Rabelais et les 115 reliques de l'église Saint-Chartier de Javarzay (commune de Chef-Boutonne)

Située sur un chemin secondaire de Saint-Jacques de Compostelle et dotée de 115 reliques envoyées de Rome  par le Cardinal Perrault en 1506.

Cet édifice est bien orienté ; la façade, qui a beaucoup souffert, est divisée en deux ordres. La partie inférieure est ouverte par une porte unique, entourée de plusieurs zones ou archivoltes qui retombent sur des tailloirs ornés d'étoiles à six lobes, de rinceaux perlés et de petits cercles avec un fleuron au milieu.

Quelques-uns des chapiteaux sont de feuillage, d'autres sont historiés, mais le travail est tout-à-fait médiocre ; les colonnes ont disparu. L'encadrement de la porte est garni de demi-cercles opposés par la circonférence. L'arcature de droite n'existe plus, les encadrements de l'arcature de gauche ont été conservés dans les reconstructions. Le premier ordre est surmonté d'un rang de corbeaux ; ces supports, dont la partie ornée offre si souvent les objets les plus divers et les plus singuliers, nous présente ici un fleuron, là une longue feuille, une tête affreuse; plus loin on aperçoit un oiseau de nuit, une tête aux oreilles de bêtes.

L'espace compris entre les modillons est très orné; c'est un voyageur portant sur son épaule un bâton qui soutient un petit panier, derrière le voyageur est son chien qui aboie en se détournant; ce sont des fleurons à plusieurs pétales, des feuilles longues, des cercles remplis de dessins variés, des étoiles, des losanges et au milieu l'agneau surmonté d'une croix : ces sculptures sont d'un travail peu soigné.

Dans l'ordre supérieur s'entrouvre une fenêtre cintrée, flanquée de colonnettes dont les chapiteaux sont feuillés et les tailloirs unis; dans le sommet du fronton on voit une fenêtre carrée. Le mur extérieur du midi jusqu'au chœur est de la construction première. Les contreforts sont peu saillants, les fenêtres plus étroites à l'extérieur qu'à l'intérieur, où elles descendent en escalier, diffèrent toutes par leurs dimensions; l'une d'elles a 2 mètres de hauteur et 20 centimètres de largeur. Les bordures sans ornements qui les entourent, sont interrompues par les contreforts qui séparent les travées. La plupart des corbeaux qui soutiennent la corniche sont d'une grande simplicité, cependant quelques-uns portent différents objets : trois rouleaux, un baril, une face grossière. A l'extrémité du transept s'entr'ouvre une fenêtre cintrée, flanquée de deux colonnettes, les chapiteaux sont feuillés, les tailloirs sont lisses.

Ce qui suit appartient à des reconstructions du quinzième siècle, aussi l'on y rencontre une niche hérissée de crosses, des contreforts étagés, de grandes fenêtres ogivales, des meneaux flamboyants.

Le chevet de l'église appartient au même style; il est droit, soutenu par des contreforts pareils aux autres; il est percé de trois fenêtres; celle du milieu est la plus grande.

En entrant dans l'église de Javarsay, les regards sont frappés par une belle architecture. On reconnaît sur-le-champ qu'un habile maître d'oeuvre a présidé à sa création; on voit qu'une direction puissante a groupé tous ces assemblages de demi-colonnes, élevé ces voûtes, disposé cette nef, ces bas-côtés et un chœur qui malheureusement n'existe plus, mais qui devait un peu dévier vers la gauche pour rappeler aux fidèles, qui venaient prier, la tête tournée vers l'orient, qu'au moment d'expirer, la tête du Sauveur fléchit et s'inclina. Les travées jusqu'aux transsepts sont au nombre de quatre, elles sont indiquées par des piliers formés par des demi-colonnes qui se groupent par huit, quatre grosses, quatre petites.

L'espace compris entre les travées se différencie à chacune d'elles; il commence par 3 mètres 10 centimètres, et finit, en augmentant toujours, par arriver à 4 mètres 20 centimètres. Il faut remarquer à la troisième travée, des autels de pierre qui s'appuient sur des piliers : l'un est à droite, l'autre est à gauche.

