Réception de Henri III, roi d’Angleterre, à Paris, les 9, 10 et 11 décembre 1254

Après avoir pacifié la Gascogne, rien ne retenait plus Henri III dans ce pays (qu'il confiait à la garde de son fils aîné Edouard).

Mais il craignait un voyage en mer « qui, disait-il, lui causait toujours une fâcheuse indisposition ».

 II voulait revenir par la France, à petites journées, assister à la translation des ossements de sa mère Isabelle d'Angoulême, morte huit ans auparavant, à Fontevrault, le 4 juin 1246, et y visiter les tombes de ses ancêtres (2) ; voir la célèbre abbaye de Marmoutier, et prier, à Pontigny, sur la tombe du saint évêque de Cantorbéry (1233-1240), Edmond Ricli, et enfin rencontrera Paris le roi de France, son beau- frère (5) , à peine revenu de la Croisade.

Pour un pareil voyage, qu’il voulait faire avec une pompe inaccoutumée, il fallait beaucoup d’argent, sans parler de ce qu’il fallait pour acquitter les dettes que le roi avait contractées en Gascogne.

Ces soins retinrent Henri III à Bordeaux jusqu’au 3 novembre, jour de son départ. »

 

 

Voici son itinéraire :  Itinéraire du roi Henri III

Parti de Bordeaux le 3, le 5 il est à Blaye ; le 6 et 5 à Cognac ; le 11 et 12 à Bois-Pouvreau (aujourd’hui Boispoureau), commune de Ménigoute (Deux-Sèvres) ; le 15 à Fontevrault ; le 20 à Marmoutier; le 22 et 23 à Vendôme; le 24 à Orléans; le 27 à Châtillon-sur Loing ; le 20 à la Ferté-Loupière ; le 3 décembre à Pontigny; le 4 à Montereau ; le 6 et 7, à Saint- Maur-des-Fossés ; les 9, 10 et 11 à Paris ; le 11 et 12 à Saint- Denis.

De là, il gagne Beaumont-sur-Oise, Amiens, Montreuil-sur- Mer, Boulogne, Wissant; revient à Boulogne où il célèbre la Noël et s’embarque le dimanche 27 décembre.

Enfin, il arrive à Londres, le 4 janvier 1255 (3) .

Cet itinéraire nous permettra de relever bien des erreurs commises par tous les historiens et les chroniqueurs.

 

L’escorte royale

Voici les noms des principaux personnages qui accompagnaient le roi d’Angleterre :

Richard de Clare, comte de Gloucester et d’Hertford.

Richard IV, petit-fils de Richard III, comte de Hertford et fils de Gilbert III. Il joue, comme comte de Hertford et de Gloucester un grand rôle politique jusqu'à sa mort, en 1262.

 2° Jean du Plessis, comte de Warwick. (John du Plessis, uxoris droit Settimo de Warwick Conte)

Jean du Plessis, huitième comte de Warwick, est jeté en prison à Pons en 1254 et meurt en 1263, sans postérité. Marié à Marguerite de Beaumont, fille d'Henri (II) de Beaumont ;

Guy de Lusignan. (seigneur de Cognac)

Guy de Lusignan, second fils de Hugues X le Brun, comte de la Marche et d’Isabelle d’Angoulême, veuve de Jean sans Terre, par conséquent demi-frère de Henri III.  

Guillaume de Valence.

Guillaume de Valence, en Poitou, troisième fils de Hugues de Lusignan, comte de la Marche et d’Isabelle d’Angoulême, mère de Henri III.

Le roi restaura pour lui le titre de comte de Pembroke, éteint depuis 1245. Il mourut en 1296.

Roger de Montaut.

Roger de Montaut, fils de Robert II, avait épousé Cécile, sœur de Hugues d’Aubigné, comte d’Arundel. Il mourut en 1260.

Richard de Gray.

Richard de Gray, fils aîné de Henri, premier baron de Codnor. Il mourut peu de temps après, en 1266.

 7° Jean de Gray.

Jean de Gray, frère du précédent; second des six fils d’Henri, baron de Codnor et de sa femme, Iseut Bardolf. Il épousa Lucie N., quitta la cour en 1255, et mourut en 1266.

Guillaume de Gray.

Guillaume de Gray, frère des précédents. Un quatrième frère, Gautier de Gray, fut archevêque d’York.

