Le roi René duc d’Anjou et le château d’amour de Saumur - Livre du cœur d'Amour épris

A Saumur, la seconde cité de la province, ce sont les halles et le vieux château qui sont l'objet de sa sollicitude.

Les halles, vaste édifice construit par Henri II d'Angleterre, avaient été le théâtre de fêtes splendides, données par saint Louis à l'occasion de l'investiture des comtés de Poitou et d'Auvergne accordée à son frère Alphonse René en fit renouveler la couverture, réparée déjà par sa mère Yolande, en fine ardoise de Boucornu. Toutes les maisons que le roi de Sicile possédait dans la ville furent l'objet du même travail, ainsi que le château.

Les ponts-levis, les tours, les combles de ce dernier monument, furent également refaits.

En 1454, quinze milliers de pierres, au prix de vingt livres le millier, étaient apportés pour la construction d'une tour neuve. L'ouvrage dura longtemps. Quatre ans plus tard, on préleva, pour le continuer, huit cents livres sur la part revenant au prince dans le produit de la traite des vins et du trespas de Loire (1):

Le second de ces impôts, il est vrai, n'avait pas d'autre destination; car, bien qu'il eût été établi par le connétable Duguesclin, en 1370, uniquement pour payer la délivrance du fort de Saint-Maur, occupé par les Anglais, il continua dans les siècles suivants à être exigé sur toutes les marchandises descendant le cours du fleuve, pour être appliqué aux réparations des châteaux de l'Anjou.

 

Malgré l'ampleur des travaux réalisés par son grand-père et par son père, le roi René entreprend un remodelage du château, qui est en chantier de 1454 jusqu'à 1473, sous la direction de l'architecte Jean Picard.

La tour orientale, la "tour neuve", est reprise et désormais flanquée par une tourelle carrée adossée à la courtine est.

A l'intérieur, la chapelle est refaite et complétée par un oratoire privé ; un nouvel escalier à vis est posé dans l'angle de la cour. Désormais, les appartements privés du prince sont transférés dans l'aile orientale.
 

Le roi René duc d’Anjou et le château d’amour de Saumur - Livre du cœur d'Amour épris

Les toits de la plupart des tours sont restaurés et leur base élargie, en sorte qu'ils recouvrent le chemin de ronde ; on a écrit que le roi René songeait au confort des soldats montant la garde ; en réalité, des niches de repos suggèrent que le chemin de ronde est devenu une galerie de plaisance, d'où l'on admire le paysage.

La tour neuve est recouverte par des ardoises fines, fixées à deux clous. A la suite d'un contre-ordre, le plomb est maintenu sur les autres toits. En outre, des cheminées emportées par le vent sont refaites.
 Finalement, toutes les parties hautes de l'édifice semblent avoir été retouchées à cette époque, et le roi, même s'il n'aime guère y résider, est très fier de l'allure élancée et aérienne de son château.

Il en fait une « chose célestielle », le palais idéal du dieu d'Amour : « Ledit beau chastel estoit de façon telle comme celui de Saumur en Anjou, qui est assis sur la rivière de Loire, sinon qu'il estoit de grandeur et de l'espace la moictié plus large et plus spacieux. Pour ce n'estoit pas merveille, à la façon que le conte vous advise, s'il rendoit grant lueur quant le souleil luisoit sus ».  

D'après Lecoy de la Marche, cette dernière allusion s'expliquerait par l'éclat de la couverture de plomb.

 

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La tour de Saumur, bâtie par l'architecte Jean Le Picart, fut couverte seulement en 1471, avec un luxe de clochetons et de dorures dont le devis donne le détail.

 Le sire de Loué proposait, à cette occasion, d'enlever les plombs qui recouvraient les autres parties du château : mais René était absent, et les gens des comptes craignirent de lui déplaire en entreprenant sans son ordre une telle opération ; car, au dire de certains amateurs, elle devait enlaidir l'édifice, et, s'il eût fallu ensuite rétablir les toitures telles-qu'elles étaient, il en aurait coûté plus de mille écus d'or.

Ces toitures avaient, d'ailleurs, peu de solidité : le vent les renversait assez souvent, ce qui occasionnait aux cheminées, aux mâchicoulis, aux fenêtres de graves dégâts

Plusieurs historiens ont répété que René avait fait construire à Saumur le palais de la reine Cécile, maison encore existante dans le faubourg des Ponts et sur laquelle on voit les armes de l'ordre du Croissant, fondé par ce prince, avec la devise qu'il avait adoptée du vivant de sa première femme : Dévot lui suis (3).

Mais ce bâtiment n'est désigné nulle part d'une façon spéciale dans les comptes et mémoriaux. A moins donc qu'il ne soit compris dans certaines dépenses collectives, ou qu'il remonte à une époque antérieure aux registres conservés (ce qui est douteux, la série de ces documents commençant à l'année 1447 et René ne s'étant fixé en Anjou qu'en 1443), il est difficile que l'origine qu'on lui a attribuée soit exacte. Tant d'autres œuvres ont été mises sur le compte du bon roi par les traditions populaires, que la critique doit, en pareille matière, se montrer défiante et attendre des preuves qui, sur le point en question, ne se sont pas encore produites, à ma connaissance.

