Pérégrinations en Poitou - François Villon à Niort et Saint Maixent, Rabelais à Maillezais (1)

Rabelais s'était donc décidé à quitter les Cordeliers de Fontenay-le-Comte pour entrer chez les Bénédictins. Les canons et décrets ecclésiastiques ne laissaient pas aux religieux la faculté de passer à leur guise d'un ordre dans un autre. Une autorisation du Saint-Siège était nécessaire pour ces mutations. Rabelais, grâce à l'appui que lui prêta vraisemblablement son ordinaire l'évêque de Maillezais, obtint du pape Clément VII un induit, lui permettant d'entrer dans l'ordre de Saint-Benoît, en l'église de Maillezais (1).

 

De l'abbaye bénédictine de Saint-Pierre-de-Maillezais, il ne reste depuis longtemps que les murs à demi-ruinés de l'église.

Ils se dressent sur un large tertre (insula Malleacensis) qui domine le marais poitevin, vaste plaine occupant l'ancien estuaire de la Sèvre-Niortaise.

Jadis cette région de terres basses était submergée chaque hiver par le reflux de l'Océan ou par les eaux de la Sèvre et de ses affluents, la Vendée et l'Autize.

Des chaussées et des « terrées », des canaux, écheneaux et biefs ont assaini ce sol marécageux et l'ont transformé en un riche terroir. Ces travaux sont dus en grande partie aux moines qui s'établirent au moyen âge aux bords du marais, à Saint-Michel-de-l'Herm, à Nieul-sur-l'Autize, à Maillezais.

Le dernier de ces monastères datait de la fin du Xe siècle (2). Après deux cents ans d'une existence paisible et prospère, il fut saccagé au début du XIIIe siècle par Geoffroy II de Lusignan, seigneur de Vouvant (dans le voisinage de Fontenay), surnommé Geoffroy à la Grand-Dent, celui-là même dont Rabelais fait un ancêtre du géant Pantagruel.

A la suite de différends qui s'élevèrent entre cet ombrageux personnage et l'abbé de Maillezais, les bâtiments de l'abbaye furent pillés et incendiés (3), les moines chassés et poursuivis par les gens de Geoffroy.

Le pape prononça l'excommunication contre l'auteur de ces attentats.

 Alors Geoffroy se rendit à Rome en pénitent et après avoir fait amende honorable, scella sa paix avec l'abbaye de Saint-Pierre-de-Maillezais par de riches donations.

 

 

Lorsqu'il mourut, les moines, ne se souvenant que de sa pénitence et de la généreuse réparation de ses outrages, élevèrent en son honneur, dans leur église abbatiale, un cénotaphe orné de son effigie sculptée dans la pierre. Geoffroy fut inhumé à Vouvent.

Mais, par la suite des temps, on crut communément que la tombe de l'église de Maillezais renfermait ses restes, comme en témoignent ces vers du poète Couldrette, à la fin du XVe siècle.

Encore y est ensevelis

Geoffroy le chevalier gentils ;

Là gist Geoffroy et là repose ;

Je l'ai veu, bien dire l'ose

Pourtrait en une tombe en pierre

Dessoubz celle fu mis en terre (4).

C'est ce tombeau que le jeune Pantagruel, étudiant à Poitiers vint visiter un jour (5).

Rabelais nous rapporte que le Géant eut quelque frayeur, « voyant la pourtraicture » de Geoffroy ; car il y est en imaige (sculpture) comme d'un homme furieux tirant à demy son grand malchus (6) de la gaine ».

Ainsi l'artiste qui avait taillé cette « imaige », avait représenté le défunt non dans l’attitude de la repentance, mais sous cet aspect de guerrier furibond qu’avait fixé dans la mémoire du peuple le surnom de Geoffroy-à-la-Grand-Dent.

De cette horrifique « pourtraicture », il ne reste aujourd'hui que la tête, qui a été découverte, en 1834, dans les ruines de l'église de Maillezais et transportée au musée de Niort (7).==> Histoire de l'abbaye de Maillezais, plan des fouilles archéologiques exécutées sous la direction d’Apollon Briquet en 1834

Les sourcils froncés, le regard dur et fixe, la moustache hérissée, la bouche ouverte, les dents aiguës, tout dans cette figure exprime naïvevement la colère et l'on comprend la frayeur du jeune Pantagruel ainsi que sa réflexion devant cette effigie de son ancêtre : sans doute, dit-il, lui a-t-on fait « quelque tort auquel il demande vengeance à ses parents. Je m'en enquesteray plus à plein et en feray ce que de raison ».

Cependant, l'abbaye de Saint-Pierre-de-Maillezais, relevée de ses ruines par Geoffroy repentant, ne tarda pas à s'enrichir des donations de nombreux seigneurs féodaux, qui voulaient dormir leur dernier sommeil sous les dalles de son église. Elle percevait des cens et rentes sur toute la région. Dix-huit prieurés dépendaient d'elle. Enfin, suprême honneur, son église devint cathédrale.

 

 

En 1317, Maillezais, comme Luçon, fut détaché du diocèse de Poitiers et érigé en un évêché comprenant quatre doyennés parmi lesquels celui de Fontenay-le-Comte, et 228 paroisses, ayant en outre sous sa dépendance 146 abbayes et prieurés.

Dès lors l'abbé de Saint-Pierre fut évêque de Maillezais et ses moines devinrent chanoines de la cathédrale (8).

Jusqu'en 1516, l'évêque-abbé fut élu par le chapitre de l'abbaye. A cette date, le Concordat conclu entre Léon X et François Ier donna au roi le droit de désigner les évêques de France. Des raisons étrangères aux intérêts spirituels de l'Eglise dictèrent la plupart de ses choix.

C'est ainsi que le premier évêque concordataire de Maillezais, Geoffroy d'Estissac, fut élevé à l'épiscopat moins en raison de sa piété ou de sa vertu que par le privilège de sa naissance.

