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PHystorique- Les Portes du Temps
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2 avril 2022

Arrivée de Louis de France en Angleterre (1216)

Arrivée de Louis de France en Angleterre (1216)

Les barons anglais, révoltés contre Jean sans Terre, promettent  au prince Louis VIII le Lion de lui donner la couronne d'Angleterre, étant d'ailleurs l'époux de Blanche de Castille, petite-fille du roi Henri II d'Angleterre.

Louis hâta ses préparatifs. Le marin le plus renommé et surtout le plus redouté des mers de la Manche et du Nord, était, à cette époque, un pirate flamand, un ancien moine défroqué, nommé Eustache.

C'est à lui que le prince confia le soin de réunir et de commander la flotte qui devait le transporter en Angleterre. Louis trouva å Calais, dans la seconde quinzaine de .mai, six cent quatre vingts navires, de toute forme et de toute grandeur, sur lesquels il s'embarqua avec ses troupes. La mer était libre, mais le temps orageux.

 Le rendez-vous fut assigné dans l'ile de Thanet, à l'embouchure de la Tamise. C'est là qu'avaient successivement abordé les premiers Romains et les premiers Saxons, qui ouvrirent aux leurs la conquête de l'Angleterre.

On mit à la voile; la tempête dispersa la flotte, qui fut plusieurs jours à se rallier.

Jean était à Douvres, à la tête d'une nombreuse armée; mais, cette armée, composée de mercenaires étrangers, comptait dans ses rangs un grand nombre de sujets du roi de France, ou même d'arrière-vassaux de Louis.

 Jean perdit confiance; il craignit d'être abandonné par ces hommes, s'il les conduisait contre le prince français; il ne tenta pas de s'opposer au débarquement; il s'enfuit, par Guildfort, jusqu'à Winchester.

Le château de Douvres, une des places les plus fortes de l'Angleterre, ne demeura pas toutefois à la merci des envahisseurs; Jean lui laissa une garnison et pour gouverneur un homme dont rien ne devait ébranler la fidélité, Hubert de Burgh.

Après trois jours passés dans l'ile de Thanet à attendre ses navires dispersés, Louis aborda sans empêchement au port de Sandwich.

Il marcha aussitôt sur Londres, s'empara, en passant, du château de Rochester, et atteignit la capitale le 2 juin.

Accueilli avec enthousiasme par les barons et par les bourgeois, conduit en procession à. Saint-Paul, il y reçut les serments de ses nouveaux sujets ; lui-même leur jura, la main sur les Évangiles, de rétablir « les bonnes lois, » de rendre à chacun les droits et les terres usurpés par le roi déchu.

Ces commencements furent très-favorables à Louis.

Personnellement, il plut aux Anglais par des manières ouvertes. Il eut l'habileté de choisir pour chancelier Simon Langton, frère du populaire archevêque de Cantorbéry.

Simon Langton, auquel le pape avait refusé son agrément pour l'archevêché d’York, n'hésita pas, malgré l'interdit, à faire reprendre la célébration des offices divins. Il en appela du légal au pape, et persuada aux bourgeois de Londres et aux barons de ne point tenir compte des censures, jusqu'à ce que le souverain pontife, mieux informé, eût prononcé d'une façon plus solennelle.

Ainsi se trouvait en partie détruit à l'avance l'effet de l'excommunication suspendue sur la tête de Louis et de ses partisans; le peuple n'ayant plus sous les yeux l'appareil lugubre de l'interdit, ne souffrant pas de la privation des secours spirituels, ne prêtait pas au saint-siége le point d'appui sur lequel celui-ci avait compté.

Le cardinal Gualo avait suivi de près l'expédition française; il rejoignit à Glocester Jean, qui continuait sa retraite vers le Nord. Il lui apportait le seul secours dont il disposât, les anathèmes de l'Église; mais leur force se trouvait paralysée par les mesures du chancelier.

Entouré des membres du clergé anglais restés fidèles, le légat n'en excommunia pas moins avec beaucoup d'appareil, au son des cloches et à la lueur des cierges, Louis nominalement, tous ses partisans et à leur tête Simon Langton. Il ordonna que celte sentence fût publiée, chaque dimanche, dans toutes les églises d'Angleterre

Mais Louis avait pour lui l'entrainement de l'opinion. Il avait fait écrire au roi d'Écosse, vassal de sa nouvelle couronne, de venir lui rendre l'hommage, et à tous les barons qui n'avaient point encore rempli celle obligation féodale, de se hâter ou de quitter le royaume.

 Les plus grands seigneurs de l'Angleterre accoururent sous sa bannière : c'étaient les comtes d'Arundel, de Warenne, d'Oxford, d'Albemarle, William Maréchal le jeune et le propre frère de Jean, Guillaume Longue-Épée, comte de Salisbury, mortellement irrité d'une tache que le libertinage du roi avait faite à son honneur. Comment des soldats étrangers lui seraient-ils demeurés fidèles contre un prince et des troupes de leur nation?

