Mémoires de la troisième guerre civile - Les huguenots de l'Amiral de Coligny se sont retirés à Faye la Vineuse

En 1562, les protestants s'emparèrent de la ville Faye la Vineuse et la livrèrent au pillage. Ils emportèrent tout ce qu'ils purent trouver dans la collégiale, notamment, un morceau de la vraie Croix, enchâssé dans une croix de vermeil, et une châsse en or, contenant une dent de saint Georges.

Durant l'été 1569, la ville de Poitiers se trouve au cœur de la troisième guerre de religion opposant catholique et protestante dans le royaume de France. Jean Calvin y serait vraisemblablement venu en 1534.

Le duc d'Anjou à Loches avait, au 1er septembre, environ 12.000 hommes, d'infanterie — dont 6.000 Suisses et 2.000 Italiens, le reste français — 3.000 chevaux allemands, 400 à 500 italiens, 1.000 à 1.200 français.

Le 3 septembre, le duc d'Anjou vint de Tours à Loches rejoindre sa colonne qui s'était mise en mouvement de la veille. Le roi avait ordonné une démonstration vigoureuse pour amener la levée du siège de Poitiers, mais on devait éviter de s'engager à fond. L'ambassadeur vénitien écrivait, le 4 septembre, qu'on parlait pour faire le siège de Châtellerault afin de couper les subsistances aux assiégeants de Poitiers el pour essayer le ravitaillement de cette place. Le roi avait dit à l'ambassadeur que ce jour même son armée arrivait devant Châtellerault.

Le duc d'Anjou arriva en effet devant cette place par La Haye et, dès le 5 septembre, il se disposa à attaquer la ville. Celle-ci n'avait pour toute défense qu'une muraille mal flanquée, mal construite et précédée d'un fossé peu profond. La Loue s'y tenait avec seulement 7 compagnies d'infanterie et 4 faibles cornettes. Coligny, prévenu, détacha de suite au secours de la place 1.500 chevaux commandés par La Noue.

Le 6 septembre, ce dernier campait à La Tricherie (9 kilomètres de Châtellerault). Ce jour-là, la place avait été canonnée par l'artillerie royale qui avait fait une brèche suffisante. Ces coups de canon, entendus de Poitiers par les assiégés, leur présagèrent la fin de la lutte.

 Le 7 septembre au matin, le duc d'Anjou lança à l'assaut de Châtellerault une colonne d’Italiens qui avaient réclamé l'honneur d'enlever seuls la position. Ces volontaires s'élancèrent bravement et couronnèrent la brèche, mais ne purent pénétrer dans la place. Dans la nuit. La Loué avait fait creuser, en arrière du mur détruit, Un large fossé flanqué de traverses ; la colonne italienne, arrêtée par l'obstacle, fui décimée par des feux croisés ; mal soutenue par les Français et perdant beaucoup de monde, elle dut rétrograder. L'assaut ne fut pas renouvelé (1).

Ce jour-là, Coligny, abandonnant le siège de Poitiers, se mil en marche sur Châtellerault, conduisant lui-même sa cavalerie. Il laissait en arrière un fort détachement d'infanterie pour procéder à l'enlèvement des pièces de siège que Genlis devait ramener à Lusignan.

Le 7 septembre au soir, La Noue pénétrait dans Châtellerault. Ce même jour, le duc d'Anjou, docile aux conseils de Tavannes, désireux d'éviter tout engagement pour ne pas compromettre les résultats obtenus, ordonna la retraite vers le nord.

L'armée, en une seule étape par Ingrandes (2), arriva à Port-de-Piles. La Creuse, en ce point, est fortement encaissée, ses bords sont très raides ; il eût été imprudent de combattre avec le cours d'eau en arrière ; aussi, dès le matin du 8 septembre, le duc d'Anjou fit-il passer son armée sur la rive droite de la Creuse. Il laissait une forte arrière-garde de 2.000 hommes, retranchée à Port-de-Piles, qui servait ainsi de tête de pont. Le duc établit ensuite son armée sur la rive droite, autour du village de La Celle, position garantie par la Creuse au sud, à l'ouest par la Vienne, au nord el à l'est par des marais sans roules praticables.

