Voyage au cœur de l’Histoire. il y a 530 ans, Anne de Bretagne par son mariage devenait reine de France au château de Langeais

Le 6 décembre 1491 à l'aube, Anne épouse officiellement dans la grande salle du château de Langeais le roi de France Charles VIII

Charles VIII enfant avait été fiancé à Marguerite d'Autriche, fille de Maximilien, empereur d'Allemagne; cette princesse fut élevée à la cour de France comme future épouse du jeune roi, tandis que, de son côté, Maximilien fut fiancé par procureur à Anne de Bretagne.

Anne de Beaujeu, fille de Louis XI, chargée de la régence pendant la minorité de Charles VIII, avait hérité de son père un amour profond pour l'expansion et l'unité de la France, qu'elle travailla résolument à accroître par l'annexion du duché de Bretagne.

Grâce à l'habilité politique qui la caractérisait, on arrêta un projet de mariage entre Charles VIII et la duchesse Anne, dont la main était recherchée par plusieurs princes. Anne de Bretagne pouvait bien sentir quelque secrète préférence pour un autre prétendant, mais elle aimait trop le beau pays de France pour céder aux suggestions qui la poussaient vers l'étranger.

Aussi bien, au dire de Brantôme, « Charles VIII ayant avisé qu'il n'était pas bon d'avoir un si puissant seigneur dans son royaume, osta ladite Anne à Maximilien, son compromis, et l'espousa » (1).

Anne a pris son parti : elle quitte Nantes en compagnie de quelques fidèles serviteurs et se dirige vers Langeais, où elle doit attendre le roi.

Elle était accompagnée d'Arthur de Montauban, archevêque de Bordeaux et chancelier de Bretagne, qui jouissait de la confiance absolue de la duchesse, du sire do Coëtquen, grand-maître de la maison de son père le feu duc François II de Bretagne, et do Jean III de Pontbriant. Ce dernier avait pour frère François de Pontbriant que Louis XI fit gouverneur du château de Loches (1479) et envoya en ambassade à Ferrare, près de Hercule d'Este. Jean III avait un fils, que Charles VIII devait retenir comme enfant d'honneur.

Avec quel joyeux empressement Anne fut saluée sur le parcours par les populations de l'Anjou et de la Touraine, et quel accueil enthousiaste elle reçut des habitants de Langeais, fiers de l'honneur qu'on leur, faisait ! Sa haquenée et ses chariots, parés de douze aunes de velours noir et de trois aunes de velours cramoisi, auraient attiré les regards si tous les yeux n'avaient été fixés sur la jeune duchesse.

Mais aussi quelle charmante enfant avec les grâces dont quinze printemps à peine l'ont parée comme à plaisir!

 

 

 

Sa taille, encore un peu mince, se développe en une courbe harmonieuse; ses traits respirent un parfum de candeur et de bonté qui gagne tous les coeurs. Son large front un peu bombé, ses yeux noirs encadrés de sourcils bien dessinés, son nez effilé et quelque peu relevé, sa bouche fine aux coins arqués, les pommettes de ses joues roses comme la fleur d'églantier, ses longs cheveux noirs retombant sur ses épaules, et jusqu'à la gracieuse fossette de son menton sont plus qu'il n'en faut pour captiver tous les assistants.

Les qualités qu'on lui prête forment d'ailleurs comme une touchante auréole à sa tête aux lignes suaves et pures. Et puis, comme il lui allait à merveille le vêtement qui avait été préparé pour l'aimable fiancée ! Son costume de voyage se composait d'une jupe do drap et d'une autre de velours, bordée de cent trente -neuf peaux de martre zibeline.

Nous sommes déjà loin du temps de Louis XI, et il n'est pas jusqu'au vêtement qui n'ait bénéficié du besoin de respirer à l'aise qui se faisait sentir de toute part. La toilette, sans connaître encore les raffinements qu'elle aura dans la suite, vise à concilier la recherche de l'élégance avec les homélies dos moralistes et les édits somptuaires. Mais que peuvent bien les uns et les autres, quand il s'agit de la cour, des princes et des princesses?