Il avait la double chance d'appartenir à une bonne maison du Périgord, les Madaillan et d'avoir un frère aîné, Bertrand, qui s'était acquis par sa valeur militaire des titres à la reconnaissance de nos rois (9). Bertrand d'Estissac avait accompagné Charles VIII à la conquête du royaume de Naples, comme écuyer.

Plus tard, il avait franchi de nouveau les Alpes avec Louis XII et pris-paît au siège d'Alexandrie (1499). Il s'était distingué encore devant Salces, en Roussillon.

En récompense, il avait été nommé successivement sénéchal d'Agenais, sénéchal du Périgord, lieutenant au gouvernement de Guyenne, et après son mariage avec la nièce du puissant cardinal Philippe de Luxembourg, maire et capitaine de Bordeaux. Les honneurs et les charges s'accumulaient sur sa tête. Il en regorgeait sur sa famille et particulièrement sur son frère Geoffroy.

Celui-ci, à vingt-six ans, était nommé prieur de Ligugé.

Un an après, en 1504, à la demande de Bertrand, le roi Louis XII écrivait lui-même une lettre au chapitre de Saint-Hilaire de Poitiers pour le prier d'élire comme doyen Geoffroy d'Estissac.

En 1515, Geoffroy était pourvu de deux autres bénéfices ecclésiastiques, les abbayes de Cadouin en Périgord et de Notre-Dame-de-Celles en Poitou.

Enfin, de par les droits qu'il tenait du Concordat, François Ier le faisait évêque de Maillezais en 1518.

Geoffroy ne fut pas un ecclésiastique indigne. Mais ses mérites étaient au- dessous de ses titres et fonctions. C'est un de ces grands seigneurs d'Eglise, comme la France de la Renaissance en compta beaucoup : le type le plus représentatif de cette catégorie était ce Jean de Lorraine, qui, à trois ans, était déjà coadjuteur désigné de l'évêque de Metz et qui plus tard pouvait, a-t-on dit, tenir un concile à lui seul, étant titulaire d'une douzaine d'archevêchés et d'évêchés.

Tel était l'abbé du monastère bénédictin de Maillezais, dans lequel entra Rabelais au sortir du couvent du Puy-Saint-Martin. Très vite, en raison de sa culture et de son intelligence, il fut attaché au service personnel de Geoffroy d'Estissac, soit comme secrétaire, soit comme précepteur du jeune Louis d'Estissac, le fils de Bertrand, placé depuis la mort de son père (1522) sous la tutelle de son oncle.

Du jour où Rabelais fut de la suite de Geoffroy d'Estissac, il n'eut plus que par intermittences l'occasion de contempler dans l'église abbatiale la pourtraicture de Geoffroy-à-la-Grand-Dent.

Pérégrinations en Poitou - François Villon à Niort et Saint Maixent, Rabelais à Maillezais (2)

Son évêque résidait peu à Maillezais. Il était sans cesse en déplacements. Il veillait personnellement au temporel de ses abbayes et prieurés.

Comme beaucoup de grands seigneurs du temps, il avait le goût des bâtiments. Il faisait construire ou rebâtir.

A Maillezais, c'était le chœur et le transept de l'église, qui étaient réédifiés « à la moderne », dit un mémoire du XVIIIe siècle. Sur tous les piliers on sculptait les armes de Geoffroy. C'est là qu'il voulut être enterré.

 

 Les évêques de Maillezais avaient choisi pour résidence d'été le prieuré de l'Hermenault situé à trois lieues au nord de Fontenay-le-Comte, en bon air, loin des marais.

Entre 1523 et 1528, Geoffroy fit rebâtir cette demeure, ruinée plus tard par les protestants.

 

Il avait hérité de son père la terre de Coulonges-les-Royaux (aujourd'hui Coulonges-sur-l'Autize) à mi-chemin entre Fontenay et Niort. Il y fit construire un magnifique château qui ne fut achevé qu'après sa mort.

Il l'orna de superbes cheminées sculptées, de plafonds à caissons, d'un porche à pilastres, toutes pièces qu'on peut voir au château de Terre-Neuve, près Fontenay-le-Comte, où elles ont été transportées par Octave de Rochebrune.

A Poitiers, il fit reconstruire le bâtiment du doyenné Saint-Hilaire, actuellement Ecole normale d'instituteurs. Le portail, en arc surbaissé, encadré de bandeaux sculptés, est une partie de cette reconstruction.

L'abbaye de Ligugé, lui dut plus encore.

 

Ces constructions et ces embellissements de ses domaines entraînaient de fréquents voyages, dans lesquels Rabelais accompagnait son évêque.

Il pérégrina ainsi pendant plusieurs années à travers le Poitou. Il le parcourut dans tous les sens de l'ouest à l'est, du nord au sud, de Maillezais à Montmorillon et de Parthenay à Charroux.

 Plus de cinquante noms de lieux poitevins sont cités dans le Gargantua et le Pantagruel (10). Quelques-uns désignent d'obscures bourgades que seuls les hasards des voyages avaient signalées à l'attention de Rabelais.

De reconstituer ces pérégrinations du secrétaire de Geoffroy d'Estissac à travers le Poitou, il ne saurait être question.

Un des itinéraires qu'il suivit le plus fréquemment est celui qu'il assigne à Pantagruel se rendant à Maillezais par Lusignan, Sanxay, Celles, Saint-Ligaire, Coulonges-les-Royaux et Fontenay (11), chacun de ces noms représentant soit des terres ou des couvents appartenant à l'évêque de Maillezais, soit encore des lieux où il avait quelques amis.

Mais, à défaut de données précises sur les déplacements de Rabelais en Poitou, on jugera de la familiarité qu'il avait avec cette région à l'abondance des renseignements que son livre nous donne sur les mœurs, les traditions, les légendes, le parler de cette province. On trouve chez lui des mentions de certaines particularités locales, qui n'avaient de notoriété qu'à quelques lieues à la ronde.

