Résumé historique des origines et de la formation du Marais Poitevin - L'histoire de la mer à Niort, dans l'antiquité romaine

Le Marais Poitevin est cette région basse qui s'intercale entre les plaines de Vendée au nord, la plaine de Niort au nord-est et à l'est, et les Bois d'Aunis au sud.

Il affecte vaguement la forme triangulaire. Sa base, parallèle à la côte mesure 34 kilomètres depuis Esnandes (Charente-Inférieure) jusqu'à Longeville (Vendée) ; sa pointe, tournée à l'est, arrive jusqu'à Coulon, où elle se confond avec la vallée de la Sèvre Niortaise. Il a une profondeur d'environ 36 kilomètres depuis Coulon jusqu'à l'Anse de l'Aiguillon. Sa superficie est, au plus, de 55.000 hectares, dont 16.000 seulement forment les marais mouillés ; le reste est occupé par les marais desséchés.

C'est un pays plat, arrosé par la Sèvre Niortaise et par ses affluents, le Mignon, l'Autize et la Vendée, et par le Lay, tributaire de l'Anse de l'Aiguillon, boisé dans sa partie orientale, nu ailleurs, accidenté à l'intérieur par quelques buttes appelées « îles », et bordé, à l'ouest, par des dunes que renforcent des digues.

Avant d'acquérir le modelé qu'il possède de nos jours, le Marais Poitevin est passé par une série de vicissitudes que l'on peut reconstituer, à longs traits, à l'aide des témoins qui subsistent : failles, terrains de transport, alluvions anciennes et alluvions modernes, etc.

Parmi les géologues qui se sont appliqués à l'étude du marais, M. Welsch est celui dont les travaux successifs, épars dans le Bulletin de la Société géologique de France, dans le Bulletin des services de la carte géologique de la France, et dans les Annales de géographie, présentent, réunis, un ensemble assez complet pour servir à l'histoire de la laborieuse évolution d'où est sorti le marais actuel. La haute compétence du savant professeur de l'Université de Poitiers fait autorité en la matière.

 

 J'ai mis à profit aussi, pour écrire ici le résumé historique des origines et de la formation du Marais Poitevin, une brève mais avantageuse correspondance que j'ai eue avec M. Welsch. Néanmoins, dans une question aussi complexe, aussi confuse, il reste des points obscurs, faute de fossiles probants.

 

Lacurie (abbé). Carte du Golfe des Santons, Pictons sous les Romains

Lacurie (abbé). " Carte du pays des Santons sous les Romains, dressée pour l'intelligence des Mémoires de la Société archéologique de Saintes, dressée par M. l'abbé Lacurie, secrétaire de la Société. " (S. d.) XIX e siècle Un savant ecclésiastique, M. l' abbé Lacurie, a envoyé au concours un mémoire manuscrit sur les Antiquités de Saintes.

 

Autrefois la mer occupait l'emplacement du Marais Poitevin. Mais, avant la mer, qu'y avait-il?

Un massif jurassique, une plaine élevée qui se continuait au- delà de l'île de Ré. Ce massif a été disloqué par un système homogène de failles, de ruptures ; puis il s'est abaissé au-dessous du plan général des contrées voisines, non pas en un seul bloc, mais à plusieurs reprises, et en paliers descendant vers le sud.

Les traits de cette tectonique se présentent sur le pourtour du marais, sinon avec une continuité immédiate qui ressemblerait à un découpage fait à l'emporte-pièce, du moins avec une affinité indéniable.

Nous trouvons le même travail de dislocation à l'ouest, dans le Pertuis Breton, qui est le prolongement de l'ancien golfe poitevin. Il y a des fonds très accidentés. Mais ce qu'on y remarque de particulièrement intéressant, c'est une fosse oblongue — 20 kilomètres de longueur sur 3 kilomètres de largeur moyenne — qui s'ouvre, dans le plancher de l'Océan, entre la pointe du Grouin-du-Cou (Vendée) et l'île de Ré, orientée ouest-nord-ouest, est-sud-est.

