Golfe des Pictons - Sépulture Gallo-Romaine de Bouillé-Courdault - JACQUES DU FOUILLOUX, seigneur de Bouillé et intendant des chasses du Poitou

L'étude que nous entreprenons sur Bouillé sera singulièrement facilitée par les recherches déjà faites par les savants auteurs de Poitou et Vendée et par des notes manuscrites, recueillies par MM. Lalubie, Abel Pervinquière et Dugast-Matifeux (1).

Bouillé ne pouvait échapper aux investigations historiques que notre siècle poursuit de toutes parts avec autant d'avidité que de succès. Sa position, son histoire, l'intérêt qui s'attache à quelques-uns de ses seigneurs, tout assurait à ce château une place choisie et une étude particulière dans la galerie des lieux célèbres du Bas-Poitou.

Bouillé, Bulliacum, Bolliacum, Boliec, Bolhiec, Boulié, est un petit bourg aujourd'hui bien modeste, situé entre Niort et Fontenay-le-Comte, et à deux kilomètres d'Oulmes, sur les bords plantureux de l’Autise. Bouillé était autrefois de l'archiprêtré d'Ardin et fait actuellement partie du doyenné de Maillezais.

Un peu au-dessous du bourg, l'Autise se jetait autrefois dans le golfe des Pictons.

Les ruines gallo-romaines trouvées dans un tènement, appelé le Champ de la Croix, autour du prieuré de Saint-Quentin, dont la chapelle sert d'église paroissiale (2), font remonter son origine aux temps les plus reculés.

 

Dans les premières années du XVIIIe siècle, en démolissant le vieux château de Bouillé, on découvrit en effet dans les fondations, un dépôt de haches celtiques et deux lames d'épées en bronze.

La seigneurie de Bouillé existait vers le Xe siècle, comme autorise à le supposer la découverte de monnaies poitevines de la fin du XIe siècle. Ce dépôt fut déterré près des ruines de la chapelle, détruite en 1850. Cette seigneurie se forma d'un démembrement de la terre de Benet, dont elle relevait, au devoir de 100 sols de rachat à chaque mutation de seigneur.

Les sires de Bouillé avaient droit de justice haute, moyenne et basse sur leurs sujets, qui, à leur tour, pouvaient faire appel devant la Prévôté de Niort, dont le château recevait l'hommage de Benet.

Ce droit de justice fut le sujet de longues contestations entre Maurice de Lenay, seigneur de Bouillé, et Jean de Berry, apanagiste et comte de Poitou. Le procès se termina en 1404, par une sentence favorable aux prétentions du seigneur de Bouillé.

Du vivant de Jacques du Fouilloux, le château de Bouillé se composait d'une grosse tour et d'un corps de logis bâti à ses pieds : un fossé profond, des murs crénelés et un pont-levis le protégeaient contre un coup de main.

Jusqu'à sa démolition, vers la fin du XVIIe siècle, la grosse tour porta le nom de tour du Fouilloux, ce qui autorise à penser qu'elle fut construite par Antoine ou Jacques du Fouilloux.

Les bâtiments de service étaient comme aujourd'hui en dehors de l'enceinte, et la chapelle occupait l'emplacement où se trouve aujourd'hui un petit kiosque dans le jardin.

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Le château actuel est de construction moderne. Il est bâti sur un îlot naturel, réuni à la terre ferme par une chaussée. La date de 1704, gravée à la clef de voûte de l'arc qui supporte l'escalier, précise l'époque de la reconstruction par Henry d'Appelvoisin, grand chasseur, homme déplaisir et de mœurs violentes. Les armes accolées à celles de Marie Arrivé, qu'il avait épousée, le 27 mars 1691, se devinent encore, malgré les mutilations des hommes et les injures du temps, entre les griffes des deux lions de pierre placés sur les pilastres de l'entrée (3).

Le château de Bouillé se compose aujourd'hui d'un gros pavillon flanqué de deux tours carrées. Deux ailes en fer à cheval entourent une cour, fermée par une belle grille en fer forgé.

Cette construction n'offre rien de bien remarquable, si l'on en excepte la charpente, qui affecte la forme de la carène d'un vaisseau renversé. L'architecte a dû s'inspirer de ce qu'il avait vu au Louvre, dont les toitures présentent le même aspect. L'escalier massif, mais très doux, occupe à lui seul la moitié du pavillon central, et se distingue par la coupe oblique de ses puissantes assises.

