La colline Saint-André, l'îlot Saint-Vaize de Niort

Alors que la mer se déroulait en un golfe immense au travers du Bas-Poitou et de l'Aunis, alors qu'elle recélait dans son sein le cours de la Sèvre inférieure, la montagne ou plutôt le promontoire de Saint-André s'élevait inaccessible de toutes parts et entouré d'eau au nord-ouest, au sud et à l'est.

Malgré les travaux de nivellement qui ont eu lieu depuis la fondation de la ville, l'inclinaison des pentes est encore si rapide que, dans un grand nombre de rues, les voitures et les chevaux, ne sauraient circuler. La partie nord-ouest du promontoire n'a jamais été nivelée. Là, le rocher est à pic et domine la vallée a une hauteur de 30 mètres les maisons bâties sur le bord de ces rocs escarpés semblent être suspendues entre le ciel et la terre.

Le rocher stérile de Saint-André, promontoire jeté à l'extrémité du Poitou était la limite naturelle et la clef de cette province aussi dût-on bientôt pourvoir avec soin à la défense de cette station militaire.

 

Révolte des Taïfales à l'ouest du Poitou contre les exactions du duc Austrapius.

Lorsque les empereurs romains furent obligés d'échelonner dans les Gaules, des hordes de barbares alliés à l'empire pour résister aux invasions des hommes du nord qui se ruaient sur les régions de l'ouest à des époques fréquentes et imprévues, ils établirent sur la rive gauche de la Loire et dans le Poitou, des colonies de Sarmates et de Teïfales peuples originaires de la Scythie.

Un préfet des Sarmates et des Teïfales résidait à Poitiers. C'est ce que nous apprend la notice des dignités de l'empire que l'on croit avoir été rédigée dans le cinquième siècle de notre ère, sous le règne de VaIentinien III.

 Thibaudeau dit, dans son Histoire du Poitou, que « les Poitevins furent nommés Teïfaliens vers le cinquième siècle, par « la confusion qu'on faisait des peuples de ce nom avec ceux du Poitou.

On lit dans Grégoire de Tours que vers 557 le duc Austrapius fut tué par les Teïfales, dans une émeute qui eut lieu dans la ville de Celles.

C'est aux Teïfales qu'on attribue la fondation de Tiffauges. D. Ruinart, dans ses notes sur Grégoire de Tours a avancé qu'il y eut quelques cantons du Poitou où les Teïfales vécurent longtemps seuls et isolés.

 

  Une localité située sur les confins du Poitou et de l'Aunis était, dit-il, encore habitée au onzième siècle par des Teïfales. Je n'ose rapporter au rocher de Saint-André le passage de D. Ruinart, quoique ce promontoire fut réellement placé sur les frontières du Poitou et de l'Aunis; toutefois, puisque les Teïfales occupaient les confins de ces deux provinces, Tiffauges et Celles, il est hors de doute qu'ils occupèrent aussi le pays de Gâtine et le rocher de Saint-André, limité extrême du Poitou.

Procope nous apprend que les Teïfales conservèrent les mœurs de leurs ancêtres et les transmirent à leurs enfants.

Ainsi les Romains tolérants par politique, n'imposèrent point leurs usages aux barbares qu'ils tenaient à leur solde; les Visigoths, maîtres du Poitou de 419 à 507, ne changèrent rien aux habitudes des Teïfales, et les Francs eux-mêmes, laissèrent vivre ces peuples conquis selon leurs lois et leurs coutumes.

 Ce ne fut donc qu'à la suite des temps et par leur mélange avec les races indigènes que les Teïfales modifièrent leurs mœurs et se fondirent lentement avec les peuples qui les entouraient. Ainsi s'explique cette longue persistance à former une nation distincte par le nom et par les mœurs, au milieu des habitants de nos contrées.

 

Nous sommes donc conduits à dater du quatrième siècle l'occupation du promontoire de Saint-André par les Teïfals.

A cette époque remonterait le nom de Lapis in Pictonibus, c'est-à-dire, la Pierre ou le Rocher dans le Poitou, que l'on aurait imposé à cette montagne inculte et escarpée, dont la défense avait été confiée aux Teïfales.

