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Après avoir été persécuté pour ses écrits, Rabelais se retira dans sa cure à Meudon, remplissant tous les devoirs que lui inspirait sa charge, recevant les savants et les personnages les plus distingués, ne donnant accès à aucune femme pour éviter les caquets ; enseignant le plein chant aux enfants de chœur, et montrant à lire aux pauvres gens. « On accourait des environs, dit le bibliophile Jacob, pour entendre sa messe et son sermon. Meudon devint ainsi un but de promenade pour les Parisiens qui y affluèrent longtemps après la mort de Rabelais ».

C'est arrivé un...  Marc Menant  revient sur la date anniversaire d'un événement historique.

Rabelais mourut à l’âge de 70 ans dans l'oubli et la solitude, dit-on, le 9 avril 1553, dans une maison de la rue des Jardins Saint-Paul portant le n° 28 à l’angle du quai des Célestins.

Il rendit l’âme dans un grand éclat de rire, accompagné de ces paroles : « Tirez le rideau, la farce est jouée ».

François Rabelais fut inhumé dans le cimetière Saint Paul des Champs près d’un figuier qu’on voyait, dit-on, encore cent ans après sa mort.

Ce cimetière fut fermé en 1791 ; vendu comme bien national trois ans après et démoli dans les deux années suivantes.

En 1792, l’église supprimée devint propriété nationale, le cimetière et la prison furent détruits, et sur leur emplacement, on éleva des maisons. Il avait été question un moment d’y établir deux rues : l’une appelée rue Rabelais, et l’autre rue Mansart, pour la raison que parmi les sépultures du cimetière Saint-Paul, se trouvait celle du « joyeux curé de Meudon », ainsi que celle du célèbre architecte Jules Hardouin Monsart.

Avant la Révolution, la tombe de Rabelais avait disparu, mais on montrait encore l’arbre au pied duquel son corps avait été déposé. Avant que quelques ossements ne soient retirés hâtivement, certains y sont toujours dont peut-être ceux du grand Rabelais.

Au cours de travaux effectués en 1898 dans la rue de l’Hôtel-Saint-Paul, on retrouva trace de trois de ces charniers.

Rabelais mort, son évangile, comme il l'appelle, le Livre, comme l'appelait le cardinal Du Bellay, devint le bréviaire des lecteurs les plus graves et en même temps des plus frivoles : le médecin Copus et le poëte Passerai consacrèrent une partie de leur vie à le commenter et peut-être à le comprendre (1).

Le roman de Gargantua et de Pantagruel fut plus admiré encore et plus populaire que ne l'avait été, deux siècles auparavant, le roman de la Rose : on y étudia, ainsi que dans les encyclopédie, toutes

 

 

Chronique de Gargantua, qui ne renfermait à coup sûr aucune allusion historique. Cependant il est bon de connaître la prétendue Clef que l'on avait donnée aux allégories de ce roman; quelques-unes de ces allégories y sont assez bien expliquées ; les autres ont été omises ou tout à fait détournées de leur véritable sens.

Alliances (île des)                   La Picardie.

Amaurotes.                 Les habitants de Metz.

Andouilles (île des).               La Touraine.

Antioche.                    Rome.

Apedefles.                  Les gens de la Chambre des Comptes.

Chats fourrés              La Tournelle criminelle.

Chesil (concile de).                Concile de Trente.

Dipsodes.                   Les Lorrains.

Entommeures (Jean des).                   Le cardinal de Lorraine.

Frédons.                     Les Jésuites.

Gargamelle.                Marie d’Angleterre.

Gargantua.                  François 1er.

Gaster.                        Le ventre.

Gourmandeurs.                      Les chevaliers de Malte.

Gourgandine .                      A plaisir

Grandgousier.                        Louis XII.

Her Trippa.                 Henri Corneille Agrippa.

Hippotadée.                Le confesseur de François 1er.

Jument de Gargantua.                        La duchesse d’Etampes.

Lanternois (assemblée des).               Le concile de Trente.

Lanterne de la Rochelle.                    L’évêque de Maillezais

Lerné.                         La Bresse.

Les Gens.                   L’Artois.

Lichnobiens.               Les libraires.

Limousin: écolier).                 Hélisenne de Crenne.

Loup-garou.                Amiens.

Macreons.                   Les Anglais.

Médamothi.                La Flandre.

Oracle de la Bouteille.                       La Vérité.

Panigon (Saint).                     La Paix.

Pantagruel.                 Henri II.

Panurge.                     Le cardinal d’Amboise.

Papefigues.                 Les réformés.

Papimanes.                 Les papistes de tous les pays.

Petaull (le roi).                        Henri VIII d’Angleterre.

Picrochole.                  Le souverain de Piémont.

Pulherbe.                    Du Puy-Herbault.

Quinte Essence.                     La pierre philosophale.

Raminagrobis.                        Le poète crétin.

Révélation (la).                       L’apocalypse.

Rondibilis.                  Guillaume Rondelet.

Ruach (l'ile de).                      Le séjour de la cour.

Sibylle de Panzoust.               Une dame de la cour.

Sonnante (île).                        L’eglise romaine.

Taureau de Berne.                  Pontimer.

Tesmoing (Pierre).                  Pierre Martyr.

Thaumaste.                 Le recteur de l’Université.

Unique (1er).              Le pape.

Xenomanes.                Le chancelier.

A cette Clef, si fautive et si incomplète, qui a été dressée au XVIIe siècle, on pourrait joindre celle de Le Motteux, celle de MM. Esmangart et Eloy Johanneau, etc., qui sont totalement différentes.

 Peut-être réussira-t-on un jour à faire une autre Clef, à peu près juste, fondée sur une connaissance plus approfondie du milieu social où vécut Rabelais. Ainsi, à la suite de recherches nouvelles, que nous publierons peut-être un jour, nous avons reconnu, d'une manière positive, que le Gargantua et les deux premiers livres de Pantagruel ont besoin d'être expliqués surtout au point de vue des allusions personnelles à l'auteur; il faut donc rechercher, dans ces trois livres, l'histoire intime de Rabelais lui-même ; quant aux deux derniers livres, seulement, ils se rapportent à l'histoire politique et morale de son temps.

 

Rabelais : sa vie et ses ouvrages / P.-L. Jacob, bibliophile

Nouveau dictionnaire historique de Paris / par Gustave Pessard

 

 ==> François Rabelais

 

 


 

(1) Ces deux commentaires sont perdus : celui de Passerat fut jeté au feu par le jacobin qui le confessait à son lit de mort. Au reste, la plupart des interprétations historiques qu'on a faites du roman de Rabelais sont fausses, si ingénieuses qu'elles soient par exemple, la grand'jument de Gargantua, que tous les commentateurs avaient prise pour la duchesse d'Etampes, maîtresse de François Ier, figure dans la première