Louis XIV arrête la fondation d’un nouveau port pour la Marine Royale, est-ce Soubise

« La puissance en armes requiert non seulement que le roi soit fort sur la terre, mais aussi qu'il soit puissant sur la mer. »

En 1624, le cardinal de Richelieu entrait au conseil du roi ; il avait alors trente-neuf ans. Environ douze ans plus tard, dans le premier chapitre de son Testament politique, il rappelait à Louis XIII, en quelques lignes énergiques, la situation dans laquelle il avait trouvé les affaires et les idées qui avaient inspiré sa conduite 1.

« Lorsque Votre Majesté se résolut de me donner en même temps et l'entrée de ses conseils et grande part en sa confiance pour la direction de ses affaires, …. la dignité de la majesté royale était tellement ravalée et si différente de ce qu'elle devait être…..  qu'il était presque impossible de la reconnaître….. Je promis à Votre Majesté d'employer toute mon industrie et toute l'autorité qu'il lui plaisait me donner pour…… relever son nom dans les nations étrangères au point où il devait être. »

Quand Richelieu arriva aux affaires, il semblait que la mer fût librement ouverte à la puissance qui voudrait s'en emparer.

Sur la Méditerranée, la tentative que la marine ottomane avait faite à l'époque de Soliman n'avait pas duré ; sur l'Océan, l'aventure de l'Invincible Armada, tragiquement dénouée en 1588, avait porté à la marine espagnole un coup dont elle ne devait pas se relever. Quant aux marines de Hollande et d'Angleterre, qui devaient tenir au XVIIe et au XVIIIe siècle le « trident de Neptune », elles étaient encore à leurs débuts ; il n'y avait rien alors de ce côté qui pût empêcher la France d'essayer de saisir elle-même le « sceptre du monde ».

Dès le début même de son ministère, Richelieu avait eu la conception très nette des destinées maritimes du pays, quand il avait fait connaître ses projets à l'assemblée des notables. La guerre contre les Rochelais retarda pendant quelque temps l'exécution de ses idées, mais elle le convainquit encore davantage, si c'était possible, de leur impérieuse nécessité.

La Rochelle prise, la France avait ses coudées franches sur l'Océan ; les eaux françaises n'allaient plus être parcourues que par des flottes vraiment françaises, c'est-à-dire dépendantes du roi. D'autre part, la guerre contre l'Espagne, suspendue depuis quelques années, ne pouvait pas ne pas recommencer à brève échéance; Richelieu voulait que la mer, comme le continent, servît de théâtre à cette guerre. Il n'y avait plus qu'à préparer les moyens d'action.

Le jour où le roi Très Chrétien aura rompu avec le roi Catholique, la marine des fleurs de lis pourra prendre son essor.

Ce qui donne à cette œuvre de Richelieu son caractère propre, ce qui en fait en son genre un véritable modèle, c'est l'esprit de méthode et de netteté avec laquelle elle se présente.

Richelieu est parti de cette idée, qui est pour lui comme un article de foi : la France doit posséder la « puissance sur la mer ». Deux obstacles, de nature différente, peuvent empêcher le pays de réaliser ses destinées maritimes, l'amirauté de France et la Rochelle : il confisque l'un, il brise l'autre.

Il s'agit à présent de connaître, suivant sa propre expression, « l'état au vrai » de la marine ; à cet effet, il décide d'entreprendre une enquête générale et approfondie. Connaître le véritable intérêt du pays et le satisfaire, non pas en obéissant à l'esprit de système, mais en se conformant aux indications données par les faits : la méthode administrative de Richelieu en matière de marine se réduit à ces règles aussi simples que justes.

Ecoutons-le lui-même. « Comme un capitaine mis dans une place pour la garder la visite incontinent, et reconnaît soigneusement sa force et sa faiblesse, et ce en quoi elle est bonne, ce en quoi elle manque, et ce qu'il faut faire pour la rendre parfaitement bonne, ainsi le cardinal regarde les fautes que les autres ont faites qui l'ont précédé, ce qu'ils ont fait de bien, ce qu'ils eussent pu faire davantage, leur soin, leur négligence, et ce qu'il faut apporter pour mettre en France la marine en son dernier point. »

Avant le cardinal de Richelieu, la France ne disposait pas, à proprement parler, de marine de guerre, en dehors de quelques vaisseaux, souvent mal entretenus. L'État devait alors recourir aux particuliers en cas de guerre.