Anne de Bretagne donnait toutes ses préférences aux modes d'une noble simplicité, et c'est à elle, semble-t-il, qu'il faut faire honneur du costume à la fois si grave et si élégant, qu'on lui voit dans les monuments qui nous ont été conservés. La solennité de son mariage fut pour la bonne duchesse l'occasion de faire preuve de ce savoir-faire, comme dit un poète du temps,

Pour se purer devant Dieu et le monde.

Quelle gentille demoiselle dans sa parure de souliers de satin au bout arrondi, dans sa chemise A longues manches de fine toile de Hollande, dans sa cotte échancrée au milieu du corps on forme de guitare, avec le demi-ceint ou ceinture nouée sur la hanche et l'escarcelle !

Ajoutez-y la robe à larges manches relevée par un riche troussoir, la ceinture richement brodée dont l'extrémité pend sur le devant avec les patenôtres.

 Sa tête s'encadre gracieusement dans le tour de visage brodé d'or et-de pierreries avec la fine gorgerette de « doulx fillet » ou de dentelle, la coiffe et le chaperon de satin, relevé par devant de façon à dégager le front et la templette. Le  costume des dames d'honneur, quoique moins riche, complétait agréablement le tableau que nous prenons la liberté de recommander aux artistes en quête de sujets du vieux temps.

Charles VIII, de son côté, s'était rendu au château de Langeais avec plusieurs des princes du sang dont il s'entourait plus volontiers. Le prince était dans sa vingtième année.

« De petite stature et débile complexion, do taille fort maigrelette », il avait néanmoins c un visage beau, doux et agréable (2). »D'ailleurs le nuage de mélancolie qui avait pu assombrir son front dans sa retraite d'Amboise, où il vivait assez solitaire, s'évanouit en présence du visage rayonnant de bonté, de douceur et de grâce de sa fiancée.

Avant de s'exalter au souffle des ardeurs chevaleresques, le prince « de très grand courage d'âme, de vertu et de valeur », dont on a dit

Major in exiguo regnabat corpore virtus,

éprouva la douce émotion que fait naître la vue et bientôt la possession d'une âme candide dans un corps virginal, pareil au bouton de rose qui s'entr'ouvre à peine aux effluves de la vie.

Son brillant costume do velours et de soie, brodé d'or et rehaussé de pierreries, achevait d'ailleurs par son élégante ampleur de corriger la nature, on sorte que les fiancés paraissaient dignes l'un de l'autre.

Charlos s'avança au-devant d'Anne de Bretagne avec tous les égards dûs au jeune âge, au mérite et à la beauté de sa fiancée. Celle-ci ne put se défendre de rougir pudiquement derrière sa coiffe, on présence du prince qui allait être son époux.

Elle se retira avec ses dames d'honneur dans la chambre, qui lui avait été préparée, pour procéder à la toilette, de mariage.

Lorsqu'elle apparut, conduite par son plus dévoué serviteur, ce fut un mouvement général d'admiration à la vue de cette délicate jeune fille, « une des plus belles.honnostes et vertueuses princesses du monde avec un visage beau et riant »(3).

Elle était vraiment éblouissante de grâce dans sa parure du meilleur goût. Sa robe était formée de huit aunes de drap d'or en relief; elle avait été garnie d'abord de fines peaux d'agneaux noirs de Lombardie, mais cette fourrure, ne paraissant pas assez riche, fut remplacée par cent soixante peaux de martre zibeline dont le prix s'élevait à 4,200 livres.