(Niort a été longtemps connu sous le nom de Lapis in Pictonibus, on y ajouta dans la suite, celui de Niortum : Lapis in Pictonibus su Niortum)

Mais c'est l'histoire que j'écris, et la saine critique est sévère, quand il s'agit d'admettre un nom dont l'origine n'est pas authentiquement prouvée. Je me trouve heureux de n'être pas forcé d'abandonner ce nom, le Rocher dans le Poitou, qui précise avec tant d'énergie la nature du sol et la position du promontoire de Saint-André, cette ville des Teïfales qui, primitivement n'avait rien de commun avec le village bâti de l'autre côte du golfe dans une province étrangère au Poitou.

 

Dans les murs de l'église de Saint-Jacques de Châtellerault était incrustée une épitaphe que l'on trouve citée par Jouyneau Desloges et par M. Beauchet-Filleau. Cette inscription tumulaire commence par ces mots :

Hic jacet Jacobus Berthelin, scutifer, dominus de Romaigné, ex Motâ Berthelini in Afro, primo à Niorto in Pictavibus lapide genus et nomen trahens.

Ci-git Jacques Berthin, écuyer, seigneur de Romaigné, tirant son nom et son origine de la Mothe Berthelin, dans le territoire d’Aiffres et primitivement de Niort, le rocher dans le Poitou, Jacques Berthelin mourut en 1586. »

 

Ainsi, à la fin du seizième siècle, il existait encore des titres qui relataient le double nom de notre cité, et on le burinait sur la pierre d'un tombeau, pour démontrer l'ancienneté d'une famille. Il n'y a plus à en douter le rédacteur du rapport présenté par l'intendant vers 1730 avait réellement lu d'anciennes épitaphes qui portaient ce double nom Niortum in Pictavibus Lapis. Mon système repose donc maintenant sur un document authentique. On a essayé de traduire cette inscription mais on n'était pas sur la voie aussi la traduction est-elle infidèle. Elle devient impossible si l'on n'adopte pas mon système.

La population de cette ville naissante occupait au nord le point le plus éloigné du golfe, et vivait agglomérée sur un plateau dont la longueur, du nord au sud, était de 270 mètres, et de l'ouest à l'est, de 320 mètres environ; à l'extrémité nord du plateau fut établie la place du marché et à l'extrémité sud-ouest on construisit, plus tard l'église de Saint-André, après la conversion des Teïfales au christianisme.

Autour de la place du marché, puis autour de l'église, les habitations se groupèrent en désordre. A la fin du dix-huitième siècle, avant qu'on eût ouvert des rues nouvelles et qu'on eut élargi les rues anciennes qui existaient déjà dans ce quartier presque sans issues, les maisons entassées laissaient à peine circuler l'air et la lumière.

 Le rocher sur lequel s'étaient fixés les Teifales est entièrement formé de pierre calcaire, dont les bancs immenses et profonds apparaissent à la surface du sol aussi les cinq rues étroites et tortueuses qui sillonnaient de leurs détours cette antique cité, portaient toutes le nom de Pierrière ou Perrière.

Dès que la population s'accrut, les habitations atteignirent bientôt les limites sud-est du plateau. La ville présentait alors la figure d'un rectangle dont les angles auraient été arrondis et les cotes un peu courbés elle comprenait tout le terrain qu'elle couvre de nos jours à l'ouest, au nord et à l'est. Au sud, elle était bornée par une ligne qui semble partir de l'extrémité de la rue Neuve, puis longer la rue Vieille-Rose au nord, traverser l'enclos des Ursulines et se rattacher à la ligne circulaire de rochers qui enveloppait, au sud-ouest, l'église de Saint-André mais cet espace devint bientôt insuffisant.

Les habitants commencèrent à s'établir sur les pentes méridionales, et se rapprochèrent ainsi peu à peu du golfe qui baignait de ses eaux profondes le pied des rochers escarpés qui bordaient la montagne au sud et au sud-ouest à ces rochers sont adossés aujourd'hui les maisons construites sur l'emplacement du golfe, le long des rues du Soleil et du Faisan.

Comment pourrait-on expliquer d'une manière satisfaisante la fondation simultanée de la ville de Niort sur ses deux collines, après avoir vu cette barrière de rochers qui n'a jamais été renversée et au milieu de laquelle, dans des temps rapprochés de notre époque, a été ouvert un étroit passage situé à l'extrémité de la rue Saint-Gelais, passage qui n'était, il y a cinquante ans, qu'un long escalier à l'aide duquel on montait des halles à l'hôtel-de-ville.