En sorte que maître Alcofribas semble parfois n'écrire que pour les seuls Poitevins parmi lesquels il avait vécu, au temps de sa jeunesse.

 

S'il compose, par exemple, le menu d'un repas destiné à son géant, il n'hésite pas à y inscrire des vins du crû, de Ligugé (12) ou de La Foye-Monjault (13) et des produits du terroir, chapons du Loudunois (14) ou châtaignes du bois d'Estos (415), près Sainte-Hermine, dans le voisinage de la maison épiscopale de l'Hermenault.

On a signalé dans ses énumérations de victuailles et dans ses catalogues de poissons et d'oiseaux, des vocables qui n'ont jamais eu cours que dans le Poitou (16) : tels la meuille (mulet), la moulue (morue), le papillon (raie bouclée), le buor (butor), le corbigeau (courlis), le hegronneau (petit du héron), le pouacre (héron cendré), le tyranson (chevalier gambette), le bitard (outardeau), le chardrier (chardonneret), la duppe (huppe), le huteaudeau (chaponneau), la puput (huppe). Ici ce sont des noms d'oiseaux de rivière qui abondaient dans le marais poitevin (17); là, des noms de certains poissons de l'Océan, saumons, aloses, etc., qui remontaient les cours d'eau jusqu'aux environs de Maillezais et qu'on pouvait voir entassés, les jours maigres, aux étals des poissonneries ou sur les tables des couvents.

De chaque canton, de chaque ville de la province, Rabelais connaît les productions particulières.

Il note qu'à Olonne-en-Talmondois, le chanvre dépasse la hauteur d'une lance, grâce «au terroir doux, uligineulx, legier, humide, sans froidure (18) ».

 

 

Il cite le Mirebalais pour ses ânes réputés ; il le mentionne encore pour ses moulins-à-vent (19). A deux reprises, il fait allusion aussi à certaines « chandelles de noix » en usage dans cette région et qui consistaient, d'après le pharmacien Paul Contant (XVIIe siècle), en une pâte de noix pilées, d'où émergeait une « chalusse », c'est-à-dire une mèche de chanvre (20). A Châtellerault, l'industrie principale était alors la fabrication de la toile : on en employa neuf cent toises pour la chemise de Gargantua, nous dit maître Alcofribas (21).

C'est dans les foires qu'affluaient périodiquement les produits du sol et de l'industrie. Quelques-unes comme celles de Niort, de Saint-Maixent, de Fontenay étaient fameuses. Rabelais les connaissait bien.

 

(poète François de Montcorbier dit Villon Niort )

 Il les a mentionnées (22); celle de Niort (23), en particulier, lui avait laissé le souvenir d'un vacarme ahurissant.

On se le représente volontiers observant en artiste épris de mouvement et de couleur, ces cohues de rustres, notant les manèges des marchands, et les âpres barguignages des acheteurs.  Une des physionomies les plus truculentes de son œuvre, Dindenaut, le marchand de bestiaux (24), a sans doute été dépeinte d'après quelques individus rencontrés sur les champs de foire. La jactance avantageuse de ce gros négociant qui traite de haut les clients de mauvaise mine comme Panurge, ses formules de civilité rustique, ses quolibets, ses facéties, tous ces traits qui ne se rencontrent antérieurement dans aucune peinture de marchand, semblent avoir été pris sur le vif.

Rabelais s'est mêlé aussi à d'autres assemblées non moins bruyantes, celles qui se pressaient autour des échafauds où se jouaient des mystères, des farces ou des moralités.

Le premier quart du XVIe siècle a vu l'apogée de cet art dramatique qui a été une des créations les plus originales du moyen âge.

 

Les représentations théâtrales se multiplièrent alors en Poitou ; celles de Montmorillon, de Saint-Maixent et de Poitiers étaient fameuses (25).

Elles excitaient un grand intérêt dans toutes les classes de la société. Les gens d'Église, comme les laïcs, tenaient à honneur de figurer dans les mystères ; quelques-uns même jouaient un rôle bouffon dans les farces et les autorités ecclésiastiques devaient les rappeler au sentiment de leur dignité (26).

Rabelais qui plus tard, à Montpellier, fera sa partie dans la farce de la « femme mute » semble avoir eut un goût très vif pour les représentations dramatiques. Il fait de fréquentes allusions aux mystères ou aux farces dans Gargantua et Pantagruel.

 Ici, il énumère les plus notoires des « diableries » poitevines, celles de Montmonrillon, Saint-Maixent et Poitiers (27). Là, Panurge raconte une scène scandaleuse dont il fut témoin au « parquet » de Saint-Maixent, un jour qu'on y jouait le mystère de la Passion. Sans respect pour la majesté du sujet, les diables se précipitèrent sur les spectatrices et les enlevèrent. .Le portecole abandonna sa copie; celuy qui jouoit Saint-Michel descendit par la volerie; les diables sortirent d'enfer et y emportoient toutes ces pauvres femmelettes ; mesmes Lucifer se deschayna. Somme, voyant le desarroy, je deparquay du lieu (28). »

La scène est décrite avec une précision technique qui mérite d'être remarquée. Le parc ou parquet, c'était l'enclos où les spectateurs étaient les uns debout, les autres assis dans des galeries (29) ; Panurge, en se retirant, déparque (c'est le mot propre) du lieu.

Le portecole qui donne le signal du désordre, c'est le régisseur-souffleur qui, la copie ou livret à la main, se tenait sur la scène pour régler les entrées et déplacements des acteurs et pour obvier aux défaillances de leur mémoire. La volerie, d'où saint Michel descend en hâte, est l'ensemble des machines, cordages, poulies et plateaux, qui servaient à dévaler sur terre les anges et les saints juchés sur le hourd ou échafaud du paradis (30).

 

Où Rabelais avait-il appris ces termes de métier ?

