Après la bataille de Castillon, Dunois entra en vainqueur au Palais de l’Ombrière de Bordeaux et Charles VII y installa un gouverneur militaire

En 1450, la Guyenne est une des dernières possessions du roi Henri VI sur le continent, et les forces du roi de France s'y concentrent. La ville subit de lourdes pertes le jour de la Toussaint 1450 quand, à la bataille de la Male Jornade, ses défenseurs tentent une sortie pour attaquer à quelque dix kilomètres une position menaçante de troupes françaises.

Au mois de mai 1451, le roi Charles VII étant à Tours, tout fier de ses succès en Normandie, leva une nombreuse armée, qu'il divisa en quatre corps, sous les ordres du célèbre Dunois, comte de Longueville, les comtes de Foix, de Penthièvre et d'Armagnac pour réduire en son obéissance le pays de Guyenne..

Dunois partit de Chinon avec quatre compagnies de cent lances , chacune for­mant 2,400 hommes, et 4,000 francs archers; mais outre ces compagnies d'hommes d'armes, les princes du sang et grands seigneurs avaient avec eux, comme suite, 50, 100, 150 nobles , qui les accompagnaient à la guerre comme par le passé; On comprend que dans l'espace de dix-huit ans on n'avait pu détruire ce qui avait existé pendant six siècles; on ne pouvait non plus exiger de ces anciens leudes , si fastueux, qu'ils parusent à la guerre seuls et sans vassaux; mais du moins ces seigneurs ne pouvaient enrôler in­distinctement ce qui se présentait : leur suite se composait de nobles nés dans leurs domaines, et dont ils répondaient comme d'eux-mêmes ; ainsi on ne pouvait les confondre avec les aven­turiers des grandes compagnies.

Au moment de quitter Chinon, on publia avec solennité les ordonnances sur la discipline, dont l'exacte observation avait puissamment con­tribué à gagner les Normands : il fut ordonné que nul ne prît vivres pour lui et son cheval sans les payer d'après la taxe établie de concert avec les généraux et les magistrats ds pays que l'.on traversait; le pain seul était fourni par étape, mais la viande s'achetait comme aujourd'hui; on défendit expressément de tuer les bœufs servant au labour; les volailles, les liqueurs furent taxées ainsi que le foin, la paille; un boisseau d'avoine se vendait 5 deniers; celui qui dérobait quelque chose le rendait, et perdait en outre quinze jours de solde : nous ignorons s'il y avait punition corporelle.

Chaque capitaine ou chef de compagnie était tenu de faire lire devant la troupe, au moins une fois par semaine, l'or­donnance royale; on s'en prenait à lui lors­qu'il y avait violation manifeste.

Le comte de Longueville se mit en marche au mois d'avril 1451; il avait· pour lieutenant le comte d'An­goulême, troisième fils de Louis d'Orléans, qui avait été trente - deux ans prisonnier en An­gleterre.

Les autres généraux servant sous les ordres du comte de Longueville, étaient les comtes de Vendôme, de Clermont, de Nevers, princes du sang; les sires de Castres, de Tancarville, de Chabannes; Pierre de Beauvau, le sire d'Escars, Joachin Rouant : Jean Bureau, maître de l'artillerie, conduisait un matériel formidable.

A cette occasion Alain Chartier dit r « Pareillement étoit grosse la provision que le roi avoit mise en son artillerie pour le fait de la guerre, où il avoit le plus grand nombre de grosses bombardes, gros canons, venglanes, serpentines, crapau­dines, couleuvrines et ribaudequins, qu'il n'est pas de mémoire que homme eût jamais vu un roi chrétien avoir si nombreuse artillerie , tout à la fois si bien garnie de manteaux , poudre et de toutes autres choses pour faire approches et prendre villes et châteaux, ni qui eût plus grande quantité de charrois pour les mener, ni conducteurs plus expérimentés pour les gou­verner. »

Le soin de la police militaire et des distributions de vivres en campagne était confié à Tris­tan-l'Ermite, homme d'un caractère inflexible, dont la sévérité fut pendant longtemps la ter­reur des armées .. .

Le trajet n'était pas fort long, mais il était difficile; l'armée arriva cependant en bon ordre aux frontières de la Saintonge.

Le premier corps avança sur Bordeaux, par Montguyon et Blaye; le comte de Foix devait arriver par Dax, Mont-de-Marsan et Bazas; le comte d'Armagnac avait son itinéraire tracé par Rions et la vallée de la Garonne ; le comte de Penthièvre devait arriver par Castillon.

Le roi lui-même appela auprès de sa personne le corps de gens d'armes à cheval qu'il avait créé en 1439, et un nouveau corps d'infanterie qu'il avait formé en 1448.

 

Étant maître de la vallée de la Dordogne, le commandant en chef détacha un petit corps qui se rendit maître de Bazas le 31 octobre; il avait à sa tête Amanieu, seigneur d'Orval, second fils du seigneur d'Albret. Enhardi par ses premiers succès, d'Orval, secondé par de vaillants capitaines, Robert Petit-Loup, Étienne Vignoles, Lespinasse et quelques autres, à la tête de six cents lances, après ses succès dans le Bazadais, se mit à battre le pays et poussa ses déprédations et ses excursions jusque sous les murs de Bordeaux, et même à Blanquefort.

Le lendemain de la Toussaint, le maire et le sous-maire, avec neuf ou dix mille hommes, sortirent pour les poursuivre, et les découvrirent dans un bois, où ils s'étaient retranchés. D'Orval se tint sur la défensive, tout en observant les mouvements incertains de ces troupes urbaines, peu accoutumées à la discipline.

L'attaque se fit sans ordre et avec témérité; mais, au fort de la mêlée, les Français s'élancèrent de leurs retranchements avec leur ardeur habituelle, et, tombant à l'improviste sur cette milice bourgeoise peu habituée au combat, tuèrent mille huit cents Anglo-Gascons, poursuivirent les fuyards jusqu'à Talence, et ramenèrent à Bazas plus de prisonniers qu'ils n'avaient de soldats.

Les Bordelais et les Anglais, en général, étaient plongés dans une stupeur profonde ; c'était partout l'inaction la plus complète, le silence des tombeaux!

On ne songeait plus à défendre la Guienne : Bordeaux n'avait qu'une faible garnison ; il n'y avait que quelques soldats à Blaye, Bourg, Fronsac et Castillon; le reste du pays était dégarni : la conquête de la Guienne était chose facile.