Richelieu décida de doter le royaume d'une marine militaire appartenant réellement à l'État. C'est sous son impulsion qu'est créée une véritable Marine royale permanente en unissant et centralisant les charges liées au pouvoir maritime.

Elle commence en 1626, avec la création du titre de grand maître de la navigation et sa nomination à ce poste. L'année suivante, la charge d'amiral est supprimée, car dotée d'un trop grand pouvoir autonome. Jusqu'en 1635, il achète ou fait disparaitre les charges concurrentes, à cette date il possède la totalité du pouvoir maritime.

Brest étant à cette époque le seul port que la France possédât sur l’Océan et devenant insuffisant pour la réalisation des nouveaux projets, la création d’un second port fut arrêtée en principe et l’on s’occupa d’en déterminer l‘emplacement.

 Louis XIV en voulut un autre. Les premières vues de son Conseil se portèrent sur l'embouchure de la Seudre, où déjà le Duc de Beaufort armait les vaisseaux employés à ses expéditions d'Afrique.

 

Delà, M. de Colbert porta ses vues sur Brouage, ville fortifiée de quelque importance, située à peu de distance de l’embouchure de cette rivière et à 3 kilomètres du littoral, mais de nouveaux obstacles vinrent se présenter; Ce port, qui avait autrefois eu beaucoup de profondeur, était déjà comblé de vases. Les coupures que les habitants avaient faites pour détourner, dans leurs marais, les eaux de la mer, eussent gêné l'établissement, ou l'on eut contrarié les propriétaires des salines en les proscrivant.

Les inconvénients que ces études firent reconnaître ramenèrent à l’inspiration première ; le peu de profondeur de la rivière et les dangers de ses passes, la violence des vents qui règnent ordinairement dans les pertuis de Maumusson, les dépenses d'un établissement qu'il eut fallu fonder entièrement sur pilotis, furent autant de motifs d'empêchement.

Ce ne fut pas sans bien des tâtonnements que l’on parvint à déterminer le point des rives de la Charente où devait être créé le nouveau port : Soubise, petite ville située à 5 kilomètres et demi en aval de Rochefort, avait d‘abord fixé l’attention ; ce lieu, situé sur la Charente assez rapproché de la mer, paraissait très-convenable.

Déjà, en 1659, on y avait construit trois vaisseaux ;

Frégate Victoire, 30/38 fusils, conception par Jean-Pierre Brun, lancé 18 Juin 1658 à Soubise capturé par la marine britannique large Lisbonne en Avril 1666, devenant HMS Victory française

Le Tigre, de conception de Jean Guichard, lancé Novembre 1666 Soubise, frégate longue de cent pieds et demi de quille, montée de quatorze canons de six livres de balle et seize de quatre livres de balle, et deux pierriers, équipée de soixante-onze hommes, et de dix-huit mousses.  - hulked 1689 Juin, pris en pièces septembre 1697.

Mais M. de Rohan refusa de vendre sa principauté, et il fallut encore chercher un autre emplacement.

On tenait cependant à ce qu'il fût sur la même rivière.

La rade formée à son embouchure par les iles de Ré, d'Aix et d'Oléron était un des motifs principaux de détermination. Cette rade est la seule que l'on rencontre sur toute cette étendue de cotes : elle peut contenir quinze vaisseaux, dix frégates et un nombre relatif de petits bâtiments; de mer basse, on y trouve une profondeur de quinze brasses.

 

La marine militaire de la France sous les règnes de Louis XIII et de Louis XIV. Tome 1, Richelieu, Mazarin, 1624-1661 : avec deux planches / G. Lacour-Gayet,..

 

 

 

La Charente de Taillebourg à Angoulême, les raids des Vikings. (Histoires d'Eaux et de Régions)<==.... ....==>La Charente navigable, voie de pénétration économique vers le centre de la France jusqu’au XIXe siècle.

 

Pendant la guerre entre le roi Louis XIII et les huguenots, l'évêque HENRY de BETHUNE voit sa cathédrale de Maillezais détruite.<==....

 

Guerres de Religion, Soubise de la Charente à la Gironde<==


 

1. Le Testament politique a été publié pour la première fois en 1688; mais il avait été composé vers 1635-1638. On sait qu'il n'y a plus à douter aujourd'hui, depuis les articles de M. Hanotaux (Journal des Savants, 1879), de l'authenticité de cet écrit de Richelieu.