1173 Charte du minage de Saumur d’Henri II dans l'abbaye de Fontevrault, en compagnie de Raimond V, comte de Toulouse

Les actes de Henri II qui commencent par les mots Henricus Rех Anglorum appartiennent aux dix-huit premières années du règne de ce prince (1155-1172).

Les actes dont les premiers mots sont Henricus Dei gratia rex Anglorum ont été rédigés pendant les dix-sept dernières années du règne (1173-1189).

Le changement de style s'est effectué après le mois de mai 1172 ou au commencement de l'année 1173.

 

C'est la confirmation que le roi (H. Dei gratia rex Anglorum) fit à l'abbaye de Fontevrault d'une partie du minage de Saumur.

Elle fut expédiée pendant un séjour de Henri II dans l'abbaye de Fontevrault, en compagnie de Raimond V, comte de Toulouse (R. comes Sancti Egidii).

Cette charte n'est plus connue que par une copie moderne; mais la copie se présente dans des conditions telles qu'elle mérite d'être traitée comme un original elle a été faite en 1699 sous les yeux de Gaignières, qui l'a annotée et qui a fait mettre à la fin une note ainsi conçue « Sans datte; scellé en cire rouge, sur lacs de soie verte; dessiné ailleurs, la figure du roy Henry assise, d'un costé, et à cheval, de l'autre. »

Henricus, Dei gratia rex Anglorum, et dux Normannorum et Aquitanorum, et comes Andegavorum, archiepiscopis, episcopis, abbatibus, comitibus, baronibus, justiciis, vicecomitibus, seneschallis, prepositis et omnibus ministris et fidelibus suis, salutem.

Sciatis me concessisse et presenti carta mea confirmasse Deo et Sancte Marie et ecclesie Fontis Ebraudi et sanctimonialibus ibidem Deo servientibus omnia subscripta que, in presentia mea, in liberamet perpetuam elemosinma fuerunt eis data et concessa.

Ex dono Pagani de Mange et Dionisie, uxoris sue, concedentibus filiis suis Willelmo et Philippo, terciam partem omnium reddituum ipsorum in minagio Salmuri…..

Testibus : R, comite Sancti Egidii, et Hamelino, comite Warenne, et vicecomite de Torennia, Stephano de Turonis, seneschallo Andegavensi, Hugone de Creissi, Willelmo Filio Radulfi, Hugone Galler, Johanne Rainerdi.

Apud Fontem Ebraudi

 

La charte du minage de Saumur prouve donc qu'au commencement de l'année 1173 Henri II était officiellement appelé  Dei gratia rex dans la suscription de ses actes.

Nous savons par un historien contemporain, Geoffroi de Vigeois, la date exacte du voyage que le comte de Toulouse entreprit pour rendre hommage à son souverain, celui-là même qui avertit Henri II de la conspiration formée contre lui.

 Or, nous savons par Geoffroi de Vigeois que Raimond de Saint-Gilles, comte de Toulouse prêta à Limoges l'hommage au roi le jour de la cérémonie du dimanche 25 février 1173, car le chroniqueur s'exprime ainsi : Dominica que caniatur « Invocavitme » factum est hominicum istud V kalendas martii (1), et remarque M. L. Delisle, c'est en 1173 que le dimanche où se chante Invocavit me, c'est-à-dire le premier dimanche de carême, tomba le 5 des calendes de mars (2). EL M. L. Delisle en conclut qu'il faut placer cette charte « aux environs de la fin de février » (3).

Avant le 25 mars il est à Chinon et c'est là, semble-t-il, que son fils lui faussa compagnie (4)

C'est vers le 16 mars probablement qu'Henri II qui le poursuivait serait passé à Fontevrault.

 On pourrait alors conjecturer que c'est en apprenant la révolte de son fils que le comte de Toulouse lui avait fait prévoir, qu'Henri II aura changé la formule de sa chancellerie.

 

 

C'est peut-être ce jour-là que le chancelier d'Henri le Jeune, abandonnant son maître, est venu lui rapporter le sceau qu'il lui avait confié.