Blaye couvrait Bordeaux et offrait aux Bordelais toutes les ressources de la navigation sur la Gironde.

Il y avait une garnison de six cents hommes, avec une grande abondance de vivres et de munitions. Il s'y trouvait aussi le maire et le sous-maire de Bordeaux , messire Gadifer Chartoise, Thomas Gassiet, Pierre de Montferrand, commandant de la place, et son frère le souldich de Latrau, le sire de Lesparre et plusieurs autres seigneurs du pays, accourus pour défendre la place et tenir la ville, pendant quatre mois s'il le fallait, jusqu'à ce qu'ils reçussent des secours des Anglais.

Blaye était bien défendue par le fleuve qui baigne ses murs : cinq gros vaisseaux stationnaient devant la ville, pour favoriser l'importation des vivres et maintenir la navigation libre; tout semblait fait et combiné de manière à rendre la place inexpugnable.

Dunois tint conseil : il craignait d'échouer; mais on insista, et l'attaque fut enfin ordonnée, après avoir offert aux Blayais des conditions favorables qu'ils refusèrent. Sur ces entrefaites, une flotille entra dans la rivière, sous les ordres de Jean le Boursier, et attaqua la station navale devant Blaye.

Après avoir supporté vaillamment le choc des vaisseaux français , les Bordelais se retirèrent devant des forces supérieures en nombre, et regagnèrent avec peine leur port.

Cette victoire enhardit les assiégeants; ils pressèrent le travail et proposèrent de nouvelles conditions, que les Blayais rejetèrent.

Pendant ce temps, le comte de Penthièvre et Culant, maréchal de Jalonges, faisaient le siège de Castillon, à la tête de trois cents lances, deux mille francs archers et une formidable artillerie.

On accorda aux Castillonnais la faculté de sortir, corps et biens saufs, et de se rendre à Bordeaux ou ailleurs, selon leur volonté. Penthièvre et Jalonges se dirigèrent sur Blaye, après avoir laissé Jean Bureau commandant de Castillon.

Dunois, heureux de les voir venir à son secours, ordonna l'assaut pour le 19 mai, et, après une vigoureuse résistance, y pénétra le 21 ; la garnison, qui s'était retirée dans le château, demanda à capituler, le 24, et se rendit prisonnière de guerre : la défense fut honorable; la nécessité seule dicta les dures conditions d'une capitulation.

Par un traité particulier, Pierre de Montferrand, commandant de Blaye, racheta sa liberté moyennant 10,000 écus.

Si Montferrand renonçait à la domination de l'Angleterre, Dunois s'engagea à le tenir quitte de sa rançon ; mais sous la condition qu'il mettrait au pouvoir des Français les cinq forteresses qu'il possédait; il lui accorda six semaines de réflexion.

Montferrand accepta les offres de Dunois, qui s'empressa de lui rendre trois de ses châteaux-forts et les revenus des deux autres, avec la promesse de lui restituer tous ses biens après la réduction de Bordeaux.

En 1452, au mois de novembre, le roi rétablit les Blayais dans l'entière jouissance de leurs biens, de leurs antiques franchises et libertés.

De Blaye, Dunois se transporta devant Bourg, place très-importante et bien fortifiée , où commandait Bertrand de Montferrand, frère du commandant de Blaye. Après un siège de six jours, la garnison, se voyant dans l'impossibilité de se défendre, capitula le 29 mai, à des conditions avantageuses et honorables à la fois.

Après un repos de quelques jours, Dunois laissa Bourg sous le gouvernement de Jacques de Chabannes, grand-maître de l'hôtel du roi, et alla rejoindre ses troupes devant le château de Fronsac, autre boulevard de la Guienne.

Le siège commença le 2 juin. Craignant une sortie des Bordelais, il envoya Chabannes avec quelques compagnies légères dans l'Entre-deux-Mers, et chargea Bureau de réduire Saint-Émilion et Libourne, où commandait David Jeykleston.

Bureau s'acquitta de sa mission, et, dès le soir même, ses batteries furent établies devant Libourne et se mirent à tirer sur le fort Edouard, la tour de Saint-Louis, autrement dite la porte de Guîtres, sur la porte de Périgueux et le petit fort Guillaume, près de l'église de Saint-Jean.

Les murs furent vaillamment défendus; mais le feu de l'artillerie causa d'immenses ravages dans la ville : les tours et les maisons furent criblées de boulets.

Le mardi suivant, les Français envoyèrent en ville un nommé Brun, leur prisonnier, avec un héraut d'armes, pour proposer les conditions d'une capitulation.

Arrivé en ville, Jeykleston fit jeter en prison le malheureux Brun avec son compagnon, comme traîtres, rebelles et espions. Le maire, indigné de cette violation du droit des gens, et poussé, d'ailleurs, par les cris de la population, qui demandait la paix, fit valoir le caractère sacré et inviolable de ces députés, et ordonna leur mise en liberté. Ils expliquèrent le but et les conditions de leur mission ; le peuple demanda à traiter, et deux jurats se rendirent avec Brun auprès de Dunois, à Fronsac, pour rédiger le traité de capitulation, qui fut ratifié, le 20 juillet suivant, par le roi, à Taillebourg, en Saintonge.

Saint-Émilion se rendit deux jours après, ainsi que le château de Vayres; et toutes les villes de la province, excepté Bayonne, Bordeaux et le château de Fronsac, se soumirent au sceptre du roi de France.

Dans la crainte que les Bordelais ne songeassent à secourir Fronsac, qui comptait sur eux, Dunois se décida à marcher sur Bordeaux : la consternation se répandit de suite dans Fronsac et dans la capitale de la Guienne; par cette démarche, il paralysa l'action de la ville et anéantit les espérances des Fronsadais. Une inondation survint et rendit le château inaccessible : dans cette triste position, sans vivres, sans secours, sans espérances, la garnison demanda à capituler, et promit de se rendre dans un délai de quinze jours.

Dunois quitta Libourne, où il s'était établi, et marcha sur Bordeaux ; mais les Bordelais ayant appris la capitulation de Fronsac, et craignant qu'une plus longue résistance n'attirât sur leurs têtes un plus éclatant châtiment , députèrent vers Dunois le captal de Buch et quelques autres seigneurs du pays, pour le prier de retarder ses opérations contre Bordeaux jusqu'au 24 juin, et qu'alors, si le roi d'Angleterre ne venait pas à leur secours, ils se croiraient dégagés de leurs serments et libres de reconnaître Charles VII pour leur roi légitime.

