Note sur les Essarts pendant la Révolution - L’attaque du camp des Essarts juin 1795 par Charette

Le canton des Essarts, comme tout le Bocage vendéen, s'insurgea, et des premiers, contre les exigences religieuses et politiques de la Révolution.

D'après quelques auteurs, le complot de l'Oie, en 1793, fut comme l'étincelle qui occasionna l'explosion générale (2). Quoi qu'il en soit, il est incontestable que les Quatre-Chemins de l'Oie ont été l'un des principaux théâtres des exploits des Vendéens pendant cette guerre funeste.

Les deux routes qui s'y croisent, commencées dès 1780, quoi que inachevées et peu carrossables encore en 1798, expliquent naturellement les fréquentes rencontres qui eurent lieu sur ce point.

Dix combats se livrèrent aux Quatre-Chemins, entre républicains et royalistes, et ces derniers y furent constamment vainqueurs.

Ce fut là que Charette, en particulier, remporta ses meilleurs triomphes. Aussi, les républicains appelaient-ils ce lieu leur tombeau (Mémoires de Mme Sapillaud).

Les Essarts furent alors fréquemment traversés par les armées en marche et plusieurs fois rançonnés et pillés. Sa vieille église fut brûlée par les colonnes infernales.

Le château fut également incendié après avoir été, dit Girault de Saint-Fargeault, le théâtre d'un sanglant combat (3).

 

 

25 juin 1795 Attaque du Camp

Vers dix heures du matin (4), les Vendéens aperçoivent le camp, établi dans une vaste lande.

En avant de leurs postes, les Républicains jouaient aux boules. A la vue de la multitude des paysans armés, les soldats courent aux armes et leur crient : « Qui vive? »

Les Vendéens répondent : « Royalistes ! » et engagent le combat.

Ils le font avec tant d'impétuosité que les hommes de garde abandonnent les postes, sans pouvoir se replier sur le camp, et s'enfuient dans la direction des Quatre-Chemins.

Au bruit des cris et des coups de feu, la garnison a pris les armes, mais en désordre, sans cohésion; elle est composée d'un bataillon de Saône-et-Loire et d'un peloton du 7° chasseurs.

Ces cavaliers avaient mis leurs chevaux au pacage et ils veulent aller les chercher (5). Quand ils ont bridé leurs montures, les Vendéens sont déjà dans le camp; alors les chasseurs, montant à cru, galopent jusqu'au camp de l'Oie, d'où ils se replient sur Fontenay.

Le bataillon de Saône-et-Loire, composé de jeunes recrues, sous les ordres d'officiers inexpérimentés, avait combattu avec bravoure, mais la disproportion numérique était trop grande.

Les cavaliers vendéens, au nombre de 200 environ, avaient pris le camp à revers, suivant la vieille tactique des bandes de Charette, et chargé les Républicains « dans le dos (6) », pendant que les paysans, à pied, les débordaient de tous côtés ; aussi le bataillon bourguignon perdit-il bientôt plus d'une centaine d'hommes (7).

Les Vendéens firent prisonniers tous ceux qui restaient, selon l'ordre que leur avait donné Charette (8).

Le général n'assistait pas à l'affaire, c'était Pageot, le féroce divisionnaire du Marais, qui commandait (9) ; il fut blessé grièvement d'un coup de baïonnette.

Un officier royaliste, nommé du Moutier, se rua seul au milieu d'un groupe de Républicains en déroute, l'un d'eux se retourna et lui fracassa la mâchoire d'un coup de fusil (10).

Après le pillage du camp, 300 prisonniers furent ramenés à Belleville, où l'on fit grand accueil aux vainqueurs.

 Il avait suffi de ce combat pour rendre aux soldats de Charette le goût de la guerre et leur confiance dans le général.

Les Républicains avaient perdu leurs tentes, leurs approvisionnements, leurs voitures, une grande quantité d'armes et d'effets (11).