C'est, notons-le, à Saint-Maixent que se serait passé cet enlèvement des spectatrices par les acteurs. Le nom de cette ville poitevine revient associé à des souvenirs de représentations théâtrales, dans un autre passage de son livre. Il s'agit, cette fois, d'une diablerie. On désignait ainsi toute scène, parade, cortège où figuraient des diables.

Rabelais nous rapporte, au chapitre XIII du Quart Livre une tradition, sans doute recueillie sur place, d'après laquelle le poète Villon, sur ses vieux jours, se serait retiré à Saint-Maixent et y aurait fait jouer la Passion en geste et langage poitevin :

« Les roles distribuez, les joueurs recollez, le théâtre préparé, dist au Maire et eschevins, que le mystère pourroit estre prêt à l'issue des foires de Niort ; restoit seullement trouver habillemens aptes aux personnages.

Les Maire et eschevins y donnèrent ordre. Il, pour un vieil paisant habiller qui jouoyt Dieu le père, requist frere Etienne Tappecoue secrétaire des Cordeliers du lieu, luy prester une chappe et estolle. Tappecoue le refusa, alléguant que par leurs statutz provinciaulx estoit rigoureusement defendu rien bailler ou prester pour les jouans.

Villon replicquoit que le statut seulement concernait farces, mommeries et jeuz dissoluz et qu'ainsi l'avoit veu practiquer à Bruxelles et ailleurs. Tappecoue ce non obstant luy dict péremptoirement qu'ailleurs se pourveuct, si bon luy sembloit, rien n'esperast de sa sacristie. Car rien n'en auroit sans faulte. Villon feist aux joueurs le rapport en grande abhomination, adjoustant que de Tappecoue Dieu feroit vangence et punition exemplaire bien toust.

Au samedy subsequent Villon eut advertissement que Tappecoue sur la poultre du couvent (ainsi nomment-ils une jument non encore saillie) estoit allé en queste à Sainct Ligaire et qu'il seroit de retour sur les deux heures apres midy. Adoncques feist la monstre de la diablerie parmy la ville et le marché. Les diables estoient tous cappasasonnez de peaulx de loups, de veaulx, et de beliers, passementées de testes de mouton, de cornes de bœufs et de grands havetz de cuisine : ceinctz de grosses courroies, esquelles pendoient grosses cymbales de vaches et sonnettes de mulet à bruyt horrificque. Tenoient en main aulcuns bastons noirs pleins de fuzees, aultres portaient longs tisons allumez sur lesquelz à chascun carrefour jectoient plenes poingnees de parasine en pouldre, dont sortoit feu et fumée terrible. [Après] les avoir ainsi conduictz avecques contentement du peuple et grande frayeur des petitz enfans, finallement les mena bancqueter en une cassine hors la porte en laquelle est le chemin de Sainct-Ligaire.

Arrivans à la cassine de loing il aperceut Tappecoue, qui retournoit de queste et leurs dist en vers macaronicques :

 Hic est de patria, natus de gente belistra,

Qui solel antiquo bribas portare bisacco.

Par la mort diene (disent adoncques les Diables) il n'a voulu prester à Dieu le pere une paouvre chappe : faisons luy paour. C'est bien dict (respond Villon). Mais cachons nous jusques à ce qu'il passe et chargez vos fuzees et tizons.

Tappecoue arrivé au lieu, tous sortirent en chemin au devant de luy en grand effroy, jectans feu de tous cousiez sur luy et sa poultre : sonnans de leurs cymbales et hurlans en Diable. Hho, hho, hho, hho ! brrrourrrourrs, rrrourrrs, -rrrourrrs. Hou, hou, hou. Hho, Hho, hho : frere Estienne, faisons-nous pas bien les Diables ?

La poultre toute effrayée se mist au trot, à petz,à bonds et au gualot : à ruades, fressurades, doubles pedales et pétarades : tant qu'elle rua bas Tappecoue quoy qu'il se tint à l'aube du bast de toutes les forces. Les estrivieres estoient de chordes : du cousté hors le montonoir son soulier fénestré estoit si fort entortillé qu'il ne le peut oncques tirer. Ainsi estoit traînné à escorchccul par la poultre tousjours multipliante en ruades contre luy et four-voyante de paour par les hayes, buissons et fossez. De mode qu'elle luy cobbit toute la teste, si que la cervelle en tomba près la croix Osanniere, puys les bras en pièces, l’un çà, l'aultre là, les jambes de mesmes, puys des boyaulx feict un long carnaige, en sorte que la poultre au couvent arrivante de luy ne portoit que le pied droict et soulier entortillé.

Villon voyant advenu ce qu'il avoit pourpensé dict à ses Diables : Vous jouerez bien messieurs les Diables, vous jouerez bien... 0 que vous jouerez bien ! »

Ce récit, l'un des plus pittoresques de l'œuvre rabelaisienne est fondé sur une tradition d'une authenticité douteuse : Villon, étant mort à trente-trois ans, n'a pas pu se retirer sur ses vieux jours à Saint-Maixent et de ce qu'il déclare dans son Testament qu'il parle ung peu poitevin, il ne s'ensuit pas qu'il était capable d'écrire dans ce dialecte les quelques milliers de vers que comportait le « jeu » de la Passion (31). ,

Mais nous n'envisageons présentement dans cette anecdote que les seuls traits qui intéressent les pérégrinations de Rabelais en Poitou. Or il ressort de certains détails que l'auteur de ce récit connaissait fort exactement la topographie de Saint-Maixent et de ses environs.

Saint-Ligaire, où Tappecoue est allé en quête, est à quelque distance de Saint-Maixent. Il y avait là une abbaye qui dépendait de l'évêque de Maillezais. L'emplacement de la croix, près de laquelle tomba Tappecoue était sur le chemin des Couperies (32) : on l'appelait hosannière parce qu'on venait, le jour des Rameaux, y chanter « Hosanna filio David ».