Dunois ordonna d'accueillir les députés avec bienveillance, et chargea Jean Bureau, Ogier de Brequit, juge de Marsan, et Pothon de Saintrailles, homme prudent et de grande expérience, Gascon, et, par conséquent, agréable aux Gascons, de les recevoir et d'entendre les raisons qu'ils voulaient donner.

Lorsque Dunois eut pris-connaissance du Mémoire des Bordelais, il n'y vit ni profit ni honneur pour son maître, et rejeta, en conséquence, la demande de Bordeaux.

Le captal rentra en ville et trouva ses concitoyens consternés de la réponse : on appela les trois États, on délibéra sur plusieurs mesures, sans pouvoir convenir d'aucune. Enfin, le temps pressait; Bureau parlait de ses grosses bombardes, Saintrailles de ses archers; d'autres, de la destruction complète de la ville, et presque tous, d'une soumission absolue comme nécessité de la position critique de la cité.

Enfin, ils convinrent qu'il fallait accepter les conditions de Dunois. Ils députèrent vers lui Pey-Berland, archevêque de Bordeaux, Bertrand, seigneur de Montferrand, le seigneur de Langoiran, Dûrfort, seigneur de Duras, Lalande, seigneur de La Brède, Gadifer Chartoise, maire de Bordeaux, Bernard Angevin, seigneur de Rauzan, Guillaume Oderon, seigneur de Landiras, Guillaume Andrieu de Lansac, et Pierre de Bouscat, etc., etc.

 Ces députés convinrent, avec les trois commissaires de Dunois, des conditions et clauses du traité, qui fut signé le 12 juin : ils avaient traité au nom des trois États de la ville et cité de Bourdeaux et du pays du Bourdelais et d'autres pays de la Guyenne, étant de présent en la main du roi d'Angle terre.

Il fut stipulé dans ce traité, « qu'il sera permis aux Bordelais de donner avis dudit traité au roi d'Angleterre. S'ils ne sont pas secourus avant le 23 du présent mois, les trois États rendront la ville de Bordeaux aux Français; et pour sûreté de leur parole, ils leur  livrent, dès maintenant, les villes et places de Vayres, Rions, Saint-Macaire, Blagnac et Castillon-en-Périgord.

Les habitants des dites places prêtèrent le serment de fidélité au roi de France pour toujours. Lorsque le roi, ou le comte de Dunois, son lieutenant, fera son entrée à Bordeaux, il jurera, sur les Évangiles et sur la Croix, de conserver les privilèges, franchises, libertés, lois, coutumes, observances et usages de Bordeaux et des Bordelais, et le roi leur donnera, pour cet effet, des lettres-patentes dans la meilleure forme que faire se pourra.

Si quelque seigneur ou habitant du pays refuse le serment de fidélité au roi de France, il lui sera libre de se retirer avec tous ses effets où bon lui semblera, et les biens qu'il laissera dans le pays appartiendront à » ses plus proches héritiers.

Le roi accordera une abolition générale à tous les habitants, et promettra de ne les rechercher pour aucun fait ayant rapport à la guerre présente.

Chaque habitant demeurera en possession de ce qu'il jouissait avant la reddition de la ville. Les Bordelais ne seront sujets à aucun nouvel impôt, sous quelque prétexte que ce puisse être. Les marchands qui viendront à Bordeaux ne paieront aucun nouveau droit.

 

 

1451 Après la bataille de Castillon, Dunois entra en vainqueur au Palais de l’Ombrière de Bordeaux et Charles VII y installa un gouverneur militaire

 

RÉCIT DE  L'ENTRÉE DE DUNOIS A BORDEAUX EN 1451 Par F. GEBELIN.

Le document que nous publions se trouve à la bibliothèque de l'Institut, dans la collection Godefroy (3). Sa présence n'est point pour surprendre dans une collection formée par une famille dont un membre écrivit le Cérémonial françois (4), un autre une Histoire de Charles VII (5).

C'est la copie presque contemporaine (6) d'un récit de l'entrée de Dunois à Bordeaux en 1451.

Nous rappellerons très rapidement qu'après la conquête de la Normandie, Charles VII avait tourné ses armes contre la Guyenne. Les opérations traînèrent en longueur pendant l'hiver de 1450 à 1451, puis reprirent d'une façon plus active au printemps.

L'armée royale, sous la conduite de Dunois, s'empara de Blaye, de Fronsac et des autres places de la Dordogne, tandis que le comte d'Armagnac, après avoir réduit Duras et Sauveterre, marchait sur Bordeaux par la vallée de la Garonne et venait assiéger Rions.

Les Bordelais se hâtèrent de faire la paix et, le 12 juin, passèrent un traité par lequel ils s'engageaient à rendre leur ville s'ils n'étaient secourus par le roi d'Angleterre avant le 23.

Au soir du 23 juin un de leurs hérauts lança un appel qui resta sans réponse : « Secours de ceux d'Angleterre pour ceux de Bordeaux ! »

Le lendemain on fixa le jour auquel Dunois entrerait dans la ville.

 

REMISE DES CLEFS PAR LES JURES AU COMTE DUNOIS 23 JUIN 1451

Les seigneurs du pays bordelais comme les magistrats de la ville de Bordeaux présentent à l’envoyé du roi, le comte de Dunois, « les clefs pour en faire son bon plaisir ; lesquellles ledit comte de Dunois recceu, et incontinent les bailla à maistre Jehan Burreau, qui, de par le roy Charles, avoit esté fait maire de ladicte ville, auquel maire en appartient la garde, selon les estatus d’icelle » (7)

Le 29 juin, une flottille de quatre-vingts à cent bateaux, sur laquelle s'étaient embarqués Dunois et l'armée française, quittait Blaye.

Elle mouilla le soir devant Bordeaux et l'armée passa la nuit à bord.

Le lendemain au soleil levant, les Français descendirent dans le faubourg des Chartreux. Une délégation de Bordelais vint porter les clefs de la ville à Dunois, qui les remit à Jean Bureau nommé maire de Bordeaux. Puis Dunois fit son entrée dans la ville.

Les relations de cette entrée sont nombreuses. On les peut cependant réduire à trois : celle tout d'abord qu'écrivit un poursuivant d'armes au lendemain même de l'événement (8) ; en second lieu, le récit de Mathieu d'Escouchy (9) inspiré lui-même d'une relation qui fut communiquée aux bonnes villes (10) ; enfin le récit très détaillé du héraut Berry (11), qu'ont copié sans se lasser aussi bien ses contemporains, Jean Chartier et Martial d'Auvergne, que les historiens modernes de Bordeaux, Dom Devienne, O'Reilly ou Ribadieu.

