Belleville sur Vie - QUARTIER GENERAL de CHARETTE

Le bourg de Belleville fut le quartier général de Charette pendant la grande insurrection vendéenne.

Le général Charette, sous la terreur (1794-1795), y avait établi son quartier général d’où il mena une guerre impitoyable aux « bleus », les acculant à des pourparlers de paix qui aboutiront au traité de la Jaunaye.

L'abondance, les plaisirs, voire même la verte galanterie y régnaient dans les entr'actes de la guerre. Mars fut toujours ami de Cythérée. On y montrait encore, en 1857, la chambre qu'il occupait, mais elle a été démolie depuis.

Son quartier général devint par la suite un couvent puis l’école privée Ste Anne.

 La commune a récemment acquis l’ensemble pour mettre en place un centre culturel et associatif. Les officiers étaient logés dans le mess, en face, rue Jean Moulin.

Ce bâtiment qui fut pour un temps la mairie et l’école publique est désormais réhabilité en logements.

 

Charette convoque à Belleville ses chefs de division, pour les aviser qu’il va reprendre les hostilités.

Pendant quatre jours, du 20 au 24 juin 1795, les paysans de la Vendée maritime, appelés par de mystérieuses convocations, rejoignent leurs points de rassemblement (1).

Le 24 juin (6 messidor), à la suite de l'annonce de la mort de Louis XVII et du débarquement des émigrés à Quiberon, le général vendéen François-Athanase Charette de La Contrie rassemble son armée à Belleville, son quartier-général.

Dès le point du jour, la plupart des divisions de Charette débouchaient à Belleville, cantonnaient dans le bourg ou campaient aux environs.

Les effectifs des paroisses, diminués de moitié sur les rassemblements d'avant la pacification, atteignaient à peine 4,000 hommes (2).

Officiers et soldats ignoraient la cause du rassemblement (3).

Le général se borna à faire distribuer des vivres et à déclarer aux chefs de division qu'il avait une importante communication à leur faire. Parmi les officiers, on constata peu de manquants (4).

 

Vers les onze heures du matin, des vedettes signalèrent l'arrivée d'un peloton de cavaliers républicains.

Il y avait 28 chasseurs à cheval (5) du 7e régiment, commandés par un brave officier qui avait servi dans l'ancienne armée, le capitaine Marion.

Sans se laisser intimider par l'attitude menaçante des officiers vendéens, le capitaine républicain remet à Charette un paquet de correspondance.

C'était, d'après l'un des témoins oculaires (6), l'ordre aux chefs vendéens de remettre leurs armes et tous les magasins militaires (7).

A un signal convenu, les cavaliers républicains, cernés par 300 hommes, sont démontés, désarmés et conduits en prison (8). Telle est la réponse de Charette aux sommations du Comité de Salut public.

 

Charette réunit aussitôt les officiers de tous grades de son armée et, dans une allocution énergique, il leur déclare que le moment est venu de recommencer la guerre.

La République a manqué à ses promesses, tout fait supposer que le petit roi Louis XVII a succombé au poison, de nouvelles persécutions se préparent contre ses partisans, la Vendée va être de nouveau envahie, pillées brûlée.

La lutte s'impose, d'ailleurs les princes vont débarquer à la tête d'une nombreuse armée et la République sera perdue.

Les officiers qui l'écoutent n'envisagent pas sans appréhension la reprise des hostilités. Sauf chez quelques-uns, qui n'aiment que la guerre et ses brutales satisfactions, le sentiment général est favorable à la paix.

Avant le traité de la Jaunaye, la grande majorité des Vendéens avaient le désir de continuer la guerre, ne se rendant pas un compte exact de la pénurie de munitions, de l'insuffisance des moyens d'attaque, etc. L'antipathie naturelle contre les Républicains, de légitimes rancunes, tout contribuait à empêcher le moindre rapprochement entre les deux partis.

Depuis l'entrée à Nantes, que de changements !

Les douceurs de la paix ont été appréciées, les Vendéens connaissent maintenant les glorieuses victoires que les armées républicaines ont remportées sur les armées étrangères; entre ces troupes disciplinées, habilement commandées, et les bandes de moins en moins nombreuses des paysans royalistes, la lutte ne semble plus égale... Et cependant l'autorité morale de Charette est telle que ses officiers, mettant l'épée à la main, lui jurent de combattre jusqu'à la mort.

Les soldats répètent le même serment en agitant leurs armes et en criant : « Vive Charette ! »

La campagne recommençait. L'attaque du camp des Essarts, à quatre lieues de Belleville était décidée pour le lendemain (9).

Une colonne d'environ 2,000 hommes fut formée et alla camper le soir dans la forêt des Gâts.