Il est probable que cette histoire de l'accident de Tappecoue a quelque rapport avec le nom d'un fief voisin de Saint-Maixent : le fief du « moine-mort ».

 

Il y a donc dans cette anecdote des précisions topographiques d'où l'on peut déduire avec certitude que Rabelais séjourna à Saint-Maixent.

 

 Où habitait-il lorsqu'il s'arrêtait dans cette ville ?

 

Vraisemblablement chez ses confrères les Bénédictins du lieu. Or c’est précisément dans la grande salle de leur abbaye, « le parquet des moines, » que se jouaient les « diableries » qui devaient être fréquentes, Saint-Maixent ayant une Basoche. C’est là que Rabelais place la scène scandaleuse de l'enlèvement des femmes par les diables. C'est là sans doute qu'il a pu voir cette horde burlesque qu'il nous dépeint, paradant sous la conduite de Villon dans les rues et places de Saint-Maixent.

Peut-être est-ce au cours de quelqu'une de ces diableries que Rabelais distingua parmi les démons certain petit diable dont il devait prêter le nom au héros de son premier ouvrage, Pantagruel.

 

Nous savons, en effet, maintenant que dans diverses œuvres dramatiques du XVe siècle, Pantagruel est un démon chargé par Satan de la province des eaux et particulièrement des mers (33). Là, il recueillait du sel, qu'il jetait ensuite dans la gorge des hommes, pour engendrer la soif et provoquer à l'ivrognerie. Le nom de ce diable qui torture les hommes en les assoiffant, Rabelais l'a donné à son Géant, qu'il représente dans la première partie de son ouvrage, comme doué de la vertu singulière d'altérer tous ceux qui l'approchent. Il nous le montre même, au cours de sa lutte contre le monstrueux Loupgarou, faisant le geste traditionnel du petit diable Pantagruel des mystères : le géant puise du sel dans une boîte pendue à sa ceinture et le jette dans la gueule béante de son adversaire : « dont il luy emplyt et gorge et gouzier et le nez et les yeulx ».  

C'est d'ailleurs arbitrairement que Rabelais a rattaché la vie de son géant au Poitou, qu'il en a fait, par exemple un petit neveu de Geoffroy-à-la-Grand-Dent. Par contre, il est un personnage fabuleux, plusieurs fois mentionné dans son œuvre, dont la légende était née et s.'était développée en terroir du Poitou : c'est Mélusine, la femme-serpent.

 

 A l'époque de Rabelais, et même longtemps après lui les bonnes gens de Lusignan croyaient encore à l'existence de cette fée. Lorsque la reine Catherine de Médecis visita les ruines du château de Lusignan (il avait été démoli en 1575), des femmes, au lavoir, lui racontèrent que Mélusine était une très belle dame, qui se promenait dans les bois en habit de veuve et qu'on pouvait surprendre le samedi, à la vesprée, baignant dans la Font-de-Cé sa queue de serpent. Elle disparaissait dès qu'elle se sentait observée (34)..

Cette légende était fart ancienne. Il semble que primitivement, Mélusine (35) ait été mie divinité celtique, protectrice d'une source qui jaillit aux flancs de la colline de Lusignan.

Le christianisme ne parvint pas à chasser de l'esprit des peuples de la région le souvenir de cette divinité bienfaisante.

Au moyen âge, une grande famille féodale, les Lusignan, qui s'illustrèrent aux Croisades, exploitèrent habilement cette légende, en faisant de Mélusine la fondatrice de leur lignée. Geoffroy-à-la Grand-Dent appartenait à cette famille.

Un siècle après sa mort, un clerc, Jean d'Arras, à la demande du duc Jean de Berry, rédigeait, en prose, d'après des chroniques latines conservées à la tour de Maubergeon, à Poitiers, un roman de Mélusine (1387).

Dans cette version, Geoffroy-à-la-Grand-Dent n'est plus l'arrière petit neveu mais le fils même de la femme-serpent. Quelques années plus tard, Guillaume VII de Parthenay, allié à la famille de Lusignan qui s'était éteinte, faisait mettre en vers par le poète Couldrette la même légende.

Ces deux œuvres n'ont pas de caractère populaire : elle sont une apologie pour Geoffroy-à-la-Grand-Dent, dont les pires forfaits sont excusés. Il y est approuvé, par exemple, d'avoir fait brûler les moines de Maillezais parmi lesquels se trouvait son frère : il ne l'avait fait, disait le poème, que pour les punir de leurs péchés et vie désordonnée !

Rabelais connaissait ces déformations tendancieuses du mythe de Mélusine, œuvres de clercs au service de grands chefs féodaux. Il y a un écho de ce plaidoyer pour Geoffroy dans les propos de Pantagruel, déclarant que l'on n'a point sans cause « pourtraict» son ancêtre tirant son malchus de sa gaine.

Il a recueilli aussi les formes populaires de la légende de Mélusine. On lui prêtait la puissance de bâtir, la nuit, avec une rapidité magique.

Les plus imposantes des constructions de la région lui étaient attribuées : les arènes de Poitiers, par exemple, et surtout les forteresses féodales des Lusignans et de leurs alliés.

La Guide des chemins de France (1552) engage le voyageur à admirer les châteaux de Lusignan, Vouvent et Mervent (ces deux derniers au nord de Fontenay-le-Comte) qui sont l'œuvre de Mélusine.

C'est elle encore qui avait édifié les tours de Parthenay, ruinées sous Charles VIII.

Le donjon de Pouzauges, en Bas-Poitou, avait été sa dernière construction. Surprise dans son travail, en pleine nuit, par le regard d'un indiscret, elle avait lancé une malédiction sur ses oeuvres :

Pouzauges, Tiffauges, Mervent, Chateaumur et Vouvant Iront chaque an, je le jure, d'une pierre en périssant.