Le texte que nous publions ne se rattache à aucun des précédents. C'est le récit d'un témoin qui prit part à la cérémonie (12). Quel peut en être l'auteur? Il semble que ce soit quelqu'un de l'entourage royal : nous « partismes de Saint-Jehan d'Angely », dit-il en tête de son récit ; or Charles VII était alors à Saint-Jean-d'Angely (13).

Il vint pour l'entrée et repartit quelques jours après.

Ses derniers mots « et fut laissé a ceulx du conseil le tappiz de fleur de liz » nous porteraient à croire qu'il avait quelque emploi dans le service des cérémonies. Si l'on remarque d'autre part l'insistance avec laquelle il parle du sceau royal, qu'il mentionne jusqu'à trois reprises dans sa courte relation, l'on pourrait se demander si le tapis en question n'est pas le « drap de velours azuré semé de fleurs de lys d'or de brodeure » (13) qui parait la croupe du cheval portant les sceaux, et si notre auteur ne fut point l'un de ceux qui portèrent à Bordeaux les sceaux en question, peut- être même un des « deux archers vestus de livrée » (14) qui marchaient à leur côté lors de l'entrée.

Quel qu'en soit l'auteur, le récit que nous publions a le mérite de passer sous silence les détails de magnificence auxquels s'attardent complaisamment toutes les autres relations et contient par contre des renseignements que l'on chercherait en vain ailleurs.

A ce titre, la seconde partie du texte nous paraît la plus intéressante. Elle nous indique les principales mesures prises par Dunois et ses compagnons après leur entrée à Bordeaux : on désigne des commissaires chargés de surveiller la conduite des troupes, on négocie avec le Captal de Buch (15), avec la ville de Bayonne qui, seule de toute la Guyenne, n'avait pas encore fait sa soumission, on s'occupe enfin de l'organisation de la justice à Bordeaux.

Nous insisterons sur ce dernier point.

 

Le roi Charles VII établira incessamment un Parlement, ou Cour souveraine, à Bordeaux.

 

L'article 20 du traité du 12 juin stipulait l'établissement d'une justice souveraine à Bordeaux ««... Et sera le Roy contant que, on ladicte cité de Bourdeaulx, y ayt justice souveraine pour cognoistre, discuter et déterminer defîinitivement de toutes les causes d’appel qui seront en icelluy pais, sans, pour iceulx appeaulx, par simple querelle ou autrement, estre traictez hors de ladicte cité (16) ».

 

Le roi ne pourra obliger aucun habitant ni aucun seigneur de faire la guerre sans son consentement et sans lui donner une paye convenable. On établira une Cour des Monnaies à Bordeaux.

Les officiers que le roi nommera pour régir la province, jureront, à leur réception, de maintenir les privilèges de la ville ! »

 Cette instante prière répondait à l’une des plus vives préoccupations des habitants de Bordeaux. Ils ne voulaient pas que, sous prétexte d’appel à une juridiction supérieure, le plus humble d’entre eux fût obligé d’aller à grands frais et en s’exposant aux périls d’une longue route, défendre, devant une juridiction éloignée, à l’appel téméraire d’un plus riche ou plus puissant que lui.

Ce traité signé par les seigneurs sus-nommés et par les trois plénipotentiaires de France, qui s'obligèrent, par serment, au nom du roi, de maintenir les bourgeois, marchands, manans et habitans de ladite ville et pays, en leurs franchises, priviléges, libertés, statuts, lois, Couturnes, usances des pays de Bordeaux et Bordelais, Bazas et Bazadais Agen et Agenais.

Cet article fut-il exécuté? On l'a contesté longtemps, quand Brives-Oazes découvrit dans un registre du Parlement de Bordeaux la mention suivante : « Lecta et publicata in curia suprema Burdegale..., xxi junii 1452... »  (17)

C'est à peu près tout ce que l'on sait sur cette cour souveraine, qui n'eut qu'une existence éphémère : elle fut supprimée à la suite de la révolte de la Guyenne en 1452 (18).

— Le texte que nous publions nous donne le nom de deux commissaires qui furent chargés de l'organiser : il nous apprend qu'après mûre délibération, le Conseil désigna pour ce faire un « général sur le fait de la justice des aides », Jean Barton, et un conseiller au parlement de Toulouse, Nicolas Berthelot.

Et si, comme on l'a souvent voulu faire, on rattache à cette cour souveraine l'origine du parlement de Bordeaux (19), ce sont les deux organisateurs de ce parlement dont notre texte nous donnerait les noms.

Le captal de Buch, chevalier de la Jarretière et des ordres du roi, et dont les ancêtres avaient toujours été attachés aux Anglais, et qui, d'ailleurs, avait une grande partie de ses biens en Angleterre, refusa d'être compris dans ce traité. Il demanda une conférence à Dunois, et lui révéla, avec une noble franchise, ses sentiments; il lui exposa l'incertitude où il était relativement à son fils, le seigneur de Candale, qui, de son côté, ne savait pas s'il devait rester à Bordeaux ou suivre son père en Angleterre.

 

LA RELATION DU VOIAGE DE BORDEAULX  (20)

Le jeudi XXIIIe jour de juillet (21), partismes de Saint-Jehan d'Angely.

Le samedi ensuivant, bien matin, arrivasmes à Blaye, et manda Monseigneur de Dunoys (22) qu'il viendroit le soir, mais il ne vint point. Et ce pendant vint maistre Jehan Bureau, qui dit qu'il aloit à Bourg devers lui.

 Le dimanche matin, vint mondit seigneur de Dunoys.

Le lundi arriva Monseigneur le seneschal de Poitou (23), et fut mise par escript la forme de l'entrée.

Le mardi, entrasmes en mer et couchasmes devant Bourdeaulx sur la mer (24), pour ce que les gens d'armes estoient logiez, et leurs harnoys, es villaiges d'Ormont (25) et autres villages d'environ. Et fut cryé que chascun veinst armé couchier ou navire. Et y avoit de IIIIxx a cent navires bien en point.

Le mercredi bien matin (26), arrivasmes a terre, et envoya l'on sonner par heraulx ceulx de la ville. Et vindrent ceulx de la vile (27), et présentèrent les clefz, et furent baillées au maire (28). Et puis on entra, en alant jusques a l'église (29).