S'il existe si peu de ces anciens autels, c'est qu'au seizième siècle on les a démolis et remplacés par des tabernacles : depuis, les objets qui servaient à conserver les hosties ont été négligés et sont devenus très rares. Le vase contenant les hosties était quelquefois suspendu à un crosse; il en était ainsi à l'église de Saint-Maixent.

Le commencement du latéral de gauche a 1 mètre 80 centimètres de largeur ; cet espace diminue en approchant vers les transepts, à leur entrée il n'y a plus qu'un mètre, ce qui provient de la grosseur des piliers qui soutiennent la tour; le latéral de droite commence par 1 mètre 50 centimètres, plus loin il a 1 mètre 30 centimètres, et, à son extrémité, il n'y a qu'un mètre.

Les piliers qui reposent sur des piédestaux élevés, sont formés par une réunion de huit colonnes, quatre grosses et quatre petites. Les chapiteaux sont des feuilles recourbées, dont quelques-unes sont retournées en boule.

On voit aussi aux chapiteaux de grosses têtes, des animaux à deux corps, on en peut reconnaître encore deux autres qui sont, je crois, des chiens mettant leurs pattes sur un lièvre qu'ils viennent de prendre.

Quelques chapiteaux ont aussi leurs corbeilles sans moulures ou de simples crochets sous l'angle des tailloirs. Les voûtes sont demi-ogivales et en berceau; elles sont soutenues par des arcs-doubleaux retombant sur des tailloirs unis, sur des chapiteaux de feuillages assez grossièrement indiqués.

Aussi l'architecture de Javarsay l'emporte de beaucoup sur la sculpture ; les taille-pierres qui se hissèrent le long de ses colonnes, autour de ses chapiteaux, ne surent laisser, dans leurs différentes compositions, que l'empreinte d'un ciseau peu habile. L'inspiration, l'adresse ou le temps leur manqua : aussi l'on peut dire que l'église de Javarsay ne fut jamais complète.

A ses nobles proportions, à sa grande nef, à ses belles voûtes, à ses piliers qui montent et s'élancent, il manqua toujours d'élégants détails, de gracieuses compositions. Les murs latéraux sont soutenus par des demi-colonnes assez éloignées les unes des autres; elles supportent des chapiteaux peu ornés, quelques-uns même sont tout-à-fait unis ainsi que les tailloirs; entre ces colonnes sont des fenêtres qui s'ouvrent dans des arcatures de belle proportion. Les fenêtres sont encadrées de gros tores retombant sur des tailloirs sans ornements, que supportent de petits chapiteaux et de petites colonnes : aussi l'on pourrait dire que les tores sont la continuation des colonnes. Les voûtes des bas-côtés sont cintrées, moins élevées que celles de la nef, et soutenues, de distance en distance, par des arcs-doubleaux qui marquent les travées. Dans le latéral de gauche, il faut signaler une petite armoire cintrée surmontée de jolies moulures.

Les transepts sont du même style que la nef; aussi les deux premiers faisceaux qui soutiennent l'élégante coupole de Javarsay sont formés par la réunion de douze demi-colonnes, quatre grosses et huit petites. La disposition n'est pas tout-à-fait la même pour les deux autres faisceaux.

Sur ces quatre groupes de demi-colonnes repose une belle coupole percée à son centre, et soutenue par de grosses nervures rondes, au nombre de quatre qui, partant du point culminant des arcades inférieures, vont se réunir à son sommet. Les arcades dont je parle, sont semi-ogivales et surmontées d'une bordure ornée de dents de loups; c'est là ce qui forme la base de cette coupole si svelte et si gracieuse : c'est là que finit malheureusement ce qui reste de la construction primitive.

Viennent ensuite les constructions du quinzième siècle, qui brisent l'ensemble et l'harmonie qu'il y avait au temps où le monument appartenait tout entier à la même époque, à la même architecture. Le chœur est plus large que la nef, les voûtes sont ogivales et garnies de nervures sur toutes, leurs arêtes, les piliers sans chapiteaux sont composés de moulures prismatiques.

