Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière à Fontenay le Comte, le jeu de Paume dans l’Ouest

Il y a quelques années encore, tous les biographes de Molière en étaient à croire et à écrire que Molière, en ses pérégrinations provinciales, avait fait un séjour unique dans les principales villes de l'ouest de la France.

On parlait de « son voyage » à Nantes, à Fontenay-le-Comte, à Angers (?), à Poitiers (?), à Bordeaux (?); encore en parlait -on sous forme dubitative et hypothétique , surtout pour ces trois dernières villes, où nul document d' archives n'avait positivement révélé ou fait pressentir la présence de Molière .

L’ érudition a permis et permet d'être maintenant moins réservé, et pour le nombre des voyages du grand comique dans l'Ouest, et pour ses actes de présence même à Bordeaux et à Poitiers. Ce n'est pas un, c'est plusieurs voyages que Molière et ses camarades ont effectués dans cette région de la vieille France.

Entre cinq et six, à la tombée du jour, les notables de la ville sont attablés à la porte du jeu de paume, avec M. le lieutenant du prévôt.

Tout en vidant force flacons, car la tenancière du tripot donne aussi à boire, on regarde les joueurs achever leur partie, on cause comme on fait d'ordinaire en province où les absents sont assassinés à coups de langue.

Un bruit de roues dans la rue, les cris de la canaille qui s'assemble éveillent la compagnie, et l'on voit arriver, traînée par quatre bœufs et une jument poulinière, une charrette chargée de coffres, de malles, de paquets de toiles peintes.

Au sommet est juchée une jeune femme en costume moitié ville moitié campagne un jeune homme, aussi pauvre d'habit que riche de figure, marche à côté de la charrette, et un vieillard, courbé sous une basse de viole qui lui donne l'air d'une grosse tortue, complète le trio.

Ce sont les comédiens de campagne, les héros du Roman Comique qui font leur entrée dans une de nos villes de l'Ouest.

Molière (Extrait) from Théâtre du Soleil on Vimeo.

Au XVIIe siècle, les sociétés joyeuses, les confréries, la basoche, ont laissé éteindre leur verve surannée. Devant les défenses de l'Eglise, de l'Université et du Parlement, en face des préventions sans cesse croissantes contre le théâtre, les amateurs ont fait place aux acteurs de métier, aux troupes de comédiens nomades dont nous avons vu passer les avant-coureurs à la fin du règne de Henri IV.

 L'ancien théâtre si étroitement mêlé à la vie de la cité, les joueurs du cru pris indifféremment dans tous les rangs de la société, sont des mœurs d'un autre âge. Hors des collèges et des châteaux, on ne trouve plus en Poitou que des professionnels, des comédiens ambulants tels que ceux dont Scarron nous a tracé les attachantes silhouettes.

Le Désir, Léandre, La Rancune, Angélique, l'Etoile, La Caverne, voilà désormais les personnages dont nous allons retracer la vie errante, et, comme ils n'appartiennent pas plus à une province qu'à l'autre, notre rôle va se borner à rechercher les traces de leur passage en Poitou.

La tâche semble d'abord aisée. Chappuzeau, qui écrivait en 1673 (1) ne compte dans toute la France que douze ou quinze troupes nomades, qui parcouraient régulièrement les mêmes provinces pour éviter la concurrence. Mais le personnel était si variable, les acteurs passaient si souvent d'une troupe à l'autre, qu'on se trouve en face d'un écheveau presque impossible à démêler (2).

Le 23 février 1610, passait à Charroux une troupe de comédiens dont faisait partie Nicolas Bausse, de Paris, et sa femme Françoise Petit, de Chartres (3).

Ces deux acteurs jouissaient sans doute d'une certaine notoriété, car le fils qu'ils firent baptiser ce jour-là fut tenu sur les fonts par messire François de la Roche-Jaubert, abbé et baron de Charroux.

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LE THÉÂTRE

Le plus ancien souvenir qu'on possède de pièces de théâtre jouées à Fontenay date du 25 septembre 1596.

C'était alors le Jeu de Paume, situé à côté du logis de la Vau, au-dessous du château, qui servait de salle de spectacle (4).

Ce local eut, parait-il; la même destination durant tout le XVIle siècle; et, si nous en croyons M. Fillon (5), c'est là que la troupe de Charles Dufresne, dont Molière faisait partie, aurait donné des représentations théâtrales lors de son séjour à Fontenay en juin et juillet 1648.