Les habitants de la presqu'ile de Saint-André durent se livrer d'abord exclusivement à la pèche, et leurs premiers travaux furent de se frayer un chemin facile vers la mer. Ils atteignirent aisément les bords du golfe, en suivant la route indiquée par les rues du Vieux-Marché et de Souché, tant que ce golfe s'étendit jusqu'à la place actuelle de la Brèche et dans la partie orientale nommée aujourd'hui le Paradis puis à la limite sud de la presqu'ile, ils trouvèrent un port sûr et d'un accès facile, en longeant les rochers de l'est par la pente douce de la rue Babinot : cette rue était encore au dix-huitième siècle, la plus large de toutes les rues de la ville.

 Bientôt la rue Saint-Gelais vint déboucher par les rues Rochette et du Faisan à l'extrémité de la rue Babinot plus tard on ouvrit la rue Saint-François, et alors, la rue Saint-Gelais aboutit en ligne droite au carrefour du port. A l'aide de la rue du Faisan et de la rue Saint-François, les habitants de l'intérieur de la ville obtinrent une communication aisée avec ce port primitif dont je fixe l'emplacement sur notre place de la Brèche.

Les masses d'eau qui avaient anciennement envahi le littoral de la Saintonge et de l'Aunis et dont une branche se prolongeait sur les deux rives de la Sèvre, jusqu'au pied de la montagne de Saint-André, se retirèrent tout-a-coup au commencement du sixième siècle et mirent à découvert une étendue immense de terrain.

 On vit se dessiner le cours de la Sèvre inférieure qui, depuis tant de siècles, était perdu dans les profondeurs de la mer, et le golfe de Niort se transforma en un marais profond et insalubre.

Le port fut détruit, et pour gagner les rives du fleuve, les Teïfales furent obligés d'abandonner les routes du sud et de se frayer de nouveaux passages au sud-ouest et à l'ouest. Ils en versèrent alors le rocher qui limitait au sud la rue Crémeau, creusèrent la rue Basse et arrivèrent ainsi directement à l'endroit où la tradition indique l'emplacement de l'ancien port de Niort.

Un autre passage fut ouvert au sud-ouest de l'église de Saint-André et a pris de nos jours le nom de rue de Saint-André. Cette rue, en tournant au sud-est dans la rue du Pont, vint aboutir à l'extrémité de la rue Basse mais les habitants du plateau seuls communiquaient facilement avec le nouveau port afin de faire participer à cet avantage les habitants des autres quartiers de la ville, on creusa la rue Vieille-Rose qui joignit la rue Saint-Gelais à la rue Basse et à la rue Crémeau puis à l'entrée de la rue Rochette, on couda la rue Saint-Gelais pour arriver sur la place alors déserte de l'hôtel-de-ville, on suivit le bord des rochers de la rue du Soleil et l'on creusa la rue Cloche-Perse, qui déboucha vis-a-vis la rue du Pont et enfin la rue du Faisan vint faire jonction avec la rue du Soleil.

Après ces travaux les différentes parties de la ville furent liées par des routes qui toutes conduisaient, par le chemin le plus court au nouveau port de la ville. Il est à remarquer que l'on ne prit point la peine de niveler les terrains adjacents aux passages que l'on venait d'ouvrir et que la plupart des rues que j'ai nommées sont encaissées entre deux lignes de rochers taillés à pic, qui ont quelquefois jusqu'à 20 mètres d'élévation.

La pèche était encore la principale et peut-être la seule occupation d'un grand nombre d'habitants mais les produits de cette industrie avaient nécessairement diminué de beaucoup après le retrait des eaux de la mer, et la population s'était progressivement accrue.

A cette époque, sans doute, les Teïfales commencèrent à se livrer à l'agriculture et ils plantèrent la vigne dans les campagnes accidentées qui s'étendent au nord-est de la ville.

Leurs travaux furent couronnés de succès. Le sol calcaire du pays s'imprégnant aisément des feux du soleil devint d'une grande fertilité et produisit des fruits savoureux et précoces. Les vins du Rocher dans le Poitou, furent recherchés et ils soutinrent leur réputation pendant une longue suite de siècles. Les habitants exportèrent alors le produit de leurs vignes et de leurs terres ainsi prit naissance le commerce que favorisait, à un si haut degré, le beau fleuve de la Sèvre commerce qui fut la source des richesses de nos aïeux.

Les marchés acquirent de l'importance; les peuplades voisines accoururent en foule, attirées par la bonté des vins que l'on récoltait dans le pays. Plus tard, une foire annuelle fut instituée; elle se tenait le jour de la fête de Saint-André.

