Le Roi de France revient en 1207 pour faire le siège de Thouars, la ville est obligée de se rendre (Chanson sur le siège)

Cette chanson est relative aux guerres que Philippe Auguste et le roi Jeans sans Terre soutinrent l’un contre l’autre : le poète anonyme engage plusieurs barons puissants qu’il nomme ou qu’il désigne par leur dignité à secourir Towars

Towars, aujourd’hui Thouars, simple chef-lieu de canton du département des Deux-Sèvres, donnait alors son à une vicomté considérable qui formait l’une des trois principales divisions du Poitou. Elle comprenait le pays d’entre la rivière de Dive et la mer, c’est-à-dire la plus grandes partie du département des Deux-Sèvres et la totalité de celui de la Vendée. Ces lieux furent entre la France et l’Angleterre pendant la première moitié du XIIIe du siècle.

En 1207, Philippe Auguste ayant envahi les terres du vicomte de Thouars ; celui-ci, trop faible pour résister, appela à son aide ses voisins les plus puissants. Sa conduite envers eux, dans les années précédentes, les avait complétement aliénés.

Les seigneurs poitevins, en effet, voyaient Aimery le principal auteur de la trahison qui livra au roi Jean le malheureux Arthur, et plongea dans une captivité horrible les chevaliers qui défendaient sa cause (1).

Aimery, bientôt menacé lui-même, pour éviter la perfidie du roi Jean, se plaça sous la protection du roi de France, et lui fit serment de fidélité.

Vers la fin de l’année 1203, il en avait reçu la sénéchaussée d’Aquitaine (2) ; mais, en 1206, Philippe-Auguste ayant suscité contre Jean sans Terre la famille des Lusignan, Aimery quitta le parti des Français pour embrasser de nouveau celui du roi d’Angleterre.

On conçoit que Philippe-Auguste ait voulu tirer une vengeance éclatante de cette perfidie du vicomte Aimery.

Pour conjurer l’orage qui menaçait, Aimery ne chercha pas seulement à faire entrer dans son alliance les partisans du roi Jean sans Terre, mais il essaya encore d’en arracher plusieurs au roi de France.

La chanson qui suit a été composée à l’occasion de ces alliances ; c’est l’œuvre, ou d’Aimery lui-même, ou d’un seigneur dévoué à sa cause.

Voici les renseignements que j’ai pu trouver sur les personnages qui sont désignés dans cette chanson

Les trois comtes ; ce sont Guy de Thouars, comte de Bretagne et frère d’Aimery ; Hugues le Brun, comte de la marche, et Raoul d’Exoudun (3), son frère, comte d’EU.

Tous trois avaient signé, le 26 octobre 1206, pour le roi de France, la trêve conclue entre ce prince et le roi d’Angleterre.

Le vieillard de Bouin. Ce nom peut s’appliquer à Maurice, seigneur de Montaigu et de Commequiers, qui possédait la partie de l’ile de Bouin, dépendante du Poitou ; l’autre moitié, relevant de la Bretagne, appartenait aux Chabot.

Maurice était appelé le Vieux par opposition à son fils qui portait le même nom que lui (4).

Savary de Mauléon, c’est le prince de Talmont, si fameux comme guerrier et comme troubadour, dont le nom se trouve presque à chaque page des Chroniques du XIIIe siècle ; il était alors sénéchal de Poitou pour le roi d’Angleterre, et c’est à lui que s’applique le premier vers du troisième couplet.

Le sénéchal d’Anjou et du Maine, c’est Guillaume des Roches, que le meurtre du jeune Arthur avait irrévocablement détaché du roi d’Angleterre, et rendu le plus ferme soutien du parti français.

Guillaume était sénéchal d’Anjou, Maine et Touraine, dès le temps du roi Richard, et, en le recevant à son service, Philippe Auguste l’avait confirmé

 

Dans cette dignité ; par une mesure récente, il avait un peu restreint son pouvoir (5). L’auteur de la chanson cherche, mais en  vains, à exploiter cette circonstance pour ramener Guillaume à la cause du roi Jean.

L’interprétation du troisième couplet présente quelques difficultés. J’ai dit que Savary de Mauléon était sénéchal nommé dans le premier vers. Hugues me semble désigner le seigneur de Parthenay, Hugues l’archêque, vassal du vicomte de Thouars, dont le château fut pris par le roi de France dans cette expédition.

Quant à ce Jean du Maine, que l’auteur engage à se joindre aux deux seigneurs nommé pour solliciter les secours d’Othon, roi et depuis empereur d’Allemagne, je ne sais qui ce peut être, à moins qu’il ne s’agisse du roi Jean lui-même qui, du vivant de son frère, avait possédé le comté du Maine.

Pendant le règne de Richard, Othon gouverna le Poitou ; ses anciens vassaux ne comptaient pas moins sur sa sympathie pour eux que sur la haine qu’il portait à Philippe Auguste, protecteur de son rival à l’empire. Quant aux trois derniers vers du troisième couplet, voici, je crois, à quels faits historiques ils font allusion.