C'est la fosse de Chevarache. Sa profondeur varie, mais partout elle dépasse 20 mètres. Au nord-ouest des Portes, la fosse, dans son milieu, descend, en forme d'entonnoir, à une profondeur de 62 mètres. On admet que la fosse de Chevarache eut pour origine première une faille. Sa forme dissymétrique suppose, en outre, l'intervention de l'érosion, non pas de l'érosion marine, mais de l'érosion subaérienne, au cours d'une période continentale. Moins résistantes que la couche de Séquanien oolithique de la pointe de Lizay (Ile de Ré), les marnes feuilletées de Corallien et d'Oxfordien, qui lui font suite au nord, se sont laissé facilement entamer par l'érosion, ayant qu'une série de dislocations n'affaissât cette partie de l'écorce terrestre et ne la plongeât dans l'Océan. Toutefois, la partie la plus approfondie, en forme d'entonnoir, de la fosse de Chevarache s'explique assez difficilement, même par le travail ultérieur des courants de marée.

Sortis du Pertuis Breton, nous rencontrons, sur le continent vendéen, la flexure de la Pointe du Payré qui abaisse la plaine du Talmondais au-dessous du Bocage.

La plaine de Luçon et la plaine de Fontenay sont affectées par une série de cassures qui se développent en longueur de l'ouest à l'est, jusqu'à Benêt.

La faille de Sainte-Gemme (1) se poursuit, en bordure du marais, par le Pont-de-Silly, Nalliers et Le Langon à la gare de Fontaine, entre Fontenay et Velluire, commence la faille de Benêt (2) qui limite brusquement le Bathonien, à la lisière du marais.

Plus haut, à 4 kilom. et au nord de Fontenay-le-Comte, sur la lisière du Bocage, une faille (3) qui passe par Pissotte et l'Orbrie a disloqué le Lias qui bute contre les roches anciennes avec une dénivellation de 40 mètres. La plaine de Fontenay s'est affaissée au-dessous de son niveau primitif.

Poursuivons notre promenade sur le pourtour du marais. La faille de Benêt est en relation avec les failles de la gare de Coulon, dont l'une, la faille de Roche-Neuve, est coupée par le Chemin de fer de Benêt, et l'autre, placée immédiatement au sud de la gare de Coulon et parallèle à la première, abaisse le Callovien, au sud vers la Sèvre (4) On la retrouve, à l'est, à la Tiffardière, sur la rive droite de la rivière (5) Relevée un peu à l'est, cette faille semble être reliée à la faille de Saint-Florent, qui passe entre l'église de cette localité et la gare de Niort ( 6).

La faille d'Aiffres lui fait suite, au sud de Niort, faisant buter le Callovien contre le Bathonien (7) Remarquons que le rétrécissement graduel du Marais Poitevin, dans sa partie orientale, est le résultat de l'inflexion vers l'est-sud-est des failles que nous venons de nommer.

Au sud du marais apparaît la faille du Roseau, à 5 kilomètres et demi de Mauzé-sur-le-Mignon, puis la faille de Dompierre, à la sortie nord du canal de Niort ; enfin une troisième faille dans la falaise de La Repentie, à 2 kilomètres au nord de La Pallice. Ces trois failles sont orientées ouest-est (8)

L'intérieur du marais a été lui-même disloqué par des failles. Le pli anticlinal de l'Ile-d'Elle en accidente le centre ; il est relayé à l'ouest par les failles de Richebonne et par le pli en genou de la Dive. Le bri masque les détails de cette dislocation de l'intérieur du Marais Poitevin.

Il y eut des failles, certainement dès la fin de l'Eocène, consécutives de la formation des Pyrénées, mais on ne trouve pas de fossiles probants pour reconnaître l'Eocène et l'Oligocène. Ces failles ont rejoué à plusieurs reprises et notamment au Pliocène.