Le 8 septembre, toute l'armée de Coligny arrivait à Châtellerault ; l'infanterie passa la Vienne sur le pont de la ville, la cavalerie se servit d'un gué en aval. L'Amiral ne pouvait plus espérer un succès éclatant, mais il lui fallait essayer de garder une supériorité apparente sur l'ennemi.

Le 9 septembre, sa pointe d'avant-garde, avec La Loue, poussa jusqu'à Port-de-Piles ; elle trouva le village bien gardé. Une vive escarmouche s'engagea entre La Loue et les royaux commandés par Paolo Sforza et La Valette. Le combat traîna en longueur, sans résultats appréciables, et Coligny en arrivant, vers 3 heures de l'après-midi, le fit cesser. L'Amiral, ne pouvant forcer le passage de Port-de Piles, fit rechercher un gué.

Dans la nuit du 9 au 10 septembre, le duc d'Anjou, jugeant inutile de garder un débouché sur la rive gauche de la Creuse, évacua Port-de Piles.

Les huguenots venaient de trouver un gué praticable en amont el très près de Port-de-Piles, mais Coligny ne put en faire usage, car le duc d'Anjou, prévenu, fit garder le passage par les Suisses et sept compagnies de gendarmerie. L'Amiral, sans se décourager, remonta jusqu'à La Haye, où il passa la Creuse sur le pont de cette ville.

Le 11 septembre, il vint avec toute son armée reconnaître la face est du camp catholique, cherchant un point vulnérable pour attaquer. Ce côté du camp était défendu par un marais infranchissable, sauf en quelques points tous bien gardés. Coligny dut reconnaître que partout l'attaque était impossible, l'armée royale restant prudemment sur la défensive. Les deux artilleries échangèrent quelques projectiles, aucun combat sérieux ne fut livré.

Coligny, impuissant à forcer son adversaire dans ses positions, ne pouvait rester en l'air sur la rive droite de la Creuse ; en cas d'échec, il eût été coupé de sa ligne de retraite. Coligny, d'ailleurs, était malade et, pendant ces dernières journées, il avait été obligé de se faire porter en litière. Dans l'impossibilité de rester plus longtemps en mauvaise posture devant l'armée royale, il décampa le 12 septembre, repassa la Creuse à La Haye, puis la Vienne près de Port-de-Piles.

Le 14 septembre, il s'établit à Fay la Vineuse, pays dont les ressources, n'étant pas encore épuisées, allaient lui permettre de reposer el de faire vivre son armée quelque temps.

Sans avoir essuyé de défaite formelle, Coligny avait perdu la partie ; son armée, découragée, était épuisée par les violents épisodes el les graves fatigues du siège de Poitiers ; on évaluait à 4.000 le chiffre des soldats morts au feu ou de maladie, et le repos du camp, si nécessaire qu'il fût devenu, ne pouvait manquer d'agir que comme un dissolvant.

Charles IX, heureux du succès de son frère, témoigna aux défenseurs de Poitiers sa reconnaissance par des dons considérables. Il comblait de louanges les deux jeunes Guise, le vaillant comte du Lude, les brillants officiers italiens qui avaient rivalisé d'entrain cl de courage avec les "gentilshommes français. Les auspices changeaient el l'espoir de la victoire prochaine semblait déjà une certitude à l'armée royale.

L'amiral était logé à Faye-la-Vineuse où il n'était pas sans inquiétude, le parlement de Paris, non content de l'avoir condamné à mort et de l'avoir fait exécuter en effigie, avait mis sa tête à prix, et l'hôtel de ville de Paris s'était rendu caution de cinquante mille écus d'or, qu'on promettait à celui qui le tuerait.

 Il aurait pu s'élever au-dessus de cette crainte, s'il ne se fût vu dans le même temps trahi par le plus affidé de ses domestiques, qui, après des conférences secrètes avec un officier du duc d'Anjou, avait entrepris de l'empoisonner.

