Plan Limoges, Fortifications sous les Plantagenêt (XIIe - XIIIe siècles)

Les murailles qui furent construites pour ceindre le Château, furent fortifiées de distance en distance par des tours; on en comptait 23, outre celles qui accompagnaient les portes ; leurs parements de face étaient en pierre de taille  presque toutes étaient couronnées de créneaux, et il y avait plusieurs canonnières à chacune.

L'enceinte de la ville comprenait l'abbaye de saint Martial, et son cimetière jusqu'au Pont-Hérisson, joignant l'hôpital Saint-Martial, aujourd'hui l'Hôtel-des-Monnaies, delà au portail Imbert, où étaient les prisons, puis allant à la porte Fustine près de Saint-Michel, derrière la maison du Breuil; à la place de la Mothe, aux portes Poissonnière et Poulaillère, et revenant à l'abbaye saint Martial ;

Limoges, Fortifications sous les Plantagenêt (XIIe - XIIIe siècles)

Il y avait alors trois parties bien distinctes, le Château, la Cité fortifiée du Puy Saint Etienne et la ville du pont Saint-Martial, aujourd'hui le faubourg de ce nom.

Le 1er juillet 1137, Louis le Jeune se rendant à Bordeaux pour y épouser Aliénor d'Aquitaine, arriva inopinément à Limoges, où il fut reçu par Raymond, comte de Toulouse, et par l'évêque Eustorge, qui le conduisit processionnellement à Saint-Martial, « d'où il alla camper avec sa suite sur les bords de la Vienne. »==> Dimanche 25 juillet 1137, Mariage à Bordeaux d’Aliénor d’Aquitaine et du futur roi de France Louis VII

La cité fut ravagée par le feu, en 1147, ainsi que le cloître du monastère.

En 1150  le Château fut agrandi du quartier des Combes et des rues adjacentes, de la place des Bancs, des rues Torte, Banc-Léger, les Pousses, Manigne, Cruche-d'Or, Rafillou, Boucherie, et tout le Queyroix (Carrefour) de Saint-Pierre; tout cela était entouré de murs épais et fossés pleins d'eau.

 

Voici les noms des principales tours et portes de remparts de Limoges, en commençant du côté du midi par la porte des Arènes :

Porte des Arènes (R) , Porte de Banc-Léger, porte Manigne, porte de la vieille Monnaie , porte Boucherie (N), porte Montmallier (p) Il y avait aussi la Porte Orlogette ou Ponlaillère, la Porte Fustine , le portail Imbert, la Porte Poissonnière, qui servirent de défense à l'enceinte du Château, vers le milieu du moyen-âge.

 

Plan de la ville de Limoges

Le château de Saint Martial au Xe siècle

1-      Porte Orgelet ou poulaillère

2-      Tour de la courtine ou de l’abbé

3-      Porte Nimbert ou Imbert

4-      Porte Fustine

5-      Basilique de St Martial

6-      Abbaye de Saint Martial

7-      Chapelle de la courtine

8-      Cimetière et jardin de l’abbaye

9-      Eglise Saint Michel des Lions

10-   Le Breuil.

11-   Fontaine et étang d'Aigoulène

12-   Le Palais

13-   Saint PIerre

Enceinte du château au XIIe siècle

A-     Porte Mireboeuf

B-      Porte de la Boucherie

C-      Porte Veille Monnaie

D-     Porte Manigne

E-      Porte Pissevache

F-      Porte Lansecot

G-     Porte des Arènes

H-     Porte Montmailler

I-        Hôpital Saint Martial

J-       Fontaine du chevalet

K-      Fontaine au barres

 

 

Les tours du Saint-Esprit, de Pisse-Vache, des Déjets, du Bourreau, tour de la Prison, tour de Mirebœuf ou éperon de Saint-Martial, tour Damblard , dite Braulaud , tour ou éperon de Saint-Mathieu.

 

La Cité avait également ses tours et portes, notamment la porte du Naveix, rendue mémorable par la blessure; qu'Henri le jeune, frère de Richard, y reçut à la tête, en 1183, et par l'introduction du prince Noir, en 1370.

