Richard Coeur de Lion LÉGENDE LITHOGRAPHIQUE SCEAUX du moyen âge - Le CHEVAL NORMAND AU MOYEN AGE

Chaque pays a la faculté de produire une variété spéciale de végétaux et d'animaux. Tous les peuples de la terre ont remarqué la différence que les influences climatériques et locales impriment à l'espèce chevaline plus qu'à toute autre, dans Son organisation, sa taille, sa conformation, sa prestance, son énergie, sa longévité et Son aptitude au travail. Non-seulement ces modifications se font sentir sur les grandes échelles du monde, du sud au nord, de l'est à l'ouest, de la montagne à la plaine, des terres sablonneuses aux marais fangeux; mais dans la même contrée, dans !e même milieu, des effets mystérieux naissent sans cause apparente, et, comme on le remarque pour la production vinicole, qui diffère d'un champ à l'autre, la race équestre progresse ou dégénère à quelques pas do distance, sans que la science ait encore pu en déterminer les raisons cachées.

De même qu'en Arabie, l'Irack et les bords de l'Euphrate ; — en Grèce, la Thessalie ; — en Espagne, l'Andalousie ; — en Angleterre, le Yorkshire et le Middlesex, produisent les meilleurs chevaux de ces contrées ; — de même en France, la Normandie a été célèbre dans tous les temps par ses bons chevaux, qui réunissent à la fois la force matérielle à l'élégance et à l'énergie musculaire.

Cependant, les plus favorables dispositions de la nature ne peuvent suffire pour produire un bon cheval, et surtout pour le produire tel que le veulent les phases diverses des civilisations, sans les soins de l'homme et spécialement sans les croisements orientaux nécessaires sur toute la terre pour rajeunir le sang et ramener l'animalité à l'organisation puissante du type primitif.

Au moyen âge, le service principal que l'on exigeait du cheval était celui de la selle ; on montait le cheval pour la guerre, pour les affaires, pour le commerce, pour les plaisirs ; le cheval était alors le plus puissant et presque le seul agent de la civilisation et de la vie politique des nations.

Légende Lithographique Sceaux du Moyen-âge – Le cheval Normand au Moyen-âge (6)

Aussi l'usage des croisements avec le cheval oriental fut-il reconnu nécessaire dès les temps les plus anciens de notre histoire, spécialement dans les herbages de la Neustrie, où la forte race armoricaine, toute robuste et tout énergique qu'elle fût, avait besoin de prendre plus de brillant, d'élégance et de vitesse, pour satisfaire aux exigences de l'homme cavalier.

Les communications des Gaulois d'Armorique avec leurs frères d'Ibérie étaient trop fréquentes pour que les premiers n'aient pas été à même d'apprécier l'utilité des croisements du cheval méridional avec les cavales gauloises.

Quant à l'époque romaine, il est certain que les légions numides étaient assez répandues dans les Gaules, principalement sur le littoral armoricain, pour permettre la profusion d'un sang reconnu le plus propice, dans tous les temps, aux services de la paix ou de la guerre.

L'époque des invasions arabes et de leur dispersion dans les champs de Poitiers, par Charles Martel, est encore, selon tous les historiens, une ère de régénération pour nos races septentrionales, par suite des chevaux abandonnés par les vaincus.

Enfin, les communications fréquentes qui eurent lieu avec l'Orient par suite des croisades, furent une nouvelle occasion d'employer le sang arabe lui-même au croisement de nos races. Les documents les plus authentiques indiquent que les haras des grands feudataires et ceux des riches abbayes étaient remplis de chevaux orientaux, ramenés par les seigneurs croisés, et consacrés par eux à la reproduction.

Légende Lithographique Sceaux du Moyen-âge – Le cheval Normand au Moyen-âge (9)

Quant au cheval espagnol, il fut, dès les temps les plus anciens et jusqu'au siècle dernier, le régénérateur par excellence des races normandes. Les ducs successeurs de Rollon les avaient en haute estime et les faisaient venir en abondance.

On lit dans Robert Wace, à propos de Richard Ier.

« Li Quens de Normandie fu mult proz è courtoiz.

Bien maintint sez vilains, bien out chier sez borgoiz.

A sez Barons duna terres, fiez et couroiz ;

 As fitz as vavassors duna droz et hernoiz

Armes è palefroiz è chevals Espanoiz. »

Guillaume le Conquérant montait un cheval espagnol à la journée d'Hastings : Geoffroy Plantagenet parut aux fêtes de Rouen sur un cheval espagnol ; Richard Cœur-de-Lion fit son entrée à Chypre sur un cheval de cette espèce, et les chartes des vieilles abbayes sont remplies de donations faites par les chevaliers, au retour d'une expédition, de leur destrier d'Espagne.

Aussi trouve-t-on les chevaux d'Espagne, dans un péage de cette époque, taxés à 12 deniers, tandis que les autres ne l'étaient qu'à 4.

Les monuments qui nous restent du moyen âge nous donnent, sur la conformation du cheval normand, du Xe au XIVe siècle, la preuve la plus évidente de son croisement avec le cheval méridional.