 9° Ralph, fils de Nicolas.

Ce Raoul-Fitz-Nicolas est très souvent cité dans les chartes royales pour l’Irlande depuis 1266. Il était grand-maître de la garde-robe (Steward of Household).

10. Nicolas de Moles.

Nicolas de Moles, sénéchal de Gascogne en 1243, était shérit d’York en 1254.

11. Dreux de Barentin.

Dreux (Drogo) de Barentin (Seine-Inférieure, arr. de Rouen, com. de Pavilly), trois fois sénéchal de Gascogne, en 1247, i25o et 1260.

 12. Nicolas de Saint-Maur.

Nicolas, probablement de Saint-Macaire (Gironde, arr. la Réole).

13. Ralph de Bakepuz.

Raoul de Bacquepuis (Eure, arr. et c. d’Évreux).

14. Mathieu Bézille.

Mathieu Bézille, sénéchal de la'reine, puis constable du château de GloucesLer. C’était un étranger, originaire de Savoie ou de Provence, venu avec la reine ou avec sa mère. Il mourut en 1270.

15. Nicolas de Boleville.

Nicolas de Boleville, de Fronsac (Gironde, arr. de Libourne), constable du roi.

16. Imbert Pugeys.

Imbert Pugeys, constable du château d’Üxford, puis de la Tour de Londres.

 17. Robert Walerand.

Robert Galerand, chevalier, un des principaux agents du roi, mort en 1273, sans postérité. Il était maître d’hôtel du roi (1Steward of the Household).

 18. Ralph de Cameys, le jeune.

Raoul II, de Camoys, le jeune, fils de Raoul I er , shérif de Surrey et de Sussex. 11 mourut en 1277.

19. William de Sancto Ermino.

Guillaume de Saint-Erme (c° Gornwall près Truro).

20. Walkelin de Ardern.

Vauquclin de Arden (c° Warwiek), constable de Moncuq (Dordogne, arr. et c. Bergerac), chevalier, marshall de la maison du roi.

21. William Hussel.

Guillaume Roussel. Tels sont les noms des gens de l'escorte que nous connaissons, et qui accompagnèrent certainement le roi dans son voyage, parce que leurs signatures se trouvent apposées au bas des actes royaux qui nous ont été conservés, précisément à cette époque et particulièrement pendant le séjour du roi à Paris.

 

 

Actes promulgués par Henri III pendant son séjour de trois jours à Paris, les 9, 10 et 11 décembre 1254

 

Les 6, 7 et 8 décembre, le roi d’Angleterre couchait à l’abbaye de Saint-Maur-les-Fossés.

 Là, sur la demande d’Aubry de Fécamp, maître de la Garde- Robe, le roi accordait à Raoul de Badington son pardon pour le meurtre de Raoul Staunceys de la Holme et ses autres méfaits.

Le 7, il donne à l’abbé de Pontigny 60 marcs sterling et marcs 9 sous 6 deniers sterling pour la cire employée à illuminer l’église de Pontigny.

Paris, 9 décembre. — Sur la demande de Thomas, comte de Savoie (4), le roi assure à Gérard de Ligne un bénéfice ecclésiastique de 40 marcs aussitôt qu’il s’en trouvera un vacant.

9 décembre. — L’abbé de l’abbaye du Bec, Robert I er , de Clerbec, notifie au roi qu’il a nommé un de ses moines, Jean de Plessac (5), son bailli et procureur, pour protéger les biens et les terres de l’abbaye de Notre-Dame du Bec (dioc. Rouen), en Angleterre. Il prie le roi de ratifier cette nomination.

9 décembre. — Le roi choisit Jean (6), fils de Geoffroy, chef justice d'Irlande et maître Pierre Frankyn comme arbitres pour résoudre un différend survenu entre le roi d’une part, et le comte de Toulouse (Alphonse, frère de Louis IX) d’autre part, et fixer les dommages des deux côtés.

Au Temple, Paris, 10 décembre. — A la demande de Robert de Glastonia (7) , le roi autorise Roger delà Haul (8) et ses héritiers à avoir une garenne libre dans les terres de son domaine de Ewerlaund, dans le comté de Southampton.