C'est dans quelqu'une de ces localités que Rabelais avait entendu parler de la femme-serpent :

« Visitez, dit-il, Lusignan, Parthenay, Vovent, Mervent, Pouzauges ; là trouverez tesmoings authentiques et de bonne forge, lesquels vous jureront que Melusine leur première fondatrice avait corps féminin jusqu'à la ceinture et que le reste en bas étoit andouille serpentine ou bien serpent andouillique (36). »

Car c'est au cours d'un plaidoyer en faveur des andouilles que Rabelais allègue ces témoignages de bonne forge, comme il les appelle dans un plaisant jeu de mots.

Plus vivantes que les légendes fabuleuses, les traditions de la piété populaire en Poitou ont également pris place dans le Gargantua et le Pantagruel.

La plupart se rapportaient à la dévotion aux reliques des saints qui avait fleuri au moyen âge. Il n'était pas alors d'église qui ne se vantât de posséder quelques vestiges des corps saints. Les grands seigneurs les recherchaient comme des amulettes ; ils en mettaient jusque dans le pommeau de leur épée. Les moines mendiants en exhibaient aux carrefours et sur les places publiques. Les grands sanctuaires se les disputaient comme des trésors propres à exciter la curiosité ou à échauffer le zèle des pèlerins. Les reliques s'étaient multipliées d'autant plus aisément qu'on ne s'enquérait jamais de leurs titres d'authenticité.

En vain, un évêque du XIIIe siècle, Guibert de Nogent, avait-il mis les fidèles en garde contre les fausses reliques. Calvin n'aura pas de peine, trois cents ans plus tard, à jeter la suspicion sur l'authenticité des corps saints vénérés en Occident, en signalant l'existence de deux têtes de sainte Anne, de deux corps de la Madeleine de quatre corps de saint Sébastien (37), etc.

Au début du XVIe siècle les reliques continuaient d'être l'objet d'un culte aveugle. Ainsi l'église de Javarzay, petite paroisse des environs de Chef-Boutonne (arrt de Melle), était devenue un lieu de pèlerinage fréquenté, depuis qu'elle avait reçu de Raimond Perrault, docteur en théologie de l'Université de Poitiers, nonce apostolique et bientôt après évêque de Saintes, cent quinze reliques, parmi les quelles un os d'Abraham, un morceau de la verge d'Aaron, l'index de saint Jean-Baptiste et plusieurs guimpes de la Vierge (38).

Rabelais connaissait ces reliques, il nous montre un des soldats de Picrochole, menacé de mort par frère Jean, se vouant « es reliques de Javarzay ».

Un autre de ses personnages, le marchand Dindenaut (39) invoque le digne vœu de Charroux !

Cette relique était un souvenir de la circoncision de Jésus. Elle passait pour avoir été apportée par un ange à Charlemagne, lors de la croisade que cet empereur d'après la légende, aurait conduite en Terre Sainte. Elle avait été confiée à l'abbaye de Charroux (arr. de Civray).

Louis XI lui avait voué six lampes d'argent et de grands seigneurs du Poitou lui constituaient une garde d'honneur la nuit de Noël.

Les saints, les reliques, les sanctuaires étaient alors fréquemment invoqués dans la conversation ordinaire. De nos jours, le serment n'est pas de bon ton ; il est plébéien et généralement ignoble. Dans l'ancienne France, on entendait de la bouche de personnes fort respectables des serments variés.

Le plus souvent, c'étaient des invocations de Dieu, sous des formes singulières suggérées par le scrupule religieux d'éviter une profanation du nom divin : parbleu, pour : par Dieu, palsambleu, pour : par le sang de Dieu, etc. On jurait aussi par le nom des saints. Les personnages de Rabelais invoquent volontiers les saints et, à plusieurs reprises, ceux qui étaient honorés en Poitou. Ici par exemple, c'est «saint Iago » de Bressuire(40), saint Jacques, qui avait sous sa protection dans cette ville une aumônerie destinée aux malades pauvres et aux pèlerins de Compostelle ; là (41), c'est le « bras saint Rigomer ».

Ce reliquaire, conservé à l'église de Maillezais et vénéré dans tout le Poitou, contenait les reliques qui avaient été données en 1010 par Hugues, comte de Tours, aux moines de l'abbaye de Saint-Pierre.

Cette église abbatiale conservait encore les reliques de Goderan, abbé de Maillezais au XIe siècle (42), un «Bienheureux» dont frère Jean des Entommeures fait un saint, « saint Goderan (43).

Avec ces invocations figurent encore dans le livre de Rabelais des jurons rustiques en patois poitevin (44) : m'arme (par mon âme), merdé (par la mère de Dieu), merdique (forme atténuée du même serment), pe le quaudé ! (par le corps Dieu).

Ce sont là des mots de terroir. On sait que les dialectes provinciaux sont richement représentés dans le vocabulaire de Rabelais : la plus large contribution de termes dialectaux a été fournie par le Poitou (45).

Dans la Briève déclaration d'aucunes dictions plus obscures qui suit le Quart Livre, il a signalé lui-même l'origine poitevine de certaines de ses expressions : « les ferremens de la messe disent les poictevins villageoys ce que nous disons ornemens et le manche de la paroèce, ce que nous disons le clochier, par métaphore assez lourde ».

La croix appelée en Poitou hosanniere, dit-il encore, est celle qui est dite ailleurs boisselière. Beaucoup d'autres vocables du terroir poitevin sont employés par lui sans recherche, semble-t-il, et comme des mots qui lui étaient familiers (46) : acimenter (assaisonner), acroué (accroupi), aiguë (mêlé d'eau), appigret (assaisonnement), becgueter (bégayer), billevezée (billevesée, proprement boyau vide, chose creuse), biscarié (avarié), burgot (frélon), chalupper (trier les noix), chenin (variété de raisin), coireaux (bœufs à l'engrais), cormé (boisson faite de fruits du cormier), foupi (chiffonné), journées (enfourné), gaudebillaux (tripes), guimaux (pré à regain), hugrement (vivement), jadeau (jatte), oince (phalange), pibole (flûte à bec et à trois trous), poysard (tige de pois), quecas (variété de noix), rebindaine (les jambes en l'air), rimer (prendre à la poêle en brûlant), sallebrenaux (élégant) sublet (sifflet), vèze (cornemuse), vimère (dommage causé par l'orage).

