1258 - 1259 - Le Traité de Paris entre Louis IX et Henri III Plantagenet

S. Louis s'estant rendu à Chartres, pour y recevoir le roi d'Angleterre, ils s'en allèrent Paris, après avoir fait leurs dévotions le Chapitre s'estoit plaint au roi des rigueurs que leurs tenoient les habitans de Chartres et les officiers du Comte, qui empeschoient la liberté .et closture de leur cloistre, et de ce qu'ils avuient fait mectre des contre-portes à celles, que le chapitre avoit fait faire.

Le roi, sans avoir égard aux allégations et deffenses proposées par lesdits habitans et officiers, ordonna au .mois d'avril de l'an 1258, que ledit cloistre seroit fermé, et pour en arrester la manière, il envoia à Chartres, Guillaume de Centignonville chevalier, et M Simon de Sepère, chanoine de Noyon. Le Chapitre, pendant ce, se retira à Estampes, par la permission du concile qui se tenoit à Sens, le mardi d'après la saint Luc 1257, à cause des grandes incommodités, qu'il avoit receues à Mantes et demeura audit Estampes, jusques à ce que tous les différeus qui estoient entre le Comte et eux, eussent esté terminés.

1258 - 1259 - Le Traité de Paris entre Louis IX et Henri III Plantagenet

Le roi de France tenait alors son Parlement à Paris, session de la Saint-Martin d'hiver) (2); saint Louis, sans doute, avait mis ses barons au courant du traité qui allait être bientôt solennellement proclamé (3).

Henri III marcha lentement vers Paris. Ce fut le 24 novembre seulement que saint Louis se porta à sa rencontre jusqu'à Saint-Denis, où il le reçut le 25, au milieu d'une nombreuse assistance.

 Le lendemain (26 novembre) Henri III fut également reçu avec honneur par les bourgeois de Paris, et il assista à la messe à Notre-Dame (4).

Saint Louis logea le roi d'Angleterre dans son propre palais, et pendant plusieurs jours, lui offrit de splendides festins avec plats et vins choisis, et le combla de magnifiques présents.

Ensuite Henri III quitta Paris, pour aller visiter l'abbaye de Saint-Denis. Reçu par les religieux avec de grands honneurs, il y resta plus d'un mois, pendant lequel il eut avec saint Louis plusieurs entrevues (5).

Une seule difficulté mettait encore obstacle à la ratification solennelle du traité (6), il manquait à Henri III la renonciation de Simon de Montfort et d'Aliénor.

Ceux-ci se refusaient à accomplir cette formalité tant que le roi n'aurait pas exécuté les conventions stipulées comme prix de cette ratification, moins qu'il ne préférât se résoudre au règlement définitif de la question du douaire d'Aliénor (7).

En présence de ces exigences et pour en finir avec le roi de. France, Henri III dut donner une garantie à son beau-frère pour obtenir sa renonciation. Il consentit à laisser entre les mains du roi de France une somme de 15,000 marcs de sterlingue » imputable sur ce que le dit roi devait lui payer conformément au traité de Paris cette somme resterait en gage entre les mains de saint Louis jusqu'au complet règlement des contestations pendantes entre Henri III d'une part, et le comte et la comtesse de Leicester d'autre part (8).

C'est alors seulement que Simon de Montfort et sa femme consentirent à ratifier le traité passé entre Louis IX et Henri III.

 La lettre de ratification est datée du 4 décembre et scellée des sceaux de Simon de Montfort et d'Aliénor.

La comtesse renonçait à tout ce qu'elle pouvait revendiquer en Normandie, en Anjou, dans le Maine, en Touraine et en Poitou Simon de Montfort donnait son consentement à cette renonciation et jurait la paix en son propre nom (9)

Le 4 décembre (jeudi après la fête de saint André), le jour même de cette ratification du traité par le comte et la comtesse de Leicester, Henri III fit hommage-lige à saint Louis et prêta le serment de fidélité.

La cérémonie eut lieu à Paris dans le jardin du palais du roi, en présence du peuple et d'un grand nombre de prélats et de barons, tant d'Angleterre que de France.

L'archevêque de Tarentaise et Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, qui avaient assisté à la conclusion du traité, les évêques de Lincoln et de Norwich, l'élu de Londres, Pierre de Montfort, Simon de Montfort, comte de Leicester, le comte de Gloucester et d'Aumale, Pierre de Savoie, Jean de Bailleul et Jean Mansel sont mentionnés expressément comme ayant assisté à cette cérémonie.

La prestation de l'hommage-lige fut précédée de la lecture solennelle du traité par Eudes Rigaud. (10).

Le séjour de Henri III en France ne fut pas seulement marqué par la signature du traité de 1259, il eut encore pour résultat la conclusion du mariage de sa fille, Béatrix, avec Jean, fils aîné du duc de Bretagne.

Cette alliance avait, aux yeux du roi d'Angleterre, quelque importance politique.

Les ducs de Bretagne élevaient en effet des prétentions sur le comté de Richmond en Angleterre, qu'ils avaient maintes fois réclamé à Henri III. (11)

 Ce mariage devait aider à résoudre cette question.

Au mois d'octobre 1259, Henri III avait, avant de venir en France, admis en principe le mariage, mais en ce qui concernait le comté de Richmond que le duc de Bretagne revendiquait, le roi avait répondu que Pierre de Savoie en était détenteur, et qu'il ne pouvait en disposer sans le consentement de son vassal.