Pendant une partie du Pliocène supérieur, un régime d'alluvionnement fluviatile a régné à la surface du massif. Après le dépôt de cette formation, les dénivellations produites par les failles antérieures étaient comblées, et la région avait l'aspect d'un plateau de 30 à 35 d'altitude, faiblement incliné à l'ouest.

Nous retrouvons des lambeaux de ce terrain de transport sur la partie culminante de certaines « îles » du marais, et sur les plateaux qui dominent le Lay, la Sèvre et ses affluents. Ce sont les gisements composés de sable avec de l'argile terreuse, avec de nombreux galets de quartz et des débris siliceux (9) qui se tiennent à une altitude de 31 mètres à Sansais, 30 mètres à la Garette, 28 mètres à Gloriette, 34 mètres à Vix, 27 mètres à l'Ile-d'Elle, etc.

Ce système de terrasses, dont les altitudes concordent entre elles, nous donne une idée de l'aspect physique que présentait notre région, avant le creusement des vallées et les dislocations qui ont isolé les « îles » du marais. Ce régime d'alluvionnement fut suivi d'un cycle d'érosion. Les eaux de ruissellement, burinant le sol, abaissèrent sensiblement le niveau de certaines surfaces.

 (Mailliziacus Portus – Port des Halles de Maillezais)

A la suite d'une série de mouvements de l'écorce terrestre, la mer fit, sur une partie de notre région affaissée, une incursion dont on ne peut déterminer l'étendue, mais qui nous est révélée par les gisements de Maillezais (14 m.) et de Maillé (10 m.), découverts, le premier par M. H. Gelin en 1888, le second par M. Welsch en 1906.

Par son facies, le dépôt de Maillezais est nettement littoral ; il est constitué par un sable « marnocalcaire avec rares débris de sables et graviers pliocènes et mélange d'éboulis décalcifiés, présentant le phénomène de la croûte calcaire des pays chauds (10) ». Il peut être attribué au pliocène supérieur (11). Il est impossible de le reconnaître sur le pourtour du golfe.

Le golfe d'alors ne ressemblait certainement pas au marais actuel. Il y eut un soulèvement de 20 mètres (12) au moins. La mer fut chassée au loin. Ce changement de niveau entraîna une érosion intense par les cours d'eau (13) qui déblayèrent les derniers dépôts marins et entamèrent largement le socle jurassique.

Les dépôts que l'on trouve à Coulon, sur l'îlot qui s'allonge de Saint-Sigismond à Damvix, à Taugon et à la Ronde, marquent une importante phase d'alluvionnement, au Quaternaire. Ce sont des sables et des cailloux roulés, avec des zones limoneuses, des graviers siliceux venant de la Gâtine et du Bocage, et aussi des éléments calcaires.

A Coulon on trouve : granité, granulite, schistes cristallins, schistes durs, silex du Lias et du Jurassique moyen, calcaires jurassiques, meulière lacustre éocène (14), etc.

Ces alluvions fluviatiles sont considérées comme appartenant au Pleistocène (15). On les retrouve, à des niveaux supérieurs, en remontant les vallées de la Sèvre, de l'Autize, de la Vendée et du Lay.

Ces cailloux roulés ont été amenés par des cours d'eau autrement puissants que les rivières actuelles au moment où se produisait une rupture de pente (16) et qui n'ont rien de commun avec la Sèvre Niortaise.

On a creusé, à ciel ouvert, dans les alluvions anciennes de Coulon, des carrières d'où l'on extrait un sable très recherché pour la maçonnerie ; les cailloux roulés et les graviers sont employés à la confection des allées des jardins. On y trouve aussi, à des profondeurs qui varient, des bancs de cailloux roulés agglomérés en poudingues très durs par des éléments calcaires, et dont la résistance est telle qu'on est obligé parfois d'employer la mine pour les faire sauter. Dans le pays, ces poudingues sont connus sous le nom de « chiffres ».