(30) C'est assavoir : Geuffroy de Saint-Belin (31) et Monseigneur de La Bessière (32), qui conduisoient de IIIe a IIIIe archiers. — Après venoit Monseigneur de Nevers (33) et Monseigneur d'Armignac (34) qui conduisoient bien IIIIe hommes d'armes a pié, et avoient devant eulx Messires Jehan de Bar (35) et Des Barres (36), pour garder que les archers ne recullassent sur eulx.

— Après venoit Messires Theaude (37), Jouachin Rouault (38) et maistre Jehan Bureau (39) qui conduisoient le demeurant des archiers, et après eulx, pour garder qu'ilz ne tournassent sur ceulx qui aloient après eulx, le prevost des mareschaulx (40).

— Après venoient Messeigneurs l'evesque d'Alet (41), des Requestes, Monseigneur le trésorier (42) et autres du conseil. — Après venoient les heraulx et trompectes. — Après estoit le seau du Roy, richement paré (43). — Après Monseigneur le chancelier (44). — Après Poton (45) et Monseigneur de Montagu (46) portoyent les deux banières. — Après Monseigneur de Dunoys, tout seul. — Après Messeigneurs d'Angolesmë (47) de Clermont (48), de Vandosme (49), de Castres (50) et autres.

—- Après toute la grosse flote des gens d'armes. — Et soit mémoire de la longeur du chemin qu'ilz firent, depuis le chay jusques a l'église de Saint-André, et de la grant chaleur qu'il faisoit, et comment Monseigneur de Baugy (51) fit dreccé ung tonneau de vin devant l'église, pour faire boire les compaignons qui estouffoient de chaleur. — Item des portaulx qui furent baillez en garde l'ung a Monseigneur d'Esternay (52) et autres, etc.

Et après es oraisons faictes on ala jusques au bout de ladite église, ou il y a ung Heu hault en point de Jubé a dire l'Evuangile

Et la parla l'arcevesquel (53), presens les gens d'église, nobles, bourgois et autres, requerans que Monseigneur de Dunoys feist le serement. Et fist Monseigneur de Dunoys le serement, et nous autres, et l'arcevesque et autres item. — Et après on leur montra le bon vouloir du Roy, et firent tout le peuple le serement et crièrent Noël.

Le jeudi premier jour de juillet, on manda ceulx qui avoient les seaulx pour les avoir.

Vendredi, samedi, dimanche et chascun jour on fut a besoigner ou chasteau de l'Ombrière (54), et y estoient Messeigneurs du sang (55). Et furent depputez douze du Roy et douze des jurez de la dite ville pour recevoir les seremens. Et vint maistre Jehan de La Loere (56) pour le traité du Captau (57), pour quoy depuis on renvoya devers le Roy Monseigneur d'Esternay et La Loere. Et cedit jour furent ordonnés Messeigneurs Theaude, de Baugy et Barthon (58), pour savoir par les quarrefours de la ville comment se gouvernoient les gens d'armes (59).

Le lundi Ve furent rompuz les seaulx et proposa devant lesdits du conseil le prevost (60).

Le mercredi fut renvoyé maistre Jehan Dauxy (61).

Le mercredi ensuivant (62) fut respondu a ceulx des estas (63) bien au long. Et lors, et devant, et par plusieurs foiz a esté debatu du fait de la justice (64) et que demourroit, et fut avisé que maistre Jehan Barton et maistre Nicole Bartelot (65). Item cedit jour vint Monseigneur de Foyz (66) et besoignèrent aucunes choses touchant le Captau.

Le vendredi (67) vindrent Messeigneurs Loys de Beaumont (68), d'Esternay et La Loere, et besoignèrent comme le Roy a peu par eulx savoir, et s'en partirent lundi bien matin. Et cedit jour fut ordonné que les dessus dits (69) demourroient pour la justice. Cedit jour on parla a ceulx de Bayonne (70), mais rens n'y fut besoignié que sachions.

Mardi XIIIe jour dudit moys, fut dit a ceulx de l'église, nobles et autres de la ville le partement tant a Bayonne que devers le Roy (71). Et respondirent bien au long, et doivent venir devers le Roy.

Mercredi partismes, et fut laissé a ceulx du conseil le tappiz de fleur de liz.

 

La capitulation du 12 juin 1451 stipulait qu'il y aurait à Bordeaux une justice souveraine « pour cognoistre, discuter et déterminer diffinitivement de toutes les causes d'appel qui se produiraient dans le pays (72).

 Charles VII avait-il rempli la promesse qu'énonçait cet article? On le contestait généralement naguère, bien que l'on connut la minute d'une ordonnance datée de Taillebourg et instituant dans notre ville une cour souveraine (73).

A présent, le fait n'est plus douteux Un acte d'enregistrement de la juridiction promise et donnée à Bordeaux a été découvert, il y a deux ou trois au: par notre collègue NI. Brives-Cazes (74).

En outre, les registres que nous publions mentionnent bon nombre de procès portés devant la méme cour, ainsi que l'enregistrement fait par elle, à la date du 19 juin, des lettres-patentes, par lesquelles le comte de Clermont-en-Beauvoisis fut créé lieutenant du Roi et gouverneur général en Guyenne, le 28 septembre 1451 (75).

La Cour Souveraine de Bordeaux ne fut, d'ailleurs, que substituée à un tribunal antérieur, qui, sous le nom de Cour Suprême de Guyenne, remplissait les mêmes fonctions du temps des Anglais (76).

Au reste, la Cour Souveraine de Bordeaux n'eut qu'une existence éphémère, qui explique le peu de traces qu'elle a laissées dans l'histoire.

Elle disparut lors du soulèvement qui éclata dans la province dès les derniers mois de 1452.

Après la bataille de Castillon et la prompte soumission des révoltés qui en fut la suite, la Basse-Guyenne, les Landes et le Pays de Labour furent compris dans le ressort du Parlement de Paris.

Deux ans plus tard, Charles VII délégua dans ces mêmes provinces des commissaires pour y réformer l'administration de la justice.

Ce furent Jean de Jambes, chevalier; Jean Bureau, trésorier de France; Giraud Le Boursier, maître des requêtes de l'Hôtel du Roi; et Jean Augier, trésorier général de Guyenne (77).

 

 

Plan du Palais de Lombrière, à Bordeaux

 

Le Palais de l’Ombrière.

