1199 - Chartes concernant le prieuré de Sainte-Catherine de La Rochelle, Aliénor d’Aquitaine accorde des privilèges d’administration à Pierre Foucher

Il n’existe plus aucun vestige des deux prieurés de Fontevraud en Aunis.

Le plus important paraît avoir été celui de Sainte-Catherine, qui a donné son nom à l’une des moindres rues de la Rochelle.

Quelques chartes du cartulaire de l’abbaye de Fontevraud permettent de retrouver des bribes de son histoire agitée.

Source : Bibliothèque de l’Ecole des Chartes - Paris - 1858

Il a été fondé vers l’an 1180 par Aliénor d’Aquitaine (1), avec l’assentiment de son deuxième époux, Henri II, roi d’Angleterre, et de leurs fils, Richard, Geoffroy et Jean.

Leur charte n’a été retrouvée ni en original ni en copie ; elle ne nous est connue que par une analyse très-sommaire. Les pièces latines de ce prieuré sont moins nombreuses que celles rédigées en langue vulgaire, mais elles remontent à une époque plus ancienne.

 La première, qui n’est pas datée, paraît antérieure à 1215 (2).

C’est le testament d’un bourgeois de la Rochelle, nommé Pierre Foucher. Il y confirme les donations faites par lui à Fontevraud, et déposées sur le grand autel de l’église abbatiale, en présence de la reine Aliénor.

Parmi les objets légués, figurent la maison et les vignes de Pierre Foucher à Rompsay, Runchai, lesquelles payent un cens à l’Aumônerie de la Rochelle. Au nombre des exécuteurs testamentaires du défunt, qui firent confirmer l’acte de délivrance des legs par l’apposition du sceau de la commune rochelaise, voluerunt ut communie Rupelle sigillo confirmaretur (3), se trouve le célèbre et bienfaisant Alexandre Aufredi ou Aufroi (4), fondateur de la susdite aumônerie.

Ce Pierre Foucher était, par son caractère, son intelligence, sa fortune, un des bourgeois les plus notables de la Rochelle. La reine Aliénor l’avait en grande estime. Elle lui en a donné un témoignage des plus manifestes lorsque, le faisant passer de la bourgeoisie royale dans celle de l’abbaye, et inféodant au service de Fontevraud sa capacité administrative et celle de ses descendants (5), elle appelle contre les personnes qui les en détourneraient ou les persécuteraient de quelque manière, les mêmes peines et imprécations que contre les violateurs d’un oratoire.

La magnifique charte originale d’Aliénor, portant encore, sur un cordon en soie rouge et blanche, le grand sceau en cire verte de la duchesse-reine, a été donnée à la Bibliothèque impériale par M. Deville (6).

Nous l’imprimons dans son entier, ainsi que la copie d’un acte par lequel la même princesse avait aussi donné au même monastère, vingt ans plus tôt, un autre bourgeois de la Rochelle, nommé Pierre de Ruffec (7).

 

Alienor, Dei gratia humilis regina Anglie, ducissa Normannie, Aquitanie et comitissa Andegavie, archiepiscopis, episcopis, comitibus, vicccomitibus, baronibus, senescallis, prepositis, justiciis, ballivis et universis, tam futuris quam presentibus, ad quoscumque littere iste pervenerint, salutem.

Sciatis nos dedisse, in puram et liberam et perpetuam elemosinam, et in perpetuum concessisse Deo et ecclesie Fontis Ebraudi, ad servicium religiosarum ancillarum Christi ibidem Deo servientium, pro salute animarum illustrissimorum regum Anglie, videlicet domini Henrici,viri nostri, et domini Ricardi, filii nostri, et nostre, dilectum et fidelem hominem nostrum Petrum Fulcherium, de Rochela, et heredes ejus, liberos in perpetuum et immunes ab omnibus talliatis, questis et exactionibus, exercitibus, equitationibus et omnibus aliis consuetudinibus et serviciis que domino Pictavie in terra sua fieri consueverunt.

Volumus igitur, precipimus et statuimus ut Petrus Fulcherius et heredes ejus libertatem suam perpetuam, plenariam et quietam habeant, sicut ipsis eam libera voluntate donavimus et presenti carta nostra confirmavimus ; nec ulli hominum liceat libertatis istius integritatem aliquantulum ledere nec minuere nec in aliquo violare.

Quod si quis attemptare presumserit, periculum corporis et rerum tantundem incurrat, in manu domini Pictavie, ac si ipsum sancte ecclesie oratorium violasset.

Ut autem hec nostra elemosina, juste et licite et libere facta, maneat in posterum inconcussa, nos cartam istam, ad perpetue robur auctoritatis, sigilli nostri munimine fecimus insigniri.