Dans le courant de l'époque quaternaire, les failles, avec effondrements, avaient fragmenté l'ancien massif jurassique, notamment dans la zone tendre des marnes du Callovien et de l'Oxfordien. C'est l'époque du principal creusement des vallées de la Sèvre et de ses affluents, du Lay (17), etc.

Les effondrements et l'érosion ayant amené des changements de niveau considérables, les eaux de la mer envahirent notre région jusqu'à Irleau, isolant du continent les îles de Ré et d'Oléron.

Le Pertuis Breton et le golfe poitevin se trouvèrent constitués.

Le golfe du Poitou n'est pas bien connu dans le véritable quaternaire. C'était un golfe hérissé d'îles. Tandis que les vallées, creusées par les eaux de ruissellement, et les surfaces affaissées étaient submergées, des buttes, fragments isolés de l'ancienne plate-forme calcaire, formaient autant d'îles battues par les vagues.

Elles ont gardé le nom d'îles, même de nos jours, quoique la mer ne recouvre plus le marais.

On trouve autour de ces îles, mais jamais au sommet, les restes d'anciens cordons littoraux, dont l'altitude ne dépasse pas 6 mètres ; ce sont des sables renfermant des coquilles marines et des graviers avec, quelquefois, de petits galets roulés, et qui ont été projetés par la mer.

On constate aussi la présence d'un ancien cordon littoral, en de nombreux points, en bordure du marais. II indique l'ancienne côte. Il est antérieur au bri et postérieur aux poudingues fluviatiles de Coulon. Il se rapproche plus du Pleistocène que de la période moderne (18).

Quant aux dunes littorales, de la Pointe de l'Aiguillon à La Tranche, elles sont postérieures au bri, sur lequel elles reposent très souvent (19).

Le bri est un dépôt un peu calcaire, avec sable excessivement fin, une argile marneuse à scrobiculaires, Compacte, imperméable et d'un gris bleuâtre.

J'emploie, dit M. Welsch, depuis 1910, l'expression « argiles à scrobiculaires », pour désigner l'assise des vases marines, car elle est employée couramment en Angleterre, depuis 1877, où elle a été créée par Rance, scrobicularia-clay, pour des dépôts analogues. Scrobicularia plana (piperata) = Lutraria compressa PULTENEY est un mollusque bivalve, comestible, appelé lavàgnon ou lavignon par les pêcheurs. J'ai choisi cette coquille, ajoute le savant professeur, plutôt que Cardium edule, le sourdon des pêcheurs de nos côtes, vendu sur beaucoup de nos marchés, sous le nom de coques, et, en Angleterre, sous le nom de cokles.

La distribution géographique de la première est plus étendue, et elle se trouve dans les dépôts plus vaseux (20).

Le bri marin se distingue donc nettement de la tourbe, ainsi que des assises tendres et bleuâtres avec coquilles lacustres, que l'on trouve dans le fond oriental du marais poitevin, et auxquelles on donne aussi le nom vulgaire de bri. Cette dernière formation est d'origine continentale.

L'argile à scrobiculaires — bri marin — est un témoin irrécusable du passage de la mer. La mer n'a certainement pas dépassé les limites du bri marin. Avec ces données, on peut retracer, assez fidèlement, la ligne suivie par le rivage de l'ancien golfe du Poitou.

Le rivage était limité, au sud, par le coteau d'Esnandes à Villedoux, passait par Andilly-les-Marais, Serigny, Nuaillé, suivait la lisière des marais de Saint-Michel et de la Banche, se continuait par Nion, les Ouchettes, Chaban, le Port-des-Gueux et le Bois-Bouquet dans la vallée du Mignon, la Névoire, Saint-Hilaire-la-Palud, Montfaucon, Arçais, la falaise de Sainte-Sabine et arrivait à l'est jusqu'à Irleau, longeait ensuite le sud de l'île du Mazeau à Damvix, et était limité par la presqu'île de Maillé à Maillezais jusque vers Souil, passait au nord de l'île de Vix, contournait la presqu'île du Gué-de-Velluire, suivait la ligne des coteaux du Langon et de Nalliers à Luçon pour doubler le promontoire de Saint-Denis-du Payré, pénétrait dans la vallée du Lay jusqu'au port de la Claie, passait en bas des coteaux de Curzon, Saint Benoîst-sur-Mer, Moricq, Ville-d'Angles, Longeville, pour aller directement à la mer actuelle (21).