Le magnifique ouvrage de laine, représentant la conquête de l'Angleterre, appelé Tapisserie de la Reine Mathilde, nous offre, dans toute sa splendeur, le portrait du cheval demi sang, tel qu'il se fait maintenant en Angleterre, dans les herbages du Yorkshire ou du Cleveland, ou en France, dans la Normandie, le Poitou, la Bretagne, l'Anjou, et partout où le sol et le climat se prêtent à développer et à mouler avec grâce et dans de larges proportions, l'embyron malléable du sang d'Orient.

Toutefois, les renseignements les plus précieux à cet égard, nous sont fournis par les sceaux des grands feudataires des Xe, XIe et XIIe siècles, appendus aux vieilles chartes. Ces sceaux, qui ont date certaine et qui ne pouvaient être faits que dans le temps même, offraient, malgré l'imperfection du dessin, un degré de vérité et de naïveté, qui ne peut laisser aucun doute sur la conformation du cheval de l'époque.

Malheureusement, la plus grande partie de ces fragiles monuments ont disparu; les autres sont brisés ou indéchiffrables, et il est difficile d'en suivre l'iconographie dans toutes ses phases. Nous nous contenterons d'en prendre quelques-uns, au hasard, provenant du chartrier de St-Lô.

Sceau de Geoffroy, duc de Bretagne, fils du roi Henry

1. Sceau de Geoffroy, duc de Bretagne, fils du roi Henry II PLantagenêt

Malgré l'incorrection du dessin, il est facile de reconnaître, dans ce sujet, le cheval espagnol d'Andalousie, dans toute sa brillante prestance ; belles longueurs, haute et brillante encolure, tête de barbe, ramenée à la perpendiculaire, galop tride et cadancé.

Ce sceau représente sans aucun doute le cheval de pur -sang espagnol, tel qu'il était au moyen-âge, alors que sa renommée s'étendait dans toutes les parties du monde connu. C'est bien là le produit des juments lusitaniennes, ces filles des vents, et des étalons arabes des Abencerages, développé par le climat onctueux de l'Andalousie, qui produit les beaux chevaux et les femmes splendides.

Le sceau de Richard d' Harcourt

2. Le sceau de Richard d' Harcourt.

Ce type est d'un dessin remarquable ; comme ensemble et comme détails, il est impossible de  voir un plus beau modèle de cheval de guerre. C'est bien là le beau cheval de demi-sang de notre époque, longues et fortes hanches, belle poitrine, encolure longue et puissante, tête légère et bien placée ; c'est là, dans toute sa perfection, le cheval de Merlerault de notre époque, soit qu'il puise son origine dans un croisement intelligent de l'ancien type du pays avec le sang arabe des Aslan, des Massoud, ou avec le sang anglais des Tigris, des Royal-Oack, des Sylvio, des Eylau, etc.

Sceau de Raoul de Fougères

3. Sceau de Raoul de Fougères.

Ce type est comme le précédent, d'un magnifique dessin, Il est facile de reconnaître encore là le cheval de demi-sang normand avec sa forte croupe, son ensemble puissant, sa belle encolure et sa tête expressive.

Sceau de Pierre de Saint-Hilaire

4. Sceau de Pierre de Saint-Hilaire.

Ce sujet, d'un dessin incorrect et d'ailleurs mal conservé, représente indubitablement un cheval espagnol ou arabe de pure race. On dirait presque un cheval de pur- sang de notre époque, La tête et l'encolure sont d'une extrême légèreté, la poitrine est profonde, les membres légers, la queue se détache à la hauteur du rein et le galop affecte ce déploiement des organes locomoteurs qui ne se rencontre que chez le cheval de pur- sang.

A propos de ces documents, écrits ou figurés, il n'est pas sans importance de faire remarquer l'erreur dans laquelle sont tombés les statuaires et les peintres modernes, en représentant le cheval du moyen âge sous des formes lourdes et massives.

Légende Lithographique Sceaux du Moyen-âge – Le cheval Normand au Moyen-âge (2)

Quand bien même l'évidence des faits ne nous conduirait pas à penser que le cheval de guerre des Français fut de tout temps un cheval de taille moyenne, réunissant la force matérielle au sang et à l'élégance, le raisonnement seul nous amènerait à cette solution. N'est-il pas de toute évidence qu'avant l'usage des voitures, le cheval n'étant utilisé que comme monture, dut réunir au plus haut degré les qualités inhérentes au cheval de selle, c'est-à-dire la grâce, la distinction la vigueur, la vitesse, et que c'est à faire accorder ces nécessités avec celle d'une ampleur relative et d'une forte charpente que la science hippique de nos pères a dû s'appliquer ?

Légende Lithographique Sceaux du Moyen-âge – Le cheval Normand au Moyen-âge (11)

Le cheval normand, à l'époque gallo-romaine et au moyen âge, produit par le même sol que celui de nos jours, croisé par le type oriental, comme il l'est encore aujourd'hui par le type de pur- sang son dérivé, devait ressembler au cheval de demi sang de notre époque, et non au cheval massif et dégénéré connu sous le nom de cheval de trait, dont le tempérament et l'organisation ne se prêtent en aucune sorte ni à l'agrément du cavalier, ni à la vitesse des évolutions, ni à la souplesse de l'action, toutes choses indispensables au cheval de luxe et au cheval de guerre, surtout dans un temps où l'équitation était le premier des arts et la principale force des nations.,

E. HOÜEL. Journal des haras : remontes, chasses et courses

 

 

 

 

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