Dans les bas-côtés, ces nervures vont se grouper au sommet des voûtes autour de plusieurs écussons entourés de guirlandes; l'un d'eux porte des fleurs de lys échappées aux destructions de 93. Le fond de l'église est éclairé par une grande fenêtre ogivale, parcourue seulement par deux montants. Il faut aussi remarquer une niche qui se creuse dans le mur latéral du midi. La tour, qui s'élève sur la coupole, est divisée en deux étages ; le plus élevé est percé d'une seule fenêtre sur chaque face ; les modillons et la corniche, qui soutiennent une couverture à quatre pans, n'ont rien qui mérite d'être signalé; les fenêtres sont encadrées d'un tore ou boudin; il y a une tour ronde qui renferme l'escalier par où l'on monte au clocher.

Telle est l'église de Javarsay, l'une des plus intéressantes par ses belles dispositions, par la beauté de son architecture; malheureusement elle a perdu son homogénéité, et par conséquent son harmonie.

Javarsay était un prieuré de l'ordre de saint Benoît, de 200 livres de revenu; il était dans la présentation de l'abbé de Saint-Liguaire. (FONTENEAU.)

 

 

 

LES RELIQUES DE JAVARZAY ET LE CARDINAL RAYMOND PERRAULT

Javarsay possédait autrefois des reliques, dont la pieuse origine captiva pendant longtemps les respects de la foule. Autrefois on y venait de bien loin pour y déposer des offrandes, pour y demander la fin de ses douleurs, la réalisation de ses espérances.

On lit dans Pantagruel (livre ler, chap. XXVII), à propos de la défaite des gens du roy Picrochole par le frère Jehan des Entommeures….. « que les ungs, en fuyant se vouoient  à sainct Jacques…..les aultres a sainct Jehan d' Angely, les auttres à sainct Eutrope de Xainctes……. ès reliques de Javrezay et mille autres bons petits saincts. »

Un commentateur fait, au sujet de ce passage, la remarque suivante (1) «Reliques de Javerzay. C'est une petite bourgade près Chef-Boutonne en Poitou, fort renommée de nos pères à cause des reliques qui étoient gardées en l'église parochiale où l'on venoit en pèlerinage de tous côtés pour gagner les pardons.

Ces reliques, furent apportées de Rome par un cardinal nommé Raymond Préault (2), natif dudit lieu, et posées en ladite église le 24 mai 1506, qui étoit le dimanche entre les Rouzons (3) et la Pentecôte.

 C'étoient des os de saint Chartier et autres enchassez dans un petit coffre d'argent qui pesoit 16 marcs et une image de Nostre-Dame qui valoit 1200 ducats.

Tout cela fut pris aux seconds troubles de l'an 1567. »

 Nous connaissons par une pièce qui existe aux archives du département de la Vienne (4), quelles étaient ces autres reliques renfermées dans la même châsse que celles de saint Chartier.

 Nous allons transcrire ici ce curieux document.

«  Sensuyt la déclaracion, des noms des sainctes et dignes relicques des glorieux saincts et sainctes, qui de présent hounourablement repousent, en l'église de Sainct-Chartrier de Javarzay, diocèse de Poictiers, données et envoieez à la dicte église et fabrice, pour la décoration et enrichement d'icelle, par feu de bonne mémoire, très révérend père en Dieu, Mons Maistre Raymond Peyraud, natif dudict Javarzay, en son vivant, cardinal de Gurces et légat de nostre Sainct-Père le Pape, ès parties de Germanie et des Allemaignes.

 

 « Premièrerment eu la dicte église y a de la vraie croix de Nostre Seigneur,

« item, de son sainct et sacré suaire, où son digne corps repousa,

« Item, de l'exponge en laquelle on luy donna à boire fiel et vinaigre,

« Item, de la digne touaille (1) de laquelle il exuya les piez des apoustres, le jeudi de la cenne, amprès la cenne faicte,

 « Item, du pilier auquel Nostre Seigneur fut lié et flagellé chez Pilate,

« Item, des espines de la couronne de Nostre Seigneur,

« Item, aussi y a du lait des mamelles de la Vierge Marie,

 « Item, de la guymple qu'elle avoit en son jeune aage,

« Item, d'une autre guymple qu'elle portait durant la passion de Nostre Seigneur, qui est dédiée du sang précieux de Nostre Seigneur,

« Item, de la robbe de la Vierge Marie, mère de Nostre Seigneur.

