Passage de Bertrand Du Guesclin à Chinon au cours de l'été de 1372 - Lettre de rémission octroyée à Olivier Darien

Au cours de sa longue histoire, Chinon fut souvent le séjour de rois ou d'importants personnages qu'y conduisaient les hasards de la guerre ou des événements politiques.

C'est ainsi qu'au cours de l'été de 1372 Bertrand du Guesclin fut de passage à Chinon.

Après la reddition de Moncontour, Bertrand du Guesclin  opère sa jonction avec Jean, duc de Berry leurs forces réunies s'élèvent à quatre mille hommes d'armes. Bertrand et le duc mettent le siège devant Sainte-Sévère.

 Le 9 juillet 1372, Bertrand du Guesclin et Olivier, seigneur de Clisson, qui se trouvaient alors à Loudun, à 18 kilomètres au nord-est de Moncontour, accordèrent une trêve ou abstinence de guerre aux prélats, barons, seigneurs et habitants du Poitou (Arch. Nat., sect.Hist., JJ 108, t° 97 V, n° 160).

Le lendemain 10 juillet, le connétable de France était à Chinon d'où il a daté la donation faite à Alain Saisy, , écuyer breton, des château, ville et châtellenie de Mortemart, (Haute-Vienne, arr. Bellac, c. Mézières) en Limousin, confisqués à cause de la rébellion d'Aimeri de Rochechouart, chevalier, seigneur du dit lieu, et « parce que de fait nous recouvrasmes pour te roy saisine du dit fort t (JJ 103, f- 77, n° 141).

Il nous a paru intéressant de signaler son passage à Chinon qui semble avoir été ignoré des historiens locaux puisqu'aucun d'eux n'en a fait mention.

 

Lettre de rémission octroyée par Bertrand du Guesclin à Olivier Darien, l'un de ses hommes d'armes, ancien partisan de Jean de Montfort et des Anglais, est également datée de Chinon en juillet 1372 (JJ 111, P 180 vo, n° 346).

Bertrain du Guesclin, duc de Mouline, Connestable de France, savoir faisons presen et avenir que de la partie d'aucuns des amis de Olivier Darien, nous a esté exposé que comme ou temps que la guerre estait entre tresnobles et puissant seigneurs feu messire Charles de Blois, que Dieux absoille, d'une partie et messire Jehan, a prescrit duc de Bretaigne d'autre partie. ycellui Olivier se feust armé, tenu et paroue de la partie dudit messire Jehan en la compaignie de pluseurs Anglois et autres, ses aliez, et en la cornpaignie d'aucuns diceulx Anglois et aliez le dit Olivier, par rnauvez conseil et de sa voulenté desordenée, ait esté par plusieurs foiz pour faire guerre en pluseurs parties du Royaume et hors du dit duchié de Bretaignr, par quoy l'en pourroit contre lui imposer et dire que il avoit esté principal faicteur participant en servant et adhèrent de touz les crimes, torsions, deliz et malefices qui en cellui temp par les genz tenant cellui parti furent faiz et perpétrez en quelque manière que ilz furent faiz ou d'aucuns d'iceulx, en comectant traison (et) crime de lese majesté, doubtant le dit Olivier que pour occasion des choses dessus dictes ou d'aucune d'icelles, il peust en temps avenir estre par voie de justice approchié et par rigueur puni corporellement et ses biens et choses esire confisquez au Roy mons. ou a aucuns autres des ses seigneurs souvcrainz, jasoit cc que de sa propre liberal volonté. il se soit long temps a départi de la cornpaignie d' iceulx Anglais et aliez dudit duc. et comme du costé devers le Roy mons .. le quel il a servi par pluseurs foiz en guerres soubz nostre gouvernement et fut encore a present.

Pour le quel Olivier pluseurs genz d'armes chevaliers et autres escuiers en nostre cornpaignie, cognoissanz la grant contricion et repentance que il a des maléfices dessuz dit et la grant affection que il a de soy garder de mesprendre ou temps avenir, nous ont humblement supplié que sur (ce) nous li vueillions nostre grace et rnisericorde eslargir et yceulx crimes et deliz li pardonner et remectre.

 Pour quov nous considerans les choses dessuz dictes et le bon rapport que nous a esté faite de la honnestc vie et proece dudit Olivier, a ycellui de nostre certaine science et grace especial et de l'auctorité et puissance royal a nous attribuée et dont nous uson, avons quictié, remis et pardonné, et par l’octroy de ces présentes, quictons, remectons et pardonnons touz et chascun les crimes, traisons, deliz et maléfices en quoy il puet estre encouru en quelque maniere pour les faiz, circonstances et dépendances des choses dessuz dictes, avecques toute paine et amende corporelle criminelle et civile qui pour occasion des choses dessus dictes ou d'aucunes d'icelles se pourroient envers lui en fait, sauf le droit de partie a le poursuir civilement tant seulement.

 Si donnons en mandement a touz les justiciers du Royaume de France ou a leurs lieuxtenants, presens et avenir, et a chascun d'eulx si comme a lui appartendra, que le dit Olivier Darien ilz facent seuffrent et lessent joir et user de nostre grace ci octroy paisiblement et sanz aucun contredit et que se aucuns de se biens estoient pour ce pris, saisis ou arrestez en aucune maniere, que prestement et sanz aucun delay, il(s) les li mectent a plaine delivrancc, en imposant sur ce a chascun d'eulx silence perpctuel vers le dit Olivier, le quel nous restituons et remectons a se bonne fame, renommée, pais et biens pour tant comme mestier en aura, sauf le droit du Roy mons. en autres choses et l'autrui en toutes.

 Et pour ce que ce soit ferme chose et establi ou temps avenir, nous avons fait appenser nostre scel a ces présentes lettres.

Donné a Chinon ou mois de Juillet l'an de grace MCCCLXXXII

 

 

Chroniques de J. Froissart. T. 8, 1 (1370-1377) / publiées pour la Société de l'histoire de France par Siméon Luce