Les flibustiers de l'île de la Tortue (Saint-Domingue) - Bégon à Rochefort

Le cardinal de Richelieu fut sans contredit l'un des hommes qui sentirent le mieux combien était important pour notre gloire nationale l'entretien d'une marine. Il avait apprécié tout le parti qu'on pouvait tirer des colonies, et son génie avait su entraîner Louis XIII dans le dessein de balancer la puissance espagnole sur les mers des Indes.

Les origines de nos établissements à Saint-Domingue (alors appelé Hispaniola) sont modestes ; les premiers Français qui s'y installèrent furent des aventuriers connus sous la dénomination de boucaniers et de flibustiers.

Les boucaniers, qui vivaient de la chasse, durent leur appellation à l'usage qu'ils avaient de conserver la viande par le boucanage (séchage ou fumage) ;

Les flibustiers étaient des corsaires pirates de toute nationalité, formés en bandes ; ils s'attaquaient surtout aux navires espagnols ; un de leurs principaux repaires était l'île de la Tortue, sur la côte nord-est de Saint-Domingue.

Les points que possédait la France dans le nord de ces mers étaient d'une si faible valeur, que l'adoption de la Tortue devenait un des degrés nécessaires de cette conquête. Mais l'entêtement des Aventuriers à ne point vouloir se reconnaître de maîtres en Europe, contraignit le ministre à donner une autre expression à ses idées.

Aussi avait-il accueilli dès 1626 une compagnie commerciale qui s'était présentée à lui pour l'exploitation des îles françaises de l'Amérique. Cette compagnie avait obtenu de grandes faveurs du gouvernement, au préjudice des anciens colons et des indigènes, lesquels désespérés de se voir assujettis aux privilèges de la compagnie, avaient quitté, en grande partie, comme on l'a déjà vu, les établissements qu'ils s'étaient formés dans les îles, pour se réfugier sur la côte septentrionale de St-Domingue, où ils s'étaient unis immédiatement aux Boucaniers, pour s'établir avec eux dans l'île de la Tortue.

 Ce genre de vie était plus lucratif et plus conforme à leur caractère sauvage et indépendant, et ils s'adjoignirent depuis avec éclat à la prospérité des Aventuriers; leur fusion au rang de ces derniers ne put que contribuer à river plus profondément en eux l'amour de l’indépendance, sentiment que la France avait si mal respecté chez ces premiers insulaires, en leur envoyant des maîtres parmi les agents des compagnies commerciales (1).

Fidèle aux vues secrètes de sa politique, L'Angleterre s'empressa de monter une expédition officieuse en faveur des Aventuriers, dont en secret elle désirait l'alliance.

L'armement des navires, au sein d'un port naguère encore occupé par la marine française, fut cause que beaucoup de gens du nord firent partie de cette émigration. Mais ce fut sous le pavillon britannique que l'expédition aborda la Tortue. Elle déposa dans l'île un grand nombre de précieux objets d'échange, des armes de chasse, des munitions, des ustensiles domestiques, et prit en retour une cargaison de viandes salées, de cuirs de boeuf, et aussi quelques autres marchandises des îles qui avaient été pillées sur les Espagnols.

Ce renfort dans le personnel des Aventuriers, donnant de nouveaux bras aux travaux du sol ainsi que de nouveaux éléments d'activité aux courses des corsaires, fut pour l'association un nouveau véhicule de prospérité.

Alors les Flibustiers commencèrent à apporter plus d'ordre et de discipline dans l'équipement de leurs navires. Ils dédaignèrent peu à peu leurs barques, et, munis des moyens d'utiliser, pour leur propre navigation, les prises nombreuses enlevées aux Espagnols, ils armèrent ces navires, et songèrent à de longues courses.

Un nouveau code, ou plutôt une révision plus rigoureuse des anciens statuts, servit de base à cette espèce de régénération. Un des articles les plus importants qui y fussent consignés pourvoyait au soin des blessés. Chaque blessure comportait une augmentation de part ou d'esclaves, et le nombre de ces paris et de ces esclaves supplémentaires s'élevait jusqu'à six pour les graves blessures.

On nomma quelques chefs parmi les corsaires. .

Six principaux reçurent en quelque façon l'autorité complète sur les expéditions navales. En même temps que ces améliorations se glissent dans les usages des Flibustiers, à mesure que leurs flottes se renforcent de bons navires, de bâtiments complètement armés en guerre, les Habitants donnent au sol une fertilité surprenante.

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L'ile se divise en quartiers. On compte la Basse-Terre, la Cayonne, la Montagne, le Milplantage, et le Ringot.

Les magasins, les boucans regorgent de produits de chasse et de marchandises espagnoles, et M. du Rossey, d'accord avec les principaux chefs flibustiers, songe à entreprendre des expéditions sur les îles de l'Archipel, pour poursuivre jusque dans leurs baies tranquilles les commerçants espagnols qui ne se montrent qu'en trop petit nombre dans les parages de la Tortue, eu égard aux développements de ses corsaires, devenus de plus en plus redoutables pour eux.

 

Tel était l'état de la politique européenne, tel était la situation de l'île de la Tortue.

 

Les Anglais s'en étant rendus maîtres de l'île de la Tortue en 1638 maltraitèrent les boucaniers installés dans l'île et sur la côte voisine qui appelèrent à leur aide M. de Poincy, gouverneur des îles françaises voisines.

