Le château et la ville de Mauléon pendant les Guerres de Religion

Les guerres de religion, commencées vers 1560, couvrirent le Poitou et les environs de Mauléon de ruines matérielles et morales; la plupart des églises, cures, édifices religieux, furent incendiés.

Bon nombre de prêtres du diocèse de Maillezais, dont beaucoup de curés des environs de Mauléon rassemblés à Poitiers en 1593 et 1594, prient le roi d'avoir égard « aux grandes callamitez infinies, pertes, saccagements, pilleries et brusleryes qu'ils ont soufferts, puis 1569 jusques à présent, leurs églises et maisons pillées, saccagées, brullées et ruynées, leurs biens enlevez, les rebelles se souillant au sang d'un bon nombre d'ecclésiastiques (1) ».

 

La guerre déchaînée dans le Poitou finit par atteindre Mauléon.

 Le 12 juin, Henri IV, alors roi de Navarre, à la tête d'une armée protestante, s'emparait de la ville. « La bonne humeur des soldats réformés fut telle, dit d'Aubigné, que le prince vit emporter la ville par les échelles trouvées dans les villages voisins, et aux lieux où elles furent trop courtes, les soldats, empoignant les branches de lierre, et par elles ayant gagné le haut des murailles, se jetèrent en bas dans les jardins. »

Les quelques gentilshommes et soldats qui défendaient le château, capitulèrent.

C'est alors qu'eut lieu le pillage de l'abbaye. Mauléon, abandonné par les protestants, fut occupé bientôt après par le capitaine catholique Mercure Albanais, « avec grand nombre de gens de guerre ».

 Au mois d'août 1588, le seigneur de la Boulaie, protestant, la reprit de nouveau par surprise et y établit une garnison de trois ou quatre compagnies commandées par Joachim du Bouchet.

Le 16 septembre 1588, par une simple lettre missive, le roi Henri III avait donné à Louis de Gonzague, duc de Nevers, le commandement de l'armée dirigée contre le roi de Navarre (Mém. de Nevers, 1.1, Ire part., p. 857).

L’Armée, dite royale, s'achemina au bas Poitou, avec de grands préparatifs, tant pour reconquérir les Places occupées par ceux de la Religion, que pour combattre, comme ils disaient , le Roi de Navarre ; et devait cette Armée, selon le projet et discours vulgaire de ceux de la Ligue, non-seu­lement mettre de ce côté de la France, fin à la guerre, en ex­terminant tous ceux qui y font de la Religion, mais aussi ven­ger et recouvrer la perte et l'honneur de l'Armée, qui quelques mois auparavant avait été défaite par le Roi de Navarre à Contras.

Cette Armée était grande et forte, composée de Français, Suisses et Italiens, avec grand nombre de Gendarmerie, Che­vaux-légers et Noblesse volontaire; s'y rangeaient aussi hommes de toutes parts, des Villes, Communautés et Provinces circon­voisines, tant de delà que de deçà la Loire.

Entre les autres Seigneurs du Pays du bas Poitou y étaient les sieurs des Roches Bariraut (2), de Bourneveau, de la Bou­cherie et Saint-André, avec leurs Compagnies.

De cette Armée était Général M. de Nevers, assisté des sieurs de la Chastre, Sagonne (3), Laverdin (4) et plusieurs autres Seigneurs, Chefs et Colonels, l'artillerie et munitions ensemble, tout autre appareil de guerre y était grand.

La plus grande partie de cette Armée, tant des Chefs et de la Noblesse, que de ceux qui obéissaient, étaient de la Ligue.

Il n'est croyable les maux, foule et oppression que cette Armée faisait partout où elle passait, notamment à ceux de la Religion, qui se trouvèrent à leur rencontre, soit ès mai­sons ou en la campagne.

Le peuple, les femmes, les enfants, et en divers lieux jusqu'au bétail, fuyaient devant cette Armée comme devant un foudroyant orage. .

La Rochelle et autres Villes circonvoisines et de retraire, furent incontinent remplies de nouveaux Réfugiés, qui y abordaient du haut et du bas Poitou, Bretagne, Loudunois, Touraine, et autres lieux plus prochains des séjours de cette Armée.

Le premier lieu où elle s'arrêta à bon escient fut à Mauléon.

Mauléon en Poictou nous demande; car le duc de Nevers (5), ayant formé son armée auprès de Thouars (6), s'y avança (7), assisté, outre ses bandes payées (8), de force noblesse de Touraine, Anjou, Bretaigne et Poictou (9).

L'armée donc, fraîche et forte, trouva à cent pas (10) de Mauléon le gouverneur du lieu, Viliers, Charlemaigne (11), avec vingt chevaux et six-vingts arquebusiers.