Sur le fronton de la porte d'entrée, nous avons remarqué le buste en pierre d'un personnage dont le costume et surtout la chevelure révèlent la mode qui domina dans les dernières années du règne de Louis XV.

Le château de Bouillé était entouré de douves, aujourd'hui à demi-comblées, et sur lesquelles enjambait un pont- levis placé entre les deux pilastres de l'entrée. L'eau de ces douves est d'une merveilleuse transparence, comme nous le dirons en parlant de la fontaine. Sur le terre-plein que précède la tour d'entrée s'élèvent des arbres gigantesques dont la luxuriante végétation atteste la fertilité du Marais vendéen.

Louis Charbonneau-Lassay Fouille 1914 de la Nécropole du Bas du Champ de la Trée Sarcophage quadrangulaire, retrouvé Bouillé

 

Sarcophage quadrangulaire, retrouvé Bouillé-Courdault (Vendée),

Un important sarcophage monolithe en calcaire rectangulaire scellé au plomb protégeait le corps d'une femme d'une vingtaine d'années, entouré d'un mobilier abondant, où l'on notera la présence d'extraordinaires productions des verriers rhénans (GENDRON 1970 : 40). A la vaisselle de verre, souvent déposée par paires selon les types, s'ajoutaient une amphore Dressel 20, trois sigillées et quelques vases communs. Quartier de porc, mortier et pilon de marbre, coffret, couteau, complètent cet inventaire (PASCAL 1987 : 109).

L'habitat lié à cette tombe, datée de la fin du II- début IIIe siècle, n'a pu être mis en évidence, mais les vestiges repérés dans les environs sont denses.

La dizaine d'inhumations implantées au IVe siècle sur ce site n'est pas à mettre en relation avec cette tombe.

Le mobilier, acquis en 1925, est exposé au Musée Vendéen de Fontenay le Comte.

 

 

R. Valette et Louis Charbonneau-Lassay, Les Sépultures Gallo-Romaines de Bouillé-Courdault  (Vendée), Fontenay-le-Comte, 1914.

 

 

  Bouillé-Courdault et son port, Marin du marais voyageur du temps en barque dans le Marais poitevin

 

 

Jacques du Fouilloux seigneur de Bouillé et intendant des chasses du Poitou

LES SEIGNEURS

On possède la liste complète des seigneurs de Bouillé, depuis le temps de saint Louis. Peu de fiefs, même plus importants, pourraient offrir une nomenclature aussi longue.

Au milieu du XIIIe siècle, Bouillé appartenait à la famille de Jaunay. Le premier seigneur de ce nom, que nous trouvions mentionné, est :

I. E TIENNE DE JAUNAY, marié en 1266 à Peronnelle de la Brosse, fille de Pierre III de la Brosse, seigneur de Langeais et de Philippe de Saint-Venant. Étienne assista à la croisade de saint Louis ; son fils fut :

II. PIERRE DE JAUNAY, dit le Vieux, chevalier, seigneur de Jaunay et de Bouillé. Il avait épousé Marguerite Levoyer, dont Pierre, qui suit, et Charles, seigneur d'Aizances et de la Touche, époux de Jehanne d'Argenton.

III. PIERRE DE JAUNAY, dit le Jeune, chevalier. Il épousa Aliénor de Vivône, fille de Guillaume de Vivône et de Catherine Chastaigner (4). De ce mariage naquirent Jehanne, qui suit, et Françoise.

IV. JEHANNE DE JAUNAY épousa Maurice de Lenay, chevalier, mort en 1391. Elle mourut elle-même en 1402, laissant pour héritière Jehanne, qui suit, et Simonne, femme de Renaud de Montjean, chevalier, tué à Azincourt.

V. JEHANNE DE LENAY, qui fut mariée en 1399 à Jehan Odard (5), chevalier et capitaine du château de Champagné (6), mort en 1437, ne laissant qu'une fille, car un fils qu'il avait eu était mort avant lui.

La destinée de la seigneurie de Bouillé semblait être de changer, à chaque génération, le nom de son propriétaire. Pendant 150 ans cette seigneurie tomba, comme on disait, en quenouille.