La foire de la Saint-André a toujours été florissante et elle existe encore maintenant dans tout son éclat. Là, on trouvait réunis les bestiaux de toute espèce et les produits divers de l'industrie naissante.

L'affluence des étrangers était si grande que l'on désignait cette foire dans le douzième siècle, sous le nom de COHUA, cohue.

Tandis que le bourg fondé sur la colline nord-est acquérait l'importance d'une ville par sa population et par son commerce, un autre établissement qui devait exercer une haute influence sur les destinées de la ville dont j'écris l'histoire, se formait de l'autre côté du marais. Mais avant tout, il me faut réunir les éléments nécessaires pour fixer la position, l'origine et les progrès du bourg qui prit naissance sur la colline sud-ouest et qui porta, seul, pendant longtemps le nom de Niort.

L'Aunis, resserré entre l'Océan, la Charente, la Boutonne et la Sèvre n'était, dans les temps reculés, qu'une vaste mer parsemée d'îles nombreuses ces îles devinrent les collines du continent; lorsque les eaux eurent en partie abandonné ce pays.

Les Romains et les Barbares, qui envahirent successivement le Poitou et la Saintonge, n'étendirent point leurs conquêtes sur les marécages de l'Aunis. Ils s'arrêtèrent sur les rives méridionales de la Charente et sur les rives orientâtes de la Boutonne.

Au-delà, vivait dans la misère et dans l'obscurité une population indigène qui, sans doute refoulée par les envahisseurs de la Gaule, s'était réfugiée dans ces marais inaccessibles.

Les points les plus élevés se couvrirent de huttes. Les îles rapprochées de Niort se transformèrent bientôt en continent et furent incontestablement habitées à une époque fort ancienne.

La vérité de cette assertion est prouvée par les monuments celtiques que l'on rencontre dans les champs de Bessines, et par la désinence des noms des villages qui avoisinent la ville de Niort au sud.

 

Dans L'Aunis, étaient compris le village de Saint-Florent le village de Niort (villa Niortensis), et l'île de Foucault, où fut construit plus tard le fort Foucault il n'est donc pas douteux que l'Aunis avait pour limite septentrionale le golfe qui séparait les deux collines qu'occupe la ville actuelle de Niort.

 

 

L'un des plus anciens établissements religieux fondés sur la colline sud-ouest, fut la chapelle ou l'église de Saint-Vaize.

Vaize vivait près de Saintes, dans le cinquième siècle, du temps d'Alaric, roi des Visigoths. (Vasius riche propriétaire qui serait né vers 465)

Les parents de Vaize, irrités de voir ce saint homme dépenser tous ses biens en aumônes, l'assassinèrent : les meurtriers furent miraculeusement punis de leur crime, et un homme pieux, nommé Francus, enterra le corps du martyr sur les bords de la Charente.

 Le tombeau de saint Vaize opéra de nombreux miracles.

 

Vers 587, Palladius, évêque de Saintes, fit construire une église et un monastère sur le lieu où gisait ce tombeau sacré. Bientôt des habitants vinrent se grouper autour de l'église et fondèrent vers la fin du sixième siècle le bourg de Saint-Vaize que l'on rencontre sur la rive droite de la Charente, entre Saintes et Taillebourg.

Voilà la légende de saint Vaize telle que la rapportent les Bollandistes.

 

 Je ferai cependant observer que l'on a trouvé dans cette localité plusieurs débris de constructions romaines, ce qui tendrait à prouver que le bourg de Saint-Vaize est plus ancien que le saint dont il porte nom. Il ne faut pas croire que les Normands abandonnèrent entièrement les divers établissements qu'ils formèrent sur les côtes de la France.

L'histoire nous apprend, au contraire, qu'un grand nombre de ces pirates, attirés par la douceur du climat et par la fertilité du sol, ne quittèrent plus quelques-unes des retraites qu'ils s'étaient ménagées sur les rives de !a mer et des fleuves. Ils y vivaient tranquilles, mais à la condition de se faire baptiser.

Cette mesure offrait un double avantage : des payens étaient convertis à la foi chrétienne, puis ils remplaçaient la population indigène qu'eux-mêmes avaient détruite.

 Il est donc vraisemblable que ce fut par les soins de l'évêque de Saintes que les Normands de Niort furent baptisés, et que la chapelle de Saint-Vaize fut élevée pour servir de point de réunion à la petite peuplade qui s'était fixée à l'extrémité ouest de la colline de Notre-Dame.