Plan des fortifications de Bordeaux vers 1450 dressé par Leo Drouyn

Ce château-fort se trouvait sur la hauteur qui sépare Bassens et Ambarès; on y voit encore les douves et un endroit qu'on appelle la place de Montferrand; mais les ruines en ont servi à construire le château de Beauval, le bourg de Bassens et le Carbon-Blanc, qui fut commencé en 1500.

 

 

Ce palais était un vaste bâtiment gothique, construit par les ducs d'Aquitaine, au commencement du dixième siècle, pour leur servir de demeure (76). Construit vers 918 sur les bords du Peugue par Guillaume Ier, le Palais de l’Ombrière.

Dans les vieux titres, il est désigné sous le nom de Castrum Umbraria ; ad Umbrariam (Château de l'Ombrière), parce, qu'il y avait devant la façade de belles allées d'arbres qui ombrageaient le chemin du château jusqu'au port.

Éléonore de Guienne y réunit, dit-on, une Cour des plus galantes et de nombreux troubadours.

Plus tard, ce fut la demeure des rois d'Angleterre et des gouverneurs de la Guienne.

Les anciens ducs, les gouverneurs, les sénéchaux anglais, et même plus tard les gouverneurs français, y ont successivement séjourné jusqu'à l'établissement des parlements en France. A partir du temps où Louis XI y établit celui de Bordeaux, ce monument prit le nom simple de Palais.

Là, siégeaient le Parlement, la Table de marbre, la Cour sénéchale et l’Amirauté de Guienne. Les prisons dépendantes de ces tribunaux étaient dans le même local.

En 1791, le Palais perdit son nom et sa destination, et fut vendu comme bien national.

En 1792 le tribunal criminel y fut installé.

Il n'avait rien de remarquable, si ce n'est quatre assez belles tours qui l'encadraient, et quelques vastes cours ombragées. Dans l'une de ces cours s'élevait une tour ronde qui servait de prison et devant laquelle on pendait les criminels.

La démolition, qui eut lieu en 1800, fit découvrir plusieurs antiquités fort intéressantes. C'est sur l'emplacement même de cet ancien édifice que l'on a percé la rue Neuve du Palais, appelée aujourd'hui rue du Palais de l'Ombrière.

 

 

Gravure Bordeaux vers 1450 — Léo Drouyn del et sc, 1873

 

Gravure Bordeaux vers 1450.— Léo Drouyn del. et sc., 1873.

 

François Joseph Léo Drouyn, né à Izon le 12 juillet 1816 et mort à Bordeaux le 4 août 1896, archéologue, peintre, dessinateur et graveur français.

In-4° (0,160 X 0,225 mill.). — Gravure à l’eau-forte.

Dans Bordeaux vers 1450, description topographique, par Léo Drouyn, Bordeaux, 1874, in-4°, premier tome complémentaire des publications des Archives municipales de Bordeaux.

Cette vue à vol d’oiseau est gravée très finement sur cuivre. Elle est prise au-dessus de la ville, au couchant, et nous montre, malgré sa petite dimension, la cité entière et ses faubourgs dans leurs moindres détails, la troisième enceinte fortifiée avec ses fossés pleins d’eau, ses tours de défense, ses portes, les églises et les chapelles avec leurs clochers.

Dans l’introduction de son livre, Drouyn donne une très belle description à vol d’oiseau du Bordeaux du XV e siècle et il explique lui-même comment il a établi son dessin : « Transportons-nous un moment, écrit-il, à l’époque où Charles VII venait de reprendre la Guienne, et regardons la ville de Bordeaux du sommet de quelque édifice, non loin du mur Sarrasin, par exemple, que les titres de cette époque nous signalent comme existant à quelque distance de la porte Sainte-Eulalie.

De cette hauteur l’immense trapèze de la ville se dresse devant nous. Au premier abord, c’est une masse confuse et embrouillée de tours et de clochers, de pignons et de toitures, de bateaux et de voiles, de rues étroites ou tortueuses, de places, de jardins et de cimetières.

Au centre de cet entassement de maisons et d’édifices, le Peugue et la Devèze, sortant des marais couverts de roseaux et cachés en partie sous les aulnes et les saules, se laissent voir çà et là, et forment, à leur embouchure, deux ports encombrés de navires de toute forme et de toute grandeur, à travers lesquels glissent de légers batelets.

La Garonne, large et rapide, sillonnée d’une quantité considérable de vaisseaux venus de tous les ports de l’Europe, et de barques indigènes, aux voiles blanches ou rouges, baigne le pied des remparts et trace devant la ville un vaste croissant, qui a fait donner au port de Bordeaux le nom de Port de la Lune.

Plus loin, la plaine de Queyries apparaît à droite, couverte de vignes au milieu desquelles s’élèvent les bourdieux des riches bourgeois de la ville; à gauche, un bras étroit de la rivière passe au pied des coteaux et forme l’île de Matorque; au-dessus, les sommets des collines, le Gypressac et sa forêt de cyprès, les lauriers de Lormont et la silhouette du château des archevêques de Bordeaux arrêtent la ligne un peu brumeuse de l’horizon...

Dans le lointain, c’est la plaine et le château de Montferrand, où Charles VII a séjourné pendant la capitulation, et enfin les hauteurs voisines du Bec-d’Ambès, qui se perdent dans la brume au confluent de la Garonne et de la Dordogne. »

Cette vue a été reproduite dans l’album de Bordeaux, Aperçu historique... 1892, op. cit., tirée sur le même cuivre et Léo Drouyn en a fait, en 1874, un nouveau dessin de très grande dimension (voir notre numéro 26 bis).

Ombrière_porte_du_palais_Léo_Drouyn_Bordeaux_

 (XV e siècle.) — Plan de Bordeaux vers 1450, dressé par Léo Drouyn pour l’intelligence des documents imprimés par la Commission de publication des Archives municipales de Bordeaux. 1874. Paris, impr. de A. Salmon (Léo Drouyn del.; Léon Gaucherel sc.). Dimension : 0,49 X 0,67. — Gravure sur cuivre. Dans Bordeaux vers 1450. Description topographique, par Léo Drouyn, publié par les Archives municipales de Bordeaux, Bordeaux, 1874, in-4°.

Le Bordeaux vers 1450 est encore un ouvrage dû à la haute érudition archéologique de Léo Drouyn et tout aussi remarquable dans un autre genre que sa Guienne militaire que nous venons de citer. On y trouve toute la topographie de la ville au moyen âge. En tête de l’ouvrage, une vue à vol d’oiseau que nous venons de décrire dans le numéro précédent.