Les limites de l'ancien golfe du Poitou peuvent être nettement établies quand il est bordé par les coteaux calcaires jurassiques, qui sont des falaises mortes. Par contre, sur certaines étendues, on trouve des dépôts fluvio-marins : il est alors difficile de préciser la limite du bri. Dans le fond oriental du marais, les affleurements de l'argile à scrobiculaires dépassent Irleau et remontent jusqu'à la Sotterie (22), à 3 kilomètres à l'ouest de Coulon. Cela ne modifie en rien? je crois, la position présumée de l'ancien rivage à Irleau. Les traces de bri marin relevées à la Sotterie sont dues, très probablement, aux hautes marées qui ont couvert alors la bordure du golfe, comme elles couvrent, aujourd'hui, de temps en temps, la bordure de l'Anse de l'Aiguillon.

Le bri marin ne s'étend pas, à l'est, plus haut que la Sotterie. C'est la preuve que le golfe du Poitou n'a pas baigné les collines de Niort.

L'épaisseur variable du bri marin nous indique quelle pouvait être, sur divers points, la profondeur du golfe du Poitou, à son origine : 10 mètres au Pié-Blanc-de Saint-Hilaire-la-Palud, 25 mètres parfois au bord de l'Anse de l'Aiguillon ; l'épaisseur totale peut être de 28 mètres au sud de Chaillé. Sur d'autres points, elle n'est que de 5 mètres.

La cote du bri ne dépasse jamais 3 ou 4 mètres. On ne trouve pas l'argile marneuse à scrobiculaires à une altitude supérieure, et cela démontre abondamment que le golfe du Poitou n'est pas venu jusqu'à Niort.

Il n'y a jamais eu de mer à Niort depuis la fin du tertiaire, ni à l'époque préhistorique, ni à l'époque romaine (23).

M. A. Fournier a montré que les prétendus dépôts marins d'époque romaine, trouvés à Niort, dans le quartier du Port, étaient des apports humains, très probablement des fosses à fumier (24).

Les huîtres du Port prouvent seulement que les Romains mangeaient, comme nous, des huîtres.

Au reste, si la mer était venue jusqu'à Niort, à cette époque, comment les Romains auraient-ils pu construire la voie de Bordeaux à Nantes et la voie de Saintes à Angers ?

 La première, en plein marais, va, du sud au nord, par Thairé-le-Fagnoux, le Sablon, Thairé-le-Petit et la Chaussée, où elle est connue sous le nom de « Chemin Charles ». On sait que Charlemagne fit restaurer plusieurs tronçons des anciennes voies romaines.

La seconde traversait la Sèvre Niortaise à 1 kilomètre en amont de Coulon, au lieu- dit « La Cale de la Grange », et immédiatement au-dessous de cette « Cale ». On la retrouve intacte, à une profondeur minima de 0 m. 60 cent., sous les alluvions des prés de la rive gauche de la Sèvre. Elle a une largeur de 10 mètres.

Le gué romain de la « Cale de la Grange » a été détruit au cours des travaux de canalisation qui ont été pratiqués en 1868. On y a trouvé alors différents objets, parmi lesquels nous citerons seulement: un denier d'argent de Marc-Antoine et Octave, un moyen bronze d'Auguste, un moyen bronze d'Agrippa, un moyen bronze de Néron, un moyen bronze de Domitien, un moyen bronze de Trajan (25).