En 799 au milieu des évêques et des nobles assemblés dans son palais d'Aix-la-Chapelle, Charlemagne, assisté du pape Léon III, ratifia la fondation de l'abbaye de Charroux créée sur les bords de la Charente par Roger, comte de Limoges, et par sa femme Euphrasie. Le 18 des calendes de juillet (14 juin), eût lieu la dédicace de cette abbaye, sous l'invocation du saint Sauveur et de sainte Marie.

Je ne m'occuperai point de la prétendue charte de 785, reconnue fausse par tous les historiens, charte dans laquelle on lit, avec surprise qu'à cette époque Charlemagne avait concédé à l'abbaye de Charroux la viguerie du château de Niort tandis que Charlemagne n'avait pas encore ratifié la fondation de cette abbaye, et que le château de Niort devait s'élever 150 ans plus tard.

Le nom du village ou du château de Niort n'est inséré dans aucune charte relative aux propriétés de l'abbaye de Charroux.

 

Dans les actes du concile de Verberie, tenu en 869, on trouve que Charles-le-Chauve confirma à cette abbaye la possession de trois monastères celui de Coulon dans l'Aunis, celui de Saint-Saturnin dans l'Anjou, et celui de Saint-Florent dans la Saintonge.

Il résulterait de là que le prieuré de Notre-Dame était bâti sur les terres de Saint-Florent, que le territoire de Saint-Florent s'étendait jusqu'au plateau de Notre-Dame, dont il est, de nos jours fort peu éloigné, et que le village de Niort, localité encore indépendante, était situé sur les bords escarpés de la Sèvre, à l'ouest des domaines du prieuré de Saint-Florent, et se groupait autour de l'église de Saint Vaize.

Toujours est-il qu'une partie du territoire où s'étend aujourd'hui la paroisse de Notre-Dame fut concédée à l'abbaye de Charroux avant 869 et que les moines fondèrent en ce lieu un prieuré qui fut dédié ainsi que l'abbaye, au saint Sauveur et à la vierge Marie.

L'apparition des Normands mit les moines en fuite. Le prieuré de Saint-Florent subit le même sort que les autres établissements religieux du Poitou : il fut pillé, dévasté, détruit de fond en comble.

Les monastères de l'Aquitaine renversés dans le neuvième siècle étaient tous relevés avant 950, et les moines, depuis si longtemps dispersés, avaient déjà repeuplé les abbayes.

Alors, pour opposer une digue aux irruptions des barbares, on construisit des forts, soit près des abbayes pour les protéger contre les invasions, soit près des rivières pour arrêter les courses audacieuses des pirates qui, à l'aide de leurs barques légères, s'emparaient par surprise des villes et des monastères.

 

 C'est donc à cette époque que nous devons fixer la fondation sur les bords de la Sèvre des châteaux de Salbart, de Niort, de Thelouse, de Magné, etc.

Du texte de quelques chartes il semble résulter que le château de Niort fut élevé vers l'an 940. Il fut bâti sur le territoire du village de Niort l'église de Saint-Vaize et ses dépendances se trouvèrent enclavées dans l'enceinte de cette citadelle.

En effet, dans une charte de 989, on dit que l'église de Saint-Vaize était située dans l'intérieur du château (intus castrum) et dans une charte de 1096 cette église est cédée à l'abbaye de Charroux avec tout ce qu'elle possédait dans l'intérieur du château.

Ce fort, éloigné de la montagne nord-ouest, n'avait point été construit pour en défendre les habitants; il avait été bâti pour servir de refuge aux moines du prieuré de Saint-Sauveur et à la petite peuplade dispersée sur la colline sud-est.

La construction de tant de forteresses échelonnées sur les bords de la Sèvre prouve évidemment que les pirates-du nord avaient remonté cette rivière que, par cette voie, ils s'étaient répandus dans l'intérieur du pays et l'avaient couvert de ruines.

 

Si le souvenir des anciennes invasions n'avait pas fait redouter une nouvelle irruption de barbares, certes, dans ce siècle d'ignorance et d'imprévoyance, on n'aurait pas élevé avec tant de sollicitude ces tours et ces châteaux, sentinelles avancées qui gardaient avec soin les abords de la Sèvre.

Les seigneurs de l'Aquitaine s'empressèrent, au dixième siècle, de réparer les pertes immenses que les Normands avaient fait éprouver aux abbayes.