Si la jeune fiancée se fut avisée de relever le bord de sa robe, un regard indiscret eut pu s'apercevoir qu'elle avait un pied un peu plus court que l'autre, mais elle s'en garda bien. Pour plaire à son fiancé, il lui suffit de savoir qu'elle est «  belle et agréable ; » à quoi les contemporains ajoutent (mais elle l’ignore) qu'elle est « très vertueuse, sage, honneste et bien disante et de fort gentil et subtil esprit, très bonne, fort miséricordieuse et fort charitable. »

C'est au milieu de l'allégresse générale du château et de la ville toute en fête, que fut célébré le mariage de Charles VIII et d'Anne de Bretagne.

 On n'est pas d'accord sur le jour, au sujet duquel il règne une certaine confusion qu'il importe de dissiper. Au dire destins, le mariage eut lieu le 6 décembre (4) ; d'après d'autres, le 13 décembre (5) ; selon ceux-ci, le 16 décembre (6), et suivant ceux-là, le 20 décembre (7).

Tout d'abord il convient d'éliminer cette dernière date, puisque rentrée solennelle des époux qui suivit le mariage, se fit à Tours le 23 décembre, d'après les registres municipaux.

La date du 6 décembre n'est guère mieux fondée, et il reste à choisir outre le 13 et le 10 décembre. Le 13 parait avoir été le jour du contrat (8), et l'on peut croire que la célébration religieuse du mariage eut lieu le 16 décembre 1491.

La cérémonie fut présidée et la bénédiction nuptiale fut donnée par Louis d'Amboise, évêque d'Alby, frère du futur cardinal-ministre Georges d'Amboise. Tout avait été disposé à cet effet dans la chapelle du château resplendissante de ses plus beaux atours, à moins que ce ne soit dans la grande salle, encore dite d'Anne de Bretagne.

La compagnie de ménétriers de Pierre duc de Bourbon, sous la direction de son chef François Desmalles, rehaussa l'éclat de la fête par les refrains les mieux appropriés à la circonstance.

Dans la brillante assistance on remarquait Louis duc d'Orléans, depuis Louis XII, qui aimait la jeune duchesse et devait l'épouser à la mort de Charles VIII, le prince d'Orange, le duc de Bourbon, les comtes d'Angoulême, de Foix et de Vendôme, et le chancelier Guillaume de Rochefort.

Nous n'essayerons pas de décrire les manifestations de joie et les amusements qui marquèrent cette heureuse journée, non plus que le repas royal qui réunit l'élite de la cour autour des nouveaux époux.

Disons seulement que le gouverneur avait fait préparer pour Charles VIII et Anne de Bretagne les pièces les plus agréables de la maison, d'ailleurs richement meublées. Le contrat passé par Pierre Bonneau, notaire apostolique, et par Guy Leclerc, notaire royal, contenait comme principale stipulation la réunion de la Bretagne à la France, et en cas de décès du roi sans postérité, l'obligation pour Anne d'épouser le successeur de Charles VIII : clause que l'avenir devait se charger de réaliser.

On avait drossé deux lits, sans doute dans l'une des grandes salles dont la cheminée pétillait d'un ardent brasier : on était en décembre. L'un en damas noir, blanc et violet, avait un ciel de 10 aunes et des rideaux de 51 aunes ; des draperies de damas rouge de 12 aulnes recouvraient le lit et le ciel. Le lit de parade était vraiment splendide ; le ciel, les rideaux ou courtines étaient de drap d'or cramoisi, et les pentures de drap d'or violet, bordé d'une épaisse frange de soie noire ; le ciel était doublé de bougran bleu de Tournai, et les rideaux de taffetas rouge; la tenture de 24 aunes recouvrant le lit, était de drap d'or frisé et de velours cramoisi. Le prix montait à 3.636 livres, d'après los comptes de Michel le Doulx, garde-robier de la duchesse Anne (9).

Le dimanche, 23 décembre, après avoir ouï la messe, Anne de Bretagne et Charles VIII quittèrent Langeais accompagnés des souhaits et des vivats de la population, toute sur pied, et se dirigèrent vers Tours, escortés des princes du sang, des gentilhommes et des dames de la Cour.