Au mois d'août 1640, d'accord avec Poincy, une cinquantaine de protestants français de Saint-Christophe, conduits par Levasseur, s'emparèrent de l'île. Poincy aurait voulu faire de cette conquête la base d'une expédition contre Saint-Domingue, mais ne put faire agréer ce projet par Richelieu.

 Chassés par les Anglais en 1652, les Français revinrent vers 1657, Jérémie Deschamps, de Rousset, gouverneur et lieutenant-général pour Sa Majesté dans les îles de la Tortue, Rotan et autres adjacentes « exerça cette fonction de 1659 à 1664, il se plaignait de ces libertins qu'on nomme boucaniers » et qui, au nombre de 300 environ, vivaient dans les « lieux écartés et inaccessibles de l'île espagnole comme des bêtes ou des sauvages sans reconnaître aucun gouverneur ni chef, » demandait qu'il leur fût prescrit de quitter la grande île et que, pour les y contraindre, il fût interdit sous des peines sévères à tout bâtiments de commerce de rien leur fournir ni leur acheter (Affaires Etrangères, Amérique, volume 5, fol. 85) ; ses successeurs réussirent à transformer les boucaniers en cultivateurs.

 Colbert avait vu tout d'abord l'importance stratégique de Saint-Domingue, comme le montrent des instructions qu'il donnait le 19 novembre 1663 à M. de Tracy en l'envoyant en Amérique comme gouverneur (ibid., fol. 66).

Le ministre, ignorait alors que Deschamps du Roussel administrait l'île de la Tortue !

Cette île et la côte voisine furent comprises en 1664 dans la concession de la Compagnie des Indes occidentales qui, le 15 novembre, obtint la démission du gouverneur et le remplaça par Bertrand d'Ogeron, seigneur de la Boire, gentilhomme angevin, qui, après avoir tenté de fonder un établissement sur le continent au nom d'une « Compagnie de la France méridionale », avait obtenu la concession des îles Lucayes et Caïques en 1661 (ibid, fol. 30 et 354).

Il avait vécu parmi les flibustiers et était populaire parmi eux ; il prit possession de l'île le 6 juin 1665. Sur la grande île voisine, il fit reconnaître son autorité des boucaniers qui trouvaient plus profitable la culture du tabac que la chasse ; les flibustiers eux-mêmes acquirent des habitations, » qu'ils faisaient exploiter par des représentants ou des associés. Petit-Goave, puis Port-de-Paix (1665), Gap-français (1670), Léogane, devinrent des centres de population notables. (Lettres de Colbert, t. III, 2e partie, p. 413).

Mais, même transformés en planteurs, les avanturiers ne s'habituaient pas à l'idée de sentir une règle quelconque ; ils ne voulaient surtout pas renoncer à commercer avec les Hollandais.

L'interdiction qui leur en fut faite provoqua une grave révolte que le gouverneur, assisté du capitaine de vaisseau Gabaret, parvint à réprimer sans effusion de sang (1670-1671. D'Ogeron, mort en 1671, au cours d'un voyage en France, fut remplacé par son neveu, M. de Pouancé qui continua ses errements.

En 1676, les Hollandais essayèrent vainement de réveiller chez les colons les mécontentements assoupis.

La culture du tabac, qui jusqu'à la fin du XVIIe siècle fut à peu près le seul produit des plantations, assura à la fois la prospérité et la paix de l'île, où le commerce français (Rouen, Nantes, La Rochelle, Bordeaux), sans arriver à supplanter le commerce étranger, avait pris un grand développement.

De l'année 1669 à l'année 1681, le chiffre de la population de la colonie, était passé de 1500 à 6648 habitants (en y comprenant, il est vrai, 2100 esclaves importés pour le travail des plantations).

Malheureusement, à partir du moment où la vente du tabac en France fut réservée à un fermier de l'Etat, jouissant d'un monopole (1674), le bénéficiaire de ce privilège fit subir aux planteurs, ses clients forcés, toute espèce de vexations et s'arrangea pour faire baisser le prix.

En 1684. M. de Cussy qui venait de remplacer M. de Pouançay en qualité de gouverneur écrivait qu'il avait beaucoup de peine à calmer les planteurs que le monopole avaient ruinés. Ceux qui avaient des capitaux les consacrèrent à la culture de la canne qui, au siècle suivant, fit de Saint-Domingue la plus riche colonie sucrière du monde.

DELAVAUD.

 

24 février 1684.

Nous ne doutons pas que le Sieur de Franquesnay n'ait informé Sa Majesté de ce qui s'est passé à la coste de Sainct-Domingue dans les derniers mois de l'année passée, mais comme il est de nostre devoir de rendre un compte très exact à Sa Majesté de tout ce que nous croyons estre de quelque importance pour le bien de son service, nous croyons estre obligé de luy dire que par tous les avis que nous recevons de la coste il nous paroist que l'intelligence qui a esté entre les François et les Anglois de la Jamaïque pendant la vie de Monsieur de Pouançay est fort altérée depuis sa mort par deux choses qui sont arrivées.

La première est qu'au printemps dernier les flibustiers firent un armement considérable contre les Espagnols auxquels ils prirent une patache dans laquelle ils trouvèrent un mémoire que le gouverneur de la Jamaïque envoyait à un gouverneur espagnol par lequel il luy donnoit non seulement avis du dessein que les flibustiers françois avoient sur la ville de Nova-Crux qu'ils ont depuis pillée mais il l'exhortoit à faire la guerre aux françois de la coste, luy donnoit les moyens d'y réussir et luy promettoit du secours et des vaisseaux pour les détruire entièrement.