Nous pourrions préciser presque le jour du changement de formule.

Mais M. Round n'est pas d'accord avec M. L. Delisle sur l'ordre dans lequel se sont succédé les chartes pour l'abbaye de Fontevrault (5). Et il n'est pas sûr que Raimond de Toulouse ait accompagné Henri II après l'entrevue de Montferrand dans son voyage vers le nord.

Raoul de Dixcie dit même, après avoir parlé de l'hommage qu'il prêta au roi, que Richard d'Aquitaine à qui il devait faire l'hommage étant absent, l'affaire fut remise à l'octave de la Pentecôte (6). Or c'est sur la seule suscription de Raimond de Toulouse que l'on peut s'appuyer pour placer cette charte en mars 1173.

 Sur la date de cette charte M. L. Delisle, nous l'avons vu, a beaucoup varié, il la place même en juin 1173 (7).

 

Mémoires de l'Académie nationale des sciences, arts et belles-lettres de Caen

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

(1) Hist, de France, XII, p. 443 et LABBE, Bib. nov., II, p. 519.

(2) Mém. Bib. Ec, Chartes, 1906, p. 388, et Introcl., p. 27.

(3) Mémoire sur la chronologie des chartes de Henri II (Bib. Ec. cli. 1906, p. 3S9). Dans un article en réponse à M. Round : Les formules Rex Anglorum el Dei gratia Rex Anglorum. (Bib. Ec. chartes, 1908, p. 529). « La charte doit être assez voisine du 25 février 1173 ». Ce n'est pas une certitude et nous pouvons supposer que dans d'autres circonstances, Henri II, Raimond V el les autres souscripteurs se seront rencontrés à Fontevrault. Chose remarquable, dans cette même Introduction, p. 73, M. L. Delisle dit que cette charte doit être du mois de mai ou de juin 1173.

(4) EYTON, p. 171, dit que c'est le 5 mars qu'Henri a quitté son père à Chinon ; Eyton s'en est rapporté à Benoit de Peterborough, plus circonstancié, dit-il, mais Raoul de Dixcie donne une autre date, 23 mars ; il est vrai qu'il place la fuite non à Chinon, mais à Argentan (op. cit., I, p. 355), et qu'à le bien lire, la date du X des calendes devrait se rapporter à l'arrivée du jeune roi à la cour de son beau-père. ROBERT DE TORIGNI, éd. L. Delisle, II, p. 35, dit In Quadragesima. Or, BENOIT DE PETERBOROUGH dit, I, p. 42, Appropinquante aulem média quadragesima, cum ad Chinonem venisset : rex ibi nocte illa permansit, et filius suus, non accepta, ab eo licentia ulterius processif, ita quod in crastina venit usque Alenzun et die sequenti usque Argenlomum.

Pater vero illuim seculus est, et nocye illa qua filius suus fuit apud Argentomium, jacuit ipse apud Alenzun. In illa autem nocte circa gallicantum, juvenis rex cum privata familia sua ad regem Franciae perrexit, octava idus Martii, feria quinta ante quadragesimam.

Il me semble qu'il faut accepter comme plus probable la date donnée par Raoul de Dixcie pour la fuite du jeune prince, car elle coïncide avec la partie claire du récit de Benoit de Peterborough qui fixe à l'approche de la Mi-Carême (qui est le 15 mars) l'arrivée des deux rois à Chinon.

Si Henri le jeune a pris la fuite à Chinon, c'est donc vers le 15 mars, si à Argentan, comme le disent R. de Dixcie et Robert de Torigni, c'est avant le 23 mars.

Les indications données par la chronique dite de Benoit de Peterborough sont inconciliables ; si c'est à l'approche de la Mi-Carême, 15 mars, que le jeune Henri est arrivé à Chinon avec son père, ce ne peut être le 8 mars (octava idus Martii) qu'il a pu rejoindre le roi de France.