Le corps de ville « en grant état de robe, » le clergé, la milice bourgeoise et les corporations de métiers allèrent au- devant de la Reine jusqu'à l'extrémité du pont de Saint-Symphorien. Après les compliments d'usage, Anne fit son entrée sous un riche poule ou dais, porté par quatre notables et l’on se mit en marche vers le château. La réception fut enthousiaste, et sur tout le parcours à travers la ville, les édiles avaient fait préparer pour les princes et seigneurs de la cour de l’hypocras, du vin chaud sucré— c'était en hiver — aromatisé avec de la canelle du girofle et du gingembre.

Suivant le goût de l'époque, il y eut sur divers points de la ville une série de Mystères, ou de représentations dramatiques, surtout figurées, qui ont donné naissance au théâtre moderne.

Quelque désir que nous en ayons, nous ne suivrons pas plus loin les pas de la duchesse Anne, qui logea tour à tour au château du Plessis et à celui d'Amboise.

Nous ne saurions pourtant nous en séparer sans dire encore quelques mots de ce qu'elle fut et sans rappeler le témoignage dos contemporains au sujet de la nouvelle reine de France.

Elle a été, dit Brantôme, « la plus digne et la plus honorable royne qui ait esté depuis la royne Blanche, mère de saint Louis.  « Sa cour était une fort belle escote pour les dames; car elle-les faisoit bien nourrir et sagement, et toutes à son modellese faisoient et se façonnoient très sages et vertueuses ».

Cette princesse fut « très vertueuse et fort sage et la mère des pauvres, le support des gentilshommes, le recueil des dames et damoiselles et honnestes filles, et le refuge des scavants hommes. » Il serait difficile de tracer un portrait plus accompli.

L'historien aurait pu ajouter qu'elle fut la protectrice des arts et le Mécène des artistes, à la fin du XVe siècle et au commencement du XVIe siècle.

Comme ce côté nous intéresse et se rattache davantage à notre sujet, nous nous y arrêterons quelques instants.

Esprit noble, élevé et ouvert sur tous les horizons de l'intelligence humaine, Anne de Bretagne nourrissait un culte particulier pour les Muses, qu'elle faisait marcher de pair avec son attachement à la foi religieuse, héréditaire dans sa chère Bretagne et dans sa famille.

Son père, François II, a été l'un des premiers à prendre le symbole de la cordelière, sans doute en mémoire de son patron. Anne de Bretagne, à son tour, en fit son insigne préféré et institua, sous ce titre, un ordre spécial pour les femmes. Elle donnait l'exemple en mettant la cordelière non seulement dans ses armes, mais encore sur ses bijoux.

La reine portait pour ceinture une cordelière de soie et d'or, ou « d'orfèverie montée sur une étoffe. »

Ses comptes nous apprennent que Jean Favèle, orfèvre de Paris, reçut 61.1 s. 6 d. «pour refaire et renforcer les belliéres de la cordelière de la dite Anne, » et que Charruau, orfèvre, toucha 4 1. 7s. 6 d. «pour avoir mis en oeuvre un ruby et un anneau d'or à façon de cordelière esmaillée de rouge et de blanc » (les couleurs de la  reine).

En outre Jehan Châlant, gaisnier de Tours, fut chargé d'exécuter deux étuis pour « estuyer et mettre la grosse cordelière d'icelle dame, et l'autre pour mettre et estuyer l'Ordre que la dite dame a donné au roy le jour des estrennes : »

c'était le collier de l'Ordre de Saint-Michel.

Anne avait fait construire un grand navire de guerre auquel elle donna le nom de Marte la Cordelière ; entré dans la flotte française après son mariage avec Charles VIII, il périt sous le commandement du breton d'Hervé de Portzmoguer, dans un combat contre les Anglais.

