La baronnie de Fougères sous les Seigneurs de la maison de Lusignan

Le 29 janvier 1253, Raoul maria sa fille unique Jeanne de Fougères, à Hugues XII de Lusignan, comte de la Marche. Le mariage fut célébré par Etienne de Châteaudun, abbé de Savigny, avec toute la pompe que comportait la haute position des deux conjoints.

Raoul ne survécut que trois ans à cette cérémonie. Il mourut le 2 mars 1256, à l'âge de cinquante-deux ans, et fut inhumé, comme ses prédécesseurs, dans le cloître de l'abbaye de Savigny. En lui finit la maison de Fougères, après 266 ans d'existence.

Jeanne, fille unique de Raoul III, en épousant Hugues de Lusignan, semblait devoir faire passer, sans contestation, la baronnie de Fougères dans la famille de son époux : cependant il survint une difficulté qui donna lieu à un procès entre Hugues et sa belle-mère.

Quelque temps après la mort de son mari, cette dame, dont lo douaire avait été assigné sur la terre de Fougères, ayant épousé Charles de Bodégat, celui-ci n'eut rien de plus pressé que de faire valoir les droits de sa nouvelle épouse, en réclamant l'exécution de toutes les conventions matrimoniales dont sa première union avait été l'objet, et il ne fallut rien moins que l'intervention du duc de Bretagne et de Guy de Lusignan, seigneur de Cognac, pour arranger cette affaire.

 Grâce à leur médiation, Hugues fut maintenu dans la possession de la baronnie de Fougères et de ses dépendances, et Charles de Bodégat reçut en échange, à titre de douaire de sa femme, la terre de Porhoët, aussi avec ses dépendances, sauf néanmoins son fief de Bodégat, qu'il devait, comme auparavant, tenir à titre héréditaire de Hugues lui-même, et pour lequel il était soumis, ainsi que ses successeurs, à l'hommage en vers le seigneur de Fougères (1).

L'an 1275, le duc de Bretagne ayant changé les droits de bail en celui de rachat, Hugues refusa d'accepter la constitution et conserva dans ses terres le droit de bail, qui s'y maintint jusqu'en 1559, que Charles IX y substitua le droit de rachat (2).

Hugues Ier eut pour successeur Hugues II, son fils aîné. Celui-ci fut tué à la bataille de Courtray, en 1302, et laissa la terre de Fougères à Guy de Lusignan, son frère.

Ce seigneur s'étant allié avec les Anglais et leur ayant livré Coignard et Merscins, Philippe-le-Bel, qui nourrissait contre lui un profond ressentiment, profita de cette défection pour le perdre.

 Il le cita a la Cour des pairs et Guy, déclaré coupable du crime de félonie, fut condamné à la confiscation de ses biens et au paiement d'une amende de 120,000 livres (1307).

Philippe ne voulut pas néanmoins exécuter cette sentence dans toute sa rigueur, et il laissa la jouissance de la terre de Fougères à Yolande, soeur de Guy, qui la conserva jusqu'à sa mort, arrivée en 1314.

Cette dame détacha de la terre de Fougères la seigneurie de Sens, avec ses dépendances, et la donna à Foulques de Malmains (3), en récompense des services que lui et ses ancêtres avaient rendus à la maison de Fougères.

 A la mort de Jeanne de Malmains, sa fille, la terre Sens revint par droit de bail entre les mains du comte d'Alençon, qui, en 1361, la rendit à Bertrand du Guesclin, fils et héritier de cette dame.

 

 

 

 

 

 La Tour Mélusine du château de Fougères - Voyage dans le temps de Jeanne de Fougères et Hugues XII de Lusignan <==.... ....==> La Virée de Galerne – Octobre 1793, La Bataille de Fougères.

 

 


 

(1) forêt de la Nouée fut également réservée à celui-ci ; mais il fut stipulé que si Jeanne venait à mourir sans enfants, Charles de Bodégat pourrait, en vertu du contrat de mariage d'Isabelle de Craon, sa femme, faire valoir ses droits sur la terre de Fougères et regarder le dernier traité comme non avenu. D. Morice, t. III, 9G8.

(2) A la Monstre des Osts du duc de Bretagne, faite en 1291, à Ploërmel, le sénéchal du seigneur de Fougères reconnut qu'il devait cinq chevaliers, à raison de la terre de Fougères. D. Morice, t. III, p. 110.

(3) Les Malemains semblent être venus du diocèse de Bayeux. On les voit souvent dans les chartes de l'abbaye de Mondaie, soit comme donateurs, soit comme témoins.

 Ils semblent être allés à la conquête de l'Angleterre, car nous voyons Jean sans Terre confisquer dans ce royaume les biens de Guillaume et de Roger Malemains, qui s'étaient sans doute soumis à Philippe Auguste.

Il est difficile de donner une liste bien suivie et bien authentique des Malemains, qui furent seigneurs de Sacey, pendant près de deux siècles.

Nous voyons, on 1198, Fraslin Malemains et Jeanne de Saint-Hilaire. En 1210 nous le retrouvons dans le livre des fiefs de Philippe Auguste et peut-être le même, en 1225 et 1245. On lui donne pour fils Gilbert Malemains que nous trouvons, en 1251 et 1271

Hugues Le Brun, comte de la Marche et d'Angoulême, donna à Gilbert Malemains, son cousin, en 1284, le droit de chauffage et l'entretien des ponts et moulins de Sacey, dans la forêt de Villequartier, de la baronnie de Fougères.

On donne pour frère à Gilbert, Foulques Malemains, qui reçut d'Yolande de Fougères la seigneurie de Sens, non loin de Fougères d'où Jeanne, sa fille, mère de Duguesclin, était appelée dame de Sens. Duguesclin descendait donc des Malemains par sa mère.