1235 - Charte testamentaire de Béatrix, dame de Machecoul, de Luçon et de la Roche sur Yon aux religieux des Fontenelles

Garsire II de Retz (1105-1160) et son frère Raoul Ier de Retz (1106-1162) partage la seigneurie de Retz : tandis que Garsire et sa descendance continuent de régner sur la seigneurie de Retz, Raoul hérite de la seigneurie de Machecoul en 1160 et prend alors le nom du domaine pour devenir Raoul Ier de Machecoul.

Raoul de Machecoul,devenu seul maître de la Roche-sur-Yon et de Machecoul, il les transmit à son fils Bernard vers l'an 1200.

 

Aanor ou Eléonore de Tonnay, femme de Bernard, eut trois enfants. Raoul, Bernard, Béatrix.

La seigneurie de la Roche-sur-Yon fut la dot de Béatrix qui épousa, vers 1205 (1), Guillaume de Mauléon, seigneur de Talmont (2).

 Un fils, nommé Ebles ou Eblouin, naquit de cette union, il mourut en 1212.  

En 1214 décède Guillaume de Mauléon, son père.

Béatrix épousa peu de temps après Aimery, fils aîné du vicomte de Thouars (3).

 

Par suite de la mort de son père et de ses deux frères, Béatrix se trouva, jeune encore, l'une des plus riches héritières de la province.

Elle possédait, en effet, la Roche-sur-Yon, Machecoul, Luçon et les Lucs-sur-Boulogne.

Un fils, nommé Aimery, naquit de l'union de Béatrix avec le fils aîné du vicomte de Thouars. Il mourut au berceau.

Quant au fils aîné du vicomte de Thouars, époux de Béatrix, il survécut à cette dernière, puisqu'il confirma, en 1235, les dispositions testamentaires de Béatrix en faveur de l'abbaye des Fontenelles.

 

 La succession de Béatrix passa à sa fille Jeanne qui, d'après certains auteurs, n'aurait vécu que quelques années.

Il y a là une grave erreur, puisque Jeanne épousa, en premières noces, le baron Hardouin de Maillé, sénéchal du Poitou (1233).

Elle perdit son mari en 1243, et se remaria plus tard à Maurice de Belleville, seigneur de Montaigu.

De son double mariage, elle n'eut aucun enfant, et mourut en 1258 (4).

Alphonse, comte de Poitou, devint alors seigneur de la Roche-sur-Yon, et cette seigneurie fit retour à la couronne le 21 août 1271.

Ces préliminaires étaient indispensables pour arriver à la fondation de l'abbaye des Fontenelles, dont j'ai, imprudemment peut-être, essayé d'esquisser l'histoire.

En réunissant les éléments de ce travail, en me guidant des conseils éclairés de M. Marchegay, dont j'ai souvent réclamé le bienveillant appui, je n'ai eu d'autre but que celui de poser les jalons d'un travail qui, remanié par une main plus expérimentée que la mienne, pourra jeter un nouvel éclat sur notre Vendée si fertile en souvenirs.

 

 

TITRE II.

Fondation de l'abbaye des Fontenelles.

Béatrix, dame de Machecoul, Luçon et de la Roche-sur-Yon, propriétaire du grand fief d'Aunis, Dompierre et Tonnay-Boutonne, fonda, en 1210, avec Guillaume de Mauléon, seigneur de Talmont, son premier mari, une abbaye dans la forêt de la Roche-sur-Yon.

 « Inde est ad communem omnium notitiam tam praesentium quam futurorum volumus pervenire, nos intuitu Dei, et pro salute animae nostrae et antecessorum nostrorum  et successorum quamdam abbatiam fondavisse de ordine de Cancellata in silva Rocha (5) ».

Cette abbaye prit le nom de Notre-Dame-des-Fontenelles, de Fontenellis (6), ainsi nommée de plusieurs sources qui surgissaient aux abords du monastère.

D'après Jonyneau-Desloges, il y avait, aux Fontenelles, une source d'eaux minérales ferrugineuses qui, en 1784, étaient légèrement hépatiques (7).

 

La forêt de la Roche-sur-Yon n'existe plus qu'à l'état de souvenir. Elle était très-giboyeuse et très-touffue à l'époque de la fondation de l'abbaye.