VI. CATHERINE ODARD fut mariée en premières noces à Jehan de Carruit. Devenue veuve, elle épousa, vers 1452, Arthus Bonnet, fils de Jehan, seigneur de la Chapelle-Bertrand et de Marie de Vivône. Ils moururent, l'un en 1477, et l'autre en 1480, laissant une seule fille,

VII. JEHANNE BONNET, mariée en 1463 à Joachim Sanglier, chevalier, seigneur de Bois-Rogues et du Doismon. Elle mourut en 1482. De son mariage naquit encore une fille,

VIII. RENÉE ou RÉGINE SANGLIER, qui, par contrat de 1492, porta la terre de Bouillé à Mathurin Taveau, chevalier, baron de Morthemer (7), d'une des plus illustres familles du Haut-Poitou.

De leur mariage naquirent cinq enfants, René, ascendant des trois branches qui représentent encore aujourd'hui la famille Taveau, Pierre, Sébastienne, Jehanne et

 IX. GUÉRINE TAVEAU (8), à qui échut la seigneurie de Bouillé.

Elle épousa, en 1515, Antoine du Fouilloux, chevalier, seigneur du Fouilloux et de Chillou, deux bourgs voisins de Parthenay. Elle eut deux enfants : 1° Jehanne, qui épousa Hardy Cathus, seigneur des Granges-Cathus, paroisse de Saint-Hilaire de Talmont, et le célèbre

X. JACQUES DU FOUILLOUX, le plus connu des seigneurs de Bouillé. Il coûta la vie à sa mère qui mourut en couches, le 31 mars 1521. Nous consacrerons un article spécial à cette figure originale et si française.

Dans le partage de ses biens entre ses deux enfants, le mari de Guérine Taveau assigna Bouillé à Jacques, qui posséda cette seigneurie jusqu'au 19 octobre 1679. A cette époque, il la vendit à sa nièce, Marie Cathus, veuve du fameux Jehan de la Haye (9), lieutenant-général du Poitou, et alors femme de Gabriel de la Rys. Jacques du Fouilloux s'en était réservé l'usufruit jusqu'à sa mort, qui arriva le 5 août 1580.

XI. MARIE CATHUS, avec qui recommence la série des dames de Bouillé, prit possession de sa terre le 23 mars 1580 et mourut en 1597, laissant de son mariage avec Jehan de la Haye :

XII. URBAINE DE LA HAYE, qui fut mariée avec Pierre de l'Aunay, chevalier de l'ordre du Roy.

 Il eut de longs démêlés avec Théodore Agrippa d'Aubigné, gouverneur de Maillezais. Celui-ci ayant fait saisir le château de Bouillé, il fallut l'intervention du gouverneur du Poitou pour faire remettre la place.

Après la mort d'Urbaine de la Haye, Bouillé passa à sa fille,

XIII. FRANÇOISE DE L'AUNAY, qui épousa, le 2 janvier 1632, Vincent Bouhier, seigneur de la Roche-Guillaume, gouverneur du château de Vouvent. Françoise finit ses jours en 1640, laissant deux filles, Placidiane et

XIV. MARIE-URBAINE DE L'AUNAY, qui porta en dot la terre de Bouillé à Jacques d'Appelvoisin (10), seigneur de la Bodinatière et de Saint-Hilaire-de-Voust. De ce mariage naquit :

XV. HENRY D'APPELVOISIN, chevalier, marquis d'Appelvoisin, qui épousa, le 27 mars 1691, Marie Arrivé, fille de François Arrivé, sieur du Sableau et lieutenant-général au siège de Fontenay-le-Comte. Henry d'Appelvoisin était un grand chasseur et se fit une triste célébrité par ses violences et ses rapines. Son château, placé entre Niort et Fontenay, et sur le chemin que devraient suivre les marchands allant de l'une à l'autre ville, devint, si l'on en croit la tradition, comme un repaire, d'où il répandait la terreur dans tout le pays. Il eut un fils,

XVI. JACQUES D'APPELVOISIN, né en 1694, et qui n'hérita pas des mauvaises qualités de son père. Il épousa Suzanne de Crussol, dont il eut deux filles; l'aînée se fit carmélite et la seconde,

XVII. LOUISE-SUZANNE D'APPELVOISIN, épousa Louis-Gabriel de Lespinay, chevalier, seigneur de Beaumont, dont :

XVIII. MARIE-LOUISE-HENRIETTE DE LESPINAY DE BEAUMONT, qui épousa son cousin François-Armand de Lespinay. Elle mourut le 6 septembre 1833 et son mari le 8 mars 1846, âgé de plus de quatre-vingt-onze ans. M. de Lespinay avait émigré au commencement de la Révolution. Peu de temps après, Bouillé avait été confisqué et vendu nationalement au district de Fontenay.