Au Temple, 10 décembre. .— A la demande de Robert Galerand, un des chevaliers de son escorte, le roi autorise Hugh le Bigod (9) , Jeanne, sa femme, et leurs héritiers, à ouvrir un marché hebdomadaire, le mercredi, dans leur manoir de Kirkeby Moresheved (10) , comté d’York, et une foire annuelle, la veille, le jour et le lendemain de la Nativité de la Sainte Vierge (8 septembre), et un marché hebdomadaire, le jeudi, dans leur manoir d’Hesel-sur-Humbre, comté d’York  (11) .

Au Temple, 10 décembre. — Le roi fait délivrer un sauf- conduit jusqu’à l’Assomption, à Guy de Chenevos ou de Goneros, chevalier, se rendant en pèlerinage à Saint-Jacques [de Compostelle], en traversant la Gascogne.

Au Temple, 10 décembre. — Le roi fait un don à Isabelle, lady de Croun, sa sœur (12) . Ses exécuteurs testamentaires recevront annuellement 100 marcs que le roi lui avait accordés sa vie durant, pendant trois ans après sa mort, pour payer ses dettes.

Au Temple, 10 décembre. — Le roi reconnaît devoir à Geoffroi de Curtom, bourgeois de Paris, 60 marcs pour deux chapes brodées et une nappe d’autel, achetées à Paris, pour le service du roi. Payables à Westminster, à la Saint-Jean d’été (24 juin).

Du Temple en dehors de Paris, 10 décembre. — A la demande de Barthélémy de Badellesmere (13) , le roi autorise Raoul de Saint-Léger et ses héritiers, à établir un marché hebdomadaire, le vendredi, dans son manoir de Halecumbe  (14) , comté de Kent, et une foire annuelle, la veille, le jour et le lendemain de la Toussaint.

Du Temple en dehors de Paris, 10 décembre. — A la demande de maître Walter de Titinden ou Titindon (15) , le roi exempte Guillaume de Titinden de toute charge civile : juge, shérif, coroner, etc.

Du Temple en dehors de Paris, 10 décembre. — Le roi autorise Robert Galerand à poursuivre, en cour de Rome, les affaires du roi et à contracter un emprunt de 100 marcs au nom du roi, ainsi qu'un autre de 5o marcs.

Du Temple en dehors de Paris, 10 décembre. — A la demande de Jean de Gray (membre de l’escorte), le roi accorde à maître Robert de Hersyn (ou Heresyn [Bémont] ) et à ses héritiers une garenne libre dans les terrains de son domaine de Grave Weston et Hordesal (16), dans le comté de Nottingham et de Ravenesfeld (17), dans le comté d’York.

Paris, 11 décembre. — Géraud [de Malemort (1227-1259)], archevêque de Bordeaux, a nommé comme procureur le clerc Gérard de la Garde, pour toucher 2.100 marcs sterling avancés par lui au roi et payables à Paris, le vendredi, après la Saint- Michel. Le roi ne lui a rendu que 1.000 marcs. Aussitôt que le roi aura payé le restant, l’archevêque lui rendra ses engagements sans qu’il puisse en résulter aucun désagrément pour l’archevêque.

Paris, 11 décembre. — A Edouard, fils aîné du roi et son héritier. Il sait qu’avant de lui confier la terre d’Irlande, le roi a donné à Geoffroy Ier de Lusignan (seigneur de Jarnac), son frère, une terre de 500 livres de revenu annuel en Irlande, qu’il lui a assignée sur le manoir d’Any  (18), dont il ne peut entrer en possession, parce que les baillis de ce manoir prétendirent qu’il était assigné en douaire à la reine; en conséquence, il le rendit au roi.

 C’est pour cette raison que le roi a ordonné qu’on lui remît la même quantité de terrain dans le Connaught, comme le doit savoir ledit Edouard, puisque lui-même en a donné l’ordre dans ses lettres, et qu’il a reçu hommage pour cette terre.

Bien que le roi ait retenu ces 5oo livres de rente annuelle dans son don audit Edouard, et comme son oncle a bien mérité du roi et de lui en Gascogne et ailleurs, et que les ordres du roi n’ont pas été exécutés, comme il l’a su depuis, le roi lui ordonne de donner des ordres exprès dans ses lettres à Richard de la Rochelle, bailli d’Édouard en Irlande, pour faire attribuer les terres de Connaught conformément aux ordres du roi et d'envoyer un double de cet ordre par le porteur.