On ne s'étonnera pas après cela de voir les contemporains d'Anne de Bretagne placer la cordelière, comme motif d'ornement et symbole tout ensemble, non seulement sur les monuments bâtis par ordre de la reine, tels que les tombeaux de ses parents et de ses enfants, et sur son oratoire au château de Loches, mais encore sur les édifices élevés de son temps, par les villes ou par les particuliers, comme la Fontaine du Grand Marché et l'Hôtel de Beaune, à Tours.

C'est en effet au souvenir de la reine qu'il convient de rattacher ces symboles, et non pas à la personnalité de tel gouverneur, comme François de Pontbriant, ainsi qu'on a tenté de le faire (10)

Anne de Bretagne, dont la douce et charmante figure projette sur l'austère château de Langeais comme un reflet de suave distinction, se montra toute sa vie la protectrice des arts sous leurs différentes formes.

A son arrivée à Tours, qui était la capitale artistique de la Franco, elle trouva des maîtres consommés dans tous les genres. Il suffit de rappeler les noms de Jean Poyet et de Bourdichon pour la peinture, de Michel Colombo, de Jean de Chartros et, de Guillaume Regnault pour la sculpture, des Françoys pour l'architecture, sans parler de l'orfèvrerie, de la joaillerie et de l'art de tisser la soie dont la réputation franchissant les limites de la France, s'était répandue à l'étranger.

La reine devint dès lors la Muse inspiratrice des maîtres qui mirent leurs talents à son service. Entre tous, elle montra une prédilection marquée pour l'éminent statuaire Colombe. Pourrait-on s'en étonner ? C'était le prince du ciseau et un fils de la Bretagne. De son coté, cet illustre enfant de Saint-Pol-de-Léon ne tarda pas à éprouver un vif et respectueux attachement pour la bonne duchesse. Sous cette égide, il lui sembla, bien que l'illusion soit plus difficile aux vieillards, qu'il avait retrouvé sa chère Bretagne, transportée sur les rives de la Loire.

 Comme le grand artiste était heureux quand la reine daignait visiter son atelier, situé dans la rue des Filles-Dieu, actuellement rue Bernard-Palissy !

Anne commanda à Colombe pour son père et sa mère le superbe tombeau on marbre de couleur variée, qui fut placé dans l'église des Carmes et qui de nos jours fait le plus bel ornement de la cathédrale de de Nantes. L'une des statues d'angle, la Prudence, sous des traits bien personnels, ne figure-t-elle pas Anne de Bretagne?

Plus tard quand le deuil eut assombri le foyer royal — nul, fut-il assis sur un trône et paré de tous les dons de la nature, n'est à l'abri des épreuves — Anne de Bretagne demanda au génie de Colombe d'éterniser dans le marbre le souvenir et les traits des deux chers petits, que la mort avait arrachés à ses étreintes.

L'artiste sentit passer en son ciseau quelque chose de la poignante douleur de la mère et réalisa le chef-d'oeuvre qu'on ne cesse d'admirer, dans la cathédrale de Tours, malgré les mutilations qu'il a subies (11).

Les peintres rivalisèrent avec les sculpteurs pour répondre aux désirs de la reine.Charles VIII, Louis XII et François 1er, qui eut la bonne fortune d'attirer en Touraine Léonard de Vinci, dont l'incomparable génie, comme le soleil d'été, hâta l'épanouissement d'un art qui n'attendait qu'un rayon pour entr'ouvrir sa corolle embaumée, paraissent avoir donné parfois leur préférence aux artistes qu'ils avaient attirés d'Italie.

Anne au contraire se plut à favoriser l'art national qui, dans un élan superbe, mit au jour des oeuvres de premier ordre. Jean Poyet avait dirigé les préparatifs de l'entrée d'Anne à Tours, en 1401 ; il exécuta encore pour elle divers travaux de peinture et des enluminures.