1-      Tête du pont saint Etienne

2-      Tour Aléresia

3-      Porte Panet

4-      Porte Saint Maurice

5-      Porte Scutari

6-      Porte Traboreu

7-      Porte du chêne

8-      Tours défensives de la porte du cgêne

9-      Basilique de Saint Etienne

10-   Tour du clocher de Saint Etienne

11-   Maison épiscopal

12-   Tour de Maulmon

13-   Eglise Saint Domnolet

14-   Eglise Saint André

15-   Sainte Affre

16-   Saint Maurice

17-   Saint Jean en Saint Etienne

18-   Eglise Saint Genes

19-   Chapelle Notre Dame du Puy

20-   Fontaine de la cave

21-   Pariage

22-   Maisons canoniales

 

L'existence des fossés qui furent creusés tout autour des murailles, est prouvée par la Charte qu'Edouard III, roi d'Angleterre, à qui appartenait alors le Limousin, octroya à la ville de Limoges, le 26 novembre 1365.

Cette Charte établit que la ville avait un gouvernement consulaire, et que les consuls avaient le droit de jouir des lapins qu'on laissait élever dans la partie des fossés qui étaient à sec, et des poissons qu'on nourrissait dans la partie des fossés où était l'amas d'eau.

La porte Panet était au haut de la route de Saint-Léonard.

 

Henri II Plantagenet, comte d'Anjou, marié à Aliénor d’Aquitaine, vint à Limoges pour s'y faire couronner duc d'Aquitaine.

On l'accueillit avec tous les égards dus à son rang ; mais l'abbé de Saint-Martial, invité par lui à le défrayer dans la ville, « répondit qu'il n'était tenu à ce devoir que dans l'enceinte du château, où son monastère et sa juridiction étaient renfermés. »

Henri, devenu roi d'Angleterre, visita de nouveau la capitale du Limousin, en 1156 ; il y revint, au bout de trois ans, afin d'établir dans ses droits le jeune vicomte Adémar V, auquel il avait fait épouser sa cousine Sara, fille de Renaud, comte de Cornouaille.

 Le monarque anglais était cette fois accompagné de sa femme Éléonore : tous deux prirent leur logement dans la cité, où ils avaient fait une entrée solennelle. Henri, pour affermir l'autorité du jeune vicomte, qui n'était pas bien reconnue à Limoges, en fit abattre les portes et combler les fossés. Les habitants, indignés, chassèrent les officiers du roi; mais, dépourvus de tout moyen de défense, ils ne purent opposer une longue résistance à ses troupes et firent leur soumission à Adémar.

Celui-ci respecta, du reste, l'ancien droit qu'avait la ville d’être gouvernée par ses consuls, et, en sa qualité de vigier, il éleva une motte de terre, sur laquelle il construisit une maison fortifiée : c'est actuellement la Place de la Motte vicomtale

 

 

La place de la Motte entre 1885 et 1889

La place de la Motte, la plus fréquentée de la ville, fut entourée de planches, afin de permettre la construction des halles centrales.

Les personnes qui passent dans les rues voisines jettent un regard curieux à travers la barrière, pour voir d'où en sont les travaux et aussi pour savoir ce que le sous-sol renfermait.

On sait plus ou moins, en effet, que cette place était occupée par un étang et l'on s'approche pour donner un coup d'œil au réservoir que nos pères ont utilisé pendant six siècles pour éteindre les incendies et nettoyer les rues de la ville.

Si vous nous le permettez, nous suivrons, à l'aide des découvertes qui ont été faites sur cette place, les diverses transformations qu'elle a subies depuis l'ère gallo-romaine.

-A l'encontre de ceux qui pensent que la ville romaine se bornait seulement à l'agglomération du Pont Saint-Martial, qu'ils entourent de murailles dont jamais on a découvert de traces, nous pensons que les habitations romaines, isolées il est vrai, couvraient tout l'emplacement de la ville actuelle.

Nous ne vous ferons pas l'énumération des objets se rapportant à la période gallo-romaine, que l'on a découverts, à plusieurs époques, sur divers points de notre ville. Ce sont celles faites récemment sur la place de la Motte qui nous occuperont aujourd'hui.

Dans l'angle de la place, derrière le marché à la criée, on a trouvé, à un mètre de profondeur environ, une aire en ciment mêlé de brique, comme on en trouve dans toutes les substructions romaines. De plus et sur le même point, on a trouvé trois monnaies qui sont entre les mains du propriétaire du terrain, M. Rebeyrolle : ce sont des petits bronzes très frustes, mais cependant on lit bien sur l'un d'eux : CLAUDIUS. Nous pensons que c'est une monnaie de Claude II, qui vivait au milieu du me siècle. Il y avait donc des habitations romaines sur ce point de Limoges à cette époque.