 Le roi veut qu’on observe ce don comme s’il était fait à lui- même. Édouard commandera à son bailli de donner la même quantité de terre à son oncle qu’aux autres qui se trouvent dans le même cas, en Irlande. Il ne faut pas que le frère du roi soit plus maltraité que les autres, au contraire (19).

Saint-Denis, 11 décembre. — Le roi fait prêter à Philippe, évêque élu de Séville, en Espagne, son parent, frère du roi de Castille (20) , la somme de 100 marcs.

 Saint-Denis, 12 décembre. — Le roi assure au même Philippe un revenu ecclésiastique de 5oo livres par an. Enfin, il ordonne aux trésoriers et aux barons de l’Échiquier de donner quittance à Alain le Templier, qui, sur son ordre, a délivré à Aubry de Fécamp, maître de la Garde-Robe, le jour de la Saint-Nicolas [6 décembre], une somme de 4-000 marcs, payable sur le Trésor d'Angleterre.

 

* * * Nous ferons remarquer que, parmi ces actes, les uns sont datés du Temple — apud Templum Parisiis — et les autres, du Temple en dehors de Paris (without) : apud Templum extra Parisios (21)

 Le roi d’Angleterre aurait donc délivré ces actes, les uns au Vieux Temple, dans Paris, et les autres au Nouveau Temple en dehors des murs. Autrement, pourquoi cette distinction?

 

Les Fêtes à Paris

C’est par un chroniqueur anglais, Mathieu de Paris (22) , que nous connaissons les détails de la réception du roi d’Angleterre, Henri III, par le roi de France, Louis IX, dans la ville de Paris, au mois de décembre 1254

- Saint Louis avait ordonné de décorer les maisons et les façades des églises de feuillage et de guirlandes de fleurs (23) . Les étudiants français et étrangers, et parmi ces derniers, les Anglais, se livrèrent à la joie et firent des manifestations enthousiastes en faveur du roi : ils illuminèrent, chantèrent des chansons et ornèrent leurs demeures de fleurs (?)

Henri III arriva à Chartres où Louis IX, parti à sa rencontre, l’attendait. (24)

Il était escorté de mille superbes cavaliers (mille equos pulcherrimos) sans compter les chariots et les bêtes de somme.

Les deux rois entrèrent dans Paris, et là, le roi de France dit au roi d’Angleterre : « Mon cher ami, vous voici dans la ville de Paris. Où vous plaît-il de descendre ? Voici mon palais, au centre de la ville [Louis désigne ainsi le Palais et non le Louvre, comme le pense M. de Curzon. Le Louvre n’a jamais été au centre de la ville].

Si vous voulez l’habiter, il est à votre disposition ; mais si vous préférez le Vieux Temple, Vêtus Templum, qui est en dehors de la ville, où il y a plus de place, ou ailleurs, comme il vous plaira, vous êtes libre. »

Le Seigneur, roi d’Angleterre, choisit pour domicile le Vieux Temple parce que sa compagnie était nombreuse et qu’il y avait dans ce même Vieux Temple des bâtiments suffisants et convenables pour y loger sa nombreuse escorte.

Mais malgré le nombre des chambres, son cortège était si important que beaucoup de ses gens se virent obligés de camper à la belle étoile, à cause du nombre insuffisant des maisons inhabitées qui donnaient sur la place de Grève.

(Voici la preuve que le roi d’Angleterre avait bien choisi le Vieux Temple pour s’y loger avec sa suite et Mathieu de Paris s’est trompé plus haut. Le Vieux Temple n’était pas en dehors des murs.)

Les chevaux furent placés dans des écuries plus commodes que les chambres trop petites des maisons.

(La traduction de Huillard-Bréholle est mauvaise parce qu’il a pris le Vieux Temple pour le Nouveau.)

Voici donc le roi d’Angleterre descendu le mercredi 9 décembre au Vieux Temple, derrière Saint Jean-en-Grève.

 Le lendemain matin jeudi, il fit faire une distribution de vivres aux pauvres. On leur donna à profusion du pain, du vin, du poisson et de la viande. Il alla ensuite, guidé par Louis IX, visiter la Sainte-Chapelle (les reliques) et autres lieux saints où il laissa des offrandes.