On trouve même un refrain de chanson en patois poitevin au Quart Livre de Pantagruel, chap. XXII. Au fort de la tempête pour donner courage aux matelots, frère Jean entonne un vieux noël poitevin :

Je n'en daignerois rien craindre

Car le jour est fériau

Nau, nau, nau !

C'est-à-dire: Ce jour est jour de fête, Noël, noël, noël. Les noëls, chansons populaires en l'honneur de la naissance du Christ et « de sa digne mère » étaient en grande vogue en Poitou, au début du XVIe siècle.

Rabelais fait une allusion dans le Prologue du Quart Livre à ces « beaux et joyeux Noelz, en languaige Poictevin ».

Celui que chante frère Jean nous a été conservé dans les Grans Noëls nouveaux, publiés en 1520 par Lucas Lemoigne, curé de Saint-Georges et de Notre-Dame du Puy-la-Garde, au diocèse de Poitiers (47).

Elle est donc riche et variée la moisson de traditions populaires, de dictons, de vocables, d'observations sur la vie commune que Rabelais a récoltée au cours de ses pérégrinations en Poitou.

Nulle province française, la Touraine exceptée, ne lui a fourni autant d'éléments de réalité pour son livre. Encore n'avons-nous rien dit de ce qu'il doit à la capitale du Poitou.

Nous y arrivons. Dans ces voyages en zig-zag la halte préférée de Geoffroy d'Estissac et de son familier Rabelais était Ligugé. Nous sommes aux portes de Poitiers.

L'adolescence de Rabelais en Poitou , Jean Plattard

 

François de Montcorbier dit Villon

Villon naît à Paris en 1431 non loin de St-Jacques-la- Boucherie, quartier où mourra Gérard de Nerval, l’année même ou « Jehanne la bonne Lorraine » mourait à Rouen sur le bûcher, et ce n’était pas une bonne époque pour naitre et prospérer jusqu’aux vertus bourgeoises.

Sa mère, Marie, humble ouvrière est veuve. Son père de sang est son oncle Guillaume, chanoine. Son nom lui vient d'un village des environs de Tonnerre en Bourgogne, province dont est issue sa famille de Montcorbier. Bachelier à 16 ans il n'en est pas moins le plus plus fol, le plus nocif, le plus ribaud des étudiants parisiens.

Une misère grande misère régnait alors à Paris et sur le royaume épuisé par cent années de guerres continuelles, de pillages, de brigandages que faisaient, aux villes et campagne, subir les troupes d’Armagnac et de Bourgogne.

Les loups, eux-mêmes, enhardis, ne se gênaient pas, lorsqu’ils n’avaient plus que le vent comme nourriture pour envahir les faubourgs de Paris et enlever des enfants et même attaquer hommes ou femmes. Certains de ces loups, tel le courtaud qui était sans queue avaient même droit de légende, tant ils étaient rapides, insolents et rusés. De chiens pour les chasser, il n’en était plus ayant tous été mangés lors des sièges ou des famines. Les années qui suivirent celles-là, la guerre étant à peu près terminée, les soldats, licenciés, devinrent brigands, nombreux et de longues dents, tant qu’ils n’hésitèrent pas, sans crainte de répression à mettre à pillage toute l’ile de France et parfois meme à s’attaquer à Paris.

Histoire de faim- histoire de loups, histoire de brigands, ce furent là les contes que François de Montcorbier, plus tard appelé Villon, et fils d’une pauvre femme illettrée, entendit, dès son plus jeune âge, comme étant choses très normales.

II fréquente des cabarets dont le nom parfois s'est perpétué jusqu'à aujourd'hui, La Bolée, Le Caveau, L'Ange, L'Arbalète, La Cloche-Perce, La Harpe, La Pomme de Pin, et margoulins de St-Merri et de St-Martin pour ce qui est des hommes.

Né à la délinquance en même temps qu'à la poésie il va bientôt de vols (églises, trésor du collège de Navarre) en meurtres, de cour du Roi René à Angers à celle de Charles d'Orléans à Blois, de geôle en bannissement.

Ses muses, mi-nymphes mi-ribaudes, lui soufflent tour à tour, dans son œuvre comme dans sa vie, repentance et paillardise, mauvaiseté et nostalgie des principes religieux ayant présidé à son éducation.

De Villon pipeur, larron, « voleur, poète et davantage » (Michèle Comte) il se peut dire cependant : « Le poète se survit par le message qu'il laisse

Lorsque, tout jeune encore, il fut confié à messire Guillaume de Villon, professeur de décret à Saint Benoit le Betourné, en la rue Saint Jacques, ce furent histoire de luttes de chanoines pour les prébendes, les préséances.

Par sa vie aventureuse et l'originalité de sa poésie François Villon ne cesse, quelques siècles après sa mort en 1463, d'alimenter l'intérêt et la curiosité.

 

Le rendez-vous de Villon avec les poètes maudits par Louis Bergen le play

 

 

 

 

 


 

(1)    Voici le texte de la Supplicatio pro Apostasia adressée en 1535, par Rabelais au pape Paul III, afin d'obtenir l'absolution de l'apostasie qu'il avait commise en quittant, sans l'autorisation de ses supérieurs, son froc, pour courir le monde en habit de prêtre séculier.