Ce mémoire qui a esté publié à Saint-Domingue a furieusement animé les François de la Coste contre les Anglois en sorte que dans le nouvel armement qu'ils ont fait à la fin de l'année ils n'y ont point reçu les Anglois comme ils avoient coustume et ont mesme Confisqué l'intérêt qu'ils avoient dans leur dernier armement. Sa Majesté trouvera cy-contre la copie dudit mémoire telle qu'elle nous a esté envoyée.

La seconde est que sur la fin de l'année un navire anglais de 30 pièces de canon ayant croisé trois jours dans le canal qui est entre le port de Paix et la Tortue le Sieur de Franquesnay envoya une chaloupe à bord pour savoir ce qu'il demandoit.

 Le Capitaine fit réponse qu'il se pourmenoit, que la mer estoit libre et qu'il n'avoit aucun compte à rendre de ses actions, dont le Sieur de Franquesnay se trouvant choqué, il fit promptement armer une barque et envoya 30 flibustiers attaquer les Anglois qui les receurent si vigoureusement qu'ils furent obliger de se retirer après avoir esté bien battus.

 Mais cependant le dit Sieur de Franquenay exhorta le Sieur de Grandmont qui commandoit un vaisseau de 90 pièces de canon, nouvellement arrivé de course, de lever l'ancre et d'aller attaquer l'anglois et à mesme temps plus de 300 des plus braves flibustiers s'embarquèrent l'anglois les attendit et les récent avec la mesme vigueur qu'il avoit receu la barque, mais l'issue ne fut pas semblable, car dans un moment et sans presque tirer de canon les flibustiers l'abordèrent et se rendirent les maîtres de son navire, dans lequel ils firent un étrange carnage n'ayant sauvé la vie qu'au capitaine seul.

Ce massacre aigrit encore les deux nations les unes contre les autres et on continue d'accuser le gouvernement de la Jamaïque d'entretenir une grande intelligence avec le président de Sainct-Domingue pour exterminer tous les François de la coste.

On nous mande encor que les flibustiers ont armé douze frégattes et qu'ils ont dessein d'aller piller Sainct-Jacques-de-Cube ou ils ont appris qu'on faisoit un armement considérable pour leur faire la guerre au moins c'est là le prétexte qu'ils ont pris pour leur armement car on nous a mandé depuis qu'ils avaient changé de dessein et qu'ils avaient résolu d'aller piller la ville de Saint-Domingue d'autres nous ont escrit que leur rondes vous estoil à Sainte-Croix au mois de mais prochain et dans cette incertitude nous ne pouvons rien dire d'assuré et nous nous contentons d'escrire ce que nous sçavons sur lafoy de ceux qui nous l'ont escrit.

Il ne s'est rien passé dans les Mes du vent depuis nos dernières qui mérite d'estre mandé à Sa Majesté.

Fait à la Martinique le 24- février 1684.

Signé le Chevalier de SAINT-LAURENT et BÉGON.

Affaires étrangères. Amérique 5.

 

Mémoire pour le Roy en réponse au mémoire de Sa Majesté en datte du 30 septembre 1683.

Nous avons reçu par la fluie Le Large arrivée à la Martinique le 16 avril le mémoire de Sa Majesté du 30 septembre de l'année dernière par lequelle il nous est ordonné de partir pour nous rendre icy aussitost que Monsieur le comte de Blénac sera de retour à la Martinique et n'ayant trouvé aucune commodité pour partir avant la saison des ouragans nous avons été obligé pour ne pas différer plus longtemps l'exécution des ordres de Sa Majesté de freiler exprès un vaisseau marchand de Honfleur sur lequel nous sommes rendus icy le 1er jour de ce mois et M. de Cussy nous y a joincts deux jours après et comme ce quartier est un des plus importants de l'isle nous avons résolu dy séjourner jusques au commencement du mois prochain afin de le pouvoir parfaitement connoitre pour en rendre un compte très exact à Sa Majesté lorsque nous aurons achevé la visitte de chacun des principaux quartiers de cette isle en chacuns desquels nous ferons un mois de séjour.

Nous espérons qu'il sera facile d'establir en cette isle la Religion la police et la justice et que cette colonie sera dans peu de temps plus florissante qu'aucune de celles qui sont establies dans les Mes du Vent.

Mais nous supplions Sa Majesté d'avoir agréable que nous différions de luy parler de ceste affaire jusques à ce que nous ayons visité tous les quartiers parce qu'en ce tems -là nous serons mieux informés de toutes choses que nous le sommes à présent.

Quoyque nous ayons apris que depuis la datte du mémoire de Sa Majesté la guerre a esté déclarée néantmoins comme nous n'avons reçu aucuns ordres postérieurs, nous avons prié M. de Cussy d'escrire au gouverneur de la partie Espagnole de cette isle pour sçavoir de luy s'il a des pouvoirs nécessaires pour procéder à la reconnoissance des limites des habitations qui appartiennent aux deux nations, et comme il ne s'est encore fait de part ny d'autre aucun acte d'hostilité par terre, nous espérons qu'il recevra agréablement cette lestre et nous ferons savoir à Sa Majesté la réponse qu'il aura faite.