C'est là que fut exécuté, le 21 septembre, Dominique Dalbe, valet de chambre de l'amiral. Il fut convaincu d'avoir livré à La Rivière, capitaine des gardes de Monsieur, à Brisach, au mois de mai, des lettres d'Élisabeth d'Angleterre, de la reine de Navarre, des princes et de Coligny, écrites au duc de Deux-Ponts ; d'avoir servi ensuite d'espion, et enfin d'avoir voulu tuer Coligny devant Poitiers.

Coligny occupait une bonne position défensive au centre d'un plateau entouré par deux ruisseaux marécageux, la Veude et la Mable.

Le camp huguenot se trouvait là à peu près à égale distance (25 kilomètres) de Chinon et de l'Ile-Bouchard, deux ponts d'où pouvaient déboucher les catholiques.

Cette position était d'ailleurs sans valeur pour l'offensive, car l'armée huguenote se trouvait là arrêtée par des rivières infranchissables comme en 1568.

Les gentilshommes du Poitou, de l'Angoumois, de la Saintonge, profitant de ce temps d'arrêt, rentrèrent dans leurs châteaux pour se reposer ; ils promettaient de revenir à bref délai : les régiments méridionaux très diminués s'affaiblirent encore et parlèrent de rentrer dans leur pays. Il ne restait d'intact que les régiments étrangers du duc de Deux-Ponts, et ces auxiliaires eux-mêmes semblaient peu sûrs.

Toujours mal payés, ils avaient compté sur la pillage de Poitiers pour se dédommager, et cet échec les forçait à renoncer au bénéfice, promis à leur avidité. Devenus furieux, ils ne se gênaient pas pour menacer l'Amiral de l'abandonner et même de passer au service du roi Très-Chrétien.

Coligny se voyait en réalité dans une position critique ; mais, comme il croyait les catholiques hors d'état de prendre l'offensive, il s'était installé sans défiance à Faye-la-Vineuse. Il n'avait même pas hésité à se priver de ses attelages d'artillerie pour aider son grand-maître Genlis au transport des pièces de batterie de Poitiers à Lusignan.

Coligny, ne pouvant plus songer à prendre l'offensive, avait résolu de retraiter sur la base d'opération ancienne, pour hiverner à l'abri des places fortes de l'Angoumois et de la Saintonge. Il savait bien que l'armée catholique ne le suivrait pas longtemps.et qu'il pourrait attendre en sûreté les nouveaux auxiliaires allemands que le prince: d'Orange lui avait promis en partant pour l'Allemagne. Il se prépara donc à agir en conséquence.

Le duc d'Anjou, après les affaires de Port-de-Piles et de la Celle, était resté campé près de ce dernier village jusqu'au 14 septembre. Il ne l'avait quitté qu'après l’installation de Coligny à Faye-la-Vineuse.

Le prince ramena alors ses troupes à l'Ile-Bouchard, où il séjourna du 15 au 17 septembre, pourvoyant sur place à la défense du cours de la Vienne. Tout en préparant la défense locale, il ordonnait aussi la réunion d'approvisionnements de poudre et de vivres à destination de Poitiers, car il craignait encore un nouveau siège. Il augmenta la garnison de cette place de plusieurs enseignes d'infanterie el renforça la garnison de Mirebeau de quatre compagnies nouvelles. Le duc d'Anjou n'avait d'ailleurs pas lieu d'être satisfait de la discipline de son armée : les privations continuelles, le manque de solde entraînaient toujours de nombreuses désertions dans les troupes indigènes, dont les effectifs ne se renforçaient pas. Charles IX, alors à Tours, essayait vainement de réagir contre l'indiscipline de l'armée (3) en faisant exécuter quelques déserteurs. Il eût été plus rationnel de subvenir aux besoins des troupes, qui n'auraient plus eu de prétextes pour se débander.