 Il rappelle au début de cette supplique qu'il avait régulièrement été transféré de l'ordre de Saint-François dans celui de Saint-Benoît avec l'agrément du pape Clément VII

 « De ordine Fratrum Minorum... ad ordinem S. Benedicti in Ecclesia Maleacensi dicti ordinis se libere transferre per fœlicis recordationis Clementem Papam VII... apostolica obtinuerat autoritate concedi seu indulgeri. » Ed. Marty-Laveaux, III, 336. Sur l'origine et l'authenticité de ce document, voir Marty-Laveaux, IV, 388.

(2) Consulter Ch. Arnauld, Histoire de Maillezais, Niort, 1840, et un article de Bourloton, dans Paysages et monuments du Poitou, de Robuchon.

(3) Dans l'enfer, tel que le décrit Epistémon, au chap. XXX du Pantagruel, Rabelais fait de Geoffroy à la Grand-Dent, en souvenir de cet incendie, un « allumetier », c'est-à-dire un marchand d'allumettes.

(4) Poème de Mélusine.

(5) Il convient de noter à ce propos l'intérêt que Rabelais porte .aux monuments de notre histoire nationale. C'est la Renaissance qui a commencé de considérer ces vestiges du passé comme des objets d'étude. François 1er lui-même s'y intéressait. Il eut, dit M. Jullian (Revue bleue, du 6 janvier 1906), « un rival ou un associé dans les voyages de curiosité en la personne de Pantagruel...

De ces deux voyageurs, c'est Pantagruel qui avait l'intelligence la plus vaste, car il sut voir tout à la fois un dolmen, un aqueduc romain, des tombes de chevaliers. Il embrasse les trois âges de nos antiquités nationales. »

(6) Epée à lame recourbée. Malchus est le nom du personnage auquel saint Pierre, au jardin des Oliviers, coupa une oreille. Le peuple lui avait « osté son nom pour le donner à une sorte de glaive », dit Henri Estienne, dans son Apologie pour Hérodote, éd. Ristelhuber. t. II, p. 146...

(7) On en peut voir une reproduction à la gare de Lusignan, parmi les mascarons qui ornent les portes, du côté de la voie.

(8) C'est « aux chanoines dudict lieu» que Pantagruel demande, pourquoi Geoffroy est représenté » comme un homme furieux P. Pantagruel, chap. V.

(9) Sur la famille d'Estissac, consulter Maurice campagne, Histoire de la maison de Madaillan, 1076 à 1700 (Bergerac, 190f).. Une courte notice sur Geoffroy d'Estissac se lit dans le Mémoire pour l'histoire de l'abbaye et évêché de Maillezais, manuscrit 545 de la Bibliothèque municipale de Poitiers (XVIIIe siècle).

(10) Sur ces localités poitevines, voir H. Clouzot, Topographie Rabelaisienne, dans R. E. R.. t. II. n. 143 et 227

(11) Pantagruel, chap. V.

(12) Tiers Livre, chap. XLI.

(13) Gargantua, chap. XXXIV.

(14) Gargantua, chap. XXXVII.

(15) Gargantua. chap. XL.

(16) Voir l'étude de Sainéan, L'Histoire naturelle dans Rabelais,  XVIE SIÈCLE, t. V et VI.......

(17) Voir Etienne Clouzot, Les Marais de la Sèvre-mortaise et au Lay, du Xe à la fin du XVIe siècle (Niort, 1903).

(18) Tiers Livre, chap. XLIX.

(19) Gargantua, chap. XI, Tiers Livre, chap. XX.

(20) Pantagruel, chap. XIII, Cinquiesme Livre, cnap. XXX11.

(21) Gargantua, chap. VIII.

(22) Tiers Livre, chap. XIII.

(23) Quart Livre, chap. XIII.

(24) Quart Livre, chap. V, VI, VII, VIII.

(25) Quart Livre, chap. XIII.

(26) Voir H. Clouzot, L'ancien théâtre en Poitou, chap. I.

(27) Quart Livre, Chap. XIII.

 

(28) Tiers Livres, chap. XXVII.

(29) G. Cohen, Livre, Le chap. livre du régisseur pour le mystère de la Passion, Revue des Deux Mondes, 15 mai 1923.

(30) G. Cohen, Rabelais et le théâtre, dans R. E. R., t. IX, p. r. 16.

(31) Voir H. Clouzot, L'Ancien théâtre en Poitou, p. 10-24.

(32) H. Clouzot, ibid

(33) Sur cette question l'état actuel de nos connaissances est exposé dans l'introduction placée par M. Abel Lefranc en tête de l'édition critique de Pantagruel.

(34) Voir Brantôme, Œuvres, éd. Lalanne. t. V. D. 16-22

(35) Un folkloriste poitevin, Léo Desaivre, a consacré à ce personnage fabuleux une étude copieuse à laquelle nous faisons quelques emprunts : Le mythe de la Mère  Lusine, Poitiers, 1883.

(36) Quart Livre, chap. XXXVIII.

(37) Traité des reliques, passim.

(38) L'inventaire de ces reliques a été donné récemment dans l'ouvrage de C. Piard : Javarzay, le prieuré, l'église, le château, Chef-Boutonne, 1922.

(39) Quart Livre, chap. VII.

(40) Tiers Livre, chan. XXII.

(41) Tiers Livre chap. XXVII.

(42) Arnauld. Histoire de Maillezais. D 78-81

(43) Gafn'an/ua. chan. LVIII.

(44) Etudiée par L. Sainéan, La langue de Rabelais, t. II p. 337- 340.

(45) Voir Sainéan, ouvrage cité, t. II, p. 160-166.

(46) On en trouvera le texte intégral et la musique dans le recueil de H. Lemaitre et H. Clouzot, Trente Noëls poitevins du XVe au XVIIIe siècle, Niort, 1908,

(47) On en trouvera le texte intégral, un peu différent de celui de Rabelais, ainsi que la musique, dans le recueil publié par H. Lemaître et H. Clouzot, Trente Noëls poitevins du XVe au XVIIe siècle, Niort, 1908.