Pour activer ces pieuses libéralités, les moines, à l'aide d'une fausse interprétation d'un passage de l'Apocalypse, prédirent que la fin du monde aurait lieu en l'an 1000 alors, princes barons, simples particuliers, tous frappés de terreur et détachés des biens de ce monde qu'ils devaient bientôt quitter, enrichirent les monastères pour assurer le salut de leur âme et le repos des âmes de leurs ancêtres.

La plupart des chartes souscrites à la fin du dixième siècle commencent ainsi :

« Comme déjà des signes certains annoncent que la fin du monde approche, etc. »

puis, lorsque l'année 1000 eut terminé son cours sans avoir entraîné avec elle la destruction de notre globe et le bouleversement de l'univers, les princes et les seigneurs pensèrent que leurs libéralités et les prières des moines avaient éloigné le terme fatal aussi, quoiqu'ils se fussent déjà dépouillés de la plus grande partie de leurs biens en faveur des abbayes cependant, saisis d'un nouvel enthousiasme religieux, ils rivalisèrent de munificence, et l'on vit s'élever ces églises et ces monastères dont la construction est encore pour nous un objet d'admiration.

En peu de temps un tiers du Poitou devint la propriété des moines et les barons poitevins les plus puissants reconnurent des abbés pour suzerains.

Afin que les seigneurs arrêtés par la crainte de commettre un sacrilège n'osassent s'emparer de ces domaines consacrés à l'entretien des serviteurs de Dieu, chaque abbaye mit les terres qui lui appartenaient sous l'invocation du saint auquel l'abbaye elle-même était dédiée ainsi les possessions du prieuré de Niort portaient le nom de terres de Saint-Sauveur et de Sainte-Marie ainsi la terre de Saint-Vincent indiquait le domaine de l'abbaye de Saint-Liguaire connue alors sous le nom d'Abbaye de Saint-Vincent.

Les moines de Charroux construisirent près de leur prieuré une église qui fut consacrée à Sainte-Marie que le peuple nommait Notre-Dame. C'était un moyen certain d'attirer des habitants autour de leur demeure car, dans ces temps reculés aux lieux où s'élevait une église, grandissait bientôt un village, un bourg, une ville.

Des terres furent affectées à l'église de Notre-Dame, et les possessions du prieuré se divisèrent alors en terre de Saint-Sauveur et en terre de Sainte-Marie.

C'est en 1096, après la prise de possession de l'église de Saint-Vaize et d'une partie de l'emplacement du château que le prieuré du Saint-Sauveur devint réellement le prieuré de Niort.

Jusque-là, l'abbaye de Charroux n'avait eu aucun droit ni aucune propriété dans l'étendue du château et du village de Niort.

L'abbaye de Saint-Cyprien de Poitiers, entièrement détruite par les Normands, devint l'objet d'immenses libéralités. Dans notre pays, cette abbaye fut dotée de vignes situées près du château de Niort, de terres à Saint-Florent, à Piédefont, à Frontenay et à Sansais au onzième siècle, ses propriétés s'étendirent à Saint-Remi, à Villiers-en-Plaine et à Saint-Maxire, dont les églises lui furent données.

 

 

L'abbaye de Saint-Maixent qui tenait sous sa dépendance l'abbaye de Saint-Liguaire possédait, vers 1120, onze arpens de terres et de vignes autour du château de Niort et même dans l'intérieur du champ-clos de plus quinze deniers de cens sur certaines maisons du village de Niort; mais le présent le plus important que reçut cette abbaye sur la colline de Notre-Dame fut, sans contredit, l'église de Saint-Gaudent qui, plus tard, se trouva comprise dans l'enceinte du nouveau château. Geoffroy, fils de Hugues de Saint-Maixent, fondateur de cette église vers 1074, la donna aux moines de Saint-Maixent, le 24 février 1081.

L'abbaye de Saint-Jean-d'Angély posséda l'église de Saint-Vaize et ses dépendances jusqu'en 1096, époque à laquelle cette église fut cédée aux moines de Charroux.

Ainsi au dixième et au onzième siècle, quatre abbayes et le seigneur du château se partageaient l'entière propriété de la colline de Notre-Dame au sud-ouest, s'élevaient l'église de Saint-Vaize, le château et le village de Niort; au sud-est, le prieuré de Saint-Sauveur et l'église de Notre-Dame au nord-ouest du château était située l'église de Saint-Gaudent.