Alphonse VIII, roi de Castille, avait épousé Aliénor, fille d’Henri II d’Angleterre.  Il réclamait comme appartenant à sa femme le comté de Gascogne, dont le roi Jean était en possession.

 

En 1206, mis le siège devant Bordeaux. Les Gascons, craignant de n’être pas secourus assez tôt par le roi Jean, demandèrent à Philippe Auguste de venir à leur aide, offrant de se soumettre à lui.

Allié du roi Alphonse, Philippe Auguste refusa. C’est pourquoi le chansonnier accuse ce dernier d’avoir lâché les Bordelais pour un mulet d’Espagne.

Tels sont les éclaircissements que j’ai pu trouver sur ce manifeste lancé par le vicomte de Thouars pour gagner des partisans. Les efforts d’Aimery furent couronnés de succès, et les seigneurs poitevins répondirent à son appel, puisque le roi de France repassa bientôt la Loire sans avoir pu s’emparer du château contre lequel il avait dirigé toutes ses forces (6).

La chanson sur Thouars se trouve dans le manuscrit de la Bibliothèque royale. Publiée pour la première fois dans le recueil de la Société de l’école des Chartes ; et, à peu près à la même époque, M. Wright la plaça en tête d’un volume de poésies historiques relatives à l’Angleterre, imprimé pour la Société de Camden.

Voici le titre de ce volume : The political songs of england, from the reign of John to that of Edward II, edited and translated by Thomas Wright, London, 1839, in-4 (les chansons politiques de l’Angleterre, depuis le règne de Jean jusqu’à celui d’Edouard II, publiées et traduites par Thomas Wright).

 

1

Mors est li siecles briemant

Se li rois Touwairs sormontet ;

De ceu li vait malemant

Ke li faillent li troi conte ;

Et li vieillairs de Bouaing

I aurait grant honte,

C’après la mort vif conte

Morrait asimante !

 

2

Savaris de Maliéon,

Boens chiveliers à cuitainne,

Se nos fals à ces besons

Perdue avons nostre poinne.

Et vos, xanexals, asi

D’anjow et dou Mainne ;

Xanexal ont an Torainne

Atre ke vos mis.

 

(1)    Ce serait une mortelle honte pour ce siècle, si le roi devenait maitre de Thouars. Malheurs ç elle, si les trois comtes l’abandonnent, et honni soit le vieillard de Bouin ! Oui, car, après la mort du vicomte de Thouars, il mourra lui aussi !

(2)    (2) Savary de Mauléon, bon chevalier de bataille, si tu nous fais défaut en cette extrémité, notre peine est peine perdue. Et vous sénéchal aussi, sénéchal d’Anjou et du Maine, déjà on a mis en Touraine un sénéchal autre que vous.

 

Et vos, sire Xanexals,

Vos et dan Jehan dou Mainne,

Et Ugues, entre vos trois,

Mandeis à roi d’Alemaigne

Ke cist rois et cil Fransois

C’ameir ne vos dignent,

Cant por.1. mulet d’Espaigne,

Laxait Bordelois.

 

4

Et vos, signors bacheleirs,

Ki ameis lois et proeses,

Cant vos souliez garreir,

Touwairs iert vos forteresce,

Ja deus ne vos donst porteis

Ne mainches ne treses,

Se Touwairt an teil tristesce

Laixiez oblieir.

 

(3)    Vous donc sire sénéchal, vous le seigneur Jean du Maine, et Hugues, à vous trois mandez au roi d’Allemagne que ce roi et ces Français, qui dédaignent de vous aimer, ont pour un mulet d’Espagne lâché le Bordelais.

(4)    Et vous, seigneurs bacheliers, qui aimez loyauté et prouesses, lorsque vous alliez guerroyer, Thouars était votre forteresse. Que Dieu ne vous accorde jamais de porter manches, ni lacs d’amour, si, dans une telle détresse, vous laissez Thouars en oubli.

 

 Recueil de chants historiques français, depuis le XIIe jusqu'au XVIIIe siècle par Leroux

 

 

 Octobre 1206, Trêve de Thouars entre le roi de France Philippe-Auguste et Jean sans Terre assistés des seigneurs du Poitou  <==.... ....==> Retrouvez le roi de France Philippe-Auguste du haut des remparts de la forteresse de Parthenay en 1207

 

 


 

(1)    V. chron. Turon. Ampliss. Coll. Vol. v, p. 1039.

(2)    Cartulaire, Ms.de Philippe-Auguste, f° 172

(3) Exoudun, près de  Saint-Maixent,

(4)    Voyez les Chartes du Prieuré de Commequiers.

(5)    Histoire de Sablé, première partie, par Ménage. Paris, 1684, in-fol, p 201. Le septième livre entier de cette histoire est consacré à Guillaume des Roches.

(6)    Historiens de France, t. XVIII, p. 245.

MANUS. DE LA Bibl. Roy. S. Germ. 1939, f CIX I