Nous nous sommes particulièrement apliqués depuis nostre arrivée en cette isle à examiner la proposition qui a esté faite à Sa Majesté de faire à Sa Majesté de faire passer à l'emboucheure du Rio-Bravo dans la nouvelle Biscaye une partie de ceux de la colonie de Saint-Domingue qui ne possèdent point de terre et qui ne sont attachés à cette colonie que par les mauvaises actions qu'ils ont faites en France, ou par le libertinage ou la chasse.

Sur quoy nous devons remonstrer à Sa Majesté que sans nous estre ouvert à personne sur le secret qu'elle nous a fait l'honneur de nous confier, nous avons conféré avec plusieurs habitons qui ont les premiers commence cette colonie et qui la connaissent très parfaitement, qui nous ont dit qu'elle s'est formée depuis vingt ans par le moyen des boucaniers et flibustiers lesquels peu après se sont réduits à cultiver la terre et à bastir des maisons et des bourgs ce qui leur a fait abandonner la chasse et la flibuste qui sont des professions dures et hazardeuses dont la pluspart se retirent aussy tost qu'ils sont en estât de commencer un petit establisssment.

Les boucaniers ont presque tous abandonné cette profession et on nous a asseuré qu'il n'en reste pas trente dans toute l'isle, lesquel peu après se feront habitants comme les autres.

Mais les flibustiers sont plus forts et plus puissants que jamais ils ont à la mer 14 vaisseaux et 3 barques longues depuis 4 jusques a 54 pièces de canon et sont environ deux mil qui ne se peuvent transporter dans une colonie éloignée sans ruiner cellecy avec laquelle ils ont des liaisons indissolubles ces gens là n'estant pas tels qu'ils ont esté représentés à Sa Majesté mais ayant la pluspart des habitations sur lesquelles ils laissent leurs associés sinon ils sont liés d'interest avec les habitants qui leur fournissent et avancent tout ce qui leur est nécessaire pour leurs armements sans lesquels ceux qui cultivent les terres ne seroient pas en seureté car les Espagnols entretenant icy plusieurs fregattes et plusieurs demy galères qui font des courses continuelles sur les François il seroit impossible aux habitants de leur résister s'il n'y avoit des vaisseaux à la mer pour les garantir des insultes qui leur seroient faites et c'est ce qui les porte à ayder les flibustiers de tout leur pouvoir par ce que c'est eux qui les garantissent du pillage et qui tiennent tellement les Espagnols en bride qu'ils sont obligés de se tenir sur la défensive mais s'ils estoient délivrés une fois des flibustiers ils seroient en estât de chasser- tous les François qui sont establis à la coste et pourroient ensuite remonter jusques aux Isles du Vent connaissant le tort que les François leur font.

 Cependant si Sa Majesté a résolu de faire un établissement à la nouvelle Biscaye les flibustiers sont capables de se rendre les maistres du pays et Sa Majesté ne peult confier cette entreprise à des gens plus propres à faire une conqueste de cette nature mats il ne faut pas compter sur eux pour former une nouvelle colonie ne pouvant faire d'établissement ailleurs qu'à Saint-Domingue par ce qu'il n'y en a pas un qui n'ait des associés ou des créanciers qui l'obligent d'y revenir.

Mais pour faire réussir celte entreprise il seroit nécessaire d'envoyer de France quatre ou cinq cens bons soldats, des ouvriers, des paysans et des femmes qui pourroient aisément subsister dans le pays sans que Sa Majesté fut chargée de faire aucune dépense.

Il faudroit seulement établir un commerce régulier entre eux et tous les autres pays qui sont sous la domination du Roy de chacun desquels il viendroit de temps en temps de nouveaux habitons qui formeraient peu après cette nouvelle colonie dont Sa Majesté tireroit dans la suite des avantages très considérables et engageraient le Roy d'Espagne dans des dépensés qui consommeraient la plus grande partie du revenu du Mexique.

Nous nous sommes exactement informés s'il est vray que les flibustiers ayent armés sans commission et qu'ils ayent pris des vaisseaux françois. Et nous avons trouvé que les gouverneurs et commandants de la coste ont tousjours pris des prétextes pour leur donner des commissions sous la foy desquels ils sont entrés et sortis dans les ports et s'il a esté pris des vaisseaux françois par des bourbans ce ne sont point les flibustiers qui les ont pris qui font profession ouverte de ne faire la guerre qu'aux ennemis de Sa Majesté au nombre desquels ils mettent toujours les Espagnols quoy qu'on soit en paix avec eux par ce que nonobstant la paix les Espagnols font une guerre cruele ouverte et cruelle aux François ausquels ils ne font aucun quartier faisant couler bas les vaisseaux et les équipages qu'ils prennent.

C'est pourquoy sy Sa Majesté désire faire désarmer les flibustiers il est nécessaire pour la conservation de cette colonie de faire cesser les actes d'hostilité de la part des Espagnols sans quoy il seroit impossible de leur résister.

Mais si Sa Majesté avoit agréable de chasser entièrement les Espagnols de ceste isle tous les habitans de ce quartier qui prétendent connaître leur foiblesse nous ont assuré qu'il leur seroit facile avec le secours des flibustiers de se rendre maistres de la ville de St-Domingue qui est le seul lieu qui se puisse deffendre.

Nous examinerons à fond cette proposition dont nous rendrons un compte plus exact à Sa Majesté lorsque nous aurons achevé la visite de l'isle.

