Le 14 mars 1445, Charles VII reçoit à Chinon l'hommage du duc de Bretagne François 1er Comte de Montfort et de Richemont

Quelques historiens prétendent que le 15 le roi était à Châlons, mais ce fait est inexact ; car, outre la pièce authentique de l'hommage de François que nous allons mettre sous les yeux du lecteur, il existe encore un acte daté du 16 mars 1445 à Chinon (1).

 

On sent dès lors qu'il est de toute impossibilité que le roi fût le 14 et le 16 à Chinon, tandis qu'il aurait été le 15 à Châlons.

Le Duc de Bretagne était François Comte de Montfort et de Richemont, qui avait succédé à Jean V son père, mort en 1442.
François Ier de Bretagne avait un frère, Gilles de Bretagne, qui peu content de son apanage, s’était lié avec les Anglais, et était devenu fort suspect au Duc. Celui-ci crut devoir mettre le roi de France dans ses intérêts, et vin le trouver à Chinon.  Il  lui offrit de lui faire hommage pour son Duché de Bretagne, pour son Duché de Montfort, et pour les autres terres qu’il possédait en France.

 

Dans les premiers jours du mois de mars 1445, le duc François de Bretagne, successeur de Jehan de Bretagne, son père, arriva au château de Chinon, escorté d'une foule de gentilhommes plus richement vêtus les uns que les autres.

 Il fut reçu par le roi, qui fit donner les ordres nécessaires pour que son hôte fût traité avec les honneurs dus au rang qu'il occupait, et à la parenté qui le liait au sang royal de France.

— « Mon très-redouté Seigneur (2) dit François au roi en descendant de cheval, je suis venu en ces lieux pour prêter hommage de mon duché de Bretagne et de mon comté de Montfort, ainsi que doit le faire tout vassal à l'égard de son suzerain. »

— « Mon très-cher neveu, répondit le roi, nous vous savons gré de cette démarche, et nous espérons qu'elle ne sera que le prélude de la bonne amitié qui doit exister entre nos deux maisons. »

Puis, après quelques jours de repos, on arrêta que la cérémonie de la prestation d'hommage aurait lieu le 14.

En conséquence, lorsque le jour fixé fut arrivé, Imbaut Bressart, tabellion en chef, et Benoît Raoulet, notaire, se rendirent à Chinon pour dresser l'acte d'hommage.

Aussitôt qu'ils furent arrivés au château, on les admit dans la chambre à parer du roi, près de celle du retraict, où vers cinq heures après midi vint haut et puissant seigneur

Monseigneur François, duc de Bretagne, accompagné de noble et puissant seigneur, Arthus, comte de Richemont, connétable de France , son oncle ; des évêques de Saint-Brieuc et de Dôle, du sire de Guinegimguamp, messire Robert d'Epinav, messire Jehan l'Abbé, maître Jehan Loisel, sénéchal de Dinan, maitre Ro-de-la-Rivière, René Rouault, Arthur de Montauban, Jean Ruffier , Henri de Villeblanche et Jehan de Saint-Paul, tous ses conseillers, officiers et serviteurs.

Alors le roi yssit dehors de son retrait et entra dans la chambre à parer.

 Étaient présents, très-haut et très-puissant prince Monseigneur son fils, Dauphin de Viennois, le comte de Vendôme, le comte de Foix, le chancelier de France, les comtes de Tancarville et de Laval, l'archevêque de Vienne, l'évêque de Maguelone et beaucoup d'autres seigneurs.

Le duc entra et fit la révérence, puis, ôtant son chaperon, il mit ses mains dans celles de Charles, et messire Pierre de Brézé, chambellan du roi, s'adressant au duc : « Monseigneur de Bretagne, vous faites foi et hommage lige au roi votre souverain seigneur ici présent, à cause de sa couronne, de votre duché de Bretagne, ses appartenances et dépendances, lui promettez foi et loyauté et le servir envers et contre tous, sans aucun excepter. »

A quoi le duc répondit en se tournant vers le roi : « Monsieur, je vous fais la foi et hommage telle et semblable que mes prédécesseurs, ducs de Bretagne, ont accoutumé de faire à vos prédécesseurs. »

Puis le roi l'ayant baisé à la bouche, lui dit : « Beau neveu, je sais bien que vous avez bon vouloir à moi, et du vivant de votre père même. »

A quoi le duc répondit : « Monseigneur, je vous serai bon et loyal sujet et parent et vous servirai envers et contre tous et j'aurais le cœur bien dur, vu que je suis si prochain votre parent, si autrement je le faisais ! »

Puis, il remit de nouveau ses mains dans celle du roi et lui rendit hommage pour le comté de Montfort et la terre de Neauphle.

 

Le roi les ratifia par lettre du 16 septembre 1446, sauf ses droits de ressorts et de souveraineté, ou autres qui pourraient lui appartenir sur le Duché de Bretagne ; exceptant cependant formellement de cette ratification, les concessions qui auraient pu être faites aux Ducs de Bretagne, soit par le roi Jean durant sa prison, soit par Charles VI pendant les dernières guerres.

Ces réserves pouvaient s’appliquer aux ajournements des sujets du Duché, et aux appels des Juges de Bretagne, qu’on portait devant les Tribunaux de France. Le duc se plaignait de ces ajournements et de ces appels. Pour lever cette difficulté, le roi par lettres de la même date que les précédentes, maintint les sujets du duc dans leurs Privilèges à cet égard, autant qu’ils en auraient dûment joui.

 

 Le roi passa la plus grande partie de l'année 1446 à Razilly, maison de campagne, située à peu de distance de cette ville. Vers le mois de décembre seulement, il se rendit à Bourges.

Pendant qu'il était à Razilly, Charles VII reçut des ambassadeurs anglais, venus pour solliciter une prolongation de trêve, qu'ils obtinrent.

Oubliant également la conduite coupable du dauphin à son égard, le roi lui donna cette année-là les châteaux de Guines et de Ribedoc.

 

Vers 1447, le duc François Ier, féru de devises et d'emblèmes, ajoute à l'ordre de l'Hermine un collier d'épis de blé. ==> Ordre de Chevalerie : ORDRE DE L'HERMINE ET DE L'ÉPI

 

 

 

 


(1)   Trésor des Chartes, C. de 171 à 174.

(2)   Tel était le titre que les princes du sang et les grands vassaux de la couronne donnaient au roi à cette époque.