L'affaire s'arrangea à Paris, Henri III promit de donner à Jean, fils du duc de Bretagne, sinon le comté de Richmond, au moins un équivalent pris parmi les terres qu'il allait recevoir du roi de France (12).

 Le mariage ayant été définitivement conclu, on stipula que, tant que Henri III n'aurait pas donné le comté de Richmond au fils du duc de Bretagne, le roi de France (qui y consentait) le recevrait à l'hommage pour la terre de l'Agenais (ou « l'équivalent d'icelle »), qui d'après le traité de Paris, devait être rendue au roi d'Angleterre (13).

Peu de temps après, du reste, saint Louis accepta de recevoir l'hommage de Henri III pour la dite terre, ce qui au fond était l'unique désir du roi d'Angleterre (14).

Le mariage, sur les instances du roi de France et de la reine, devait avoir lieu à Compiègne, au milieu du mois de janvier; mais par suite de la mort du fils aîné du roi de France, Louis, le mariage fut ajourné et célébré seulement un peu plus tard (22 janvier) (15).

Henri III resta encore longtemps en France: ce fut seulement le 23 avril qu'il rentra dans son royaume

 

 

 

 

 

Réception de Henri III, roi d’Angleterre, à Paris, les 9, 10 et 11 décembre 1254 <==.... ....==> 1258 - 1259 - Le Traité de Paris entre Louis IX et Henri III Plantagenet

 

 


 

(1). Pub. Rec. Off., Pat. 43, H. 3, m. 1 verso liste des chevaliers qui étaient passés sur le continent et composaient sa suite. Sur cette liste figurent plus de quatre-vingts noms des personnes qui avaient le sauf-conduit du roi à la date du 28 octobre 1259 (quelques-uns seulement du 12 et 13 novembre). La liste n'est certainement pas complète. On y voit figurer entre autres le chirurgien et le cuisinier du roi. F. Devon, Issues of Exchequer, p. 75 : Dépenses de Henri III à Paris. On voit d'après ce compte que Henri III entretenait un nombre considérable de personnes religieuses et qu'il dépensait beaucoup de cire. Les chevaux de la reine et les valets étaient une des principales dépenses. Gervasii Cantuariensis, Gesta regum continata, p.209. Guillaume de Nangis, Gesta sancti Ludovici, (Rec. H. Fr., XX, 410). Flores Historiarum, lI, 438 « In cujus transitu narratum est quod nunquam, simul et semel. tanta virorum, equorum, aliorumque majorum nobilitas ab Anglia dicebatur exiisse, uqanta egrediebatur. »

(2). Eudes Rigaud, Visitationes (Rec. XXI, 581), « IV. Id. novembris, Parisius propter pallamentum. »

(3). On trouve dans les 0lim. t. I, p. 91-99, quelques enquêtes faites pendant cette session du parlement, mais on ne trouve aucune trace de cette affaire. V. Eudes Rigaud, Registrum visitationum, éd. Bonnin, p. 348, note 5.

(4). Eudes Rigaud, V(Rec. H. Fr., XXI, 582).

 (5). Guillaume de Nangis, Gesta sancti Ludovici (Rec. H. Fr., XX, 411-412). Chronique de Primat (Rec. H. Fr- XXIII, 16).

(6). Un chroniqueur nous donne un détail assez intéressant sur une mission dont Henri IIIt avait chargé ceux qu'il avait envoyés de France en Angleterre, mais dont nous ne savons pas grand'chose: « Ut quicumque in Anglia jus aut clamium in partibus ultramarinis se credehant habere. ad eum quamtocius festinarent accedere, quod et factum est. Sed quid exinde sit actum, nobis est ambiguum » Flores historiarum, II, 438.  

(7) Bémont, Simon de Monfort. Appendice, n° xxxvt, p. t83. Green, Princesses of England, II,  55, 456. « Suum noluerunt praebere consensum requisitum ab eis (par Saint Louis et Henri III) nisi prius satisfieret dictae comitissae de dotalicio seu doario primi mariti sui, et quod genitor vester (saint Louis) concessit quod ipse deponeret. etc. » Lettre de Philippe III à Edouard Ier (l'an 1273). /

(8). Layettes du Trésor des Chartes, n° 4564.

(9). Layettes du Trésor des Chartes, n" 4565.

(10) . Layettes du Trésor des Chartes, n° 4566, « in orto regis ». Eudes Rigaud. Visitationes,  « in pomerio domini regis Franciae. » Récit d’un ménestrel de Reims, « voiant tout le peuple », un autre manuscrit donne « en la sale à Paris »  (Rec. H. Fr., XXII. 325). Il est curieux d'observer qu'Eudes Rigaud se trompe de date en disant que cette cérémonie eut lieu le 3 décembre (Rec. H. Fr., XX I, 582). « III. non. decembris recitavimus et publicavimus compositionem factam inter dictos duos reges in pumerio, etc. » Dans les Layettes du Trésor des Chartes. N° 4566, le nom de Simon de Montfort ne se trouve pas par suite d'une erreur de copiste. V. la même pièce dans Brussel, Usage des fiefs, I, 34..

(11). Dom Morice, Histoire de Bretagne, I. p. 70, 156.

(12). Rymer, I, 982, 386, 391.

(12). Champollion-Figeac, Lettres, I, 182.

(13). Rymer, I, 1, 392.

(14). Shirley, Royal letters, II, 148. Cf. Bémont, Simon de Monfort, p. t87, en note.

(15). Gervasii Cantuariensis, Gesta regum continuata, 210. Th. Wykes, Chronicon, 224.