Dans la visite que nous avons fait de ce quartier qui est un des plus considérables de l'isle tant par la beauté de sa situation que par la commodité de son port nous avons trouvé que les habitans n'ont presque point de femmes et comme Sa Majesté a eu la bonté d'en envoyer dans les Isles du Vent ou il y en a trop à présent elle ferait un grand bien a cette colonie sy elle avoit la charité deux cens qui seroient incomparablement mieux mariées et mieux establies que dans les Isles du Vent ou elles sont misérables en comparaison de ce qu'elles seroient icy ou l'air et les vivres sont excellents et au cas que Sa Majesté prenne la résolution d'en envoyer elle est supliée de n'envoyer que des filles eslevées dans les hôpitaux par ce que les autres font plus souvent plus de mal que de bien.

Nous avons aussy reconnu que les habitons manquent de nègres quoy qu'ils soient en estât d'en achepter et de les bien payer. Il seroit à souhaiter que la compagnie de l'Affrique y en envoyast l'année prochaine quatre ou cinq cens qui seroient les bien vendus.

Fait au Cap de la Lande du Nord de la coste de Saint-Domingue le 25 août 1684.

Signé le Chevalier de SAINT-LAURENT et BÉGON. Amérique 5 fol. 363.

 

2 mars 1694

Santeuil fait imprimer ses oeuvres ; Parallèle du cardinal Mazarin avec Benserade ; Les Espagnols menaçants croisent entre l'île de Ré et l'Ile de Noirmoutier ; Mr Gollinet voudrait faire l'épreuve d'un goudron (2) ; on parle de la cassette du P. Fiacre ; Mesnage ; Bégon a fait assembler deux flibustiers et un médecin au sujet de la Cochenille. Procès verbal demandé de déclarations des flibustiers.

 

 

A la Rochelle, le 2 mars 1694.

J'ay receu, Monsieur, les lettres... avec celle qui vous a esté escritte par M. de Santeuil dont je vous remercie. J'ay esté bien aise d'aprendre qu'il faict imprimer tous ses ouvrages, ne les ayant qu'en pièces ramassées ; il sera beaucoup mieux de les voir tous ensemble.

J'ay faict du Arlequiniam (3) le mesme jugement que vous, on pourroit mettre en 20 pages tout ce qu'il y a de bon dans cet ouvrage : rien ne m'a tant plu que la comparaison du cardinal Mazarin avec Benserade.

On ne m'a pas encor escrit de la Cour ny d'aucuns des bureaux quoyque ce soit sur les galères du Ponant; lors que j'en scauray qu'elque chose, je vous le feroy scavoir.

Les Espagnols nous menacent d'enlever tous les bastiments qui sont dans nos rades pour se vanger de l'entreprise du corsaire Biscayen qui est entré dans le port du Passage.

Ils ont armé à cette fin quatre frégates qui croisent entre les isles de Rhé et de Noirsmoutier.

Je suis venu icy exprès pour prendre des mesures pour éviter les surprises, et je suis persuadé qu'ils y songeront trois fois avant d'exécuter ce projet, qui n'est guères moins dangereux que celuy du corsaire qui est entré au Passage, y ayant actuellement dans nos rades cinq frégates bien armées et équipées et plusieurs bastimens marchants qui ne se laisseront pas enlever sans se deffendre.

M. Colinet fera très bien de demander un ordre pour obliger M. de Blenac à souffrir qu'on éprouve son goldron. Cependant je crois que si M. d'Arbouville avoit voulu il auroit pu sans difficulté faire cette épreuve sans la participation de M. de Blenac, puisque cela ne le regarde point.

Il y a trois jours que je suis icy ; je me dispose à retourner demain à Rochefort.

Les vaisseaux qui vont aux Isles et à Saint-Domingue sont, prests à partir avec deux flotes, l'une pour Bayonne, et l'autre pour Nantes, qui ont chacune des frégates particulières pour leur conservation.

L'ouverture de la cassette du Frère Fiacre faict parler bien du monde.

Le dernier balot que M. Dezallier m'a envoyé, le 23 de janvier, vient d'arriver ; mais je ne le feray ouvrir qu'à Rochefort.

Je n'ay pas veu la préface du P. Besnier que vous me ferés plaisir de m'envoyer si vous l'avés double; je ne doubte pas que ce ne soit un éloge de M. Mesnage bienfacteur de ça maison professe (4).

Mon fils n'est pas encor arrivé ; je compte de le trouver demain au soir à Rochefort.

On dit qu'il ne se porte pas bien.

Il faict icy depuis un mois un temps à souhait ; il n'est pas possible de le souhaiter plus beau.

J'ay faict assembler icy ce soir deux flibustiers très intelligents, avec un médecin très savant en botanique, auxqu'els j'ay faict lire l'article de L’Histoire des Drogues (5) nouvellement imprimée qui parle de la cochenille, dans lequ'el le P. Plumier est fort maltraitté.

Nos flibustiers qui ont esté en Nouvelle-Espagne donne (sic) le tord au sieur Paumet, et disent que la cochenille est très certainement un ver. J'ay prié le médecin de mettre par escrit ce: que ces messieurs ont dit en ma présence, et de les assembler pour cela demain chez luy ; ce qu'ils m'ont promis.

Nous avons icy un médecin qui a traduit en françois le Nouveau Petronne qui est après à traitter avec un imprimeur pour l'impression ; je ne sais pas s'ils s'accommoderont ensemble.