Sur ces trois points, bientôt des habitations s'agglomérèrent mais ces diverses localités ne composaient pas un tout compact chacune d'elles était la propriété particulière d'une abbaye.

Elles ne se réunirent que lorsque le château, construit par le comte de Poitou dans le fief de l'église de Saint-Vaize et sur le territoire de Niort, eut absorbé dans sa juridiction tous ces membres épars qui, plus tard, enfermés d'une même muraille, concoururent à former la ville de Niort.

 

 

Les Églises

En 1280, Gauthier de Bruges, évêque de Poitiers, dans ses instructions à son successeur sur l'état du diocèse (1), cite, outre Saint-Maurice-de-Mairé, quatre églises dans l'officialité de Niort Saint-André, Saint-Vaize, Saint-Gaudent et une église «  in castro spectantem » à l'usage du château, à la présentation de l'abbé de Saint-Liguaire. Point n'est question de Notre-Dame, qui n'est encore que la chapelle du prieuré.

De ces quatre édifices religieux, le plus important est certainement Saint- André, qui dresse depuis le XIe siècle ses énormes piliers romans, mais dont le vocable ne date que du XIIIe siècle (2).

 Auparavant, si l'on s'en rapporte à un ancien pouillé de Charroux, l'église portait le nom de Sainte Foi « Ecclesia parrochialis sanctae Foi (3) ».

En 1096, la bulle du pape Urbain II, et en 1200 celle du pape Innocent Ill, confirmant à l'abbaye de Charroux ses possessions et privilèges, désignent une Sainte-Sophie de Niort (4) qui pourrait bien être la même église, si l'on admet que le vocable de sainte Foi ait été synonyme, au moyen âge, de celui de sa mère sainte Sophie (5).

Peut-être aussi s'agit-il de deux édifices successifs, et Saint-André a-t-il remplacé un sanctuaire plus ancien, car les historiographes Niortais, jaloux de l'origine reculée de Notre-Dame, ne craignent pas de faire remonter sa fondation à l'empereur Constantin (6).

Notre-Dame, en effet, n'est autre que la chapelle du Prieuré de l'ordre de Saint-Benoît, fondé, au moins au Xe siècle, par l'abbaye de Charroux (7).

Mais la population sur ce coteau n'est pas encore assez dense pour nécessiter une église de grandes dimensions. L'édifice roman suffira au culte jusqu'à la construction de la belle nef gothique, à la fin du XIVe siècle (8).

Les Niortais, pleins d'admiration pour le nouveau monument l'attribueront à Charlemagne (9).

Très ancienne également, l'église de Saint-Vaize, cédée en 1096 à l'abbaye de Charroux par les moines de Saint Jean-d'Angély (10), va disparaître sans même laisser de traces de son emplacement (11).

Elle jouit des libéralités des comtes de Poitou, qui ont fondé une rente de vingt livres tournois pour y dire des messes.

Cette fondation va se transporter à l'église Saint-Gaudent – Saint-Gaudent on chastel de Niort

– la troisième église paroissiale de Niort, bien qu'elle se trouve enclavée dans l'enceinte du Château (12).

Les quittances du receveur du roi au XVe siècle mentionneront « la somme de vingt livres tournois laquelle…. le chapellain de lad. chapellenye de Sainct-Vaize a acoustumé avoir et prandre. …pour dire par chacun an dans lad. chapelle certaines messes pour lesd. feuz comtes de Poitou que Dieu absouilhe (12) ».

L'église Saint-Gaudent existe déjà en 1280, au temps de Gauthier de Bruges, concurremment avec Saint-Vaize, ce qui empêche d'en faire un seul et même édifice.

 

Société des antiquaires de l'Ouest.

 

 

 

 

Légendes des Marais, Pézenne, Colombe, Gargantua et Macrine Patronne du Marais Poitevin.<== .... ....==>Origine du pagus niortensis ( Niort )

 


 

 Sculpture en  bronze de Richard Texier mise en place en 2005, lors de la rénovation de l’espace de l'îlot Saint-Vaize a pour titre « Cosmos »

 

(1) Publ. Beauchet-Filleau. Pouillé, p. 138. Il semble s'être glissé une confusion dans la lettre de Gauthier de Bruges. C'est évidemment Saint Gaudent qui est l'église « l'usage du château » On verra cependant plus loin que seul le prieuré de Saint-Gaudent avait l'abbé de Saint-Liguaire pour patron l'église Saint-Gaudent était une possession de Charroux.