Datum apud Rochelam, anno incarnati Verbi M° C° XC° IX°.

Donné à Rochelle, l'année du Verbe incarné 1199

 

 

 

 

Testibus : Petro Bertino, tunc senescallo Pictavie, Chalone de Rocha Forti, Launo Ogerio, Willelmo de Montemirallo, tunc majore in communia de Rochela, Bernardo de Rofec, Sancio de Bello Loco, tunc preposito de Rochela, David de Podio Liborelli, Hysemberto, tunc magistro scolarum Xanctonis, Gardrado, priore Sancti Viviani, Nicholao, priore Sancte Katerine, et multis aliis.

 

 

 

Chalone de Rocha Forti : Chalone de Rochefort

David de Podio Liborelli (Puyle-Boreau, Pilboreau, Puilboreau est située au nord-est de La Rochelle,) membre de la délégation rochelaise reçue par Aliénor d’Aquitaine à Niort  en 1199

Hysemberto, tunc magistro scolarum Xanctonis, Isembert, alors étudiants en master de Saintes

L'historien Jourdan le situe près de l'angle nord-ouest et en dehors de la première enceinte.

Ce prieuré est, en revanche, inclus dans l'enceinte moderne et apparaît très fortifié, avec sa tour Sainte-Catherine, lors du siège de 1573. On ignore ce qui amena les religieuses à abandonner leur couvent dont le grand corps de logis, la chapelle et les autres possessions urbaines étaient affermées en 1547 ; en 1568, seul le clocher fut conservé comme ouvrage défensif.

Après le siège de 1628 de Richelieu, l'abbaye de Fontevrault garda plusieurs maisons proches de leur ancien couvent mais les religieuses ne réintégrèrent pas la ville et seul le nom de la rue Sainte-Catherine, aujourd'hui Arcère, en gardat le souvenir.

 

 

 

 ==> Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania (LES GRANDES DATES DE L'HISTOIRE DU POITOU )

 


 

Le port d'Aliénor d'Aquitaine : Voyage dans le temps des Templiers et Hospitaliers de la Rochelle. - 

Sixième port de France, La Rochelle affiche désormais près de huit millions de tonnes de trafic. Et la plaisance est devenue l'une de ses vitrines. Au Moyen Age, la ville se démarque surtout par son indépendance vis-à-vis de tout pouvoir religieux.

 

Siège de La Rochelle, les fortifications du Maire Jean Guiton seront razez rez-pied, rez de terre sur ordre de Richelieu !

Quand la Rochelle se rendit, il n'y restait plus de vivant, nous assure M. Callot (1), que 5,400 personnes, dont plus de mille moururent peu après, tant les avaient usées six mois de souffrances et de privations. Le chiffre de la population au moment de l'investissement n'est peut-être pas bien rigoureusement établi.



1 . Le chartrier de Fontevraud a été classé et inventorié avec le plus grand soin, de 1646 à 1658, par le père Lardier. Son travail se compose de neuf volumes in-folio, conservés dans les archives de Maine-et-Loire. Gaignières a fait, en 1699, un grand nombre d'extraits et de copies des titres de ce chartrier. Ils forment deux volumes in-folio, et appartiennent à la Bibliothèque impériale, ancien fonds latin, n° 5480. On trouvera dans le vol. Ier ce qui concerne la Rochelle, pages 21 et 22, 469-488; Marans pages l'île pages 461-468, et pages 22-24.

2. Fille et héritière de Guillaume IX, duc d'Aquitaine. Les historiens l'appellent généralement Éléonore, mais nous avons préféré le nom qu'elle prend elle-même dans ses nombreuses chartes.

3. Fontevraud, Titres anciens, n° 19.

4. V. Biblioth. de l'École des Chartes, 4e série, vol. Il, p. 510.

5. Les aînés de cette famille ont presque constamment porté le nom de Pierre, et plusieurs d'entre eux sont cités dans nos chartes.

6. Chartes orig., Poitiers, n° 8. Elle était placée à Fontevraud, dans la troisième fenêtre du chartrier, sac 14e.

7. Archives de Maine-et-Loire, p. 364 d'un manuscrit du commencement du dix- septième siècle, contenant des copies et extraits relatifs à Fontevraud. L'original était « scellé d'un sceau de cire jaune, où, des deux costez, est la figure d'une femme ves- « tue d'une grande robe qui paroist estre du crespe, qui luy couvre le corps, et les bras « tendus ; tenant de la main droicte un baston flcuronné, et de l'autre Un oyseau. Et ne a se peut lire l'escriture qui est autour. »