Il faut cependant croire que la salle du Jeu de Paume n'était pas également goûtée par tous les acteurs qui, à cette époque, fréquentaient notre ville; car, à la date du 25 mai 1614, nous trouvons trace d'un traité passé entre Gédéon de La Touche, comédien du gouverneur du Poitou, Jacob Valloyre, aubergiste et charpentier de Fontenay, pour la construction d'un théâtre en planches et Mathé Rayson, maître de l'hôtellerie de la Lamproye, au faubourg des Loges, pour son entretien et celui de ses compagnons.

Sa troupe se composait de dix-sept personnes, femmes, enfants et serviteurs ; quatre chariots traînés par cinq chevaux et trois mulets lui servaient à transporter son matériel. Selon l'usage des comédiens nomades qui se recommandaient volontiers d'un personnage « d'autorité », il prend le titre de « comédien de Monsieur le Gouverneur de Poitou », alors Louis Gouffier, duc de Roannez (6) :

Ce jourd'huy, vingt cinquiesme jour du moys de may, l'an mil six cens quatorze, a esté faict le traité qui sensuyct entre Mathé Rayson, maistre de l'hostellerie de la Lamproye, ès faulxbourgs des Loges de Fontenay-le-Comte, et Jacob Valloyre, maistre charpentier, demeurant audict faulxbourg, d'une part; et Gédéon de La Tombe, comédyen de Monseigneur le Gouverneur de Poictou, de présent en icelle ville de Fontenay, d'autre part.

Le dict Mathé Rayson s'est obligé et s'oblige par le présent traicté, à nourrir, loger, héberger, fournir chandelle et boys le dict de La Tombe et les comédyens, hommes que femmes et enfants et serviteurs qui avecques luy sont en nombre de dix sept, pendant le temps de six sepmaines, commançantes ce jourd'hui, et ce à rayson de troys escuz, siz solz, troys deniers par chascun jour.

Item s'est obligé et s'oblige nourrier et escurier cinq chevaulx et trois mullets au dict de La Tombe appartenant, et à loger quatre charriots et charettes où sont hardes, bagaiges et ustensiles à l'usaige desdicts comédiens et serviteurs, ce au prix convenu de troys quarts d'escu par chasqu'un jour.

Item, le dict Valloyre, maistre charpentier, s'est obligé et s'oblige par iceluy traité à droisser jouxte le fossé dudict faulxbourg des Loges, vie-à-vis de la planche de la venelle de la Lamproye, une chambre de planches bien et solidement faicte, chaulmée par le sus, de treize toyses et demy de long, huict en large, et troys et demy de hault, avecques planchier sus traicteaux, jusques au quart la dicte longueur, de quatre pieds et demy de hault jouxte le fond de la dicte chambre et troys et demy en avant; et par le derrière de la dicte chambre, une aultre petite chambre de planches de cinq toises do long, quatre de large et deulx de hault avecques deux portes et eschattes plactes entrant au planchier hault de la dicte grand'chambre ce moyennant le prix et somme de deulx escus et demy par chasqu'un jour du premier du moys de juing prochain au premier jour de julyet en suyvant.

Item est accordé entre les dictes partyes qu'auront droict les dites Rayson et Valloyre à troys places en ]a dicte chambre, par chasqu'une journée des dicts comédyens.

Fait à Fontenay-le-Comte, au logis de la Lamproye, les dicts jour et an sus mis.

GÉDÉON DE LA TOMBE. M. RAYSON. J. VALOYRE. (7)

 

 

 

 Le prix était fait pour deux écus et demy par jour, du 1er juin au 1er juillet. Rayson et Valloyre se réservaient trois places à chaque représentation.

Ces détails sont précieux. Ils le seraient plus encore si nous avions pu retrouver l'original de ce marché, qui ne nous est connu, comme la plupart des pièces publiées ou citées par Benjamin Fillon, que par une copie moderne insérée dans les Archives historiques de Fontenay-le-Comte. Sans vouloir mettre en doute l'authenticité de ces pièces, il est permis de regretter l'absence ou tout au moins l'insuffisance des références qui les accompagnent.

(Molière aurait joué en 1648 dans la salle du jeu de paume, à côté du logis de la Vau, impasse actuelle de Mouillebert.)

Deux troupes de comédiens passaient à Poitiers quelques années plus tard La première, composée de « comédiens farseurs », se vit refuser l'autorisation de jouer, attendu le temps qui obligeait plutôt à prier Dieu et assister au jubilé que d'aller aux spectacles publics (5 juin 1628).

