces promesses et de notre bonne foi, nous l’assurons tant par nous et nos serments que par nos hommes dont les noms suivent et par leurs serments. »

Venaient ensuite les noms de Gosselin de Lezay, de Hugues de Rochefort, de Jean d'Airan, et de dix autres témoins pour le comte de la Marche. Raoul, comte d'Eu, n'avait que cinq témoins.

 

De son côté, d'après les usages de la féodalité, en retour des obligations contractées par ces vassaux, Jean leur avait promis aide et loyale protection; dans un autre acte signé le même jour par les mêmes, il s'exprimait ainsi :

« Jean, par la grâce de Dieu, roi d'Angleterre, etc. à tous ceux à qui parviendra le présent acte, salut. »

« Sachez que nous avons accepté nos amis et fidèles Hugues, comte de la Marche, et Raoul, comte d'Eu, pour nos hommes liges.  

« Nous les aimons , en effet, comme nos fidèles et hommes liges, nous les soutiendrons, et nous maintiendrons et défendrons intégralement et avec bonne foi leur droit contre tous, et nous ferons en sorte qu'en quoi que ce soit et de quoi que ce soit, dont ils soient revêtus et saisis, ils n'éprouvent dommage ou préjudice de notre fait ou de celui des nôtres, si ce n'est par jugement de notre cour, et cela tant qu'ils nous serviront fidèlement et continueront à se soumettre à notre justice (Rymer, Acta publica, t. I, p. 37. ). »

 

Mais Jean-Sans-Terre, accoutumé à se jouer de tous les devoirs, ne respecta pas mieux ceux qu'il venait de s'imposer ; il n'ignorait pas que Hugues était amoureux, et que, du consentement même de son frère Richard, il avait été fiancé à Isabelle, fille du comte d'Angoulême, mais, comme elle était trop jeune, le mariage n'avait pas été accompli de suite.

La comtesse d'Angoulême venait d'atteindre sa nubilité, et les noces allaient être célébrées, quand Jean, cédant à une passion brutale et au mépris de tous les droits, l'enleva contre son gré et l'épousa.

Un obstacle, il est vrai, plus grave encore que le premier, s'opposait à cette union ; il avait, alors qu'il n'était encore que comte de Mortain, pris pour femme la riche héritière du comte de Glocester, qui lui avait apporté en dot son comté et le titre de gouverneur de Caen ; le roi d'Angleterre la répudia ignominieusement, et, ajoutant la spoliation à l'infamie d'une telle conduite, en repoussant l'épouse il retint les domaines.

Alors on vit Jean-Sans-Terre, oubliant toute retenue, et par une espèce de dérision calculée, choisir la demeure même qu'il avait volée à sa première femme pour théâtre de ses orgies avec la seconde, à qui du reste l'éclat de sa nouvelle fortune et l'entraînement des débauches royales ne fit pas tout-à-fait oublier ses premières amours.

On sait, en effet, que , vers l'année 1218, après la mort de Jean, elle consentit à perdre son titre de reine pour devenir simple comtesse de la Marche et de Toulouse, en épousant Hugues.

Plus d'une fois, sans doute, la jeune princesse, au milieu des fêtes du château de Caen, regretta son ancien amant. Elle dut verser des larmes au souvenir du malheureux qui gémissait dans les cachots de la forteresse, dont son mari cherchait à faire pour elle le séjour des plaisirs.

 Car il n'en faut pas douter, c'était par un raffinement de vengeance que le roi vainqueur à Mirebeau avait fait du même lieu la prison de son rival, et le palais d'Isabelle.

Quoi qu'il en soit, la captivité de Hugues le Brun n'eut pas même une année de durée: forcé par les circonstances, son ennemi sacrifia sa haine à la politique, et la liberté du comte de la Marche fut une des conditions auxquelles il se soumit dans une trêve conclue avec le vicomte de Thouars; mais cette liberté qu'obtint Hugues ne fut pas achetée sans peine, et bien qu'il lui fit don en même temps du gouvernement de la Saintonge, Jean pensait lui-même qu'il opposerait des difficultés avant de se soumettre aux sacrifices exigés de lui, quand, en adressant la copie du traité au connétable du château de Caen , il lui écrivait de jeter le prisonnier dans une basse-fosse, et de resserrer ses fers dans le cas où celui-ci n'acquiescerait point aux conventions stipulées.

 

Jean Sans Terre annonce au gouverneur du château de Caen qui envoie Hugues de Lusignan pour être prisonnier dans le donjon de cette ville.

(10 août 1202.)

Rex constabulario castri Cadom, etc. Mittimus Hugonem Brunum apud Cadomum , ut sit ibi in prisonå nostrà ; et cum illo Hugonem de Neville , cujus custodie illum commisimus. Tibi autem mandamus quod eidem H. de Neville incontinenti liberes turrim castri ad custodiendum in ea predictum Hugonem Brunum, et videas quòd nullus intret turrim qui non sit ex hominibus ipsins Hugonis. Et si prisones fuerint in turri, illos incontinenti indè amoveas, et alibi poni facias, quia nolumus quòd aliquis turrim intret, nisi per ipsum Hugonem.

Teste me ipso apud Faleisam, x die augusti. - Rotuli litterarum patentium , p. 16.

 

Le roi, connétable du château de Caen. Nous envoyons Hugues Brun à Caen pour y être dans notre prison ; et avec lui Hugh de Neville, à la garde duquel nous l'avons confié.

Mais nous vous ordonnons de libérer le même H. de Neville à partir du moment où vous libérerez la tour du château pour y garder le susdit Hugues Brun, et vous verrez que personne n'entre dans la tour qui ne soit des hommes d'Hugues lui-même. .

Et s'il y a des prisonniers dans la tour, vous les désinstallez immédiatement et vous les faites placer ailleurs, car nous ne voulons que personne entre dans la tour sauf par Hugh lui-même.

Me témoigner à Falaise, le 10 août

 

 

 

Jean Sans-Terre demande au maire de Poitiers de prendre possession des châteaux de Geoffroi et de Hugues de Lusignan.

(14 août 1202.)

Rex, etc. , Sern. Majori Pictavii. Mandamus tibi quod sine dilatione mittas cum militibus G. de Leziniaco et H. Brunum, et cum nuntiis nostris ad recipienda castra sua.

 Et cum securus fueris quòd illa tibi et aliis nuntiis nostris liberare voluerint, illùc eas salvå securitate corporis tui et illa cum nuntiis nostris recipias, et id scire facias Senescallo nostro Pictavie et Vasconie, qui illùc gentes mittet ad munienda ea, et scire facias camarario nostro, qui predictos G. et H. Brunum custodit, si castra illa habueris.

 Teste me ipso apud Faleisam, xi die augusti. - Rotuli litterarum patentium , p. 16.

 

Le roi Se... Maire de Poitiers. Nous vous ordonnons d'envoyer sans délai avec les soldats G. de Lusignan et Hugues le Brun, et avec nos messagers, recevoir leur camp.

 Et quand vous serez sûr qu'ils vous les livreront ainsi qu'à nos autres messagers, vous les y recevrez, sauf pour la sécurité de votre corps, et les recevrez avec nos messagers, qui garde les susdits G. et H. Brun, si vous devriez avoir ce camp.

Me voir à Falaise le 11 août.

 

 

 

Caen sous Jean-Sans-Terre : fragment historique / par M. G. Mancel

 

 

 

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