Lorsque le bruit de la fusillade parvint au camp de l'Oie, commandé par le chef d'escadron Michelon, MM. de Béjarry frères étaient en conversation amicale avec le général Legros. Ni les deux chefs vendéens, dont l'un était le négociateur de Charette, ni le général républicain ne crurent à une attaque du camp des Essarts; ils présumèrent qu'on procédait à des essais de canon; mais bientôt les soldats, plus méfiants, vinrent menacer les deux Vendéens, parlant de les fusiller ainsi que leur propre général (12). Legros tint tête à l'orage et fit reconduire sous escorte MM. de Béjarry à leur domicile particulier (13). Amédée de Béjarry partit le lendemain pour l'Anjou sans se douter de la reprise d'armes.

Une colonne républicaine, commandée par le chef de brigade Spital, quittait, le 26 au soir, le camp de l'Oie et allait réoccuper celui des Essarts, déjà abandonné par l'ennemi.

 

 

 

 

 

Du 28 Le général Canclaux, au comité de salut public Nantes

Le poste des Essarts, fort de cinq cents hommes, a été attaqué et enlevé hier par quinze à dix-huit cents rebelles, dont les chefs sont Cailleau, Rezeau et Dumoutier, cinq cents paires de souliers et des équipages de cavalarie sont tombés au pouvoir de l’ennemi. Il manque à l’appel cent dix-sept hommes. Beaucoup de ses assassins sont habillés de bleu.

Je regrette que ma santé ne me permette pas de déployer toute l’activité nécessaire dans cette circonstance. Je vais concerter les mesures à prendre avec Grouchy et Canuel. J’attends avec impatience l’arrivée des dix mille hommes qui sont promis.

Le général Legros commande au château de l’Oye

 

Du 29 Le représentant Gaudin, au comité de salut public (Sables)

Les chefs vendéens n’ont jamais cessé de voler, piller, assassiner les voyageurs et les ordonnances. En m’annonçant son rassemblement, Charrette ne m’en a point imposé. Je lui ai répondu que je lui défendais de faire aucun rassemblement ; que c’était violer votre arrêté du 28 mai, et que toute infraction à cet arrêté serait regardée comme un délit et réprimée. J’ai écrit au général Legros de se tenir sur ses gardes au château de l’Oye. J’avais proposé de marcher sur Charette avant qu’il fût en force ; les rebelles nous ont prévenus, le camp des Essarts a été forcé, cent dix-sept hommes manques à l’appel.

 

 

 

Guerres des Vendéens et des Chouans contre la République française, ou Annales des départements de l'Ouest pendant ces guerres

 Paysages et monuments du Poitou / photographiés par Jules Robuchon.

Charette et la guerre de Vendée : d'après les archives de l'Etat et de la ville de Nantes, des mémoires inédits de chefs vendéens, etc. / par René Bittard Des Portes

 

 

 

 

 

Belleville sur Vie - QUARTIER GENERAL de CHARETTE. <==.... ....==>9 août 1795 Belleville, le général Charette en représailles des massacres de Quiberon fait exécuter ses prisonniers

 

 ==> 1808 tinéraire de Napoléon 1er accompagné de l’impératrice Joséphine en Vendée - Les Essarts, Le général Louis-Armand de Lespinay


 (1) Extrait analytique d'une notice sur le général baron de Lespinay, par M. Ch. de Sourdeval. (Ann. de la Soc. d'Émulation de la Vendée, 1868-69.)

(2) Annuaire de la Soc. d'Emul. de la Vendée. Année 1871, p. 69 et suivantes. — En vertu de l'arrêté du Directoire du département de la Vendée, du vendredi 9 mars 1792, l'an IV de la Liberté, plusieurs prêtres non assermentés, parmi lesquels Robin « des Baraudières » prêtre, vicaire des Essarts, reçurent l'ordre de se rendre à Fontenay-le-Comte sous huitaine.