Cette opinion est venue se confirmer pour nous par la découverte, quelques jours plus tard, sur ce terrain voisin, celui de M. Lacotte, d'une monnaie de la même époque; c'est un Magnence moyen bronze, dans un état de conservation parfait. La face représente le buste de l'empereur, tête nue à droite, revêtu du paludamentum. Derrière la tête, l'initiale H. En légende : Dominus Noster MAGNENTIUS Pius Felix AUGustus.

Au revers : deux victoires soutiennent un bouclier

sur lequel on lit : VOTum Vovit MULTa. Au-dessus du bouclier, le monogramme du Christ et au-dessous le S P habituel. Légende : VICTORIAE DD NN AUGustorum ET CAESarum. En exergue, les initiales P T R, qui sont 'celles de la ville où la monnaie a été frappée.

Mionnet (Méd. rom., II, 282), signale une monnaie semblable parmi celles en argent, et ajoute que, dans ce métal, le revers ci-dessus est rare.

Pendant la première partie du moyen-âge, le quartier de la Motte semble désert. Les Barbares avaient dû tout détruire dans cette partie de Limoges comme dans les autres. Mais dès que le calme semble renaître, dès que la ville du château se forme autour du tombeau de Saint-Martial, nous voyons le quartier de la Motte prendre l'importance que devait lui donner sa position élevée par rapport aux quartiers voisins.

La première enceinte de Limoges, construite en 936, sous Etienne, abbé de Saint-Martial, engloba une partie du quartier.

Partant de la porte Fustinie, placée au bas de la rue des Prisons, la muraille suivait la rue des Fossés, dont on a maladroitement changé le nom par celui de rue Neuve-de-Paris, contournait les immeubles Boileau et Dubouché, qui ont conservé la forme courbe, pour traverser un coin de la Motte et descendre entre les rues du Temple et du Consulat jusqu'à la porte Poulaillère, placée à l'entrée de cette rue.

Nous avions donné son emplacement d'après les différences de niveau entre le sol de l'ancienne ville et celui des quartiers extra-muros. La percée de la place des Bancs, en mettant à jour une portion de cette muraille, contre laquelle s'appuyaient les immeubles Barny et Lacotte, est venue justifier nos prévisions.

Non-seulement on s'est trouvé en présence de l'ancienne enceinte de la ville au Xe siècle, mais on a dû déblayer jusqu'à une profondeur de dix mètres pour atteindre le solide, au fond du fossé qui entourait cette muraille. On a même trouvé une quantité d'ossements d'animaux qui avaient été jetés dans le fossé alors qu'il était à découvert.

Près de cette muraille, et derrière l'immeuble Ory, on en a trouvé une autre très épaisse qui allait en s'élargissant vers sa base. Nous supposons que c'était un des vestiges du château ou de la tour du vicomte.

 Il convient de dire ici qu'à l'origine le château de Limoges avait pour seigneur l'abbé de Saint-Martial, comme la Cité relevait de l'évêque.

Plus tard, vers le milieu du XIIe siècle, le vicomte de Limoges, Adémar V, fit construire une tour sur la partie haute de la ville, la Motte, tout près de la muraille et il exerça son pouvoir sur les quartiers placés en dehors de l'enceinte de la ville de l'abbé.

 Ces quartiers étaient déjà très populeux, puisque, dès le XIIIe siècle, on désignait le quartier Bancléger sous le nom de Vieux-Marché et celui du Collège sous celui de Vieille-Boucherie.

Mais les bourgeois de Limoges entendaient administrer eux-mêmes leurs affaires; ils avaient pour eux l'intelligence, la fortune et le nombre.

Aussi surent-ils profiter habilement des discordes des princes Anglais, à la fin du XIIe siècle, pour secouer le joug de l'abbé et du vicomte. Ils obtinrent des lettres de franchises et ne voulurent relever que du roi d'Angleterre.

C'est à la suite des combats que se livrèrent les fils de Henri II Plantagenet sous les murs de Limoges, après 1182, que l'enceinte du château fut agrandie.

 Elle engloba, du côté de l'entre-deux-villes, les quartiers Mirebœuf, Boucherie, Puy-Vieille-Monnaie, Manigne, Pissevache (Bancléger) et Lansecot, du côté opposé, le quartier des Combes.

Le château eut alors pour limite, jusqu'à la fin du siècle dernier, la ceinture des boulevards actuels qui ont remplacé les anciens fossés.

Les bourgeois profitèrent de l'éloignement du vicomte de Limoges, qui ne séjournait jamais dans la ville, pour s'approprier les terrains de la Motte et substituèrent des maisons particulières aux moulins, maisons et édifices construits par celui-ci sur cet emplacement.