 C’est ce même jour qu’il offrit un grand dîner au roi de France dans la vaste salle royale du Temple. Suivant la mode anglaise (d’outre-mer) on avait tapissé les murs avec les boucliers des chevaliers anglais parmi lesquels se trouvait celui du roi Richard [Cœur de Lion] (25).

 

 

Le Festin au Vieux Temple

A ce festin assistèrent les deux familles royales qui comprenaient beaucoup de personnes : Louis IX avait à sa droite Henri III, son hôte, et à sa gauche Thibaud II le Jeune, roi de Navarre, son futur gendre, alors âgé de dix-sept ans.

Parmi les dames : La reine, Marguerite de Provence (trente-cinq ans) ;

Ses sœurs : Sancie ou Senchie de Provence, femme de Richard, duc de Cornouailles, frère de Henri III;

Béatrix, comtesse de Provence et de Forcalquier, comtesse d’Anjou, femme de Charles d’Anjou, frère de Louis IX;

Leur mère, Béatrix de Savoie, veuve de Raimond Béranger IV, et 18 comtesses (26) .

 

Les Enfants

Isabelle, fille de Louis IX et de Marguerite de Provence, alors âgée de treize ans ;

Louis, fils aîné de Louis IX, âgé d’environ douze ans ;

 Philippe, second fils de Louis IX, âgé de neuf ans (Jean, le troisième fils, n’avait que quatre ans).

Les Princes

Alphonse, comte de Poitou, frère du roi, et sa femme, Jeanne de Toulouse ;

 Charles, comte d’Anjou, frère du roi, et sa femme citée plus haut.

Les ducs au nombre de 25.

Les évêques au nombre de 12. Il y avait en France 12 archevêques et 84 évêques.

 Parmi ceux qui assistaient au festin, nous relevons : L’archevêque de Bourges: Philippe Berruyer;

L’archevêque de Rouen : Rude Rigaud (27) ;

L’évêque d’Évreux : Jean de la Cour d’Aubergenville ;

L’évêque de Senlis : Robert de la Houssaye;

Le doyen de Saint-Agnan d’Orléans: Étienne;

 Le doyen de Saint-Martin de Tours : Guy de Neauphle.

 il nous faut encore ajouter des barons mêlés aux évêques et des chevaliers en grand nombre.

Parmi les autres personnages importants figurent le bouteiller Étienne de Sancerre, Pierre de Chambli, Guy de Chevreuse, etc.

Le repas fut abondant et splendide quoique ce fût un jour de poisson, c’est-à-dire maigre.

Pendant le repas, le public fut admis dans la salle où tout le monde put circuler et même manger à l’aise : pas de concierge, pas de police (exactor).

 

Après le festin, Henri III fit porter des présents dans les hôtels de tous les membres de la noblesse française ; coupes d’argent, agrafes d’or, ceintures de soie, etc. (28). Ces cadeaux lui coûtèrent plus de 1.000 livres d’argent.

Sur les instances de Louis IX, Henri III passa la nuit du 10 au 11 au Palais.

 Pour s’y rendre, il traversa la place de Grève, prit la rue qui conduisait à Saint-Germain-l’Auxerrois jusqu’au Grand Pont, qu’il traversa, non sans remarquer l’élégance et la blancheur des maisons construites en gypse, c’est-à-dire en plâtre, généralement à trois étages (tricameratcis) (29) .

Ce récit nous prouve que le Vieux Temple ou Temple A était bien situé derrière Saint-Jean-en-Grève.

La Grève, place réservée par Louis VII, à la demande des bourgeois, commençait à se border de maisons, et le Vieux Temple avait des dépendances sur cette place dont il était distant d’une trentaine de mètres.

Lors de la venue d’Henri III à Paris, le Nouveau Temple ou le Temple Neuf, le Novum Templum dont parle Grégoire X dans sa lettre datée du 31 juillet 1274 et dont le donjon était élevé en 1265, pouvait déjà recevoir des hôtes, puisque le roi Henri III y rassemble ses conseillers pour promulguer des actes. Une partie des gens de l’escorte put même s’y loger.

 Nous tenons les chiffres avancés par les chroniqueurs pour inexacts ; généralement ils sont exagérés. En donnant le nombre de mille cavaliers, Mathieu de Paris comprend sans doute les nobles et leurs valets; mais néanmoins on se demande comment une pareille suite avait pu tenir dans les abbayes mentionnées dans l’itinéraire. Il ne faut pas oublier que nous sommes en hiver et que beaucoup de gens du cortège couchent dehors avec leurs chevaux.