La seconde, plus heureuse, avait obtenu l'autorisation du maire et avait même commencé à donner ses représentations lorsqu'elle reçut du lieutenant du présidial l'ordre de fermer son théâtre et de sortir sur-le-champ de la ville, à peine de six cents livres d'amende payables par corps.

Mais le maire, jaloux des prérogatives de sa charge, assembla son conseil pour protester contre cet empiétement du pouvoir judiciaire. Les comédiens obtinrent une prolongation de huit jours (4 septembre 1629).

Il nous faut laisser passer une quinzaine d'années pendant lesquelles nous ne trouvons pas trace de comédiens en Poitou.

Mais en 1644 une troupe d'importance parcourt la province. Les registres paroissiaux de Saint-Maixent, à la date du 15 août 1644, relatent la naissance de Jeanne Valliot, fille de Jehan Valliot, comédien du roi, et de Catherine Leroy.

L'enfant fut tenue sur les fonts baptismaux par deux notables de Saint-Maixent : Pierre de Niort, lieutenant particulier, et Jeanne Texier.

Ces personnages nous sont connus. Si le père n'a pas laissé de traces dans l'histoire du théâtre, la mère fut en son temps une célébrité de l'Hôtel de Bourgogne.

C'est « la Valiotte » de Tallemant des Réaux (8), cette belle Valliot dont les yeux disputaient « fort et ferme avec Jupiter de la puissance du foudre, et qui servit pour faire venir plus de monde à l'Hôtel de Bourgogne que ne fera jamais Guillot Gorju, ni un bouchon bien vert du meilleur cabaret de Paris (9) ».

Gougenot, dans sa Comédie des comédiens, parue en 1633, ne manque pas de la mettre en scène, et les frères Parfait lui consacrent une courte notice :

« Mademoiselle Valliot, actrice du même théâtre (Hôtel de Bourgogne), était mère de la demoiselle Chamvallon, bonne actrice comique, retirée du théâtre le 22 mars 1722 et morte le 21 juillet 1742. La demoiselle Valliot était décédée avant 1673 (10). »

De son mari, personne ne parle. Il est vrai qu'il devait tenir assez peu de place dans l'existence de la coquette comédienne.

La présence à Saint-Maixent de deux pensionnaires du Théâtre français montre qu'à cette époque les sujets de mérite n'étaient pas rares dans les troupes de campagne. Non seulement les futurs comédiens de l'Hôtel de Bourgogne ou du Marais faisaient leur apprentissage sur le chariot de Thespis, mais encore, dans le cours de leur carrière, il leur arrivait de reprendre le chemin de la province lorsque les recettes baissaient sur les scènes parisiennes.

C'est ainsi que l'on vit Molière se joindre aux comédiens de Charles Dufresne et parcourir la France en tous sens, avec ses compagnons de l'Illustre Théâtre.

Depuis leur association du 3 novembre 1643, ces premiers fidèles de Molière avaient passé de tribulations en tribulations.

Ils se trouvaient, en 1646, dans une situation presque désespérée, lorsque le directeur d'une troupe jouissant de quelque renom, Charles Dufresne, vint à Paris chercher des associés.

Faute de mieux, l'Illustre Théâtre se joignit à lui, après avoir déposé son nom fastueux. La troupe se mit en route pour demander à la province l'accueil bienveillant que Paris lui refusait.

Pendant deux ans, ses allures ne sont pas bien définies : rien ne nous autorise à croire qu'elle vint visiter le Poitou.

Mais le 23 avril 1648, nous la trouvons à Nantes, où « le sieur Morlierre (sic), l'un des comédiens de la troupe du sieur Dufresne », demande au corps de ville l'autorisation de donner des représentations.

 La troupe se composait à cette époque de Molière et de Madeleine Béjart, de Joseph, Louis et Geneviève Béjart, frères et sœur de Madeleine, de Pierre Réveillon, de Berthelot dit du Parc, et de Charles Dufresne, directeur en titre.

L'autorisation fut accordée, et les comédiens restèrent à Nantes environ six semaines, après quoi ils se mirent en route pour le Midi, où nous les trouvons le 13 février 1649 à Agen.

Fontenay-le-Comte, où Dufresne avait retenu depuis le 19 avril le jeu de paume de Louis Benesteau, « pour vingt et un jours, qui commenceront courir le quinziesme de ce présent mois de juing, à rayson de sept livres tournoys par jour ».

Charles Dufresne avait en vue la foire de la Saint-Jean, la plus considérable de la province à cette saison, et qui durait dix jours, du 19 au 29 juin.