 

Jacques du Fouilloux seigneur de Bouillé et intendant des chasses du Poitou

JACQUES DU FOUILLOUX

Malgré l'extrême licence de ses mœurs, Jacques du Fouilloux est le plus illustre et le plus sympathique des seigneurs de Bouillé.

Nous emprunterons à M. Pressac, dans la biographie dont il a fait précéder son édition de la Vénerie (11), les principaux traits de la vie du célèbre veneur.

Les recherches de ce savant auteur, celles plus récentes de Benjamin Fillon, n'ont pu jusqu'à présent établir le lieu de sa naissance.

Guérine Taveau, sa mère, mourut en lui donnant le jour et fut enterrée dans l'église de Bouillé, comme le prouve incontestablement la donation de quinze livres de rente, faite à cette église par son mari, Antoine du Fouilloux (12), le 16 mai 1521.

Mais on ne saurait rigoureusement conclure, dit M. Pressac, de la sépulture de cette dame, à Bouillé, au lieu de son décès. Rien ne s'oppose en effet à ce que l'on admette que Guérine ait manifesté le désir de reposer auprès de ses ancêtres maternels, qui, sans doute, avaient leur sépulture dans l'église de Bouillé, à titre de fondateurs.

Alors (et nous inclinons à admettre cette opinion), Jacques du Fouilloux aurait reçu le jour au château de ses pères, à Saint-Martin-du-Fouilloux, canton de Menigoute, à quelques lieues de Parthenay.

Il naquit le 31 mars 1520. Il n'avait encore que huit ans quand il perdit son père. A la suite de ce douloureux événement qui le rendait tout à fait orphelin, une assemblée de ses plus proches parents se tint à Parthenay (31 mars 1528).

Deux de ses oncles, René de La Rochefoucauld et Jean de Viron, prêtre, prieur de Mazeuil et de Craon (13), furent institués ses tuteurs. Le premier eut l'administration de ses biens maternels, le second celle des biens que lui avait laissés son père (14). René de La Rochefoucauld mourut avant la reddition des comptes de tutelle, qui furent réglés par Marguerite de Liniers, sa veuve.

Jacques du Fouilloux passa ses premières années au prieuré de Mazeuil, où Jean de Viron, son oncle, faisait sa résidence. Ce digne prêtre s'appliqua à développer l'intelligence si vive de son pupille; mais, pour des raisons que nous ne connaissons pas, par la mort peut-être de son oncle, Jacques vint, à l'âge de seize ans, au château de Liniers, paroisse de Moustiers-sous-Argenton.

C'était la résidence de la veuve de René de La Rochefoucauld, alors remariée avec Eustache de Moussy, seigneur de Boismorand. Notre héros passa environ trois ans dans cette nouvelle résidence, partageant son temps entre l'étude et la chasse, qui devenait déjà sa passion favorite et qu'il avait d'ailleurs la facilité de satisfaire dans la forêt du Parc-Châlon, sise entre Thouars et Argenton-Château.

Ce nouveau séjourne iut pas longtemps du goût de notre spirituel veneur, qui, atteignant sa dix-huitième année, aspirait à une liberté plus entière.

Un matin donc, il partit du château de Liniers, « n'oubliant rien, sinon à dire adieu » (15), suivi de Tire-Fort, son limier fidèle ; il s'achemina vers sa chère Gatine, vers le Fouilloux, son berceau. Il raconte lui-même les épisodes de cette première escapade, épisodes où se confondent les deux passions qui se partageront sa vie : la chasse et l'amour.

Une fois installé à Saint-Martin-du-Fouilloux, le nouveau châtelain se livra sans retenue à tous les élans de sa nature ardente. Il semblait n'avoir jamais assez de temps à consacrer à l'étude et à la pratique de la chasse, mais il en trouvait encore trop pour s'adonner à d'autres plaisirs beaucoup moins innocents.