Je suis très parfaictement... BÉGON.

 

6 mars 1694. — Bégon hésitant contre la manière forte et la manière douce ; départ de vaisseaux.

A Rochefort, le 6 mars 1694.

J'ay receu, Monsieur, la lettre que vous m'àvés fait l'honneur de m'écrire le 26 du mois passé en faveur du M. Aubry auqu'el je rendai tous les services qui pourront dépendre de moi ; je lui écris aujourd'hui pour savoir son sentiment sur les voies de la douceur qui me paroissent plus convenables et plus avantageuses pour lui que celles de la rigueur.

Mon fils m'a aporté l'estampe que vous lui avés donnée de M. de Chalon dont je vous suis très obligé. Il y a trois jours qu'il est arrivé ; sa santé est fort languissante.

Les vaisseaux qui vont à Saint-Domingue et aux Iles du Vent doivent partir demain, si le vent le permet.

J'ai receu les ordres du Roy pour armer en toute diligence Le Saint-Esprit, L'Aimable, Le Fort, Le Courtisan, Le Bourbon, Le Laurier, Le Bizarre et le Vermandois, commandés par MM. Du Magnou, de Réals, comte de la Galissonnière, Colbert Saint-Mars, marquis de Blénac, Riberette, Montbault et chevalier de La Luzerne ; je leur fais donner pour six mois de vivres.

Le Fort est déjà à la mer. Je compte faire sortir trois vaisseaux entre cy et huit jours, et les quatre autres quinze jours après ; on arme aussi sept vaisseaux aux Port-Louis et 20 à Brest.

J'ay envoie à M. Le Vassor la lettre que vous m'avez adressée pour lui.

Je suis,...

BÉGON.

 

Rochefort Disparu Constructions navires

18 mars 1694

— Bégon remercie de différents envois de volume et de médaille ; des explications relatives à la porcelaine et à la cochenille ; naufrage d'un bâtiment ; conversion en masse des habitants de deux villages près Marennes ; d'iberville a obtenu deux frégates ; armement pour le Canada.

 

A Rochefort, le 18 mars 94.

J'ay recéu, Monsieur, la lettre... Je suis bien fasché d'aprendre que vous n'ayés pas receu le remerciaient que je vous ay faict de la belle médaille de l'Empereur, de la lettre d'Antoine Duval, et de l'ouvrage du .P. Besnier que j'ay leu avec satisfaction.

On ne peut estre plus content que je le suis de tout ce que vous m'avés escrit sur la Porcelaine ; et sur la Cochenille ; je conseryeray avec soin vos lettres qui serviront à esclairsir au besoin ces matières. J'ay de la Porcelaine blanche, violette et incarnate (6), adjustée à un colier, où il y a un espèce de plastron rond et deux grands bastons, qui est ce que vous estimés le plus.

Il nous est arrivé un malheur que je ne vous escris qu'affin que vous soyés informé du faict qu'on ne manquera pas de grossir.

Le Roy avoit accordé à une Compagnie de marchants de Bayonne un vieux vaisseau nommé L'Emerillon de 28 à 30 canons pour le mener à Plaisance (7) ; ils l'avoient faict lester de sel, et il partit d'icy il y a huit jours, pour aller en rade.

Le capitaine se débarqua à cinq cent pas d'icy, et s'en alla à la Rochelle, laissant la conduite de ce bastiment à son maistre et à un pilote de la rivière qui prétend que les Basques ne luy ayant pas obéy, le vaisseau est tombé sur un rocher et s'est brisé.

Ce n'est pas grand' perte car c'est un mauvais bastiment, mais c'est du temps perdu, car il en fault armer un autre.

II y a trois de nos vaisseaux de la première escadre en rade qui sont Le Saint-Esprit, Le Courtisan et Le Bisare.

Il en reste encor quatre dans la port qui se disposent à partir à la première maline.

Deux vilages du voisinage de Marennes qui n'estoient peuplés que d'hérétiques opiniastres se sont universelement convertis, et il n'est pas resté une seule personne n'y jeune ny vieux qui n'aict esté dimanche dernier à la messe et aux instructions.

Cette nouvelle doibt donner de la joie à Madame la Comtesse de Soissons, ces gens là estant ses subjets.

On me faict espérer qu'entre cy et Pasques cinq autres vilages de la mesme seigneurie suivront ce grand exemple. Mais ce qu'il y a de plus curieux dans cet événement est de scavoir comme cela s'est fait : ils sont éloignés d'une grande lieue de la paroisse, et affin de leur épargner la fatigue d'aller si loin, S. M. a bien voulu faire la dépense de leur bastir une église et d'entretenir un vicaire à ses dépens.

C'est M. l'évesque de Saintes (8) qui y mit il y a quatre ou cinq ans un prestre qui avoit trouvé le secret de se faire haïr au souverain degré, en sorte que personne ne le vouloit hanter n'y fréquenter, quoy qu'il passast pour homme de bien et plus habil que ces sortes de gens n'ont accoutumé d'estre. Enfin à force de crier contre lui, M. de Saintes se résolut il y a trois mois à luy donner un successeur qu'il se faict adorer, et c'est luy seul qui a faict ce grand ouvrage.

Il est temps que vous escriviés en Canada. M. d'Iberville arriva icy hier au soir de la Cour qui luy a accordé deux frégates : l'une est Le Poly de 36 canons, et l'autre La Salamandre de 18.