A Bourdichon elle commanda un livre d'heures, d'une magnificence vraiment royale. En 1508, disent les comptes « Jehan Bourdichon, peintre et valet de chambre de Monseigneur» (Louis XII) toucha 1,050 livres pour avoir «  richement et somptueusement hystorié une grans Heures. »

Les Heures d'Anne de Bretagne, un des joyaux de la Bibliothèque nationale, forment, par la richesse et l'élégance des enluminures aussi bien que par le fini et la suave beauté des miniatures, l'un des chefs-d'oeuvre de l'art national.

 Dans ces pages, dont on ne se lasse pas d'admirer la richesse et le bon goût, s'épanouit la fleur de la miniature française, désormais débarrassée de la gaine un peu rude des âges précédents, sans rien perdre d'ailleurs de la naïveté qui convient au sujet.

Anne de Bretagne donnait elle-même l'exemple du travail des mains.

Héritière des châtelaines du moyen-âge, dont les chansons de Gestes célèbrent la dignité des moeurs, le culte du foyer domestique et l'amour de toutes les nobles choses, elle se plaisait, entourée de ses dames d'honneur, à exécuter quelque broderie dont elle avait imaginé le dessin, à moins qu'elle ne l'eût emprunté à son artiste préféré. Ces objets, on le pense bien, furent gardés avec un soin jaloux par les membres de la famille royale, qui eurent la bonne fortune d'en obtenir.

Renée, fille d'Anne de Bretagne et de Louis XII, qui épousa le duc de Ferrare, conserva ces souvenirs comme des reliques, et les transmit religieusement à ses enfants. Mme de Nemours, sa fille, pour être agréable à Catherine de Lorraine, deuxième femme de Louis de Bourbon, duc do Montpensier et soigneur de Champigny-sur-Veude, en donna quelques pièces à la duchesse. A son tour, celle-ci, pour se concilier les bonnes grâces de Henri IV, fit présent à Marguerite de Navarre, soeur du roi, « de plusieurs beaux ouvrages de linge, que cette princesse estimait fort pour avoir été faits par la reine Anne » (12).

Anne est couronnée reine de France le 8 février 1492 dans la basilique de Saint-Deni.

Langeais et son château, monuments et souvenirs : au jardin de la France / par L.-A. Bosseboeuf

 

 

 

 

 

 Le Contrat de mariage de Charles VIII et d’Anne de Bretagne <==.... ....==> Les pérégrinations du reliquaire d’Or du Cœur d'Anne de Bretagne.

 

 


 

 

(1)   Mémoires, Anne de Bretagne.

(2)   Mémoires de Brantôme, Charles VIII.

(3)   Mémoires de Brantôme.

(4)   V. Duruy Atlas historique de la France p. 193. Lalanne, Dictionn. historique de la France. 1877.

(5)   Revue historique de l'ouest, mai 1893.Deux Bretons à la Cour de France par M. Ch. d'Elbe.

(6)   Le Château de Langeais par  MM.Brincourt et Roy. Paris in, 9, 24 p. — Dr. Giraudet, Histoire de Tours 1.1, p. 267. — Chalmel, Histoire de Touraine, t. 2, p. 293. — Mgr. Chevalier, Guide pittoresque en Touraine, 1889, p. 212.

(7)   Notice historique et archéologique sur le château de Langeais, Paris, 1831 In-8,15p.—C. de Russerolles, Dictionnaire géog. histor. Et biog. d'Indre et Loire,art. Langeais.p.17  

(8)   Chalmel, Histoire de Touraine t. 2 p. 293.

(9) Archives de la Loire-Inférieure, Trésor des ducs de Bretagne, B. 204. Nobileau, Mélanges, Ladevèze, Tour, 1874.

(10) Revue historique de l'Ouest, mai 1893. Deux bretons à ta Cour de France par M. Ch. d'Elbe.

(11) Mémoires de la société archéol. de Touraine. — Archives de l'art français.

(12) P. Cayet, Chronict nov.