Mais le maître paumier, malgré les arrhes reçues, refusa de livrer la salle à l'époque convenue, alléguant un engagement avec un gentilhomme du lieu, le sieur de La Roche-Thévenin.

L'affaire fut appelée devant le lieutenant particulier le 9 juin 1648. Le directeur eut gain de cause, mais rien ne prouve que la sentence ait reçu son exécution.  

Il est à supposer cependant que Dufresne ne négligea pas les avantages de sa victoire. Sa troupe dut stationner à Fontenay jusque vers le milieu de juillet.

Les comédiens avaient en général un itinéraire réglé.

Ils s'appropriaient un petit coin de la France, et évitaient ainsi ces rencontres de deux troupes dont parle Chappuzeau (11), « chacune faisant sa cabale, s'opiniâtrant à représenter et une ville divisée comme Uranie et Job ».

Dans nos provinces de l'Ouest, les comédiens allaient de Nantes à Fontenay, de Fontenay à La Rochelle, Saintes et Angoulême, ou remontaient de Fontenay à Niort, Poitiers, Tours et Blois, selon qu'ils se dirigeaient vers la Guyenne ou les bords de la Loire.

C'est ce dernier itinéraire qu'aurait choisi Charles Dufresne, si la mention des registres de la paroisse Saint-Cybard de Poitiers, relevée par Bricault de Verneuil, concerne une personne de sa troupe.

 Le 1er novembre 1648, trois mois après le passage présumé de nos comédiens à Fontenay, était inhumée dans le service de cette paroisse une demoiselle « Du Fresne, comédienne » , décédée le même jour.

Quelle était cette comédienne ? Une sœur ou plus probablement une première femme du directeur de la troupe. Le laconisme de l'acte de sépulture ne permet pas de le décider. Mais la similitude des noms et la concordance des dates sont de fortes présomptions en faveur du séjour de Dufresne à Poitiers au commencement de l'hiver 1648-1649. (12)

Rien ne s'opposerait dès lors il ce que le grand comique fut venu se faire applaudir par les Poitevins à cette date-là, avec ses compagnons habituels.

Ce qui est tout à fait certain, c'est que Molière chercha il jouer à Poitiers l'hiver suivant.

Le 8 novembre 1649, le maire communiquait à son conseil une lettre où « le sieur Morlière, comédien », demandait à « venir en ville avecq ses compagnons pour y passer ung couple de mois ».

 Malheureusement cette lettre si précieuse ne s'est jamais retrouvée. Sa rédaction eût peut-être rappelé le séjour précédent de la troupe, ses succès et la bonne conduite des acteurs. Mais la perte de ce document inestimable nous interdit toute supposition sur son contenu. C'est à notre avis faire preuve d'imagination que de chercher dans le simple envoi d'une lettre au maire de Poitiers la preuve d'un séjour antérieur du grand comique.

 En formulant semblable demande, fait remarquer M. Monval, Molière connaissait déjà Poitiers et ses ressources, et il y avait évidemment réussi. Il se rappelait les succès qu'il y avait obtenus, les applaudissements qu'il y avait recueillis, et surtout aussi, il faut bien le dire, les fructueuses recettes qui en avaient été la conséquence).  

Au XVIIIe siècle, vers 1723, un hangar également en planches, élevé dans la Petite-Rue, derrière le Palais- Royal de Fontenay (13), et qui servait ordinairement de dépôt de bois, fut approprié de temps en temps à cet usage.

En 1776, le Poitou fut parcouru par une troupe de comédiens dirigés par Duménil. Ils se trouvaient à Niort au moment de la foire de mai, comme en témoigne cette lettre du lieutenant de police Rouget au procureur général :

«.... Permettés moy, Monseigneur, de vous faire part qu’il est « arrivé en cette ville une troupe de commédiens, sous la direction d’un nommé Duménil, porteur d’un privilège exclusif de M. le baron de Montmorency, commandant en chef dans cette province, qui luy permet de jouer la commédie dans toutes les villes de son commandement, de donner des bals et des redouttes où l’on jouera toutes sortes de jeux excepté les jeux du hasard... » (11 mai 1776) (14).

 

 Au moment delà Révolution et jusque sous l’Empire, ce sont les troupes de Saint-Romain qui font les beaux jours des spectales de Poitiers, de Niort, de la Rochelle et de Rochefort.