La détresse financière restait toujours très grande et la sûreté des provinces continuait à être si mal assurée que les troupes amenant de Paris la solde des Suisses s'arrêtaient à Etampes : « 400 chevaux les attendant en Beauce ». Le roi se voyait obligé de refuser à son frère la compagnie de gendarmerie du duc de Montmorency, car elle devait, être affectée avec celle de d'Enlragues, en garnison à Orléans, à la conduite el à la protection des fonds. Le roi parlait même de retirer à son frère les arquebusiers à cheval, pour leur confier le service de police sur les chemins conduisant de l'armée à la capitale. La situation sanitaire de l'armée laissait d'ailleurs beaucoup, à désirer ; les rapports des ambassadeurs italiens montrent l'état fâcheux où se trouvaient les auxiliaires de leur nation. Ces étrangers, mal reçus dans tout le pays, avaient beaucoup de peine à subsister et avaient envoyé plus de mille malades à Tours (4).

Le 17 septembre, le duc d'Anjou el son état-major vinrent se fixer à Chinon ; l'armée tout entière se concentra dans cette ville et aux environs. A partir de ce moment, le prince, qui réclamait au roi l'envoi de nouvelles troupes et la relève de sa gendarmerie, reçut successivement des renforts de cavalerie régulière, des gentilshommes volontaires, ainsi que de la noblesse de l'arrière-ban.

Le.maréchal de Cossé l'avait déjà rejoint à l'Ile-Bouchard, lui amenant 18 enseignes de Picardie et de Normandie.

Le 24 septembre, le duc d'Anjou écrivait au roi (5) qu'il faisait préparer des pronts, « afin que vos forces puissent passer ensemble pour après prendre le chemin allant à eux le plus à propos et commode pour exécuter vos volontés ». En même temps il portail ses éclaireurs sur la rive gauche de la Vienne. La Valette s'établissait à Seuilly (5 kilomètres de Chinon), surveillant attentivement les huguenots, toujours immobilisés à Faye-la-Vineuse.

La reprise de l'offensive catholique devait forcément débuter par le passage de la Vienne ; l'opération, toujours longue avec un seul pont étroit, se compliquait singulièrement par la situation topographique de la rive gauche de la rivière en face de Chinon.

Le pont de pierre de cette ville la réunissait d'abord à son faubourg Saint-Jacques, bâti dans un terrain gagné sur la rivière. Le chemin traversait ensuite des terres souvent noyées, au moyen d'une levée de terre et d'un pont de dix arches dit « Pont-à-Nonain (6) », le franchissement de ce défilé était une opération très longue; un ennemi alerte, caché au débouché de la chaussée derrière les hauteurs, de Parilly, pouvait tomber à l'improviste sur l'armée royale à demi, passée et la jeter dans la Vienne sans qu'il fût possible de la secourir. Pour obvier à ce danger, le général en chef avait résolu d'établir plusieurs ponts de bateaux malgré l'obstacle de la Vienne, très grossie des pluies continuelles de l'été.

Le 25 septembre (7), le duc d'Anjou annonçait au roi que les ponts avançaient : « Je faictz, écrivait-il, toute la diligence que l'on peut pour faire nos ponts, afin de passer incontinent avec voire armée, ce qui se fera le plus tôt qu'il se pourra. »

En prévision du passage de la Vienne, l'armée catholique avait été concentrée à Chinon; elle comprenait (8) comme infanterie les deux régiments suisses de Cléry et de Pfyffer, 6.000 hommes ; 8 régiments d'infanterie indigène, 7.000 hommes environ ; 4.000 à 5.000 fantassins italiens, wallons et espagnols. Pour la cavalerie, on comptait 8.000 à 9.000 chevaux ; l'artillerie possédait 15 pièces et nombre de pionniers.

 La composition de l'avant-garde et de la bataille avait été arrêtée le 25 septembre (9), et le duc d'Anjou l'avait communiquée au roi le 27 (10) du même mois. La teneur des lettres du duc d'Anjou, des 24 et 25 septembre, montre que, pour hâter le passage de l'armée, on avait essayé d'établir plusieurs ponts ; un seul fut construit. Ce pont ne pouvant être établi en aval de Chinon, en raison de la nature du terrain de la rive gauche, on dut l'établir en amont. Il fut donc construit fort près et à l'est de la ville, un peu en aval du pont actuel du chemin de fer ; il aboutissait sur la rive gauche à des chemins en chaussée qui traversaient la plaine et se terminaient au-dessous de Parilly au grand chemin de Loudun à Chinon.