Il ma promis de partir au plus tard le 15 du mois prochain.

Il y aura un autre armement pour le mesme pais qui partira un mois plus tard. Je ne sais qui le commandera.

M. de Bonaventure qui commande La Bretonne part aujourdhuy avec la corvette La Bonne, pour aller en rade, d'où ils partiront incessemment pour l'Acadie.

L'armement pour Plaisance est retardé de 15 jours ou de trois septmaines.

Tous les vaisseaux de la seconde escadre sont en estât, et après que, la première sera partie, nous sommes en estât d'exécuter avec diligence tous les ordres qui nous seront envoyés.

Je suis, Monsieur, plus que personne du monde,...

BÉGON.

 

 

 

8 octobre 1694.

Bégon en quête d'un capitaine de navire qui a voyagé dans les mers du Sud ; il voudrait avoir une copie de sa relation ; arrivée de flibustiers.

Ibidem, Jol. 255 et 226, non autographe, signature.

A Saintes, le 8e 8bre 1694.

J'ayreceu, Monsieur, la lettre...

Vous trouverez cy-joint l'extrait d'une lettre qui m'a esté escritte de Gayenne par laquelle vous aprendrez quelques circonstances que vous ne saviez peut estre pas.

Il n'y a à la Rochelle aucun des flibustiers (9) qui ont esté à la mer du Sud, mais on m'escrit qu'il y en a plusieurs à Bordeaux et que le capitaine a un journal très exact de ce voyage.

Jescris à M. Lombard et je lui envoyé son nom et son adresse affin qu'il le voye de ma part et quil tache de tirer de luy copie de ce journal ou tout au moins des mémoires des principaux événements de ce voyage.

J'ay eu le plus beau temps du monde depuis mon départ de Rochefort.

J'espère qu'il ne sera pas moins beau pendant le reste de ma tournée qui finira le 17 de ce mois.

J'espère aller coucher demain à Cognac et mercredy à Saint-Jean.

Je suis, plus que personne du monde,...

BÉGON.

 

Michel_Bégon_intendant_de_marine_a_Rochefort

 Michel Bégon, cinquième du nom, dit le « Grand Bégon », né à Blois le 25 décembre 1638 et mort à Rochefort le 14 mars 1710, est un administrateur et officier de plume de la Marine royale. Il est intendant de la marine au port de Rochefort, intendant de la généralité de La Rochelle puis intendant de l'île de Saint-Domingue de 1682 à 1685.

 

 

 

L'Île de la Tortue : roman maritime. T. 1 / par Jules Lecomte

Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis [Société des Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis]

 

 

 

 

 

 Ile d’Oléron, les écluses à poisson - Colbert et sa grande ordonnance sur la Marine de 1681 <==

==> Activité du port de Rochefort au début de la Guerre de 7 ans (1756 à 1763)

==> La pirate Anne Dieu-le-veut -XVIIe siècle ( Les Femmes Guerrières)

 

 


 

(1) La Compagnie des Indes-Occidentales ne prospéra point. En 1631, après des pertes toujours croissantes, elle abandonna son traité à une autre compagnie qui ne fut pas plus heureuse, et qui fut à son tour remplacée par une troisième en 1642. Cette dernière eut bientôt le sort des précédentes, malgré quelques améliorations apportées à ses statuts. Sa chute prouva le vice radical de ses institutions : le privilège accordé aux traitants aux dépens des colons agriculteurs. En 1649 la compagnie fut obligée de vendre ses propriétés, et ses diverses Antilles furent achetées par ceux qui en avaient été les gérants ou les gouverneurs. Cet état de choses dura jusqu'en 1664.

Colbert acheta alors pour le roi une partie des Antilles; mais, favorisant également l'industrie au détriment de l'agriculteur, il forma encore une compagnie générale dont celles d'Afrique et les deux d'Amérique furent les éléments, Ce nouveau plan, lequel comme celui des compagnies précédentes portait un germe mortel, eût le résultat prévu par les colons et les négociants expérimentés. L'état fut obligé de payer les dettes de cette compagnie générale qui lui avait déjà coûté des avances considérables. Les colonies, devenues à cette époque véritablement françaises et placées comme les autres provinces du royaume sous le gouvernement immédiat des officiers civils et militaires envoyés par le roi, furent ouvertes à tous les citoyens sans distinction ni privilèges. L'agriculture et le commerce également protégés portèrent bientôt les Antilles à un état de prospérité qui pendant longtemps ne fit que s'accroître.

 

(2) L'épreuve d'un goudron : procédé de calfatage (imperméabilisation) de la coque afin d’assurer sa protection. Cette opération consiste à boucher les interstices entre les bordés avec des cordons d’étoupes et à recouvrir l’ensemble d’un mélange à base de goudron, pour garantir l’étanchéité et éviter le pourrissement.

(3) Arlequiniana ou les bons mots et les histoires plaisantes et agréables recueillies des conversations d'Arlequin par Ch. Cotolendi, Paris 1694.

Le morceau qui a « tant plu » à Bégon est un peu long. Nous en détacherons le passage principal.

« Benserade vint à la Cour, jeune, agréable et plein de mérite, il s'attacha au Cardinal qui l'aimoit, mais d'une amitié qui ne luy prodisoit rien Benserade, suivant toujours son génie, faisoit tous les jours des vers galants qui luy donnoient beaucoup de réputation.