Je me suis assez occupé de ce directeur modèle, qui finit par présider à Paris aux destinées du théâtre de la Porte Saint-Martin, pour n’avoir pas à y revenir. Je crois pourtant utile de signaler sa présence probable à Nancy en 1791, sans doute à sa sortie du séminaire de Poitiers ; il y aurait fait représenter un drame, conservé à la bibliothèque de Nancy : René II de Lorraine ou l'hèroisme patriotique. Drame en trois actes et en vers, par M. Saint-Romain, représenté à Nancy, le 19 février 1791 (15) «.

 

A la fin du XVII e siècle, il n’y avait que cinq maîtres paumiers à Poitiers.

Le 27 avril 1698 ils se réunirent pour aviser aux moyens de se constituer en maîtrise. Il leur fallait emprunter 625 livres, remboursables en cinq ans, et chacun d’eux s’obligeait pour sa part. Us devaient garder seuls à Poitiers le droit d’avoir un billard.

Si un étranger se présentait pour entrer dans la communauté, il devait payer 200 livres, mais les fils de maître n’auraient donné que 30 livres et ceux qui auraient fait leur apprentissage à Poitiers, 100 livres. Enfin les apprentis devaient payer 10 livres d’inscription et toutes ses sommes couvrir l’emprunt de 625 livres, le surplus devant être partagé entre les maîtres.

La société ne fut pas fondée, comme bien d’autres à cette époque. Les paumiers reculèrent devant les exigences du fisc.

Je n’ai pas trouvé de nouveaux jeux de paume à Niort, mais j’ai quelques documents à ajouter à ceux dont l’existence est déjà connue.

 Le jeu de paume de Bretignole, ainsi nommé du fief de la Cour d’Augé ou de Bretignole qui avait son siège tout à côté, appartenait en 1611 par moitié à André Bidault, pair et procureur de la commune, et à Pierre Pignon, paumier à Brouage. Il était en assez mauvais état et nécessitait des réparations importantes.

 Le 19 octobre 1612, le tenancier Bertrand Poisset demandait une diminution de son prix de ferme pendant le temps de la réfection du jeu de bille dépendant de l’établissement (16).

Le Grand jeu de paume ou jeu de paume du Mourier existait avant 1610. A cette date Pierre Gascougnolles, son propriétaire, alla demeurer à Fontenay-le-Comte et loua l’établissement à François Nouel pour 36o livres.

De retour à Niort, il changea ce bail en une ferme à moitié prix .qui se termina le 5 décembre 1612 (17). J’ai trouvé un contrat d’apprentissage passé par ce maître paumier. Le 23 octobre 1614, il prend pour apprenti Daniel Herboullier, âgé de treize ans, fils d’un sergetier de Niort, « et promet luy monstrer au mieulx de son pouvoir ledit mestier de paumier et oultre le nourrir et loger en sa maison pendant le cours de quatre années consécutives. »

 Herboullier « sera tenu de servir et obéir comme apprentifs sont tenus à maîtres, sans se pouvoir absanter, divertir, ni desbaucher à paynes de tous despens, domages et intéretz. «

Gascougnolles promet « d’entretenir d’acoutrements ledict apprentif moyennant que les praticques dudict àpprentif appartiendront audict Gascougnolle (18) ».

En 1622, Gascougnolles avait loué l’établissement à Charles Rondeleux. Il était mort en 1643 et sa veuve se remariait à Pierre Charlet. Ils n’eurent pas d’enfants mâles et leur fille Madeleine épousa Pierre Bourdin, déjà veuf de Marie Dugué. Elle était morte en 1719 et Bourdin se remariait une troisième fois avec Madeleine Bourgleau ( 19).

Quant aux noms isolés que j’ai pu relever sur les actes d’état-civil, ils sont peu nombreux. J’ai seulement à citer Jean Morin, époux de Marie Au roux (1613-1617) et Pierre Doriou..

 

 D’autres localités ont révélé l’existence de nouveaux jeux de paume.

A Bressuire, en 1585, Guy Guillebaultest propriétaire d’un jeu de paume au faubourg Saint-Jacques ; en 1622 François Bernard, hôte de la Tête noire, possède un jeu de « paulmeton ou chauffepied (20) ».

A Châtellerault, le jeu de la petite paume était situé dans l’enclos de l’hôtel de Saint-André, rue de ce nom, dont le possesseur, André Dupuy, sieur de Sossay, fit les frais de construction en 1598 (21).

A Chauvigny on avait fait usage du fossé du château baronnial pour établir un jeu de paume. Il s’étendait au pied de la façade septentrionale, et au niveau de la cour inférieure. On y entrait par une porte placée au bas du grand escalier au couchant (22).