Ce plan géométral est très complet. Il donne les trois enceintes avec toutes leurs portes, toutes les rues et tous les monuments religieux et civils, ainsi que les faubourgs. Tous les noms sont en gascon. Ge plan est un document hors de pair; il est très consulté par tous ceux qui ont à s’occuper du vieux Bordeaux. C’est un travail remarquable de reconstitution qui dénote de très longues recherches et une connaissance profonde de la ville au moyen âge.

Le cuivre de ce plan est conservé aux archives municipales de Bordeaux.

 

 

 

 

 

Mélanges d'histoire offerts à M. Charles Bémont par ses amis et ses élèves, à l'occasion de sa vingt-cinquième année de son enseignement à l'Ecole pratique des hautes études

Archives historiques du département de la Gironde

Vies des grands capitaines français du moyen-âge. T. 7

La Topographie de Bordeaux à travers les siècles, catalogue historique et descriptif des vues et plans généraux de la ville de Bordeaux, des origines à la fin du XIXe siècle / Ernest Labadie

 

 

 

 

 

 

 Château de Taillebourg, le financier Jacques Coeur est arrêté sur ordre du roi de France Charles VII. (Time Travel 1451) <==.... ....==> 1458 Charles VII donne les terres et seigneuries de Parthenay,Vouvant, Mervent, le Coudray-Salbart à Jean Bâtard d’Orléans

 

 

 

 


 

(3). Tome 482, fol. 239.

(4). Le cérémonial de France, par Théodore Godefroy. Paris, 1619, in-4°. — Seconde édition augmentée de 1649.

(5). Histoire de Charles VII, roy de France, par Denys Godefroy. Paris, 1661. infolio.

(6). De la fin du XVe ou du début du xvi° siècle.

(7) Chronique de Mathieu d’Escouchy, éd G. du Fresne de Beaucourt, Paris, 1863, t. I, p.357.

(8). B.N., ms fr. 5028, fol. 182 ; publiée par André Du Chesne, dans son édition des OEuvres de Maistre Alain Chartier, p. 846.

(9). Ed. Du Fresne de Beaucourt, t. I, p. 356.

(10). B. N., ms lat. 18398.

(11). Ed. Godefroy, p. 462.

(12). « Et fist Monseigneur de Dunoys le serement, et nous autres. »

(13) « Au chevaucheur de l'escurie du Roy... pour ses peines et travaux d'avoir aporté lettres du Roy, étant à Saint-Jean-d'Angély, faisant mention de la réduction de Bourdeaux et du pays de Guienne... » Compte de Jean Lhuillier cité par Du Fresne de Beaucourt, Histoire de Charles VIL t. V, p. 51, n° 2.

(14). Héraut Berry, éd. Godefroy, p. 462.

(15). Ibid.

(16). Sur tout ce qui concerne le traité du Captai de Buch, voy. la brochure d'Eugène d'Auriac. La reddition de Bordeaux sous Charles VII... Paris, 1864, in-8».

(17). Ordonnances des Rois de France, t. XIV, p. 143.

(18). Cf. Brives-Gazes (E.).Les grands jours du dernier duc de Guyenne..., p. 12, note.

(19). Cf. l'article 4 des letlres-patentes du 11 avril 1453 qui rattache la Guyenne au ressort du parlement de Paris (Ordonnances, t. XIV, p. 274).

(20). Voy. un résumé de cette question si contestée dans Boscheron des Portes. Histoire du parlement de Bordeaux, t. I, p. 5 et suiv.

(21). Le titre est au fol. 240 v°. b. Sic, corr., juin.

(22). Après la prise de Fronsac, Dunois était allé résider à Libourne (cf. Mathieu d'Escouchy, éd. Du Fresne de Beaucourt, t. I, p. 336). — Le présent texte nous apprend, semble-l-il, que le 26 il était à Bourg (Gironde, arr. de Blaye).

(23). Louis de Beaumont, sieur de La Forest, du Plessis-Macé et de Concquiers.

(24). d'Escouchy (I, 356) parle de cette nuit passée à bord, en prétendant à tort que ce fut celle du 28 au 29 juin. — Selon le héraut Berry (éd. Godefroy, p. 462) les embarcations auraient mouillé à la hauteur de Sainte-Catherine, en amont de Bordeaux, ce qui est en contradiction avec notre texte qui parle de Lormont. sis en aval, et avec M. d'Escouchy (I, 357) d'après lequel le lendemain l'armée descendit dans le faubourg des Chartreux, également en aval de Bordeaux. La leçon de notre texte paraît préférable.

(25). Lormont (Gironde, cant. du Carbon-Blanc).

(26). « Le lendemain... à soleil levant » Mathieu d'Escouchy, t. I, p. 356.

(27). Mathieu d'Escouchy (I, p. 357) nomme les seigneurs de Montferrand, de Duras, de Lesparre, et avec eux les jurais de Bordeaux,

(28). Jean Bureau, qui avait été nommé maire de Bordeaux quelques jours auparavant ; cf. Jean Chartier, éd. Godefroy, p. 248.

(29). La cathédrale Saint-André.

(30). Tout ce qui suit, jusqu'à la fin du paragraphe, est rajouté à la fin du texte avec un renvoi. D'autre part on lit en marge l'annotation suivante, que nous avons supprimée, parce qu'elle fait double emploi avec le renvoi final : « C'est assavoir Geffroy de Saint-Belin, et deux autres gentilzhommes avecques lui. »

(31). Geoffroy de Saint-Belin, sieur de Saxe-Fontaine, tué à Montlhéry en 1465.

(32). Pierre de Beauvau, sieur de La Bessière, Heutenant du comte du Maine; tué à Gastillon en 1453.

(33). Charles de Bourgogne, comte de Nevers et de Rethel.

(34). Jean V, comte d'Armagnac.

(35). Jean de Bar, sieur de Baugy et de La Guierche.

(36). Pierre Des Barres, qui venait d'être armé chevalier à Fronsac (cf. Héraut Berry, p. 461).

(37). Théaude de Valpergue, bailli de Lyon. — Ayant été désigné comme « lieutenant-général pour entrer en la dite cité [de Bordeaux] et pour prendre possession des portes d'icelle », il y serait entré le premier, selon le héraut Berry (p. 462).

(38). Joachim Rouault, qui venait d'être nommé connétable de Bordeaux (cf. Jean Chartier, p. 248) ; maréchal de France en 1461, il mourut en 1478.