 

Nous avons dit que la distance entre Saint-Gervais et Saint- Jean-en-Grève était d’environ 115 mètres. Il était donc matériellement impossible de loger un pareil nombre de chevaux dans un espace aussi réduit, même en comptant la voie publique. Il est donc certain qu’une grande partie de l’escorte fut obligée d’aller, en dehors de- l’enceinte de Philippe-Auguste, demander un abri au Nouveau Temple.

 Le roi Henri qui, en sortant de table, se rend au Palais avec Louis IX, traverse la Grève, prend la rue Saint-Germain- l’Auxerrois, franchit le Grand Pont et entre au Palais par la Cour-le-Roy.

Mais malgré tous les efforts pour loger les hommes et les chevaux, un grand nombre passe la nuit à la belle étoile (sub divo).

En traversant le Grand Pont, bordé de maisons en plâtre et bois, Henri III passa devant la maison appartenant au Temple, don de dame Adélaïde la Gentille, qui se trouvait à la tête du pont, dans la Cité. Cette Maison était louée en majeure partie à des serviteurs de la maison royale.

En 1292, on en comptait encore dix-huit. Ce n’est qu'en 1296 que tous ces domestiques furent logés dans la Cour-la-Roy, c’est-à-dire dans la Cour du Palais, intérieurement : Ceux dedans la Cour-le-Roy (30) .

Henri III s’arrêta à Boulogne où il célébra la fête de Noël qui tombait un vendredi, et nous savons que si, à Paris, le banquet avait eu lieu un jour de poisson, à Boulogne on fut autorisé à manger de la viande le vendredi de Noël, 1254. Mais la fête fut attristée par la mort du trésorier de la reine, clerc spécial du roi et conseiller, nommé Pierre Chaceporc, qui succomba la veille de Noël à Boulogne même. C’était un Poitevin, qui était archidiacre de Wells et parent de Hugue Chaceporc.

Le roi fut très sensible à cette perte.

 

L’année d’après le Roi Louis lui fit présent d’un éléphant, le premier, dit Matthieu Paris, qui eut jamais été vi en Angleterre.

Le Roi Louis maria sa fille Isabelle avec le jeune Thibaud Roi de Navarre, fils du fameux Thibaud. Avant ce mariage il le raccommoda avec la Comtesse de Bretagne sa sœur.

Saint Louis promulgua son ordonnance ex debito regiae potestatis visant à réformer l'administration royale afin d'écarter les iniquités et d'assurer « la paix et la tranquillité de ses sujets, sans lesquelles il n'est point de repos pour le roi lui-même ».

 

CONCLUSIONS

 Le premier Temple de Paris (Temple A) fut construit dans la seconde moitié du XIIe siècle, vers 1143 peut-être en 1145- 1146. après la mort de Louis VI, sous le règne de Louis VII.

 La dédicace de l'église eut lieu le 11 janvier 1217.

Il était situé derrière Saint-Jean-en-Grève, alors chapelle baptismale de Saint-Gervais, qui ne fut érigée en paroisse qu'en 1212.

A l’origine, celle paroisse s’étendit jusqu’au cimetière Saint- Jean, situé hors les murs, jusqu’à la porte Baudover.

Les Templiers construisirent ensuite le Temple B, méson neuve du Temple ou Petit T cm vie, vers 1256, sur des terrains qui leur furent donnés par Mathieu de Beaumont, derrière le chevet de Saint-Gervais, entre la rue des Barres, la rue Frogier- l’Asnier et la rue Garnier-sur-l’Eau. Cette maison leur servit à placer les dépôts d’argent et les valeurs qu’on leur confiait : ce fut leur comptouer. Lors de la visite d’Henri III, en 1254, on n’en fait pas mention.

Enfin, le troisième et dernier Temple, le Temple Louis XVI, fut élevé en dehors de l’enceinte de Philippe-Auguste, à 700 mètres des murailles, à 1300 mètres des bords de la Seine.

Commencé vers 1240, Henri III y promulgue des actes et y loge une partie de sa suite ; mais le donjon ou la tour 11e fut terminé qu’en 1265, par Jean de Tour, qui meurt en 1310. Il eut un enclos fortifié et devint la fameuse prison de la famille royale pendant la Révolution.