Son mariage avec Jeanne Berthelot, qui eut lieu dans les premiers jours de septembre 1554, n'arrêta ni son ardeur pour la chasse, ni les débordements de sa conduite privée. Jeanne Berthelot était fille de René Berthelot, lieutenant-criminel et juge à Poitiers. Accoutumée à la rigidité des mœurs parlementaires, dit B. Fillon, elle ne put se faire aux allures dissipées de son mari. Cette incompatibilité d'humeur amena de fréquentes querelles et finalement la séparation. Jeanne Berthelot mourut, vers la fin du mois de septembre 1569, aux Roches-de- Vendeuvre. Michel Leriche, enregistrant ce décès, n'oublie pas de dire qu'elle était depuis longtemps séparée de son mari (16).

Peu de temps après, un coup plus cruel atteignait Jacques du Fouilloux. Son fils unique, le seul enfant légitime qu'il eût eu de son mariage avec Jeanne Berthelot, mourut à peine âgé de dix-huit ans; il était page de M. du Lude.

Loin de profiter des graves avertissements que lui donnait la Providence, notre sceptique veneur se consola de ce double deuil par des liaisons nouvelles, tantôt à Saint-Martin, tantôt à Bouillé. La fille d'un marchand de cet endroit, nommé Jehanne Limouzin, captiva assez longtemps son cœur volage et le rendit père de sept enfants, quatre garçons et trois filles. C'est par cette descendance illégitime que le nom de du Fouilloux s'est conservé jusque vers la fin du règne de Louis XIV. Il est aujourd'hui complètement éteint (17).

Bien qu'il n'ait pas imité l'apostasie de la plupart des gentilshommes poitevins de cette époque de la Réforme, on devine qu'avec des mœurs aussi légères, Jacques du Fouilloux dut être, pendant sa vie et peut-être à sa mort, un pauvre catholique.

Adonné avec passion au plaisir de la chasse, il en avait si bien étudié les ruses et pratiqué les stratagèmes, qu'il composa sur cet art un livre qui fait loi. Cinquante éditions de la Vénerie, des traductions dans presque toutes les langues de l'Europe, en ont fait le manuel des disciples de saint Hubert.

La vénerie de Jacques Du Fouilloux

Ce livre est écrit avec une verve toute gauloise. L'auteur en fit hommage à Charles IX, très habile chasseur lui-même, qui, en retour, nomma Jacques du Fouilloux intendant des chasses du Poitou, le 26 août 1571.

Nous possédons une pièce sur parchemin, signée J. du Fouilloux, sous la date du 31 décembre 1572 par laquelle il substitue un de ses voisins et amis, Pierre Moysen, seigneur de la Guyonnière, et le nomme son lieutenant « pour le fait des chasses (18)«».

Jacques du Fouilloux mourut le 5 août 1580 âgé de soixante ans, et dans son château du Fouilloux, comme il paraît par un codicille fait la surveille de sa mort, et dont nous possédons également la copie (19).

La famille des Fouilloux portait : palé d'argent et de sable de six pièces, à la .fasce d'ai.ll1' brochant sur le tout. L'auteur de la Vénerie est incontestablement une des célébrités poitevines et de plus une figure à la fois originale et sympathique. Il fut, dit M. de Longuemar, un homme multiple. Tout à la fois chasseur infatigable, courtisan habile, élégant prosateur, poète et vert-galant. On trouve en lui un homme doué de qualités aimables, sur lesquelles toutefois d'impardonnables faiblesses ont laissé bien des ombres.

 

Commission de garde des chasses royales du Bas-Poitou, donnée à Jacques Buor, seigneur de la Mothe-Freston, par Jacques du Fouilloux, garde général des forêts de la province.

 8 novembre 1565.

Nous, Jacques du Fouilloux seigneur du dict lieu du Fouilloux et de Bouillé, escuyer d'escurie du Roy nostre sire, et son garde général des chasses ou pays de Poictou, en vertu de la commission à nous donnée à cest effect le vingt huictiesme jour d'aoust mil cinq cents soixante et ung, ayant pleine cognoissance des vertus, preudhommie et capacitez de Jacques Buor (a), escuyer, seigneur de la Mothe Freslon, et de son expérience au faict des chasses, l'avons, par ces présentes, commis en nostre lieu et place pour la garde des forets, boys et buyssons appartenant à sa dicte Magesté es pays de-Bas Poictou, et luy remettons es mains les pouvoirs sur ce, que tenons de nostre dicte commission, dont coppie est ci-joincte aux présentes, explicative. des charges et debvoirs qui, pour le dict faict, incombent au dict Buor es lieux de sa jurisdiction (b)

Faict à Fontenay le Conte le huictiesme jour de novembre l'an mil cincq cents soixante et cincq.