Les vicomtes ne cessèrent de réclamer contre cette usurpation et le procès des maisons de la Motte ne se termina que par une transaction entre la reine de Navarre et les consuls, en 1566.

Après 1255, à la suite de plusieurs incendies et notamment de celui de 1244 qui dévora vingt-deux maisons de la rue du Clocher et de celui de 1255, qui en brûla cent dans les rues Saint-Nicolas, de Beauvais, du Clocher et du Temple, les eaux de la source de La Borie, que les Romains avaient déjà conduit jusqu'aux Arènes, furent amenées sur la Motte par le sénéchal Pierre Audier, qui possédait alors La Borie.

Les consuls, aidés par le sénéchal, firent construire, pour recevoir ces eaux, un vaste réservoir, séparé en deux par une chaussée qui mettait en communication la rue Pennevaire et le quartier Lansecot.

Le grand étang était placé du côté de la rue Lansecot et le petit étang s'avançait en forme de triangle jusqu'à l'entrée de la rue des Fossés. Les eaux pouvaient être amenées sur tous les points de la ville par quatre canaux.

C'est à cette époque que fut établie la fontaine d'Aigoulène, dont l'énorme vasque, creusé dans un bloc de granit de quatre mètres de diamètre, a toujours fait l'admiration de nos pères. Les difficultés que le transport et la taille d'une telle masse durent présenter au XIIIe siècle constituaient un luxe peu commun. Le bassin était percé tout autour de douze ouvertures symboliques et l'on avait placé au centre une statue de Saint Martial.

Le volume des eaux de la fontaine d'Aigoulène (en patois : aigo leno, eau douce) était tel au moyen-âge qu'il permettait de remplir les étangs de la Motte et d'inonder les fossés du château.

L'Atlas de Mercator (Amsterdam, 1607), au verso de la carte du Limousin par Fayen, s'exprime ainsi à son sujet :

 « La belle fontaine et estangs d'Engoulène ne servoit pas seulement à la commodité des hommes et abreuvoirs des chevaux, mais à certains jours et heures de la sepmaine, estant desbondez, les serviteurs et servantes se tenoient prestz pour nettoyer les rues et jetter les ordures, lorsque l'abondance de cette eau passoit devant leur maison. »

Les étangs étaient un foyer d'infection à cause de la stagnation des eaux et des immondices que l'on y jetait malgré la surveillance des consuls.

Ceux-ci durent les faire nettoyer à différentes époques, dans la crainte des maladies épidémiques.

De plus, c'était un danger pour les enfants, qui pouvaient y tomber en jouant autour. C'est seulement à la fin du siècle dernier que le petit étang fut voûté et qu'il fut recouvert par un marché au poisson en bois, destiné à remplacer celui qui existait autrefois sur la place Saint-Pierre.

Le grand étang ne fut voûté qu'en 1810. L'ancienne poissonnerie étant devenue insuffisante, on construisit sur sa voûte, en 1852, le marché Dupuytren.

Mais celui-ci devint lui-même insuffisant, en raison de l'augmentation croissante de la population de la ville.

Après l'incendie de 1864, on le déplaça pour le mettre en harmonie avec le plan du nouveau quartier des Arènes et on se proposait d'en construire un second de même dimension sur la voûte du grand étang.

On sait que, depuis, le conseil municipal a décidé la construction de vastes halles, dont les fermes hardies vont rappeler bientôt aux Limogeaux les halles centrales de Paris.

C'est pour creuser les caves de la partie des halles futures, du côté de la place des Bancs, que l'on a détruit le grand étang. On a pu voir de près les solides piliers qui soutenaient sa voûte.

Dans les murs du réservoir on a trouvé des fragments de pierres sculptés des XIIe et XIIIe siècles, qui ont appartenu à d'anciens édifices de Limoges : c'est d'abord un énorme chapiteau, avec têtes en relief au pourtour, comme de celles encastrées dans toutes nos anciennes maisons; puis une base de colonne en granit et, enfin, une clef de voûte représentant un petit personnage assez grossièrement sculpté.

Telles sont les découvertes faites. Prises isolément, elles ne disent pas grand chose, mais leur ensemble permet d'éclaircir quelques points de l'histoire du vieux Limoges.

PAUL DUCOURTIEUX.

 

 

 

 

Richard Cœur de Lion et le couronnement des ducs d'Aquitaine à Limoges. <==.... ....==>