Eyton a donc eu tort de la suivre, et Stubbs, éditeur de Benoît de Peterborough, de suivre Eyton. Or, STUBBS, dans la préface de son édition de Raoul de Dixcie essaie de concilier les diverses indications en prenant la date du 23 mars, comme date de l'arrivée du jeune Henri à la cour du roi de France, et en adoptant la date du 8 mars comme date de la fuite (II, p. XXXIX).

HODGSON, op. cil, p. 21, place l'arrivée du jeune Henri à Alençon au 6 mars ; le roi, qui le poursuit, arrive dans cette ville dans la nuit du 7 au 8. A cette date, le jeune Henri est à Argentan, puis, de là, gagne Mortagne et Chartres, où il rejoint la cour de France. Le 8 mars, le roi Henri est à Gisors. Mais où M. Hodgson prend-il ces dates ?

RAMSAY, The Angevin Empire, London, 1903, in-8», p. 165, n. 1, a aussi remarqué l'impossibilité de concilier les dates données par les chroniques ; lui aussi semble admettre l'arrivée du jeune prince auprès de son beau-père le 8 mars (mais avec un point d'interrogation ?) K. NORGATE, England under the Angevin Kings, Londres, 2 vol. in-8», 1887, préfère comme nous la donnée de R. de Dixcie et essaie, en retournant en arrière, de supputer la date des étapes du jeune prince, qu'elle fait partir de Chinon le 20 mars (II, p. 134, n 7) ; la course du prince paraît alors bien rapide. M. P. MEYER, l'Histoire de Guillaume Le Maréchal, Paris, 3 vol. in-S», 1901, t. UI, p. 30, écrit « Nous savons que le 20 mars le jeune roi était à Chinon. » mais ne dit pas sur quelle source repose cette assertion.

(5) Archaeological Journal, t. LXIV. Voir aussi le Calendar of documents presceved. in France, Londres, 1899, in-4", n 1074 et 1075.

(6) I, pp. 353-354. Or Raoul de Dixcie est un écrivain contemporain et souvent mêlé aux événements qu'il raconte. La chronique de Geoffroi de Vigeois ne dit pas où les deux princes se sont rendus après avoir passé à Limoges et à Vigeois. L'Histoire du Languedoc, éd. Molinier, VI, p. 54, dit que Henri II et Raimond se sont séparés  le 28 février, mais sans dire sur quoi s'appuie cette affirmation.

(7) Du 8 avril au 6 août 1173, l'itinéraire de Henri II nous échappe (EYTON, op. cit., pp. 173-176). Sans doute, R. de Dixcie dit, p. 373, que pendant toutes les tentatives de ses ennemis sur la Normandie, le roi se tenait à Rouen. Mais il se pourrait que, au cours du printemps, Henri II ait poussé une pointe jusqu'à Fontevrault, où il aurait rencontré Raimond V de Toulouse. M. L. Delisle aurait eu alors raison de placer cette charte en juin 1173.

 On pourrait plutôt la placer en 1174 ; cette année-là, au mois de mai, Henri II alla du Mans à Angers, puis à Poitiers. Le roi et le comte ne se sont brouillés qu'en 1182. Les souscriptions autres que celles de Raimond de Toulouse ne donnent aucune lumière. Il importe cependant de remarquer qu'en les étudiant successivement, nous remarquons que s'il n'y a aucune certitude que tous ces personnages fussent à Fontevrault en mars 1173, il n'y a non plus aucune impossibilité. L'un des chevaliers, Hugues de Cressy, était en octobre 1173 à la bataille de Farnham, que l'on place aujourd'hui au 16 (Jordan Fantosme, Chronique rimée, éd. Chronicles of Stephen, III, p. 292-294), mais il pouvait être sur le continent en mars 1173, ou en juin 1173, ou en 1174. M. L. [Delisle, Inlrod., p. 481. dit que Willelmus filius Radulphi (l'un des souscripteurs) fut vicomte de Nottingham et de Derby de 1170 à 1178, mais il aura pu néanmoins être sur le continent en 1173 ou en 1174.