A Croutelles, Jean Pouzineau, hôte du Dauphin, possédait un jeu de paume qu’il afferma le 14 juin 1567 à Claude Platier, paumier de Poitiers.

A Fontenay-le-Comte, Pierre Gascougnolles, paumier de Niort, chercha sans succès à faire un établissement en 1610.

 En 1692 et 1703, un autre Niortais, Alexandre Brisset, époux d’Anne Charlet, fille du tripotier du Mourier, semble avoir été plus heureux (23).

A Lusignan, le jeu de paume du château il était pas couvert. « Droit à la tête du château, tirant vers l’orient, y avait un jeu de paulme qui n’étoit pas couvert », dit l’auteur du Discours des choses avenues durant le siège de Lusignan (1575).

Au château de la Motte-Saint-Héray, le jeu de paume se trouvait dans le jardin, ainsi que la galerie, l’orangerie, la volière (1663) (24).

Au château de Richelieu, le jeu de courte paume était à côté du mail, près de la porte de l’anti-cour.

Il avait été construit en 1665 par ordre du duc de Richelieu. C’était, au dire de Viguier, « un des plus beaux du royaume ».

A Thouars, les la Tremouille avaient un jeu de paume dans leur château, qui fut réparé en 1534, mais le Grand jeu de paume, ouvert au public, près du Clos-Ménard, existait dès le XVI e siècle.

Le tri- potier Nicolas Testard, anciennement à Niort, employait des musiciens et le 29 décembre 1574 il s’obligeait pour 10 sols envers Gilles des Touches « joueur d’instruments de Poitiers ».

Enfin à la Villedieu de Comblé on trouve un tripot dès le XVI e siècle, « sur le chemin ou rue tendant delà Villedieu à la Péchoire (25) ».

J’arrête ici cette liste des jeux de paume. Elle pourrait s’augmenter indéfiniment, car chaque localité du Poitou un peu importante avait certainement le sien. Malheureusement je n’ai trouvé trace de représentations théâtrales que pour un seul de ces établissements le jeu de paume du Mourier à Niort, que les Oratoriens employaient parfois pour faire jouer leurs élèves, mais qui servait aussi aux comédiens de passage, comme on le verra par le très curieux procès-verbal découvert par M Léo Desaivre (26).

 « Aujourd’huy troisiesme aoust mil sept cent trente trois, sur les huict heures du soir, nous Jacques Estienne Rouger, conseiller du Roy, lieutenant général de pollice de la sénéchaussée de Poictou au siège royal et ressort de cette ville de Nyort.

« Nous sommes transportés au Jeu de paume de cette ville en vertu de la requeste à nous présentée par François Pollony, comédien françois , estant informé que certains quidam mal intentionnés vouloient troubler l’ordre du spectacle, où estant seroit entré le nommé Thibaud des Forges en fesant beaucoup de bruit. Le (sic) sentinelle, qui estoit à la porte du jeu de paume, luy auroit dit de se taire, ce qu’il n’a voulu faire, et continua en disant : que l’on commence ou que ion m'apporte mon bonnet ou ma chemise de nuit, et frappant sur le toit du jeu de paume et nous ayant apperceu sur le théâtre, il se mit à crier : Bas la pollice, ce qui nous auroit obligé de nous lever et dire à tout le parterre : Messieurs, moins de bruit, s'il vous plaît, un peu plus de respect pour les dames. Dans ce moment le dit Thibaud prit la parolle en se mocquant : Ah ! c'est le lieutenant de pollice qui parle, c'en est pas grande chose, et vous n'avez rien à me dire, nous lui aurions répliqué que nous n’étions icy précisément que pour y maintenir le bon ordre, ce qui lui donna encore occasion de nous dire qu’il ne s’embarassoit ny de la pollice, ny de ses ordonnances, et dans le même moment Monsieur De la Marre, commandant pour leroy dans la ville et chasteau, seleva, et luy dit de vouloir bien faire silence. Il n’eut pas plus d’égard à la remontrance de Monsieur De la Marre que de la nôtre, en nous disant : Je ne connois pas La Marre, ny le lieutenant de pollice, je me fourche (sic) deux. Voyant où ce jeune homme portoit son insol- lence, nous luy dimes de se rettirer, ce qu’il ne voulut faire : dans le même moment nous appelâmes la garde pour le faire sortir de l’assemblée, il ne voulut pas plus obéir à la garde qu’à nous. Monsieur De la Marre, voyant jusqu’où il portoit son insolence, fut con- trainctluy même d’aller chercher des soldats. Il se crut obligé de nous dire : Viens à quatre pas, lieutenant de pollice (en nous levant (sic) avec la cane et nous fesant plusieurs menaces) je vois bien que La Marre va chercher des soldats et moy je feray prendre les armes aux habiltants, et sortit. «

Ce qui fait [que] pour nous mettre en règle et satisfaire au devoir de notre charge, nous avons dressé le présent procès-verbal pour valloir ce servir ce que de raison...