 

Le 25 septembre, le mouvement en avant commença. Le colonel Pf'yffer écrivait ce jour-là aux Caillons suisses que son régiment, avec 6.000 arquebusiers français el l'artillerie, avait passé la Vienne sur le pont de pierre et qu'un, pont spécial était affecté à la cavalerie. Ce pont n'ayant été prêt que le 25 dans l'après-midi, une partie de la cavalerie se servit du pont de pierre.

Le 26, le duc d'Anjou écrivait au roi que le pont de bateaux serait terminé à midi et que « cependant, pour ne pas perdre temps, nous avons faict passer une partie de votre cavalery sur le pont de la ville ».

 Le soir du 27 septembre, l'armée tout entière était réunie au-dessous de Parilly, à 3 kilomètres de Chinon. Cette dernière journée avait dû être consacrée au passage des trains. Le duc d'Anjou, le même jour, prescrivit l'évacuation de nombreux malades au nord de la Loire ; pour ne pas contaminer la ville de Tours, il assigna à ces hôpitaux de campagne les villages de Maillé, Langey et de La Pile-Saint-Mars (11).

Le 28 septembre, le duc d'Anjou quitta Chinon de sa personne et l'armée tout entière se porta sur Loudun par Marçay, suivant en sens inverse la route parcourue en décembre 1568. Loudun fut occupé sans résistance. Le duc d'Anjou, par ce mouvement, se portait sur une des lignes de retraite de l'armée protestante ; la position de Coligny était compromise.

Au moment où le duc d'Anjou commençait sa marche en avant, Coligny, rivé malgré lui à sa position de Faye- la-Vineuse attendait avec anxiété le retour de ses attelages. Ils arrivèrent le 29 septembre ; s'ils avaient tardé un jour de plus, d'après La Noue, l'Amiral eût été contraint d'abandonner son artillerie.

 Coligny, dès les premiers mouvements du duc d'Anjou, aurait dû occuper Loudun, pour s'opposer au passage de la Vienne à Chinon. La cour avait cru à Tours à ce projet, mais Coligny ne songeait qu'à rétraiter vers le Haut-Poitou, pour échapper à une action que son infériorité numérique devait lui faire craindre : son armée ne complait pas plus de 12.000 hommes d'infanterie et 7.000 à 8.000 chevaux avec onze pièces d'artillerie.

 L'Amiral, décidé à la retraite, avait à choisir entre plusieurs directions : maître du cours de la Vienne et de la Creuse, il pouvait filer par Châtellerault et Chauvigny sur Lusignan en quatre à cinq jours ; la deuxième route, en trois jours, menait à Lusignan par Châtellerault et Poitiers ; la troisième aboutissait à Parthenay par Airvault en deux ou trois jours.

La première route était la plus sûre, car l'armée catholique aurait hésité à s'engager derrière Coligny, au milieu de places occupées par les protestants ; la deuxième route était moins sûre, mais pratiquée avec décision elle permettait à Coligny d'arriver à Lusignan sans encombre, la garnison de Poitiers étant insuffisante pour arrêter sa marche.

Les catholiques, dans ces deux premières routes, étaient d'ailleurs distancés d'une étape. La troisième route, au contraire, celle qui menait de Faye à Parthenay par Airvault, la plus courte, était la plus dangereuse à suivre.

Tracée, presque en ligne droite par Monts, Saint-Clair, Moncontour el Airvault (40 kilomètres), elle coupait la roule de Mirebeau à Loudun à 12 kilomètres de celle dernière place. Dans celle même direction, .d'autres roules plus longues menaient derrière la Dive par les gués de la rivière de Sauves et par Marnes.