 L'histoire de la mer à Niort, dans l'antiquité romaine, est donc une légende. Légende encore, l'histoire d'un soulèvement du sol au VIe, ou au Xe ou au XVe siècle, et à la suite duquel la mer se serait retirée brusquement.

Le recul de la mer s'est effectué, non pas brusquement, à la suite d'un mouvement sismique négatif, mais lentement, par le colmatage. La mer a reculé devant ses propres atterrissements.

Les dépôts d'argile à scrobiculaires ont commencé avec l'époque néolitique (26) ; ils sont postérieurs au Quaternaire proprement dit. On a trouvé une hache en pierre polie enfouie, à 0 m. 50 cent., dans le bri, près de la Chaume d'Irleau (27).

Le colmatage, après avoir comblé le fond oriental du golfe, s'est étendu peu à peu, gagnant toujours à l'ouest avec une vitesse inégale. C'est à l'abri des îles et des cordons littoraux qu'il a le plus progressé, grâce au calme relatif qui y régnait.

L'évolution de l'Anse de l'Aiguillon nous montre le mécanisme du colmatage. Les choses se passent aujourd'hui, dans l'Anse, tout comme elles se sont passées autrefois dans le golfe du Poitou. L'immense coulée de sable fin et de vase, qu'est le bri, provient des matières rejetées à la mer par les fleuves, la Loire, et surtout la Gironde ; à ces matières, s'ajoutent le produit des érosions de la côte et les débris arrachés par les lames de fond au plancher de l'Océan. Au moment des tempêtes l'action des lames se fait sentir jusqu'à 50 mètres de profondeur.

Ces éléments, de provenances diverses, tenus en suspension dans l'eau de la mer, 'pénètrent avec elle, à chaque marée, jusqu'au fond de l'Anse. Le dépôt s'opère à l'abri des courants marins. La vase étant quelque peu agglutinative, ce dépôt adhère à celui précédemment formé ; le tout acquiert la consistance de l'argile. Dans la formation de ces sédiments entrent quelques substances organiques en décomposition, restes de mollusques, crustacés, algues, etc., que l'on aperçoit à marée basse.

A l'apport normal du flux quotidien, vient s'ajouter l'apport des hautes marées. Les eaux de la mer débordent alors sur les terrains qui sont en bordure et les recouvrent plus ou moins haut ; elles entraînent avec elles, jusqu'aux points extrêmes de leur course, la vase qu'elles répandent parmi toute une végétation d'halophiles qui facilitent le dépôt, en brisant le mouvement des eaux, et contribuent à en retenir une grande partie, à la marée descendante.

 A la suite du colmatage, les hautes marées ont de plus en plus de peine à recouvrir la bordure de la mer. De temps en temps, on construit des digues pour empêcher le retour de la mer sur le terrain abandonné : on fait une « prise ». Le bri marin est encore le résultat de phénomènes divers et compliqués, biologiques, physiques et chimiques. La rencontre de l'eau douce et de l'eau de la mer entraîne des précipitations chimiques. La séparation physique se produit dans certaines conditions : à marée haute, dans les endroits abrités, la mer n'apporte plus de sable grossier, les éléments se déposent, au fur et à mesure, dans l'ordre de densité ; on explique ainsi qu'il n'y a pas de sable ordinaire dans le bri, mais seulement un sable excessivement fin et léger. Enfin, les animaux marins (vers, mollusques, etc.), jouent un rôle dans la transformation de certaines matières par suite de digestions (28).

On remarque que le colmatage se fait, dans l'Anse de l'Aiguillon, bien plus rapidement sur le rivage qui se trouve protégé contre la houle du sud-ouest par la pointe de l'Aiguillon, que sur la côte de Charron, exposée de plein fouet aux marées et aux tempêtes. C'est la confirmation de ce qui a été dit, à savoir que les dépôts marins s'effectuent principalement dans les zones calmes.

Le comblement total de l'Anse de l'Aiguillon est une question de temps...