DU FOUILLOUX.

Par mon dict seigneur

ROUSSEAU

(a) On possède peu de renseignement sur ce Jacques Buor, et il est facile de le confondre avec un de ses parents, qui portait le même prénom. Ce dernier était calviniste, tandis que cetui-ct était resté catholique. Le fief de la Motte-Freston était dans la paroisse du Champ-Saint-Père, en Talmondais.

(b). Cette copie n'a pas été retrouvée avec la présente pièce.

 

 

 

Foire de Fontenay

Une note conservée à la Bibliothèque nationale, section généalogique (20), est le seul garant, hâtons-nous de le dire, que nous ayons de ce fait, inexact au moins en un point, car nous savons que le pudibond veneur n'eut qu'un fils légitime. Quant aux bâtards, on a pu lui en prêter quelques-uns; mais on ne prête qu'aux riches.

Le nom de notre gentilhomme se trouve mêlé à une autre anecdote du Moyen de parvenir, et cette fois nul doute qu'il ne s'agisse du seigneur des manoirs du Fouilloux et de Bouillé.

Voici à quelle occasion : Un certain Monsieur de Latour, ministre en Poitou, ayant oublié par trop la gravité de ses fonctions, sa conduite déréglée lui attira de sévères admonitions de messieurs du consistoire. Il n'en tint compte et persévéra tant et si bien en ses déportements que le synode, averti, déposa le ministre libertin. Sa mésaventure ne porta pas tort qu'à sa réputation; sa bourse s'en sentit. Force fut donc à lui de pourvoir par ailleurs. Il se fit marchant, et courut les foires.

Un jour qu'il était venu à celle de Fontenay, muni de quantité de marchandises, parmi lesquelles il y avait grand nombre de lanternes, Passe au-devant de lui une troupe joyeuse de gentilshommes du pays. Le trouvant de bonne façon pour un lanternier, ils se prirent à le regarder. Ils crurent le reconnaître pour le ministre déposé. « Alors approchant, le Fouilloux-lui demanda : « Mon maître, mon ami, n'êtes-vous point parent de ce « ministre qui fut déposé à l'autre synode? » Adonques, sans s'émouvoir, il dit : « C'est moi qui suis celui que vous dites. Et pourquoi et comment est-il avenu qu'aujourd'hui vous êtes marchand de lanternes? Ho! ho! dit-il, et Pourquoi non? Je vous les ai autrefois prêchées, maintenant je vous les Vends (21). »

Cette foire de Fontenay avait lieu comme aujourd'hui encore, à la Saint-Jean, et c'était le rendez-vous de toute la noblesse du bas Poitou, qui s'y réunissait autant pour jouer et mener une vie joyeuse que pour faire emplette de chevaux, d'armes et d'autres choses utiles à ses besoins.

a coutume s'en est perpétuée, dit-on, jusqu'à nos jours (22). Certes, du Fouilloux, qui venait souvent à son château de Bouillé, s'il n'y séjournait même pas un certain temps de l'année, n'était pas homme à laisser passer l'occasion qui lui était offerte tous les ans, à une faible distance de chez lui, de se divertir et de gausser en nombreuse compagnie, et nous sommes bien sûr qu'il ne manqua jamais aucune des foires de Fontenay. Ce ne devait pas être le dernier venu, ni le moins plaisant convive de cette bande réjouie et quelque peu libertine de gentilshommes, au milieu desquels il nous paraît dominer de toute la hauteur que donnent l'esprit et le savoir. Comme, le verre à la main, il devait rendre raison aux plus hardis d'entre eux (23) ! Quels propos fortement épicés devaient s'échapper de ses lèvres intarissables! Sans qu'on nous les ait transmis et sans avoir écouté aux portes, on pourrait les redire; mais nous n'avons plus, pour supporter le haut goût des paroles de ces hommes du XVe siècle, leur palais si fortement trempé, et les faibles tympans de nos oreilles courraient risque de se briser à leur choc violent.

Laissons là pour un instant le jovial veneur banqueter à son aise avec ses amis, disciples trop bien appris de M. François, qui avait commencé dans cette ville de Fontenay à donner ses premières leçons de pantagruélisme.