 Dans toutes ces directions, si l'armée protestante échappait au premier moment à la vigilance des coureurs royaux, elle se trouvait hors d'atteinte en une seule étape; le lendemain, il lui était facile de gagner Parthenay. Tout bien pesé, l'Amiral, avec son audace réfléchie, se décida à suivre la voie la plus courte. Soucieux dans sa retraite de se donner un point d'appui pour résister au besoin sur la Dive, Coligny fit saisir par La Noue et La Loue la petite ville de Moncontour.

 

Dans les derniers jours de janvier 1593, Faye-la-Vineuse fut de nouveau envahie par un corps de troupes Huguenots de 1200 hommes commandés par les capitaines de Coulanges, Landreau, Chesne-Brulé, la Fontaine, de Gaucourt et la Forest.

Une soldatesque effrénée s'abandonna aux derniers excès. Les femmes furent violées; on fit main-basse sur tout le numéraire et l'argenterie que possédaient les habitants et les églises, et on jeta dans les flammes tous les titres de propriétés. Les ornements des églises de Faye et de Saint-Jouin, que l'on avait cachés dans la maison d'un gentilhomme nommé Antoine Guenand de Razouzière, furent découverts et brûlés.

D'un autre côté, les chefs de cette horde de bandits rançonnèrent la ville et exigèrent le versement immédiat de 950 écus. Pour assurer le paiement de cette somme, ils prirent deux otages; nommés Louis Pins et Louis Mars. Une dame du pays, Bricette Champeigné, consentit à prêter aux habitants les 950 écus, qui furent versés au capitaine Le Courbe, logé à Faye, à l'hôtel du Chapeau-Rouge. Les troupes abandonnèrent ensuite cette malheureuse localité réduite à une profonde misère et plongée dans un deuil affreux.

 

Du château qui se trouvait à la place du presbytère, il ne reste que quelques pans de murs. les fortifications de la ville et l'église Saint-Jouin furent ruinés, à l'exception d'une tour, appelée la Tour-Ménagé, qui fut démolie en 1786.

Nous possédons encore les procès-verbaux du pillage et saccagement de la ville de Faye-la-Vineuse en 1595, selon le titre sous lequel sont réunis ces documents curieux. Nous prendrons seulement la déposition de maître Bertrand Allain, greffier et notaire à Faye,

 « lequel déposa qu'il lui souvient que le dimanche, 24 me jour de janvier de l'an 1595, environ dix heures du matin, arriva grand nombre de gens de guerre tant de cheval que de pied au faubourg dudit lieu, venant de Saint-Jouin, qui pillaient les faubourgs et menaient grand'vie. Et incontinent se présentèrent devant la ville en plusieurs endroits et leur fut demandé par aulcuns habitants estant sur les murailles : Messieurs, que demandez-vous?

— Lors les gens de guerre firent réponse: Nous voulons entrer dans la ville et y loger.

—    Lors lesdits habitants leur avaient dit : Messieurs, nous avons bonnes sauvegardes tant du roy que de messieurs les princes de Conti et le maréchal de Biron qui nous commandent nous garder pour le service du roi. Retirez-vous. Voyez l'enseigne blanche qui est au-dessus du clocher.

—     Lors lesdits gens de guerre auraient dit : Au diable les sauve-gardes et ceux qui les ont données; nous ne laisserons de loger soict de gré ou de force. Et incontinent auraient tiré quelques coups d'arquebouze, dont ils auraient blessé plusieurs habitants, et forcèrent lesdits habitants et entrèrent par force en ladicte ville, en laquelle ils prirent plusieurs habitants prisonniers, qu'ils rançonnèrent chacun en particulier.

 

Partie desdis habitants et la plupart des femmes et filles se retirèrent au clocher où ils furent contraipts. Puis maître Anthoine Guenant, sieur de la Rouzière, promit auxdicts gens de guerre grosses sommes de deniers jusqu'à la somme de 950 écus, pour laquelle furent baillés en otage messire Loys Pinsès-mains d'ung nommé le capitaine La Courbe, Loys Mars ès-mains du capitaine Landreau; laquelle somme de 950 écus fut prêtée par honorable femme Bricelte Champeigné.