Jamais ce dernier temple n’est nommé le Vieux Temple, excepté par erreur, mais quelquefois le Temple Neuf, Novum Templum. C’est celui que représente le sceau de :290 que nous publions.

Nous ne saurions manquer de faire remarquer la solidité extraordinaire des constructions employées pour les temples par les Templiers.

Le Vieux Temple dure six siècles; le Petit Temple, à peu près le même temps ; et le Temple Neuf ou Temple Louis XVI dure plus de six siècles.

Et on est obligé de démolir à grand’peine ces massives constructions. C’est dans l’épaisseur du mur du Temple Louis XVI qu’un fondeur put couler en bronze une statue, grandeur naturelle, de Jeanne d’Arc.

 

 

Une page ignorée de l'histoire du Temple. Le Temple à Paris, par Piton

 

 

 

 

Rencontre entre le roi de France, Louis IX, et le roi d'Angleterre, Henri III à Chartres en 1254.  <==.... ....==> 1258 - 1259 - Le Traité de Paris entre Louis IX et Henri III Plantagenet

 

 

 


 

 

Histoire de l'Abbaye de Fontevraud - Réclamations de l'Angleterre des statues des rois Plantagenet en 1817 et 1819 

Pour la troisième fois en moins d'un siècle, l'Angleterre demande au gouvernement français la cession des statues tombales de Henri II Plantagenet, de Richard Coeur-de-Lion, d'Eléonore de Guyenne et d'Isabelle d'Angoulême, conservées à Fontevraud.

 

- 1. Cf. Sauval, I, 145-157.

2. Henri II, roi d’Angleterre, mort à Chinon en 1191 ; Eléonore de Guyenne, son épouse, morte en 1204, à Fontevrault, âgée de quatre-vingt-un ans ; Richard, Cœur de Lion, son (ils, mort à Châlus en Limousin, en 1199. Isabelle, femme de Jean sans Terre (Bassebœuf, Fontevrault. Tours, 1890). 3. Marguerite de Provence, femme de saint Louis, était la sœur d’Aliénor (ou Eléonore de Provence), femme de Henri III.

(3). Ch. Bémont, Rôles gascons, t. I. Supplément. Paris, 1896.

(4). Thomas de Savoie, le troisième des huit fils de Thomas Ier, comte de Savoie et de Marguerite de Faucigny, qui eurent quinze enfants. Il était frère de Beatrix de Provence, mère de ta femme d’Henri III, et, par conséquent, oncle du roi. Il assistait peut-être au voyage; il mourut en 125g.

(5). Plessac, Charente-Inférieure, arr. Jonzac, c. Saint-Genis-de-Saintonge.

(6). Jean, né d’un second mariage de Geoffroi, comte d’Essex. Il meurt à Guildfort en 1258.

(7). Glaslonbury, c" Somerset.

(8) 3. Ou de la Hangl’ (Bémont).

(9). Hugue le Bigod, lord justice d’Angleterre, frère du comte de Norfolk, Roger et marié à Jeanne d’Estouteville.

(10). Kirkby Moorside.

(11). Hessle on-Humber.

(12). Isabelle de Lusignan, dame de Craon, femme de Maurice V de Craon (dép. de la Mayenne), sénéchal d’Anjou.

(13). Barthélemy de Bathelamare, frère de Gilles (?).

(14). Hallcombe.

(15). Tenterden, c. Kent.

(16) Ordsall.

(17). Ravenfleld.

(18). Any ou Knockaney, comte de Limerick.

 

(19). On sent, à notre avis, dans cet acte, l’initiative personnelle du roi. Du reste, c’est son dernier acte en quittant Paris. Dans l’après-midi il est à Saint-Denis, à l’abbaye.

(20). Philippe, fils du roi de Castille, Ferdinand III le Saint, évêque élu de Séville (1253-1258).

(21). Bémont, pp. LXXVIII, LXX1X.

(22). Edition Luard.

(23). Le bon Mathieu de Paris oublie que nous sommes au commencement de décembre alors que les feuilles et les fleurs sont plutôt rares. A cette époque, on ne connaissait pas les chrysanthèmes.