Ils l'abandonnèrent aussi : une partie des Poitevins et des Gascons, ses vassaux, restèrent seuls attachés à sa suite.

Louis s'empara sans difficulté des provinces méridionales de l'Angleterre, un seul point excepté, le château de Douvres, que gardait Hubert de Bourg. Ses lieutenants lui soumirent les provinces d'Essex et de Suffolk, le Holland, les villes d’York et de Lincoln. Il se conduisait, du reste, absolument comme en territoire ennemi, livrant le pays au pillage, ou l'accablant de contributions. Il emmena captifs les habitants de la ville de Lynn pour en tirer de riches rançons

Philippe-Auguste suivait d'un œil attentif les progrès de son fils; il ne se laissait pas éblouir par des succès trop faciles; il voyait avec inquiétude cette forteresse de Douvres debout sur les derrières de Louis, et Louis livré à un genre de guerre plutôt fait pour lui aliéner les populations que pour consolider sa puissance. Il s'était bien promis de le laisser abandonné à lui-même; mais sa prévoyance de père et d'habile général ne put y tenir. Louis lui avait demandé un pierrier, d'une force particulière; il lui envoya l'engin, en y joignant cet avis : qu'il était contre toutes les règles de l'art militaire de s'avancer davantage vers le Nord, avant d'avoir soumis le château de Douvres.

Louis vint docilement assiéger Hubert de Bourg. Mais celui-ci, malgré le pierrier des Français, fit une si belle et si vigoureuse défense, que les assiégeants, perdant beaucoup d'hommes, furent contraints d'éloigner du château leur camp et leurs machines.

 Le siége fut converti en blocus; on remplaça les tentes par des constructions fixées au sol, et l'on attendit de la famine ou de la corruption une capitulation qu'on n'espérait plus obtenir par les armes.

Cependant, les barons du parti de Louis continuaient leurs courses sur les terres du parti opposé, sans épargner celles des églises.

Les provinces de Cambridge, de Norfolk, de Suffolk, furent successivement le théâtre de leurs dévastations. Ils assiégèrent Windsor, qui tenait toujours pour Jean. Jean, dans le but d'opérer une diversion, se mit à ravager à son tour, dans les mêmes provinces, les terres de ses ennemis.

Durant un mois entier, il livra aux flammes les maisons et les récoltes, que ceux-ci avaient épargnées comme appartenant à des gens de leur opinion. Il réussit par ce moyen à faire lever le siège de Windsor, puis il s'échappa de nouveau vers le Nord, avant de pouvoir être atteint; ce qui mit le comble à la fureur des barons et valut à ces malheureuses contrées un redoublement d'horreurs et de misère.

Si Louis n'avançait pas dans le blocus de Douvres, ses affaires paraissaient en bonne voie partout ailleurs.

Alexandre, roi d'Écosse, avait répondu à sa sommation, il avait pu traverser toute l'Angleterre, sans être inquiété par Jean.

Avec son hommage, il apportait à son nouveau souverain la soumission du Northumberland, qu'il avait, en passant, rangé sous l'obéissance du prince. Malheureusement pour Louis, ces faveurs de la fortune n'étaient pas secondées par une politique intelligente.

Louis ne savait pas contenir les seigneurs français qui l'avaient suivi, dans les bornes d'une prudence indispensable en pays conquis. Lui-même, enivré par le succès et par les flatteries, avait oublié qu'il ne devait la couronne d'Angleterre qu'aux Anglais seuls, et qu'il était tenu de les ménager beaucoup. Il ne dissimulait pas sa prédilection pour ses compatriotes.

Dans le partage des dépouilles, les meilleures terres, les châteaux les plus importants leur étaient réservés. Il imitait en cela, dans ce qu'elle avait eu de plus blâmable aux yeux des Anglais, la conduite des rois de la race de Plantagenet, toujours disposés à favoriser leurs vassaux du continent. Il eut pour ses nouveaux sujets des procédés plus blessants encore qu'un manque de justice dans la distribution des biens matériels : il laissait attaquer leur honneur avec autant de maladresse que d'ingratitude.

 Élevé sur le trône par une insurrection, il souffrait que ses familiers affectassent de désigner comme des traîtres ceux qui avaient abandonné, à son profit, la bannière de leur roi légitime. Ces imprudences commençaient à faire une vive et fâcheuse impression sur les seigneurs anglais.

Un récit, peut-être imaginé, acheva de les alarmer. On racontait qu'un des chevaliers français de Louis, le vicomte de Melun, étant près de mourir à Londres, avait fait appeler les chefs militaires de la ville; et, pour soulager sa conscience, il leur avait révélé « que Louis avait juré avec seize seigneurs français, dont lui, vicomte de Melun, faisait partie, que s'il demeurait maitre de l'Angleterre, il en exilerait, comme coupables de félonie, tous les barons anglais qui auraient combattu pour lui contre Jean.