« Item, de la xaincture qu'elle fit de ses propres mains qui est de grant vertuz,

«  Item, du bon patriarche et père ancien, Abraham,

« Item, y a du doys du glorieux monseigneur sainct Jehan Baptiste, duquel il monstra Nostre Seigneur luy estant au désert en disant: Ecce agnus, etc.,

« Item, de la verge d'Aron, laquelle miraculeusement entre ses mains fleurit et porta fruyt ensemble,

« Item, de saincte Anne, mère de la Vierge Marie,

« Item, de Marie Cléophé et de Marie Salomé,

Des Apoustres de Nostre Seigneur,

Premièrement

« De St PouI, ; « De St André, ; «  Linge, serviette ; « De St Jacques le Majeur ; « De St Philippe ; « De St Jacques le Myneur ; « Des Sts Simon et Jude ; « De St Thoumas ; « De St Marc ; «  De S.t Barthélémy ; « De St Luc, esvangéliste ; « De St Barnabé ; « Des Innocents ; «  De St Estienne ; « De St Cornelien ; « De St Denys en France ; « De St Ignace ; « De St Laurens ; « De St Cristofle, ; « De St Cosme ; «  De St Damien ; « De St Erasme ; « De St Ypolite ; « De St Georges ; «  De St Maurice ; « De son frère St Germain ; « De St Geréon, ; « De St Presses ; « De St Martunien ; « De St Roumans ; « De St Quirin ; « De St Second, ;« De St Ciriace ; «De St Cancien ; « De St Pancrace ; « Du roy Nothus,.père.de.Ste Ursule ; « De St Clyades, duc, ; « Des dix mil martirs, ……

 

Item, un très bel ossement blanc de Madame Ste Barbe. Item, aussi le chief entier de l'une desdictes unze mil Vierges (5).

Le passage de Rabelais que nous avons cité plus haut, l'opinion de son commentateur, les lignes qui précèdent le document que nous venons de transcrire, énoncent certains faits (qui au point de vue historique, demandent quelques développements.

Nous n'avons pas la prétention de faire la biographie du cardinal R. Perrault qui, né en 1435, d'une famille d'artisans, parvint par son seul mérite aux plus hautes dignités ecclésiastiques.

Nous voudrions seulement pouvoir répondre à cette question que nous nous sommes bien souvent posée au sujet du don fait par lui à notre vieille église romane (6).

Quels purent être les motifs qui le portèrent à faire en sa faveur cet acte de pieuse générosité? Etait-il donc vraiment né à Javarzay comme le prétendent le commentateur de Rabelais, l'énoncé du document qui précède, et M. Briquet dans sa Biographie des Deux Sèvres? Etait-ce là qu'il avait été baptisé? qu'il avait bégayé ses premières prières? ou ne se rattachait-il à Javarzay que par la dignité de Prieur dont il aurait été revêtu?

La majorité des historiens qui ont parlé de cet homme éminent, le font naître à Surgères, c'est l'opinion qu'a suivie M. l'abbé Rainguet dans sa Biographie Saintongeoise, tandis que M. Briquet, dans son Histoire de la ville de Niort, le dit originaire de Javarzay.

Pour nous, les uns pas plus que les autres ne corroborent leur assertion par la moindre preuve, nous ne prendrons donc parti pour aucune de ces deux manières de voir; mais, comme nous le disions tout à l'heure, il fallait bien que Javarzay eut pour lui l'attrait d'un précieux souvenir, pour qu'à ses derniers moments il lui ait adressé une telle marque de bienveillance.

 Ce fut en effet à la fin de sa vie qu'il dut s'occuper à réunir toutes ces reliques, qui même ne parvinrent à leur destination qu'après sa mort, si nous adoptons comme date de leur arrivée à Javarzay l'époque (le 24 mai 1506) donnée par le commentateur de Rabelais, car tout le monde est d'accord que le cardinal de Gurck décéda à Viterbe le 5 septembre 1505 (7).