Personne n'ignore que Rabelais, dès sa première jeunesse, aussitôt qu'il eut l'âge requis pour faire son noviciat, entra au couvent des Frères Mineurs de Fontenay-le-Comte, en Poitou, et qu'il y passa plusieurs années, au grand scandale de la cité et de ses frères, qui, finissant par se lasser de son libertinage et de son impiété, lui administrèrent une correction manuelle justement méritée, et le mirent in pace.

L'historien de Fontenay (24) veut que les quinze années de séjour qu'il fit dans cette ville aient été pour elle « la véritable source de sa gloire » et que « l'impulsion donnée » par « ce grand homme » ait produit promptement des fruits remarquables dans la personne des hommes distingués qui illustrèrent à cette époque la cité, source des beaux esprits : Fontenacum felicium ingetiiorum scaturigo.

Nous ne voudrions pas nier cette influence du grand abstracteur de quintessence; elle peut n'être pas dénuée de fondement. Mais si l'on accepte cette action de son talent et de sa science sur les esprits, ne serait-il pas permis de croire que celle des autres qualités dont était si éminemment doué Me Alcofibras n'a pas été non plus sans effet sur les Fontenaisiens de ce temps?.

 

 

 

 

 

LA FONTAINE

LA fontaine de Bouillé est, sans contredit, une des curiosités les plus saisissantes de la Vendée. M. Dugast- Matifeux en a publié, dans Poitou et Vendée, page 2, une description fidèle. Nous ne pourrions mieux dire que ce savant écrivain. Visitant à notre tour cette fontaine célèbre, nous avons constaté la scrupuleuse exactitude de la description que nous allons reproduire.

Après avoir dit que le poisson qui sort des ruisseaux et des pêcheries de Bouillé jouit d'une réputation très méritée et que celui de la fontaine est préférable, l'auteur ajoute :

« Cette fontaine forme un petit étang, entouré de frais ombrages, et dont les bords peu profonds et couverts de plantes aquatiques n'offrent de remarquable que la limpidité de l'onde; mais au milieu se trouve un rond-point, absolument dégarni, que l'herbage dessine et contourne comme un cercle. Le roc calcaire est creusé en entonnoir extrêmement profond (25).

« Lorsqu'on s'y promène en bateau et que le ciel est éclairé, il offre à l'observateur une perspective des plus saisissantes. Grâce à la transparence extraordinaire de l'eau, qui permet de plonger jusqu'au fond du gouffre, on voit d'innombrables poissons nager et circuler; on les suit de l'œil, on assiste à toutes leurs évolutions, comme s'ils étaient placés devant soi, dans un vase immense de cristal; on distingue nettement leurs espèces, et, ce qui est encore plus singulier, leurs écailles se colorent des plus vives nuances d'or et d'argent, d'azur et d'éméraude, par la réfraction de la lumière, sur laquelle l'eau produit l'effet du prisme. Le mirage est si parfait qu'on se croirait volontiers suspendu en l'air dans un ballon, plutôt que porté sur un étang, dans une nacelle. En voyant se blottir, dans la pelouse verdâtre du fond de la source, les êtres multicolores qui la peuplent et la sillonnent dans tous les sens, peu s'en faut qu'on ne les prenne pour des oiseaux qui, après avoir longtemps voltigé sous nos yeux, viennent enfin se poser à terre.

L'Absie, le 2 l juin 1884.

B. DROCHON, Prêtre, Membre de la Société des Antiquaires de l'Ouest.

 

 

La vénerie de Jacques Du Fouilloux, précédée d'Une notice biographique sur l'auteur et d'une bibliographie des éditions de "la Vénerie" / par M. Pressac

 

 

 

 

 Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania (LES GRANDES DATES DE L'HISTOIRE DU POITOU ) <==.... ....==> L'histoire du Poitou, Le domaine seigneurial d'Oulmes et son église (Rives-d’Autise)

 

 

 


 

(1) Ce dernier document nous a été offert par l'un des collaborateurs, M. Charles Lalubie, propriétaire actuel du château d'OuImes. Nous sommes heureux de consigner ici notre reconnaissance pour le gracieux accueil que nous avons trouvé dans cette antique demeure qui se rajeunit, mais dans laquelle se conservent les traditions de l'exquise politesse de nos pères.

(2)   La cure de Bouillé relevait de Nieul-sur-l'Autise et valait mille livres de revenu. Outre l'église, il y avait à Bouillé, dans l'enceinte du château, un autre édifice, dédié à saint Pierre. D'abord paroissiale, cette église avait été, au XIV° siècle, convertie en oratoire privé.