 (2) L'église S. André, art. 6. Les dessins relevés par Baugier en 1840, et que nous avons eus sous les yeux, permettent de juger de l'importance de l'édifice roman, malgré les remaniements du XVIIe  siècle.

Mais il est impossible, faute de documents, de vérifier les assertions des archéologues d'alors qui ont reconnu l'architecture anglaise dans le mur droit, sans abside, qui fermait le choeur. Mém. Soc. stat. 1er série, II, p. 56. Notes et dessins inédits de Baugier (Famille Baugier, à Sainte-Pezenne).

 (3) Dom Fonteneau, t. IV, fol. 264.

(4) Dora Fonteneau, t. IV, fol. 90 et 270.

(5) Papiers Taury. Bibl. Soc. de statistique.

(6) Mémoire de Thibault de Boutteville en 1742. Mèm. Soc. slat.,3e série, III, p. 204. Peut-être l'église romane avait-elle sur sa façade une de ces statues équestres où le vulgaire voyait une représentation de Constantin. Peut-être la dédicace à sainte Sophie a-t-elle fait songer, par analogie, à Sainte-Sophie de Constantinople.

(7) Notre Dame, art. 38, 170. La plus ancienne mention de Notre-Dame se trouve dans la charte d'Urbain Il Ecclesia Sanctœ Mariae )). Dom Fonteneau, loc. cit. « Domum cappellani Nostre Domine. » 12O0. Hommages d'Alphonse, p. 54.

(8) Tout porte à croire que la construction de Notre-Dame fut commencée sous l'administration du duc de Berry. H. Briquet [Histoire de Niort, I, p. 223) dit, sans autre indication: « La reconstruction de l'église et du clocher de Notre-Dame fut commencée en 1386"; elle ne fut achevée que vers 1411 » Quelques matériaux du XI siècle ont été réemployés dans la nouvelle église notamment dans le mur au-dessus du grand autel. Les fouilles de 1883 ont mis à jour un chapiteau roman. Largeault. Notes archéologiques. Bull. Soc. stat., V, p. 476.

(9) Depuis longtemps on considère comme fausse la prétendue charte de 785 par laquelle Charlemagne concède à l'abbaye de Charroux les églises de Niort.

(10) « Donavit quoque Carrofensi ecclesiae ecclesïam Sancti Vasii de Niorto et quidquid in ipso castro habebat vel in circuitu ejus, scilicet vineas et cellarium quod est in villa Bassinas. » Cart. de Saint-Jean d'Angely. Arch. hist. de Saintonge, XXX, p. 130. A. Briquet écrit, sans citer de sources « Dans une charte de 989 on dit que l'église Saint-Vaize était située dans l'intérieur du château, intus castrum. » Mém. Soc. stat., 1re série, VIII, p. 248- Mais « castrum » peut s'entendre aussi bien de la ville que du château.

(11) Le pouillé de Gauthier de Bruges est le dernier document qui mentionne Saint-Vaize, en 1295 la taxe des décimes de1326 n'en fait plus mention.

Il y avait un fief Saint-Vaize, au bas de la rue Saint-André, à l'endroit où se tient la Loge maçonnique.

(12) Le terme de « Sainct-Gaudent ou chastel de Niort » 1474 (Areh. Deux-Sèvres, G. 23) ne laisse pas de doute sur sa situation. L'incertitude commence lorsqu'on se demande si l'église existait avant la construction de l'enceinte du château, car les donations de 1081 aux moines de Saint-Maixent, si souvent citées, s'appliquent à Saint-Gaudens de Fouras. Arch. hist.du. Poitou, XVI, p. 179.

Dans tous les cas, l'église résista au pillage des protestants en 1569, et les murs au moins restèrent debout. En 1587, Catherine de Médicis, pendant ses entrevues avec Henri de Navarre, la fit réparer et lui rendit des vitraux. Arch. hist. du Poitou, XXVII, p. 340. Si, comme il est probable, les gouverneurs du château en firent leur chapelle, après la réunion de la paroisse à celle de Notre Dame, en 1600, c'est elle qui devint en 1798 l'orangerie du Jardin botanique, et figure sur le plan dressé par Thénadey en 1800. Almanach des muses de l'Ecole centrale, an IX. Un chapiteau roman et un fragment de moulure, déterrés près du palais de justice et quai de la Préfecture, semblent avoir appartenu à cette église