 Telles sont, en résumé, les origines et la formation du Marais Poitevin. Depuis les temps tertiaires, quelle transformation, quelle métamorphose ! Les vers d'Ovide vous reviennent d'eux-mêmes à la mémoire :

Vidi ego, quod fuerat quondam solidissima tellus,

Esse fretum ; vidi factas ex oequore terras ;

Et procul a pelago conchoe jacuere marinoe...

 

Société historique et scientifique (Deux-Sèvres)

 

 

==> Le Marais Poitevin et la navigation sur la Sèvre Niortaise (Time Travel)

==> L' histoire du Marais-Poitevin, les premiers dessèchement du Bas Poitou. (Maillezais - Arçais)

==> Embarquez dans l'histoire du Marais Poitevin - (cartes des ports et Histoire)

 

 

 

 

 


 

MAILLIZIACUS (Maillezais en Vendée) Golfe des Pictons

Le golfe des Pictons est un ancien golfe de l'océan Atlantique qui se trouvait dans les départements actuels de la Charente-Maritime, des Deux-Sèvres et de la Vendée, en France. an 700 ans avant JC : Les Pictes ou Pictons, tribu celte originaire du nord de l'Ecosse, s'installent sur les diverses îles calcaires du Golfe qui devient ainsi le golfe des PICTONS.


 

(1) Welsch, apud Bull, des services de la carte géol. de France, n° 105 (1904), p. 49.

(2) Welsch, Réunion extraord., p. 934.

(3) Welsch, apud Bull., loc. cit.

(4) Welsch, apud Bull, de la Soc. géol. de France, 4e série, t. III (1903), p. 934-935.

(5) Ibid., p. 935.

(6) Ibid., p. 934.

(7) Ibid., p. 934.

(8) Welsch, apud Bull, des services de la carte géol. de France, n» 105 (1904), p. 36-37.

(9) Welsch, apud Bull, des services de la carte géol. de France, n" 137, t. XXIII (1914-18). [Tirage à part : Le Marais Poitevin, p. 44.]

(10) apud Bull, des services de la carte géol. de France, n° 115 (1906), p. 54.

(11) Welsch, ibid., n° 137, t. XXIII (1914-18). [Tirage à part, loc. cit., p. 48.]

(12) Ibid., p. 49.

(13) Ibid., p. 49.

(14) Ibid., p. 43.

(15) Ibid., p. 43.

(16) Welsch, apud Bull, des services de la carte géol. de France, n° 137, t. XXIII (1914-18). [Tirage à part, loc. cit., p. 44.]

(17) Ibid., p. 49.

(18) apud Bull, des services de la carte géol. de France, n° 137, t. XXIII (1914-18). [Tirage à part, loc. cit., p. 36.]

(19) Ibid., p. 17.

(20) Welsch, apud Bull, de la Soc. géol. de France, 4" série, t. XIX (1919), p. 50.

(21) les limites topographiques générales tracées par M. Welsch (Bull, des services de la carte géol. de France, n" 137, t. XXIII (1914-18).) [Tirage à part, loc. cit., p. 8, 9, 10, passim.]

(22) H. Gelin, Etude sur la formation de la vallée de la Sèvre Niortaise, apud Mém. de la Soc. de Stat. des Deux-Sèvres, 3e série, t. IV (1887), p. 159.

(23) Welsch, apud Bull, des services de la carte géol. de France, n° 137, t. XXIII (1914-18). [Tirage à part, loc. cit., p. 9.]

(24) Alph. Fournier, apud Bull, de la Bibliothèque scientifique de l'Ouest, 2e partie (188), n° 5.

(25) Revue de l'Aunis, de la Saintonge et du Poitou, t. IX (1er sem. 1869), p. 18-19.

(26) Welsch apud Bull, de la Soc. géol. de France, 4e série, 1 XIX (1919), p. 54.

(27) H. Gelin, loc. cit., p. 182.

(28) Welsch, âpud Bull.de la Soc. géol. de France, série, t. XIX, (1919), p. 49.

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