 Elle fut détruite en 1557 par Jacques du Fouilloux, lors d'une reconstruction partielle du château. (Pouillé du diocèse de Luçon, par M. l'abbé AILLERY, p. i5o.)

Bouillé, auquel on a réuni Courdault, forme un centre de population d'environ 800 habitants. M. Beauchet-Filleau, dans le Pouillé du diocèse de Poitiers, p. 53 et 400, nous fait connaître que le seigneur de Bouillé présentait à une chapelle, dite de Sainte- Madeleine, dans l'église de Saint-Varent (Deux-Sèvres), et qu'il y avait une autre chapelle, dite de Saint-Sébastien, dans le village de Bouillé, dont l'évêque de Maillezais avait la présentation.

La construction de l'église de Courdault remonte à l'an 1063. (Voir Archives historiques du Poitou, t. III, p. 333), deux chartes concernant cette église.

(3) Ces armes, qui sont de gueules, à la herse d'or de 3 traits, se voient aussi sur une porte du vieux château d'Appelvoisin et aux clefs de voûte de l'église de l'Absie, bâtie par Bernard d'Appelvoisin, vers 1460.

(4) D'après la Généalogie de la maison de Chastaigner, cette Aliénor aurait été fille d'Ebles de Vivône, seigneur d'Oulmes. Veuve, elle aurait épousé Jehan Rondet.

(5) La famille Odard, originaire de l'Anjou, a fourni, sous Louis XI, un des grands officiers de la couronne. Voir sur cette maison la généalogie, d'ailleurs incomplète, qu'en donne le P. Anselme.

(6) C'est par erreur sans doute que la notice sur Bouille écrit Champigny-sur-Veude. Il s’agit de Champagne, ou Jean Odard faisait sa résidence habituelle, comme il paraît dans une enquète de 1451, concernant une contestation survenue entre le seigneur de Rouillé et l'évêque de Maillezais.

(7) Il était fils de Geoffroy Taveau, chevalier, baron de Lussac, et de Guyonne de Chabannais.

(8) Beauchet- Filleau l'appelle aussi Germaine et lui donne une autre soeur, qu'il nomme Françoise ou Jehanne mariée à Jehan Gourjault. (Dictionnaire des familles de l'ancien Poitou.)

(9) Bouillé reçut la visite de Jean de la Haye au mois de juin 1574. L'ambition de ce personnage habile avait été réveillée par la mort de Charles IX, et il se rendit en toute hâte dans le Bas-Poitou, donnant rendez-vous, dans le château de Bouillé, aux principaux officiers catholiques, dont il tenta, mais en vain, d'ébranler la fidélité. (Recherches sur Fontenay, par BENJAMIN FILLON, t. Ier, p. 151.)

 

 (10) Sur cette famille, voir le Journal de Paul de Vendée, publié dans les Mémoires de la Société de statistique des Deux-Sèvres, 26 série, t. XVII, p. 160 et suivantes.

(11) A Niort, chez Robin et Favre, 1864.

(12) Registres de Benet, trouvés par BENJAMIN FILLON. et cités dans Poitou et Vendée.

(13) Canton de Moncontour (Vienne).

(14) Archives de la Vienne. Voir aussi Tableau généalogique de la maison de Taveau, t. LXXXVII, p. 27.

(15) Poème de l’adolescence de Jacques du Fouilloux, imprimé à la suite de la Vénerie p. 64.

(16) Journal de Guillaume et Michel Leriche, p. 33 [.

(17) Cf. la note que nous avons placée au bas de la page 41, dans l'ancien archiprêtré de Parthenay. Poitiers. Oudin, 1883.

(18) La Guyonnière est un château de la paroisse de Beaulieu-sous-Parthenay. La pièce, mentionnée ici, fait partie de notre collection : elle a été publiée par les Archives historiques du Poitou, t. IV, p. 440.

(19) Publiée dans le même volume des Archives historiques du Poitou, p. 447.

20 Cette note nous a été communiquée par M. Fillon, lettre du 17 août 1848.

(21) Le Moyen de parvenir, chap. intitulé : Le Résultat;

(22) Voir Recherches hist. et archéol. sur Fontenay, t. 1, p. 120.

(23) On verra plus loin les raisons de notre opinion sur ce point.

(24) Recherches hist. et archéol. sur Fontenay, t. 1, p. 107.

(25) La profondeur varie entre 10 et 12 mètres.