En revanche, un texte intéressant nous révèle l'auteur d'un monument dont on a également beaucoup parlé. C'est encore une sépulture, celle de Tiphaine la Magine, nourrice de Marie d'Anjou, reine de France, et de son frère René, pour laquelle ce prince avait composé lui-même, selon Bodin, la touchante épitaphe que l'on connaît Le tombeau s'élevait dans la nef de Notre-Dame de Nantilly, à Saumur, et représentait la nourrice couchée, tenant dans ses bras ses deux nourrissons.

Il a été détruit dans la Révolution, car Dulaure, dans ses mémoires manuscrits, assure l'avoir vu encore en 1789 (5); mais l'épitaphe, longtemps couverte de chaux, a été conservée.

Quatre ans après l'érection de ce mausolée, en 1462, René ordonnait de payer à Poncet, l'imagier, six écus d'or sur la somme convenue avec lui « pour la faczon de la sépulture de Tiphaine la Maugine, en son vivant nourrisse du roy de Secille (6) ». C'est donc un des artistes qui travaillaient à sa propre tombe, Pons Poncet, qu'il chargea d'exécuter celle de l'humble Saumuroise.

 

 

REMPARTS

De l'enceinte du XVe siècle, il subsiste quelques tours cylindriques assez bien conservées, dont les mâchicoulis présentent la même décoration que ceux du château. Une de ces tours se louve au n° 34 de la rue Dacier et une autre à l'angle du quai de Limoges et de la place Saint-Michel. Mais la plus intéressante, bien qu'elle ait perdu une partie de son couronnement, est celle actuellement enclavée dans les bâtiments modernes de la gendarmerie. Elle renferme une salle couverte d'une voûte à huit branches d'ogives qui retombent, avec les formerets en plein cintre, sur des culots à nervures concaves. Des latrines sont ménagées dans un petit renfoncement limité par le formeret détaché sur lequel vient buter une nervure en quart de cercle qui porte la voûte de ce réduit. L'escalier, pris, du rez-de-chaussée au premier étage, dans l'épaisseur du mur, est contenu, à partir de ce niveau, dans une tourelle demi-cylindrique couronnée par une échauguette carrée, dont les angles sont portés sur des culots à plusieurs ressauts et que couvre une pyramide de pierre à quatre pans.

 

 

Société française d'archéologie. Guide du congrès d'Angers et de Saumur en 1910 , par M. André Rhein, le chanoine Urseau, R. Triger et G. Fleury

 

 

 Le Roi René 1er d'Anjou, dit le « Bon Roi René », duc d’Anjou, comte de Provence…(Time Travel 1409-1480) <==.... ....==> Après 3 années passées dans son royaume de Naples, le "Bon Roi René", duc d'Anjou, acquiert le Manoir de Launay en 1444.

 


 

(1) Les habitants de Saumur refusèrent de coopérer aux travaux du château et de faire faire un pont-levis à la bastide. Ils étaient en difficultés à ce sujet avec le président des comptes, qui leur remontrait en vain que cette citadelle était la sauvegarde de la ville, qu'elle serait un refuge assuré en cas de danger, et qu'ils trafiquaient à tort des deniers destinés à ce genre d'ouvrages. (Arch. nat., P 1334', f° 121.) René se plaint, dans une lettre écrite en 1457, des frais considérables qu'il a dû faire pour la défense du pays, pour la construction de la tour de Saumur et pour la maison de Baugé. (Ibid., P 1334", fo 211.)

(2) Comptes et métn., nOs 210-229. René admirait tellement le château de Saumur et l'éclat de sa couverture métallique, qu'en décrivant, dans un de ses livres, le palais idéal du dieu d'Amour, il s'exprimait ainsi : « Ledit beau chastel estoit de façon telle comme celui de Saumur en Anjou, qui est assis sur la rivière de Loire, sinon qu'il estoit de grandeur et de l'espace la moictié plus large et plus spacieux.

Pour ce n'estoit pas merveille, à la façon que le conte vous advise, s'il rendoit grant lueur quant le souleil luisoit sus. (De Quatrebarbes, III, 146.)

(3) Vill.-Barg., II, 267 ; Bodin, Recherches sur VAnjou, I, 549; etc.

(4) V. tome I, p. 6. J'en remets de nouveau le texte sous les yeux du lecteur : « Ci gist la nourrice Thiephaine « La Magine, qui ot grant paine « A nourrir de let, en enfance, « Marie d'Anjou, royne de France, « Et après son frère René, « Duc d'Anjou, et depuis nommé « Comme encore est, roy de Sicile, «. Qui a voullu en ceste ville, « Pour grant amour de nourreture, « Faire faire la sépulture.

« De la nourrice dessusdicte, « Qui à Dieu rendit l'âme quicte, « Pour avoir grâce et tout déduit, « Mil cccc cinquante et huit,  Ou mois de mars, XIIIe jour.

 Je vous prye tous, par bonne amour, Affin qu'elle ait ung pou du vostre, Donnez-luy ugne palenostre. »

(5) Marchegay, loc. cit.

(6) Comptes et mem., n° 219.