Jetons un rapide coup d'œil sur la vie de ce bienfaiteur de l'église de Javarzay.

Après avoir débuté par la modeste position de maître d'école à Surgères, puis à la Rochelle, il fut admis comme boursier au collège de Navarre à Paris, il y obtint successivement les grades de bachelier et de docteur en théologie, puis revenu dans son pays natal, il fut nommé prieur de Surgères.

Quelque temps après, étant allé à Rome, sous le pontificat de Paul II, il s'y fit avantageusement connaître par ce pape et ses successeurs, Sixte IV et Innocent VIII; ce dernier l'envoya en Allemagne comme nonce apostolique, pour y recueillir des aumônes afin de soutenir la guerre contre les Turcs. Cette première mission ne lui procura que des désagréments, et même à son retour à Rome pas un cardinal, contrairement à l'usage, ne vint au- devant de lui. Il avait su cependant se concilier les bonnes grâces de l'empereur Maximilien Ier, qui lui donna l'évêché de Gurck en Carinthie.

Le 21 avril (d'autres disent au mois de septembre) 1493, à la demande de l'empereur Maximilien et du roi de France, Charles VIII, le pape Alexandre VI le créa cardinal-diacre au titre de Sainte-Marie in Cosmedin, puis de Saint-Vital.

Vers cette même époque il fut chargé par Charles VIII qui nourrissait de grands projets sur l'Orient, d'entrer en négociation avec André Paléologue, despote de Romanie et héritier du dernier empereur Grec. Ses ouvertures furent accueillies et il l'amena à signer à Rome, le 6 septembre 1494, la cession de ses droits sur l'empire de Constantinople en faveur du roi de France (8).

Ce fut également lui qui traita avec le grand-maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem d'Aubusson, pour la remise entre les mains de Charles VIII de la personne du prince Zimzim, frère du sultan Bajazet.

Ennemi déclaré des Borgia, Raimond Perrault s'était cependant rapproché du pape Alexandre VI auquel il devait sa nomination au cardinalat, et l'on peut croire qu'il ne fut pas étranger à la détermination, prise par le Saint-Père, d'appeler, le roi de France, Charles VIII, en Italie, à la conquête du royaume de Naples, mais en lisant le journal de Burchard (9) on s'aperçoit facilement que notre compatriote n'était pas la dupe de la politique italienne.

Ce fut sur ses conseils que les Français entrèrent à Rome, ce qui causa une vive irritation au Saint-Père qui s'était retiré au château Saint-Ange.

Le 11 janvier 1495, il fut arrêté entre le Pape et le délégué du roi de France que les cardinaux de Saint-Pierre-aux-Liens (10), de Gurck et Savelli seraient à l'abri de tous reproches (3); un traité fut même préparé à ce sujet, mais ces trois cardinaux, qui n'avaient pas été appelés à en discuter les termes, en empêchèrent la signature.

Le cardinal de Gurck étant ainsi, au moins en apparence, rentré en grâce près du Saint-Père, vint le 22 janvier (1495) pour reconnaître ses torts et recevoir sa bénédiction, mais nous ne savons à quel propos il se laissa aller à des sentiments tout autres, et dans une virulente apostrophe il lui reprocha, en présence des cardinaux réunis, tous les crimes que lui impute, dit-on, l'histoire; et six jours après (le 28 janvier dans la soirée, le roi était parti dès le matin) il quittait Rome pour rejoindre Charles VIII dans sa marche sur Naples.

Mais lorsque les Français eurent quitté l'Italie, il se réconcilia définitivement avec Alexandre VI qui le renvoya vers l'empereur Maximilien pour pacifier les princes Allemands et les exhorter à prendre les armes contre les Turcs. Il profita de son séjour en Allemagne pour parcourir une partie de ses provinces ainsi que la Suède, le Danemarck et la Prusse, visitant partout les églises, rétablissant la discipline ecclésiastique parmi le clergé séculier, et rappelant les moines et les religieux à la stricte observance de leurs règles.