Un autre vicaire des Essarts, André-François Hillairet, s'embarquait pour l'Espagne le 27 septembre 1792, à bord du Saint- Nicolas. — Quelques jours auparavant, le 9 septembre, Pierre-Jean Guillet, curé de La Merlatière, avait pris également la route de l'Espagne. (Registres de la commune des Sables.)

(3) Girault de Saint-Fargeault, t. Ier, p. 772. (Bibliothèque de Nantes.)

(4) Chef d'escadron Michelon au général Cambray. Camp de l'Oie, 26 juin 1795. (Collection Dugast-Matifeux, dossier Charette.)

(5) Chef d'escadron Michelon au général Cambray. Camp de l’Oie, 26 juin 1795. (Collection Dugast-Matifeux, dossier Charette.)

(6) « C'est leur cavalerie qui a fait le plus de mal. » (Même document.)

(7) Mémoires de Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière, témoin oculaire, dit qu'il y eut peu de Républicains tués. Michelon dit dans son rapport 150 à 200. Le général Legros réduit le chiffre à 117.

 « Nous nous mîmes aussitôt en marche pour approcher des Essarts qu'occupait un poste républicain. Nous en fîmes l'attaque le lendemain ; en passant auprès du camp nous vîmes les soldats occupés à nous regarder ; ils ne semblaient pas avoir de nous la moindre défiance. Cependant leurs avants-postes nous crièrent :

« Qui vive ? » et sur notre réponse de « Royalistes », ils nous tirèrent plusieurs coups de fusils et nous blessèrent deux hommes.

Nous poussâmes alors les cris ordinaires et nous courûmes vers le camp. Les Républicains, sans résistance, nous l'abandonnèrent et se sauvèrent du côté des Quatre-Chemins. On nous a dit que le commandant du poste était absent; ce fut fort heureux pour nous, car nos soldats ne montraient pas grande ardeur de se battre.

Le camp était situé sur le bord d'un petit ruisseau ; il fallait traverser un pont pour y arriver ; il est certain que si les Bleus, mieux conduits, nous en eussent disputé le passage, nous aurions bientôt eu la déroute et il n'eût peut-être pas été facile de faire un second rassemblement ; mais la victoire et le pillage du camp rendirent à nos soldats l'envie de guerroyer qu'ils semblaient avoir perdue ; il y eut peu des Républicains de tués, nous les fîmes presque tous prisonniers suivant l'ordre que nous avions reçu et nous nous en retournâmes triomphants à Belleville.

Le commandant Pajot fut blessé grièvement dans cette affaire d'un coup de baïonnette, ainsi qu'un officier nommé Dumoutier qui, s'abandonnant trop à son courage, piqua lui seul au milieu d'un peloton de Bleus qui fuyaient ; un coup de feu lui fracassa la mâchoire. »

Des cinq cents hommes qui s'y trouvaient on fit plus de trois cents prisonniers que Charette renvoya le lendemain, dans l'espérance que Gaudin, à qui il écrivit pour la deuxième fois, lui renverrait les siens; le représentant ne lui fit pas même de réponse. (Vie du général Charette, par M. Le Bouvier-Desmortiers, p. 301.)

(8) « Nous les fîmes presque tous prisonniers, suivant l'ordre que nous en avions reçu. » (Lucas Championnière, Mémoires inédits.)

(9) Le commandant Pagot (c'est-à-dire Pageot), qui commandait l'expédition. (Lucas Championnière, Mémoires inédits.)

(10) Cet officier vendéen devait être du Moutier de Rhedon, qu'on a confondu avec du Moustier de Cauches, chef de Chouans, plus tard compromis dans l'enlèvement du sénateur Clément de Ris, en 1800.

(11) Rapport de Génoray (copie).

(12) Rapport de Génoray, précité. (V. le rapport de Legros, qui déclare qu'en effet les soldats républicains voulaient tuer MM. de Béjarry. Il mentionne à tort la mort de Caillaud et de du Moutier.

(13) V. Arch. hist. de la Guerre, armée de l'Ouest, juin 1795.