René, frère de Louis XIII, duc de Lorraine, avait une prédilection pour cette forêt qui devenait quelquefois le rendez-vous des seigneurs des environs.

Les cartulaires ont conservé le témoignage de la bienveillante piété de René d'Anjou envers les moines des Fontenelles.

 Ainsi, par lettres écrites à Aix le 7 juin 1448, il approuva et confirma leurs privilèges, à la charge par eux d'un anniversaire de prières et de messes pour le repos de son âme (8).

En 1669, les moines se livraient encore au plaisir de la chasse  dans la forêt de la Roche. Ils s'y adonnaient avec une telle passion qu'il était impossible à certains jours d'en trouver un seul à l'abbaye.

On les rencontrait aux alentours, le fusil sur l'épaule, vêtus de gris, laissant de côté le scapulaire exigé par les statuts.

L'église des Fontenelles fut  dédiée sous le vocable de Notre-Dame.

 D'après le Pouillé de Luçon, d'Aillery, elle aurait été consacrée, en 1248, par Jean de Melun, évêque de Poitiers (9).

C'est une erreur; Jean de Melun ne fit que la consécration du grand autel. En 1240, à la Toussaint, il avait fait déjà un voyage aux Fontenelles dont il donne mention.

Cette dernière opinion est confirmée par la Gallia christiana (10). « In nomine sanctse trinitatis, et in honore

« B. virginis et omnium sanctorum, Johannes de Melun, Dei gratia pictaviensis episcopus, consecravit majus altare ecclesiae B. M. de Fontanellis ordinis de Cancellata et hoc factum fuit V idus martii quod est in vigilia  B. Gregorii papae, anno incarnati verbi MCCXLVIII.

« Et antea M CC XL in festo sanctorum omnium circa tertiam  intravimus primitus dictam ecclesiam et locum et, venimus de illo parvo loco in quo fratres primitus permanerunt ».

 

- 1235. - Charte testamentaire de Béatrix, dame de Machecoul et de Luçon, donnant aux religieux des Fontenelles le marché, le minage et la cohue de Machecoul, le droit de prendre dans la forêt de ce lieu le bois nécessaire à l'entretien de la cohue, et son serf Huslequin: celui-ci et ses héritiers n'auront à payer aux moines que 5 sous de cens pour toute charge. –  Par testament Béatrix manifeste sa volonté d’être inhumée en l’église des Fontenelles.

 

Donnayson de la cohue, minage, foires et autres choses de Machecoul, faicte par Beatrix, dame de Machecoul, à l'abbé et convent des Fontenelles,

Omnibus Christi fidelibus presentem cartulam inspecturis, Beatrix, domina de Machecoul et de Lucionio, salutem in Domino.

 Noveritis universi quod ego, in extrema voluntate posita, dedi et concessi Deo et Beate Marie et fratribus abbacie de Fontenellis, in puram et perpetuam elemosinam, pro salute anime mee et paremptum meorum, totum mercatum et minagium de Machecoul, et plateam in qna plebs convenit ad mercandum, ubi domus sita est que vocatur la cohua, et plateas circumquaque adjacentes a la cohua, ad mensuram duarum brachiatarum et dimidie, quantum commode poterit fieri, ad porticus construendas, et quidquid juris et dominii habebam vel habere poteram in dicto mercato et in plateis et in nundinis de Machecoul ; et concessi ut supradictum mercatum a nullo valeat removeri.

Dedi eciam dicte abbacie in perpetuum, in foresta mea de Machecou, quidquid neccessarium fuerit ad predictam cohuam faciendam, augmentandam, reparandam.

Dedi eciam abbacie nominate Huslequinum, hominem meum, et heredes suos cum omnibus acquisicionibus suis, liberos et inmunes ab omni servicio, excepto quod persolvent predicte abbacie, in festo Assumpcionis Beate Marie, annuatim, quinque solidos censuales.

 Et ut predicta perpetuum robur obtineant, dedi predictis fratribus presentem cartulam sigilli mei munimine roboratam.

Actum anno ab Incarnacione Domini M°CC°XXX° quinto

 

L'extérieur des Fontenelles n'offre aujourd'hui rien de bien remarquable. Le lierre tapisse quelques pans de vieux murs sur lesquels il se traîne et serpente çà et là des plantes sarmenteuses, grimpantes, parasites s'attachent par une sorte d'affinité élective à des piliers, au cintre d'une porte, aux barreaux d'une vieille croisée.