Ce fut Raymond Perrault qui eut l'honneur d'officier à Saint-Laurent d'Amboise aux obsèques de Charles VIII (mai 1498), et de conduire son corps à Saint-Denis, où le cardinal de Luxembourg termina ces tristes funérailles.

Le 29 avril 1499, il fut nommé cardinal de l'ordre des Prêtres, au titre de Sancta Maria Nova, église qui à cette occasion fut érigée en titre presbytéral, qu'il changea plus tard pour le titre cardinalice de S. Joannes et de S. Paulus Pomachii.

Au mois d'octobre suivant, le Pape le nomma à la légation de la province de Pérouse et coadjuteur de l'évêque de Metz.

En 1500, il fut envoyé Trente, en qualité de nonce, pour ménager un accommodement entre le roi Louis XII et l'empereur Maximilien. Il assista l'année suivante à la diète de Francfort-sur-le-Mein, comme légat du Pape, et fut en 1503, nommé évêque de Saintes (12).

Le pape Jules II (Julien de la Rovère, cardinal au titre de Saint-Pierre-aux-Liens), qui avait succédé à Alexandre VI (mort le 48 août 1503), le nomma à la légation du Patrimoine de Saint-Pierre; il exerça ces fonctions pendant deux années et mourut à Viterbe le 5 septembre 1505, âgé de soixante-dix ans; il' y fut inhumé dans l'église de la Trinité des religieux Augustins, dans laquelle on lisait cette épitaphe :

« Raymundus Perauldi, patrise suae Sanctonensis Episcopus,  ac S. R. E. Presbyter Cardinalis Gurcensis, pro que ea legatus a Deo opulentiae contemptor, ut elargiendo nihil sibi relinqueret : Ab Julio tamen II, Pontifice Maximo ditatus Patrimonii Legatione fungitur; Viterbii obiit Nonis Septembribus, Anno Salutis, ut que ab Julio tradita'sohjm retinere acceperat, sic monumentum hoc, haud quesitum ejusdem approbare credendum est. Vixit annos LXX. »

Malgré une vie si agitée, les longs voyages qu'il eut à faire, les grandes charges dont il fut revêtu, Raymond Perrault trouva le temps d'écrire quelques ouvrages dont voici les titres.

De dignitate sacerdotali, super omnes reges terrae.

 De Actibus suis in Lubeci et in Dacia, libella varia in Germania excusos.

Epistolas ad Capinonem, ad Helvetios et Germaniae principes, ut Turcum excitaret.

Et enfin, une Bulle sur la Confrairie du Rosaire, qu'il publia pendant sa légation en Allemagne et dont l'original était conservé à Magdebourg au XVIIe siècle, au dire de Andreas Coppenstrinus, au 3e livre de son ouvrage sur cette confrairie.

Un fait analogue à celui qui nous a fait relater ici les principaux événements de la vie de ce prince de l'Eglise est relevé par quelques-uns de ses biographes.

« En 1502 (dit l'abbé Fleury, au t. xxiv, p. 549 de son Histoire ecclésiastique), le cardinal Pérauld envoya des reliques au collège de Navarre, en reconnaissance de ce qu'il y avait été boursier, comme il le dit lui-même.

« M. l'abbé Rainguet (lieu cité), sans se prononcer sur la nature des objets donnés s'exprime ainsi a Au sein de la grandeur, il n'oublia point le collège de Navarre où il avait reçu le bienfait de l'éducation, et les deux localités où dans sa jeunesse il avait donné de simples leçons à l'enfance, la ville de la Rochelle en particulier, se ressentit de sa protection sage et éclairée.

Nous étions donc bien fondé à dire, comme nous l'avons fait au début de cet essai, qu'il fallait, ou que Raymond Perrault fût né à Javarzay, contrairement à l'opinion la plus répandue (13), ou que, tout au moins, il y eût occupé une position quelconque, résidé quelque temps et qu'il eût emporté de notre pays un bienveillant souvenir.

Son portrait existait dans l'intéressante collection qu'avait réunie l'auteur de l'Histoire de l’Eglise Santone, M. l'abbé Briand, et nous citerons, en terminant, pour caractériser le rôle important joué par le cardinal de Gurck dans les événements de son époque, les vers suivants qu'Octavien de Saint Gelais lui consacre dans son Séjour d'honneur.