 

Plan ou carte de la ville et faubourg de Fontenay le Comte avril 1720

Plan ou Carte de la Ville et Faubourg de Fontenay le Comte Capitale du Bas Poitou en l’estat quil estoit au mois d’Avril 1720

A La Ville ; B Le Château ; C Eglise Notre Dame ; D Le Palais ; E La Halle ; F Porte du faubourg des Loges ; G Porte aux Canes ; H Bastion du Château ou Contregarde ; J Porte Saint Michel ; K Porte des Chèvres ; L Faubourg des Tanneurs ; M Cimetière ; N Faubourg du Puy  Saint Martin ; O Chemin du Port du Gros Noyer : P Les Pères Saint Lazare ; Q Les Capucins ; R Les Propagantes ; S Les Jésuites ; T Les Cordeliers ; V Les Notres Dames ; Les Saint François ; Y Chemin de Luçon ; Z Moulin des Essorts ; Z1 Moulin de Messine

1 Chemin de Sernié : 2 Le Port au Logis ; 3 chemin de Pissot ; 4 Chemin de l’Orbrie ; 5 Moulin de Guinefolle ; 6 Faubourg des Marchou ; 7 Saint Thomas Commanderie ; 8 Chemin de Vouvant ; 9 Château d’Autroche ; 10 Gâtebource ; 11 Faubourg des Loges ; 12 Les Jacobins ; 13 Chemin de Nieul ; 15 Chemin de Maillezais ; 16 Moulin et Logis DE Bouillaux ; 17 Saint Jean, Paroisse ; 18 Saint Nicolas Paroisse ; 19 retranchement : 20 l’Hôpital ; 21 La petite Prée ou se tiennent les foires ; 22 Pont de la petite Prée ; 23 faubourg du chapeau rouge ; 24 Place ou l’on doit construire les casernes ; 25 village Biossée ; 26 Logis Villeprois ; 27 Paroise Saint Marc ; 28 Moulin Perrail ; 29 Chemin de Velluire et de La Rochelle : 30 Moulin Boutard ; 31 Vallon de la Ruine.

Les Mémoire relatif à ce plan explique plus amplement les particularités de Fontenay sur lequel on a mis les mêmes chiffes en vert. La rivière qui passe à Fontenay s’appelle la Vendée ou il y a peu d’eau l’été

 

Zoom Plan ou carte de la ville et faubourg de Fontenay le Comte avril 1720

Quelques années avant la Révolution, c'était dans une maison à Fontenay qui occupait l'emplacement du n° 42 de la rue de la République qu'on jouait la comédie. Mais, en 1787, le théâtre fut transporté à la Blanchisserie (no 14 de la même rue).

Dix ans après, en 1797, le citoyen Caldelar, entrepreneur de bâtisses, édifia une salle de spectacle à côté du Pont-Neuf (27). Saint-Romain fut autorisé par Boïeldieu à y faire exécuter plusieurs de ses ouvrages, et tout particulièrement la Dot de Sujette et le Calife de Bagdad (28). Mais, comme cette salle était presque au niveau de la rivière, et par là même souvent exposée aux inondations lors des grandes crues, l'administration municipale ne tarda pas (sous l'Empire) à porter ailleurs la scène fontenaisienne.

 

C'est alors que l'ancienne chapelle du collège des Jésuites fut transformée en théâtre et en salle de bal. L'inauguration en eut lieu, le 23 juin 1824, avec la troupe des artistes lyriques et dramatiques de Renaud, « directeur breveté par Son » Excellence le ministre de l'Intérieur. »

Enfin, en 1831, le théâtre actuel fut bâti sur un emplacement qui dépendait également de l'ancien collège (29).

 

Autour de Molière / Auguste Baluffe

 

 

 

 

  Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania (LES GRANDES DATES DE L'HISTOIRE DU POITOU ) <==.... ....==> 17 et 18 août 1661 - Fêtes au Château de Vaux le Vicomte : Fouquet, Molière et la Fontaine reçoivent le roi de France Louis XIV

 

 

 


 

(1) Le Collège de Fontenay, apud Indicateur, no du 3 janvier 1850.