» La conduite du prince et les propos de son entourage donnèrent un grand poids à cette anecdote; on la répandit partout; les intérêts s'émurent, l'amour-propre se révolta. Les barons anglais tendirent à se rapprocher de Jean. Un certain nombre d'entre eux s'étaient concertés pour opérer un accommodement avec lui, lorsqu'on apprit qu'il était mort.

Comme il retournait vers les provinces du Nord, son refuge après chacune de ses incursions, il traversa la Welland près de l'embouchure de cette rivière.

Ses équipages, surpris par le retour de la marée, tombèrent dans un gouffre formé au milieu des eaux; ils furent engloutis avec les chevaux et les hommes qui les conduisaient. Ils contenaient son trésor en argent et en objets précieux. Soit l'effet du chagrin que lui causa cette perte, soit qu'il fût atteint déjà par la maladie, une fièvre violente le saisit, dès la nuit suivante, à l'abbaye de Swineshead, où il coucha.

Toujours immodéré, même dans la satisfaction de ses moindres désirs, il avait mangé, en arrivant à l'abbaye, pour calmer la soif qui le dévorait, une grande quantité de pêches et bu avec excès de la bière nouvelle.

Le mal augmenta rapidement; il n'en voulut pas moins continuer sa route dès le matin. Il gagna péniblement le château de Sleaford, et le lendemain celui de Newark, sur la Trent, dans le Nottingham.

 Ses forces et sa vie étaient à bout. La veille, il avait écrit au pape pour lui recommander les droits de ses enfants. Il proclama son fils ainé son successeur; il lui fit prêter serment de fidélité par les serviteurs qui l'entouraient.

Lorsqu'il était près d'expirer, il reçut les lettres d'environ quarante barons qui offraient de traiter avec lui. Il ne méritait pas cette dernière consolation.

 Il mourut le 19 octobre, dans la quarante-neuvième année de son âge, après un règne de dix-sept ans, qui laissait le patrimoine de sa maison notablement réduit, le pouvoir royal diminué, l'autorité morale de la couronne encore plus compromise.

Sa mort était un bienfait pour son peuple, comme pour sa famille; elle allait relever une cause que, vivant, il aurait achevé de perdre.

Louis et ses conseillers étaient loin de l'envisager ainsi.

 La nouvelle de la mort de Jean les remplit de joie ; ils ne doutèrent pas qu'elle ne fit disparaitre le dernier obstacle qui s'opposât à la soumission du pays tout entier. Les Français redoublèrent d'insolence et de présomption.

Il fallait plus que jamais en finir avec le château de Douvres.

 On fit à Hubert de Bourg les offres les plus magnifiques ; il les méprisa. Son frère avait été fait prisonnier à Norwich, dont il était châtelain ; on se disposa à le pendre aux yeux d'Hubert; Hubert demeura inébranlable.

Louis dut se résoudre å lever le siège; sa présence était nécessaire au centre du royaume.

Henri III, fils ainé de Jean-sans-Terre, à peine âgé de dix ans, avait été couronné à Glocester, le 28 octobre. La tutelle du jeune roi et la régence étaient confiées à Guillaume Maréchal, comte de Pembroke, grand maréchal d'Angleterre.

Le comte de Pembroke eut soin de faire jurer par son pupille le maintien « des bonnes lois, » el comme il ne fallait pas s'aliéner le pape, Henri III fit hommage à l'Église romaine dans les mains du cardinal Gualo.

Ainsi se trouva confirmé, dans une circonstance décisive, le droit de suzeraineté du Saint-Siège sur l'Angleterre, que Jean-sans-Terre avait consenti.

En même temps, Henri prit la croix, pour accomplir le voeu de son père, mais surtout pour jouir des mêmes privilèges.

 

 

 

Histoire de Saint Louis, Volume 1 De J. A. Félix Faure

 

 

 

XIX. (1216, 9 juin.)

LETTRE DE JEAN, ROI D'ANGLETERRE, AUX BARONS DE WINCHELSEY,

Pour leur ordonner que dans le cas d'une descente de Louis, fils de Philippe-Auguste, ils tâchent de se racheter du pillage. (Bréq. t. LXIII.)

REX baronibus de Winchelseia salutem. Si in propria persona sua descenderit ad villam nostram adversarius noster LUDOVICUS, bene concedimus quod prius quam incendio tradatur villa nostra, vel dam pnum magnum subeatis, ei censeriam ducentas marchas exhiheatis. Teste me ipso. Apud Dewsburgb, IX° die junii.

 

Le roi aux barons de Winchelsea, salut. Si, en sa propre personne, notre adversaire Louis descend dans notre campagne, nous sommes bien d'accord qu'avant que notre ville soit incendiée, ou que vous alliez à un grand barrage, vous lui payez deux cents marks. Témoin moi-même. A Dewsburgb, le 9 juin.

Cette lettre est imprimee dans le t. I, part. Ire, p. 142 du nouveau Rymer. Lond. 1816, f°. C. F. -

 

 

 

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