Sy regarday un peu plus haut,

Lors vij Maistre Raymond Pérault

Qui governoit et Roys et Papes,

Empereurs et Ducs pour certain,

Tant avoit le pouvoir haultain,

Et par ly les grandes ménées

 

 

 

La renommée de tous ces ossements était grande, car ils étaient venus de Rome vers 1504; ils avaient été religieusement déposés dans un coffre d'argent: c'étaient les restes de saint Chartier et de plusieurs autres saints ; ils avaient été envoyés par un homme né dans les lieux qu'il s'empressait de doter, c'est-à-dire par le cardinal Raymond qui non seulement donna ces os, mais encore une image de la Vierge qui valait 1,200 ducats.

Ces reliques furent en grande partie pillées dans les guerres de religion ; la ferveur et le zèle n'en ont pas moins duré longtemps après.

L'église de Javarsay renfermait non seulement des ossements de saints, mais encore des tombes précieuses.

C'est sous ses voûtes que furent déposés les restes de plusieurs grands seigneurs.

 Jean de Rochechouart, chambellan du roi Louis XI, y fut enterré à la fin de l'année 1484.

Dans la même église on creusa deux autres fosses, l'une pour Catherine de Rochechouart, l'autre pour François de Rochechouart, premier chambellan du duc d'Orléans; ce dernier était mort au château de la Motte-de-Bauçay, le 4 décembre 1530. Blanche d'Aumont, son épouse, reposa près de lui.

En 1549, on vint ensevelir dans les entrailles de cette église l'un des membres de la même famille; Christophe de Rochechouart y fut bientôt suivi de Louis de Rochechouart qui vint reposer auprès de son aïeul, tué dans les champs de Jarnac; lui-même était tombé, en 1590, des suites d'une blessure reçue dans les environs de Poitiers pendant les guerres du protestantisme (ANSELME, t. IV).

Ainsi Javarsay fut pendant longtemps le funèbre asile où l'on mit les représentants d'une illustre famille, qui compta dans ses rangs des hommes, et surtout des femmes qui furent le centre de l'esprit et d'un tour si particulier, si délicat, si fin, mais toujours si naturel et si agréable, qu'il se faisait distinguer à son caractère unique.  (SAINT-SIMON., t. XIII, p. 92.)

 

 

L'église est protégée au titre des monuments historiques dès 1840, consolidée et mise en valeur par plusieurs campagnes de restauration menées à partir des années 1850.

Charles Arnauld a signalé en 1843 la présence dans la nef de l’église de Javarzay de deux autels en pierre fort curieux, antérieurs au XVI e siècle.

M. Berthelé présente, de la part de M. Th. Perrain, conseiller général, plusieurs boucles de ceinturons mérovingiennes, un éperon et diverses autres pièces, découvertes en 1854 à Javarzay, près du château. Le cimetière de Javarzay, cimetière où l'on rencontre des tombes de toutes les dates, depuis l'époque romaine jusqu'au XIIe siècle, se trouve précisément dans la propriété de M. Th. Perrain.

A un autre endroit de sa propriété, M. Perrain a découvert, également en 1854 un balnéaire romain fort bien caractérisé.

La Société manifeste le désir de posséder dans son musée les objets qui viennent d'être présentés. Il sera demandé à M. Perrain de vouloir bien nous en faire don. On lui demandera aussi de vouloir bien faire partie de notre Société.

Pierre tumulaire prismatique provenant du château de Javarzay, donnée par M. Perrain, vers 1854.

Longueur: 1 m. 86.

Ce tombeau, à double bâtière, sculpté des deux côtés, devait conséquemment être isolé, et non comme beaucoup d'autres adossé à un mur ou placé sous une arcade. Les sculptures qui le recouvrent représentent une chasse.

Ainsi, d'un côté, un soigneur à cheval, le faucon a poing, et entrant dans une forêt figurée par des feuillages et des entrelacements perlés fait fuir un animal, sur lequel un chasseur à pied tient son arc bandé.