(2) Une intéressante solennité littéraire, qui a laissé trace dans notre histoire locale, fut cependant offerte, en 1769, au corps de ville par le professeur et les écoliers de philosophie : il s'agissait de la réception par l'Assemblée municipale d'une thèse à elle dédiée, et qui devait être soutenue en sa présence quelques jours après. En retour de cette flatteuse attention, un souper aux frais de la ville fut organisé chez le maire Duchiron, en l'honneur des administrateurs et professeurs du collège roval. (Arch. de Fontenay.)

(3) Cette communauté, dispersée en1792 (le 5 septembre), avait été établie à Fontenay en 1639 par Henri de Béthune.

(4) Comptes de l'année 1596. Archives de la Préfecture de la Vendée.

(5) Recherches sur le séjour de Molière dans l'ouest de la France, en 1648. Fontenay, Robuchon, 1871, in-8°, p. 1 I.

(6) Louis Gouffier, 4e duc de Roannais, marquis de Boisy, comte de Maulévrier, Secondigny, Beaufort, baron de Mirebeau, Gonnord, Oiron, pair de France1, né le 25 novembre 1575 et décédé dans son château d'Oiron le 16 décembre 1642, est un aristocrate français et gouverneur de Poitiers

Louis Gouffier est le fils de Gilbert Gouffier, 3e duc de Roannais et gouverneur d'Amboise, et de Jeanne de Cossé-Secondigny, fille du maréchal de Cossé.

(7)Archives hist. manuscr. de Fontenay-le-Comte, t. III, p. x5g. Copie par les soins de Benjamin Fillon.

I~D;Q. Vallette. Société littéraire, artistique et archéologique de la Vendée,p.138.

Publi.:Clouzot, revu illustrée des provinces de l’Ouest, fév. 1895, p 161

(8) TALLEMANT DES RÉAUX. Historiettes, t. VII, p. 171.

(9) Chansons de Gaultier Ganruille. Paris, Jannet. i858. D. 108.

(10) Dans sa Galerie historique du théâtre français, Le Mazurier, ordinairement bien renseigné, donne à Mlle Champvallon les noms de Judith Chabot de la Rinville, femme de Jean-Baptiste de Lost, sieur de Champvallon. Il faudrait donc supposer un second mariage de la Valliot, si cette actrice était réellement sa fille.

(11) CHAPPUZEAU. Théâtre français. Bruxelles, 1867, p. log.

(12) Deux excellentes études ont déjà paru sur les pérégrinations des comédiens en Poitou : FILLON. Recherches sur le séjour de Molière dans l'Ouest de la France en 1648. Fontenay-le-Comte, 1871, in-8. — BRK;AULD DE VERNEUIL. Molière à Poitiers en 1648 et les comédiens dans cette ville de 1640 à 1658, pub.par A. Richard. Paris, 1887, in-8. Nous y avons fait, comme on va le voir, de larges emprunts.

(13) Ancienne hôtellerie, et particulièrement fréquentée jadis par la noblesse du pays. C'est là notamment qu'Eloy Saucerotte de Raucourt, directeur de la troupe des comédiens de Paris du roi de Pologne, donna, en juin 1758, plusieurs représentations, ainsi qu'il ressort d'une requête adressée par lui au Parlement de Paris. (Archives de Fontenay, t. V, p. 261 et s.)

(14) Bib. Nat., mss., coll. Joly de Fleury, 2422, f° 186.

(15) Manuscrit de 80 p., bibl. de Nancy, n° 369.

(16) Minutes Sabourin. Arch. départ, des Deux-Sèvres.

 (17) Minutes Sabourin.

(18) Minutes Sabourin.

(19) Archives départementales des Deux-Sèvres, B. 2, et 4.

(20) Archives départementales des Deux-Sèvres, E. 1319. Communication de M. A. Dupond. (21) Inventaire des Archives communales de Châtellerault, p. 3a.

 (22) Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 1839, p. 101.

(23) Archives départementales des Deux-Sèvres, B. 2 et Minutes Grugnet.

(24) Bail de la terre de la Motte, 3 déc. 1663. Com. par M. le D r Prouhet.

(25) Bail du moulin à foulon de la Péchoire, 23 mars 1575. Comm. par M. le D r Prouhet.

(26) Archives des Deux-Sèvres. B- ai. Registre des audiences de police 14 avril 1733.

(27) Un établissement de bains en a pris la place.

(28) Lettre de Boïeldieu à Saint-Romain (12 mars i8o3), apud Indicateur.

(29) Archives historiques de Fontenay, t. III, p. 127 et 128.