(24)- L’itinéraire prouve que c’est là une erreur. Tous les historiens la répètent. Wallon (Saint Louis 4' édit., p. 415) écrit : quand il (Henri III) voulut revenir en Angleterre, il demanda [à Louis IX] la faveur de passer par la France, et le roi l’accueillit avec le plus grand empressement. Il vint à sa rencontre jusqu’à Chartres, l’amena à Paris, le logea à Vincennes (décembre 1254) et le reconduisit toute une journée de chemin sur la route de Boulogne.

La Chronique de Normandie (Iiist. de France, t. XXIII) dit que le roi Louis IX alla au-devant d’Henri III à Orléans. Lenain de Tillemont écrit : « La crainte de la mer, le désir de visiter saint Louis et la curiosité de voir la France portèrent Henri III à demander passage à saint Louis qui le lui accorda. Il vint donc à Fontevrault où sa mère el plusieurs de sa famille estoient enterrez. Il vint ensuite à Orléans où saint Louis le receut fort bien, vers le 20 novembre [lire 24,Itinéraire]. Il fut de là à Pontigny en Champagne, entre Saint-Florentin et Auxerre visiter le tombeau de saint Edmond. (Pontigny est dans l’Yonne, arrondissement Auxerre, canton Ligny-le-Chàtel). De Pontigny, il vint à Paris par Chartres, ayant voulu sans doute visiter cette église célèbre, car ce n’est pas le chemin. Saint Louis fut au devant de luy jusqu’à Chartres, d’où il l’amena à Paris. (Lenain de Tillemont a compris l’erreur du chroniqueur anglais, mais il l’a justifiée comme il a pu.) »... Henri arriva à Paris un jeudi ou un vendredi, apparemment le 10 ou 11 décembre. Il y fut huit jours.

» (Henri arrive à Paris le mercredi 9 décembre 1254 et y séjourne le jeudi 10 et le vendredi 11 décembre ; en tout trois jours.)

» Saint Louis le reconduisit une journée de chemin et Henri continua son voyage jusques à Boulogne où il arresta quelque temps pour prendre le vent, il y passa la feste de Noël et s’embarqua enfin le dimanche suivant, 27 de décembre. »

(Cette année, le jour de la naissance du Seigneur tomba à la sixième férie, c’est-à-dire un vendredi.)

 Bonnin, l’éditeur d’Eude Rigaud, dit : le roi de France avec la reine Marguerite et la comtesse d’Anjou alla à sa rencontre (à Henri III.) jusqu’à Orléans et le conduisit à Paris. Henri III logea au Temple, appelé alors Ville neuve des Templiers.

 Quelques jours après, Louis le reconduisit à Soissons. L’archevêque [de Rouen] n’accompagna le roi qu’aux portes de la capitale avec le clergé et les dignitaires.

(25). Nous donnons, dans l’appendice, la description de quelques-uns de ces boucliers.

(26). La troisième sœur de la reine Marguerite, Aliénor de Provence, femme de Henri III, était restée en Angleterre avec Richard de Cornouailles, frère du roi, pendant la régence (1253-1254).

(27). Nous lisons dans le Journal des visites d’Eude Rigaud:

1254. Decembris. Non. VIII. — Saint-Denis en France. . . . 6

— VII. — Paris 7

— VI. — Obviavimus régi Anglie, vc- nienti Parisius 8

— V, IV, III. — Paris 9, 10. 11

— II — Saint-Denis en France . . . . 11

Journal des visites pastorales d’Eude Rigaud, 1248-1269, éd. Ronnin. Rouen, 1852. Eude Rigaud célèbre la Noël à Creil avec le roi, p. 197.

 (28). Ces hôtels ne devaient pas être très nombreux. On pourrait, à la rigueur, les déterminer : ils doivent être environ une douzaine : hôtel des comtes d’Artois, de Roulogne, de Bretagne, de Dreux, d’Eu, de Ponthieu, de Bourgogne, etc. Il est probable que la plupart de ces personnages assistaient au banquet. .

(29). Voici une nouvelle preuve que le festin eut lieu au Vieux Temple. Nous sommes en hiver et les deux rois revinrent au Palais avant quatre heures, sans quoi le roi d’Angleterre n’aurait pu remarquer la blancheur des maisons situées sur le Grand Pont. De plus, cette description nous apprend que la rue Saint-Germain-l’Auxerrois s’étendait alors de l’église jusqu’à la place de Grève.