De l'autre côté, une .dame aussi à cheval, galope derrière un chien qui pousse des quadrupèdes et des oiseaux vers un engin carré surveillé par un homme.

Les extrémités du tombeau sont ornées d'une croix grecque et de feuillages garnis de perles.

On n'a pas les renseignements sur le personnage qu'il recouvrait. Il avait dû être érigé dans une chapelle ou dans une église.

Ces tombeaux prismatiques primitivement montés sur des chantiers ou chevalets sont particuliers au Poitou et à la Saintonge.

La nef de Javarzay a été restaurée de 1870 à 1872 par M. Loué. Les travaux ont cependant suscité de vives critiques, le sol de la nef ayant été surélevé, les autels de la nef, les plaques tombales et le tombeau des Rochechouart détruits.

 

 

Catalogue du Musée Lapidaire : musée départemental (ancien Hôtel-de-ville) : Niort

H. Beauchet Filleau Chef-Boutonne, 5 décembre 1882.

 

 

 

 

 Le château de Javarzay reconstruit en 1514 par des membres de la maison de Rochechouart branche de Chandeniers de la Mothe <==

La ferme royale de Javarzay (Chef-Boutonne) Les Romains aux Francs - Clotaire Ier de saint Junien à Nouaillé <==

 

 


 

(1) Oeuvres de M. François Rabelais, docteur en médecine, augmentée de la vie de l’auteur er de quelques remarques sur sa vie et sur l’histoire avec la clef et l’explication de tous les mots difficiles… Amsterdam, chez Adrien Moztians, à la librairie françoise, Edition sphère.

 (2) Pour Perrault.

(3) Les Rogations.

(4) L'original de cet inventaire est de l'écriture du XVIe siècle, il est transcrit sur papier et ne porte aucune signature. Nous en devons la communication à l'obligeance de notre défunt confrère et regrettable ami, M. Redet.

(5) On remarquera qu'il n'est point fait ici mention de saint Chartier, saint assez obscur du reste dont la réputation seule n'était pas capable d'attirer à Javarzay l'affluence des pèlerins dont parle le commentateur de Rabelais.

(6) Elle était du moins sans mélange d'autre architecture, car le chœur qui est du style de la renaissance doit avoir été construit postérieurement à 1567, époque à laquelle nous croyons pouvoir faire remonter la ruine de cette partie de l'église en même temps que l'enlèvement des reliques par les protestants.

(2) Cette date du 24 mai, indiquant l'arrivée de ces reliques à Javarzay, fait évanouir un rêve dont nous nous étions bercé depuis longues aunées; nous pensions que la foire champêtre qui se tient à Javarzay le 26 juin  n'avait pas d'autre origine. On sait, en effet, que ce que l'on nomme foire champêtre, frairie, assemblée, etc., n'était bien souvent dans le principe que de pieuses réunions, motivées par la célébration de fêtes patronales, l'ostension de reliques, des époques de pèlerinages, etc., auxquelles accouraient des marchands attirés par le grand concours de fidèles et qui, peu à peu, ont changé leur caractère primitif en faisant d'une cérémonie essentiellement religieuse, une réunion purement mercantile et profane.

(8). Six ans après ce même André Paléologue céda ces mêmes droits au roi d'Aragon.

(9) On sait qu'il ne faut accepter qu'avec bien de la réserve les appréciations de Burchard sur Alexandre VI et sa famille.

(10) Julien de la Rovère, plus tard pape sous le nom de Jules II

 (11) M. Rainguet (lieu cité) ajoute qu'il y fut stipulé que le cardinal de Gurck jouirait des revenus attachés à sa dignité, soit qu'il résidât à Rome ou partout ailleurs.

(12) Il l'était déjà de la ville de Gurck on Carinthie (d'où lui vient son titre de cardinal de Gurck), et au dire de quelques auteurs de Novare et de Viturbe en Italie. Ce qui, pour ces deux derniers sièges, est contesté par les historiens locaux.

(13) Nous devons dire, cependant, que les termes de son épitaphe nous semblent donner toute raison à ceux qui le font naître en Saintonge.