(39). Selon Mathieu d'Escouchy (I, p. 357) et Jean Chartier (p. 248), Jean Bureau, en sa qualité de maire, serait entré à Bordeaux avant les autres, avec Théaude de Valpergue. — Au reste notre texte est ici fort peu sûr, puisqu'il nomme à nouveau Jean Bureau trois lignes plus loin.

(40). Tristan L'Hermite.

(41). Élie de Pômpadour, évèque d'Alet de 1448 à 1454.

(42). Jean Bureau. Cf. la note 1.

(43). Dans un coffret porté par un cheval ; cf. tous les autres textes.

(44). Guillaume Jouvenel des Ursins, « armé d'un corcelet d'acier fort riche... pour monstrer... que la dignité de chancelier n'est point du tout vouée à la robe longue ». Lurbe (G. de), Chronique bourdeloise.... éd. del619, fol. 35.

(45). Poton de Xaintrailles, maréchal de France en 1454, mort le 7 octobre 1461.

(46). Neveu de Xaintrailles (J. Chartier, p. 249).

(47). Jean d'Orléans, comte d'Angoulème; mort en 1467.

(48). Jean de Bourbon, comte de Clermont, plus tard duc de Bourbon sous le nom de Jean II ; mort en 1488.

(49). Jean II de Bourbon, comte de Vendôme; mort en 1477. Il venait d'être armé chevalier à Fronsac; cf. héraut Berry, p. 461.

(50). Jacques d'Armagnac, comte de Castres, LaMarche, Pardiac, etc., plus tard duc de Nemours; décapité en 1477.

(51). Jean de Bar, sieur de Baugy et de La Guierche.

(52). Jean Le Boursier, sieur d'Esternay, chevalier et général des finances. Il commandait la flotte royale en Guyenne; cf. héraut Berry, p. 459, et Guillaume Leseur, éd. Courteault, t, I, p. 202. —Deux mois après il fut nommé maire de Bayonne ; cf. Guillaume Leseur, 1.1, p. 218.

(53). Poy Berland, archevêque de Bordeaux de 1430 à 1457.

(54). L'Ombrière était encore en 1451 l'unique château de Bordeaux, situé non loin de la Garonne à hauteur du milieu de la face orientale de l'enceinte; cf. sa description dans Jullian, Histoire de Bordeaux, p. 238. — Dunois en prit possession au nom du Roi « et y logea son corps ». (Mathieu d'Escouchy, t. I, p. 359).

(55). Dunois, et les comtes d'Angoulème, de Clermont et de Vendôme.

(56). Jean de La Loere, notaire et secrétaire du Roi.

(57). Le Captal de Buch avait refusé d'être compris au traité général pour la reddition de Bordeaux. Il avait passé, le 13 juin, avec Dunois un traité conditionnel qui ne fut confirmé que le 7 juillet par Charles VII ; cf- la brochure d'Eugène d'Auriac. La reddition de Bordeaux sous Charles VII.

(58). Jean Barton « général sur le fait de la justice des aides ». (Vaissète, éd. Privât, t. XI, p. 15). Il avait été désigné comme commissaire du Roi auprès des états de Languedoc en 1446 (ibid.).

(59). Après l'entrée, Dunois fit faire « un cry solemnel... qu'aucun ne prit chez son hoste, ny ailleurs, aucune chose sans payer. » Un soldat qui avait désobéi à cet ordre fut pendu (Jean Chartier, p. 251).

(60). Le prévôt des maréchaux Tristan L'Hermite.

(61). Sans doute le premier aumônier Jean d'Aussy, qui lut évoque de Langres en 1452 et mourut l'année suivante.

(62). Entendez, non pas : le mercredi suivant, mais : ensuite, le môme mercredi (7 juillet).

(63). Les gens des trois états de Guyenne et Bordelais.

(64). L'article 20 du traité du 13 juin promettait l'établissement d'une justice souveraine à Bordeaux ; cf. Ordonnances des Rois de France, t. XIV, p. 143.

(65). Nicolas Berthelot, l'un des conseillers lais nommés par le Roi lors de la reconstitution du parlement de Toulouse en 1443; cf. Vaissëte, éd. Privât, t. XI, p. 2.

(66). Gaston IV, comte de Foix ; mort en 1472.

(67). 9 juillet.

(68). Louis de Beaumont, sénéchal de Poitou.

(69). Jean. Barton et Nicolas Berthelot.

(70). Bayonne, seule ville de toute la Guyenne, n'avait pas encore fait sa soumission. Elle ne capitula que le 20 août (cf. Du Fresne de Beaucourt. Histoire de Charles VIL t. V, p. 51).

(71). « Tost après se départirent les seigneurs dessusdtls et s'en allèrent ; c'est à sçavoir : les comtes de Nevers, de Clermont et de Castres devers le Roy, et leurs, gens d'armes en leurs pays ; et les comtes d'Angoulesme, d'Armagnac et de Pontièvre en leurs maisons, à tout leurs gens d'armes et semblablement les francs-archers. » (Héraut Berry, p. 463-464.) Le reste de l'armée, sous la conduite du comte de Foix et de Dunois, se rendit à Bayonne, dont le siège commença le 6 août.

 (72) Archives Municipales de Bordeaux, vol. 1er (Livre des Bouillons), p. 539.

(73) Histoire de Charles VIII, par Vallet (de Viriville), vol. III, p. 215, note 1.

(74) Les Grands Jours du dernier Duc de Guyenne, p. 12, note 1. Voici le texte de cet acte, qui se trouve dans un registre d'enregistrement du Parlement de Bordeaux, aux Archives départementales de la Gironde (A1. 31, fo 222) «  Lecta et publicata in Curia Suprema Burdegale, presente procurature Regis yenerali, seu ejus substituto in eadena Curia, et in registris ipsius Curie registrata, XXI. lunii 1452, per me H. de Salon. »

(75) Ce comte de Clermont-en-Beauvoisis devint ensuite duc de Bourbon.

(76) Voir, sur la Cour Suprême de Guyenne, le recueil de Rymer, et spécialement la page 137 de la 1re partie du tome IV de la 3emeo édition des Faedera, etc.

(76) Dans le 1er volume (p. 50) des Archives historique. du départemerat de la Gironde, se trouve un acte daté du 14 septembre 1454, et signé J. de Faabas, P. Bureau et G. Leboursier, commissaires du Roi « sur le faict de la justice et police du pays et duchié de Guyenne N'y aurait-il pas lieu de lire J. de Jarnbes. J. Bureau et G. Le Boursier?