Il fit une charge aux chevaux-légers, la démesla par son harquebuserie et de là ne perdit ni petit buisson ni fossé sans y faire feu.

Mais les régimens, qui poussoyent devant soi chacun cent cinquante hommes débandez, donnant à la teste et aux vallées tout à la fois, eurent bien tost investi et commencé le siège.

 

 

Au mois de novembre 1588, le duc de Nevers parut devant Mauléon avec l’armée catholique.

Les soldats catholiques, ne voyans que des ruines, espéroyent emporter la place avant que le canon (12) fust arrivé.

La Ville de Mauléon est une petite Ville du bas Poitou, faible, nullement munie, en laquelle néanmoins il y a un Château, mais qui n'est de guères meilleure défense que la Ville.

Le duc de Nevers mit ses canons en batterie sur la route de Bressuire.

La Garnison ne voulut déloger pour des coureurs, et fit mine de vouloir tenir ferme; mais lui survenant des forces inopiné­ment sur les bras, le sieur de Villiers voyant le canon, se réso­lut à capituler, par l'entremise du sieur de Laverdin; les Ca­pitaines Marigni et la Croix furent députés pour l'effet de cette capitulation.

Le sieur de Miraumont, Sergent Major de la bataille de l’Armée, fut envoyé en otage à Mauléon pour sûreté; de Mauléon forcir aussi pour otage le Capitaine Landebrix.  

Les protestants, effrayés, demandèrent à capituler; il fut convenu qu’ils auraient la vie sauve et sortiraient sans armes.

La capitulation faite et conclue, peu avantageuse pour ceux de dedans , et les armes rendues audit sieur de Miraumont (13), les Régiments de Brigneux et de la Chataigneraie (14)  s'approchèrent des murailles de la ville, déjà abandonnées par la Garnison et non défendues, et après en avoir démoli et ruiné quelques pierres, par surprise et contre la capitulation, entrèrent dans la Ville, tuèrent ou blessèrent tous ceux qu'ils y trouvèrent de ladite Garnison, et de ce parti, quelque résistance et remontrance que fit ledit lieur de Miraumont pour empêcher une si lâche perfidie, et indigne de gens de guerre.

Une partie des troupes assiégeantes refusa de tenir compte de la capitulation, pénétra dans la ville et massacra beaucoup de soldats désarmés jusqu'à ce que les chefs catholiques, avertis, fissent cesser le désordre (15).

La passion de ces déréglés Soldats se montra si désordonnée et barbare, qu'ils contraignirent ledit sieur de Miraumont de se retirer et sauver dans le Château, avec le reste de la garnison qui était échappé et demeuré dans la Ville, car beaucoup avaient été perfidement tués, après avoir quitté leurs armes, et de sang- froid ; aucuns se sauvèrent par la fuite, se jetant par-dessus les murailles, les autres furent blessés, pris, dévalisés et mis nus, contre la capitulation.

Les sieurs de la Chaslre et de Laverdin avertis de ce désordre, s'y acheminèrent, firent (mais bien tard) cesser la tuerie ·

Le duc de Nevers laissa à Mauléon une garnison de huit ou neuf cents hommes sous le commandement de Lavardin, qui fut assiégée à son tour, au mois d'avril suivant, mais sans succès, par le duc de Châtillon.

Au mois de mai, Mauléon, toujours occupé par les catholiques, envoya son adhésion à l'assemblée de la Ligue réunie à Poitiers.

 

 Le 8 d'octobre 1590, un chef protestant, le seigneur du Puy du Fou (16), s'empara de la ville par surprise, et il fallut que le prince de Conti, en mars 1591, vint l'attaquer de nouveau avec une grande armée et six canons.

Les protestants se rendirent et eurent la vie sauve.

Toutes ces allées et venues d'armées plus ou moins nombreuses, ces sièges successifs avaient ruiné le pays.

Les habitants demandèrent une exemption d'impôts et dans l'enquête faite à ce propos par ordre de Henri IV, au château de la Guierche, commune de Saint-Amand-sur-Sèvre, plusieurs témoins déclarent que pendant ces guerres, toutes les paroisses voisines de Mauléon avaient été totalement ravagées « toutes lesquelles armées ont logé ès dictes paroisses lesquelles ont été exposées au pillage dix à douze foys, au moyen de quoi, joint les impositions, pilleries et exactions, elles sont demeurées sans habitants, les terres des mesteries demeurées en friche par faulte de hommes, bœufs et charrettes ».

En 1595, l'ordre n'était pas encore rétabli : « On ne peut aller et séjourner sûrement au dit lieu de Mauléon, étant la ville démantelée ».

En 1597, le seigneur de la Guierche, d'après les ordres du duc de Mercœur, chef de la Ligue, s'emparait du château de la Flocellière occupé par les protestants.