La chapelle, qui est encore assez bien conservée, est en croix, le plan et les détails de l'architecture remontent au commencement du XIIIe siècle. C'est l'ogive primitive sur laquelle on voit encore ces figures menaçantes et informes, vieux restes de l'architecture romane. Le plein cintre n'a pas été remplacé subitement par le gothique ou style ogival. Il y a eu une architecture participant de l'un et de l'autre. De même que l'architecture ogivale ne s'est pas transformée en un jour dans celle dite de la renaissance, fusion du genre ogival et du genre grec ou roman, de même, il y a eu une architecture intermédiaire qui a pris le nom de style de transition.

L'église des Fontenelles appartient à la transition du cintre à l'ogive. Le chœur était séparé de la nef par une balustrade. Les stalles des bons religieux existent encore, mais, dans quel état Le temps accomplit ici comme partout ailleurs son œuvre dévastatrice, et tout nous démontre combien le pouvoir de l'homme est faible quand il lutte contre celui de la nature.

La porte principale de la chapelle située en face du chœur donne sur la campagne. Une autre porte à droite communique avec les bâtiments de l'abbaye. Elle s'ouvre sur un cloître dont il ne reste que quelques arceaux. Les fenêtres, assez rapprochées et régulièrement espacées, devaient être celles des cellules.

L'abbaye fut d'abord soumise à la règle de Saint-Benoît, ainsi que l'établissent les lettres patentes de Béatrix (1235) portant composition entre les moines des Fontenelles et de ceux de Marmoutiers (11).

 

La chapelle de Béatrice

Béatrice s'était-elle menagé près de l'abbaye un lieu de repos, un oratoire solitaire où elle pût aller vaquer en liberté à la prière et à la méditation 

y faisait-elle d'assez fréquentes visites pour accréditer les bruits, répandus peut-être dès lors, d'une retraite absolue ? L'histoire ne permet à cet égard que des conjectures, unique moyen de concilier son silence avec le conte cité par Cavoleau.

Ce monastère reçut, dans la suite, d'un grand nombre de seigneurs de la Roche, de grandes libéralités.

 

 

 

Tombeaux

Dans l'église, devenue paroissiale, on montre encore les tombeaux de Guillaume de Talmont, de Béatrice qui y fut inhumée en 1235, et de Jeanne sa fille, qui apporta en dot la terre de la Roche-sur-Yon à Maurice de Belleville, et mourut plus de vingt ans après sa mère.

Ce qui prouve que l'union de Guillaume de Talmont et de 1214. Béatrice fut de courte durée, c'est que des pièces de l'an 1214 parlent d'elle comme étant déjà remariée à Aimery de Thouars, qui devint ainsi seigneur de la Roche.

Le sceau d'Aimery, décrit par le P. Anselme (12), était d'or semé de fleurs de lis d'azur au franc quartier de gueules.

On y lisail S. AIMERICY. DOM. DE MACHECO. Au contre-scel, un poisson (18), et pour légende † Aymerici de THOARCIO. DOM. DE M.

 

La forêt de Machecoul

La forêt de Machecoul, bien diminuée  depuis le moyen âge par suite des défrichements, procurait à la fois plaisir et profit. Les seigneurs pouvaient même faire l'aumône avec ses revenus.

C'est ainsi qu'en 1235 Béatrix de Machecoul autorisait les reli­gieux des Fontenelles à prendre dans sa forêt tout le bois né­cessaire à la construction et à l'entretien des halles de Mache­coul qu'elle leur avait concédées.

 Rentrés en possession des halles en 1283, les sires de Rays continuèrent à tirer de la forêt les matières premières indispensables pour leur entretien; cela résulte d'un compte de 1461-1464 notant les dépenses des forestiers et des charretiers employés à ce travail. Au siècle dernier, un constructeur de vaisseaux à Nantes, qui s'était fait adjuger des bois de haute futaie dans la forêt de Machecoul, revendait les « fouteaux » à un sabotier  

Le cartulaire nous apprend qu'en 1284 Jean de Coché et Olivier II de Machecoul, son frère, étaient en désaccord au sujet de la forêt.