 Un soir le Cardinal, se trouvant chez le Roy, parla de la manière dont il avoit vécu dans le Cour du Pape, où il avoit passé sa jeunesse. Il dit qu'il aimoit les sciences, mais que son occupation principale estoit les Belles-Lettres et surtout la Poésie où il réussissoit assez bien et qu'il estoit dans la Cour de ce Pape comme Benserade estoit en celle de France.

Benserade apprend ce mot, se précipite chez le cardinal et bien que celui-ci fut couché, il fait tant de bruit à la porle qu'il fallut la lui ouvrir... Il luy dit ce qu'il venoit d'apprendre et le remercia avec une ardeur inexplicable de l'honneur qu'il luy avoit fait de se comparer à luy pour la réputation qu'il avoit dans la Poésie... Cet empressement plut beaucoup au cardinal. »

Communication de notre confrère,- M. Beaulieu,

(4) Le P. Besnier, jésuite, né à Tours en 1648, mort à Constantinople le 8 septembre 1705, a écrit en effet un Discours sur la science étymologique en tête de l'édition de 1694 du Dictionnaire étymologique de Ménage. Il a passé la plus grande partie de sa vie à l'étranger, (voir Backer et Moréri). Voir Omont, Missions archéologiques françaises en Orient aux XVIIe et XVIIIE siècle, p. 253,

(5) Bégon devait s'intéresser à la cochenille peut-être parce que Lemery (Nicolas) qui avait la réputation d'un excellent médecin chimiste la préconisait contre la pierre et la gravelle.

On ne savait pas alors la nature de la cochenille ; insecte ou fruit,

(6) Coquilles connues sous le nom de porcelaine.

« Quand on veut engager son allié dans sa querelle, raconte le P. Charlevoix (Journal d'un voyage... III, p. 209), on lui envoyé une porcelaine, c'est-à-dire une grande coquille pour l'inviter à boire le sang.

Quand les sauvages allaient tout nuds, ils en faisoient l'usage auquel nos premiers pères employèrent les feuilles de figuier quand ils s'aperçurent de leur nudité et qu'elle leur causa de la honte. Ils les pendirent auss à leur cou comme la chose la plus précieuse qu'ils eussent et c'est encore aujourd'hui une de leurs plus grandes richesses et leurs plus belles parures. »

. (7) Plaisance est une localité de l'île de Terre-Neuve.

L'Emerillon  Vaisseaux de 5e rang de 400 tonneaux

(8) Guillaume Du Plessis de Geste de la Brunetière, qui siégea de 1676 à 1702 et dont on peut dire que son épiscopat et son nom furent également de belle longueur (T. de L.).

(9) Ajouter à la bibliographie de l'appendice III. La Flibuste et les flibustiers, documents inédits sur Saint-Domingue et la Tortue au XVIIe siècle, par M. G. Saint-Yves dans Bulletin de la Section de géographie du Comité, tome XXXVIII (1923), p. 57-75.

 Ce mot, corruption des mots hollandais (urijbuyter) et anglais (freeboter) signifiant «  libre butineur, libre pillard», s'écrivit d'abord fribustier (Saint-Simon, Mémoires, t. IV, p. 213) a conservé, suivant la remarque deM. de Boislisle dans son commentaire, l'orthographe primitive qu'on trouve de même encore dans la Gazette en 1680 et en 1688 et avec une syllabe en trop (frisbustiers) dans les procès-verbaux du conseil de l'Amiral 1698.

 Furetière écrit déjà flibustier en 1690 et l'Académie, dans sa seconde édition de 1718 ; elle n'a pas ce terme dans la première de 1694.

Il a désigné les pirates de toute origine qui avaient leur principal centre d'opérations et leur port de refuge à l'île de la Tortue, voisine de la côte de Saint-Domingue, et occupée par les Français depuis 1640.

Beaucoup d'entre eux étaient d'origine française, mais il y avait aussi des Hollandais, des Anglais et ils n'attaquaient guère que les navires espagnols. Ils se considéraient tous comme égaux et ne reconnaissaient de chefs que dans le combat.

Chaque année ils organisaient des expéditions ; leur audace croissante, ils allèrent attaquer et pillèrent de grandes villes.

De quelques-unes de ces campagnes ils rapportèrent des gains considérables qu'ils venaient dépenser à Saint-Domingue. L'intérêt les unissait aux habitants sédentaires avec lesquels ils faisaient des affaires et que leurs aventures émerveillaient.

 Ils avaient acheté des « habitations » que des associés cultivaient. Ils faisaient un tel tort aux Espagnols que les gouverneurs des Antilles françaises devaient les considérer comme des alliés précieux et chercher seulement à diriger leur action.

C'était le sentiment de Bégon.

M. Blénac voulait, au contraire, mettre fin à cette organisation de la flibusterie, dont il voyait surtout les inconvénients, et décider les flibustiers à se fixer à Saint-Domingue.

Les mémoires publiés par Axmelin (en hollandais, 1674 : traduction espagnole, 1081 ; anglais. 1684 ; français, 1686) et Raveneau de Lussan (Paris, 16S9), qui avaient pris part aux expéditions des flibustiers eurent un grand succès ; plusieurs romanciers ont exploité le goût du public pour ces aventures de pirates, mais de leurs oeuvres, une seule n'est pas tombée en oubli, le roman de Lesage : Les aventures de M. Robert Chevalier de Beauchesne, 1732.