 

Il fallut que Henri IV vînt lui-même en Poitou en 1605 pour calmer le pays.

Lorsqu'en 1621 les protestants se révoltèrent de nouveau, le château de Mauléon était commandé par un catholique, le sieur de Rulles, pendant que Louis XIII traversait le Poitou à la tête de son armée pour aller assiéger la Rochelle.

C'est sans doute vers cette époque, ou un peu plus tard, pendant les guerres de la Fronde, que le château de Mauléon, comme beaucoup d'autres, fut presque totalement rasé par ordre du roi, pour empêcher les seigneurs révoltés d'y chercher un refuge, comme le château de Talmond, appartenant aussi aux La Trémouille, rasé en 1628,  par ordre de Richelieu.

 

 

 

Paysages et monuments du Poitou / photographiés par Jules Robuchon .... [Tome VIII], [Deux-Sèvres]

Mémoires de la Ligue. Tome 2

 

 ==> CAMPAGNE DU DUC DE NEVERS EN BAS-POITOU 1588, reddition de Montaigu et Mauléon.

 


 

les sièges de Ré et La Rochelle, digue de Richelieu
De 1625 à 1627, des troupes françaises résistèrent dans la citadelle de Saint-Martin aux assauts des Anglais débarqués sur l'île de Ré pour venir en aide aux protestants retranchés dans La Rochelle. En 1628, Louis XIII fit venir de Lorraine Jacques Callot pour faire connaître ces faits d'armes par la gravure.

 

(1) Arch. hist. du Poitou, t. XX, p. 361.

(2) Philippe de Châteaubriand, seigneur des Roches-Baritaud.

(3) Jean Babou, Comte de Sagonne,

(4) Jean de Beaumauoir, sieur de Lavardin

(5) Les lettres patentes officielles sont datées du 18 octobre 1588 et conservées en copie dans les vol. 3316 (f. 7), 3366 (f. 97) et 3409 (f. 58) du fonds français. Partie de la correspondance de ce seigneur pendant cette campagne est conservée dans les volumes 3407, 3409, 3629 et 4405 du même fonds.

(6). Thouars (Deux-Sèvres), seigneurie, plus tard duché, appartenant à la maison de La Trémoille.

(7). Le duc de Nevers fit la revue de ses troupes le 6 novembre 1588 et marcha sur Mauléon (De Thou, liv. XCIII).

(8). Les pièces de comptabilité de l'armée confiée au duc de Nevers, dressées en partie par Scipion Sardini, Germain le Charron, Jehan du Tremblay et autres trésoriers, d'août à novembre 1588, sont en partie conservées dans les volumes 3363, 4555, 4556 et 4558 du fonds français.

(9). L'état des compagnies de gens d'armes mises par le roi sous le commandement du duc de Nevers et envoyées en Poitou, daté de Chartres, d'août 1588, et signé par le roi, est conservé dans le vol. 4558 du fonds français, f. 153.

(10). L'édition de 1620 porte mille pas.

(11). Joachim du Bouchet, seigneur de Villiers-Charlemagne, gentilhomme poitevin.

(12). Les pièces relatives à la formation, à l'équipement, aux fournitures de l'artillerie de l'armée du Poitou sont conservées en partie dans le vol. 4558 du fonds français.

(13)   Pierre de Miraulmont, né en 1552, grand prévôt de France sous Henri IV, plus tard gouverneur de Nogent, mort le 8 juin 1612. A cette date, il est qualifié, dans une instruction du roi, de maréchal général des armées (Instruction du 20 décembre 1588; f. fr., vol. 3339, f. 93).

(14) Charles II de Vivonne, baron de la Chasteigneraye, neveu de Brantôme.

(15)  Arch.hist. du Poitou, t. XX, p. 413.

(16) Eusèbe Ier  du Puy du Fou seigneur de la Sévrie (fils de François)

Il adhère de bonne heure à la ligue Catholique et le Duc de Mercoeur lui confie les fonctions de Lieutenant-Général pour la ligue du Poitou, puis le gouvernement de la ville et du château de La Garnache, en Vendée.

Eusèbe Ier, du Puy du Fou, seigneur de la Sévrie, épousa Catherine Prévost, dame de La Mortayère.

Le 3 octobre 1569, on le trouve à Moncontour sous les ordres du Duc d’Anjou.

A la fin des guerres de Religion, les Puy du Fou étant ligueurs, le Capitaine Baudouin, tenant le château de Vezins et agissant sous les ordres du Roi huguenot Henri IV, s’empare de la Sévrie et la pille le 31 janvier 1596,  le château de la Sévrie fut brûlé.

Il mourut en 1610 et fut enterré dans l’église des Cerqueux.