 D'un autre côté, le gros gibier n'y faisait pas dé­faut; en réglant le douaire de sa femme, Girard III Chabot au­torisait celle-ci à chasser « ès cers, dès la Magdelene jaques à la Sainte Croiz de septembre, e en porchoisons, dès la Tozsainz juques à Noel »

 De comptes et d'aveux des XVe et XVIe siècles il ressort que, dans « la grand fourest, » on avait pratiqué des « fenestres à begaces, » pour lesquelles il était dû chaque année aux barons une certaine quantité de ces oiseaux.

En 1758, des garde-chasse veillaient encore à la conservation du gibier.

 

 

 

 

 

Société d'émulation de la Vendée

 

 

 

Abbaye des Fontenelles - Béatrice de Machecoul, dame de La Roche-sur-Yon et la légende de l'ogresse du manoir de Talmont. <==.... ....==> 1790 Saint André d'Ornay - Déclaration des biens de l'abbaye royale des Fontenelles vendue comme bien national

 

 


 

Liste des seigneurs de la Roche sur Yon - Abbaye des Fontenelles

On est fondé à croire, mais sans preuves bien positives, les titres s'étant perdus dans les incendies des guerres civiles, qu'au commencement du XIIe siècle, les seigneurs de la Roche-sur-Yon fondèrent l'abbaye de Notre-Dame-de-Belle-Fontaine, appartenant au diocèse d'Angers , et alors à celui de Poitiers , qui renfermait tout le territoire dont on fit en 1317 les diocèses de Maillezais et de Luçon.

 

(1) 1208 d'après l'abbé Aubert. ·

(2) N. D., des Fontenelles. Gall. ch., v. 2, c. 1434.

(3) Les sceaux d'Aimery vicomte de Thouars et de Béatrix ont été conservés par dom Morice dans son histoire de Bretagne. Ils portent l'un et l'autre un brochet en pal, comme on le voit encore aujourd'hui dans les armes de la ville de Luçon.

Le contre-sceau de Béatrix, dit le baron de Wismes, n'a conservé qu'un mot et c'est justement Lvco. V. Vendée historique, pittoresque et monumentale.

(4) M. Vor Faguet commet ici une erreur.

 Jeanne, dit-il, termina sa carrière assez longue en 1246. Cette assertion est inexacte, puisqu'en 1246, Jeanne, mariée au chevalier Maurice de Belleville, allait, au mois de novembre, rendre hommage lige au Roi de France.

V. Charte latine de novembre 1246, traduite par M. Marchegay. Anciens seigneurs de la Roche-sur-Yon, p. 10 et 15.

(5) Voir Charte de fondation de l'abbaye des Fontenelles, 1210. Gal. ch p. 419. Instrumenta id. Gallia ch., v. 2, c. 1434. V. Thibaudeau, tome 2, p. 286.

(6) Noms anciens d'après les chartes. Fontenellae- Fontenalliae–Pouillé de Luçon, d'Aillery, p. 132.

(7) V. l'abbé Aubert, p: 64.

Voir Affiches du Poitou 1775, p. i04.

Voir Rapport de l'ancienne académie des sciences de Paris sur quelques eaux minérales du Bas-Poitou, 9 mai 1778.

Voir document pris dans la collection d'autographes de M. Dugast-Matifeux.

(9) Gallia christ., tome 2, c. 1434.

V. l'abbeAubert, p. 40 et 4t.

(10) Voir bibl. nat. mss. coll. Dup., vol. 804, f. 120. (3) Gallia ch., vol. 2. /t6&<M/e des Fontenelles.

(11) V. Pouillé, d'Aillery, p 132.

V. M. Etiennot, bib. nle, v. 4, p. 370.

V. Gallia ch., v. 2, p. 1434.

(12) Histoire généalogique de la maison de France, t. iv, p. 193.

(13) Ce poisson s'explique, je crois, par la seigneurie de Luçon, que possédait le vicomte de Thouars. On sait que le mot latin lucius est le nom du brochet. Le chapitre de Luçon en portait trois sur ses armoiries, et on les voyait encore à la dernière clef de voûte du bas-côté nord de la cathédrale, avant que la flèche dont la ruine a endommagé cette partie de l'église ne fût frappée de la foudre en 1846.