 

 

 

 

 

 

 

 

Son manifeste, pour justifier la reprise d'armes qui suivit la paix trompeuse de la Jaunaie, est daté et signé :

« En notre camp de Belleville, ce 26 juin 1795, CHARETTE. »

C'est encore de là qu'il adressait, quelques jours avant, à ses lieutenants, la circulaire suivante, qui n'est pas précisément un modèle de style ni même d'orthographe, pour recommencer la guerre civile, cette guerre qui ne donne point de gloire, disait Bonchamps.

« Monsieur,

« D'après l'enlèvement de M. Allard, chef de division des Sables, ceux des commandants de plusieurs paroisses, d'autres hostilités sans nombre, de la part des républicains; d'après leurs vues bien prononcées et que trop mises à découvert d'enlever tous les honnêtes gens, il vous est ordonné de vous mettre sur le champ en état de guerre et d'agir contre les républicains, comme avec des ennemis irréconciliables.

« Vive Louis 18, jusqu'au dernier soupire.

« Le Chr CHARETTE, »

« En diligence à Monsieur le chevallier de Bruc, commandant-général de la division de Clisson. »

(Original communiqué par le feu baron de Wismes, actuellement entre les mains de ses héritiers, descendants du chevalier de Bruc, par leur mère.)

 
 

 

Le 7 juillet, le commandant du détachement, dont le courage avait séduit le général vendéen, quittait Belleville et gagnait le poste de Fontenay avec un sauf-conduit (10).

Parmi les cavaliers, on découvrit un patriote qui les avait guidés dans une région boisée et difficile, il fut tué a coups de sabre dans l'enceinte même qu'on appelait la place d'armes. La plupart des soldats de ce petit détachement consentirent à servir avec les Royalistes, ils devaient se battre vaillamment sous leur nouveau drapeau (11).

 

 Charette et la guerre de Vendée : d'après les archives de l'Etat et de la ville de Nantes, des mémoires inédits de chefs vendéens, etc. / par René Bittard Des Portes

 

 

 

Traité de La Jaunaye, accord de paix signé par Charette le 17 février 1795 lors de la pacification de la Vendée<==.... ....==>Note sur les Essarts pendant la Révolution - L’attaque du camp des Essarts juin 1795 par Charette

 


 

(1) «  La majeure partie des brigands qui étaient restés chez eux viennent de nouveau d'abandonner leurs demeures pour aller joindre Charette. » (Collinet, Notes sur les Sables.)

(2) Beauchamp (t. 111, p. 251) les exagère singulièrement en les évaluant à 12,000 Vendéens !

(3) Lucas Championnière, Mémoires inédits.

(4) « Je me trouvai au premier rang des combattants avec mon titre dr major-général, à la tête de ma division. » (Hyacinthe de la Robrie, Justification. Brun, impr.)

(5) Le sous-lieutenant Génoray, du même régiment, porte leur nombre à 28. Le chef d'escadron Michelon, commandant du camp de l'Oie. le porte à 37. Lucas Championnière, qui vit arrêter les cavaliers républicains, estime qu'ils étaient seulement 24.

(6) Lucas Championnière, Mémoires inédits.

(7) Le sous-lieutenant Génoray, qui ne connaissait pas le sort des vingt-huit cavaliers partis du camp des Essarts le 6 messidor, dans la matinée, disait dans son rapport, daté du jour même de la prise du camp, que ces chasseurs étaient « chargés de porter un paquet pour le général Charette et des arrêtés du Comité de Salut public pour Palluau ». (Fontenay, 9 messidor an III. Collection Dugeist-Matifeux.)

(8) Beauchamp, t. III, p. 252. —Lucas Championnière, Mémoires inédits. — Le Bouvier-Desmortiers, t. 11, p. 3S9.

(9) Lucas Championnière, Mémoires inédits

(10) « Il est permis au sieur Marion, capitaine du 7e régiment de chasseurs à cheval, de s'en retourner au premier poste de la République pour demander l'échange des prisonniers, sous sa parole d'honneur, dans le cas où l'on n'acquiescerait pas à sa juste demande, de ne pas porter les armes contre les puissances étrangères, contre nous, ni contre les autres Royalistes de France pendant l'espace d'un an, à compter de ce jour.

« Donné au quartier général de Belleville, le 7 juillet 1795.

« Le chevalier CHARETTE. »

(Arch. hist. de la Guerre, arm-!e de l'Ouest, juillet 1795.)

Le représentant du peuple F. Bodin, qui venait d'arriver à Nantes, suspendit pour un an le capitaine de son grade, déclarant que la mission qu'il avait acceptée était indigne d'un Républicain. Le brave officier devait être glorieusement tué comme colonel à la bataille de la Moskowa, en 1812.

(11) Lucas Championnière, Mémoires inédits.