Etaient les capitaines Goullonges, Gascourt , La Forest, La Fontaine, Bruslé et plusieurs capitaines et soldats qui pillèrent toute la ville et les faubourgs, et dura ledict pillage jour et nuit quatre ou cinq jours ; firent brûler tous les enseignements , tictres et papiers desdicts habitants et ce qu'ils ne firent brûler le rompirent et déchirèrent; prirent en la maison du sieur Guenant les ornements des églises dudict Faye et de Saint-Jouin ; forcèrent femmes et filles , rançonnèrent, outre lesdicts 950 écus, tous lesdicts habitants en particulier. Et est tout ce qu'il déposa contenir vérité. »

Après deux siècles et demi, les lieux montrent encore des vestiges des guerres du XVIe .siècle. En plusieurs endroits les ruines sont restées accumulées, comme un témoignage permanent de l'ancienne prospérité de Faye et des violences des factions.  On montre l'hôtel du Chapeau-Rouge, où le capitaine La Courbe reçut la somme stipulée pour la rançon des habitants.

 La chapelle Sainte- Catherine, où reposait le cœur de la dame Nivès, baronne de Faye, à complètement disparu; c'est à peine si l'on peut aujourd'hui en reconnaître l'emplacement.

D'autres établissements religieux n'ont pas même laissé de ruines et, chose plus déplorable encore, le souvenir en a péri même dans la mémoire des hommes.

Malgré sa déchéance, le bourg est encore pittoresque : un bel hôtel XVe avec tourelle polygonale d'escalier témoigne de la splendeur passée de la petite ville.

 

 

La troisième guerre de religion. Jarnac, Moncontour (1568-1569)... / S.-C. Gigon,...

 

 

 Voyage au temps du siège de Poitiers par l'amiral Gaspard de Coligny en 1569, d’après une gravure Italienne et déroulé. <==.... ....==> 3 Octobre 1569, Troisième guerre de Religion, bataille de Moncontour dans le Poitou. (Panorama 360°)

En 1568-1570 se déroule la troisième guerre, Condé et Coligny soulevant le sud-ouest du pays. L’inventaire du château de Chinon  <==

La Baronnie de Faye la Vineuse et ses Seigneurs <==

 


 

(1) L'intention formelle du roi d'assiéger Châtellerault pour faire lever le siège de Poitiers est attestée par plusieurs lettres du roi et de la reine. Getle dernière écrivait, le 12 septembre, de Tours, au duc d'Alençon : « Mon filz, Sanger vient... d'arriver de voslre frère, par le quel il nous a mandé... l'heureux désassiégement de Poictiers avec ung très grand honneur de M. de Guise... et de vostre frère de les avoir si bien secouruz qu'en faisant semblant d'assiéger Châtellerault el de donner un faulx assault, il a fait ce qu'il vouloit et pourquoy le roy l'avoit envoyé... » Stale Papers Foreign Elisabeth, vol. CVIII, n° 359. Citée dans The War o{ religions in France, de James W. THOMPSON, Chicago, 1909.

(2) Châtellerault - Ingrandes, 17 kilomètres; Ingrandes - Port-de-Piles, 5 kilomètres,

(3) B. F. N. Acq., 6002/39. 18/9. — Le roi au duc d'Anjou.

(4) Amb. vén. — Dépêche du 24/9 69. — Nég. de la France avec la Toscane, t. III, — Dépêche du 18/9 69.

(5) B. Vo Colbert.-24/296: 23/8. — Villeroi à la reine-mère.

(6) Histoire de l'Anjou et du Maine-et-Loire; La construction des ponts sous Plantagenêt (Henri II et Aliénor d’Aquitaine)

(7) B. F. N. Acq., 6003/43 et 44. — Le duc d'Anjou au roi.

(8) Effectif des armées au 30 septembre 1569.

(9-10) B. F. N. Acq., 6003/43 et 48. — Le duc d'Anjou au roi.

(11) B. F. N. Acq., 6003/48. — Le duc d'Anjou au roi.