Histoire de l'Abbaye de la Grâce-Dieu de Benon

Aux portes d'une modeste paroisse de l'Aunis, qui a été le siège d'une seigneurie importante, la baronnie de Benon, s'élève encore une maison abbatiale qui a jeté un grand éclat dans la vie religieuse et civilisatrice de la région.

Son souvenir est resté, grandi par le nom de saint Bernard qui en a inspiré la fondation, avec la mémoire des nombreux services rendus tant au point de vue religieux et charitable que dans la participation des religieux au défrichement des terres, au développement de l'agriculture et au dessèchement des marais. L'oeuvre entreprise par les religieux avait eu des collaborateurs dans les moines voisins des abbayes de Saint-Léonard des Chaumes et de Charron.

La vie de ces modestes pionniers de la civilisation mérite donc d'être tirée de l'oubli. Mais, moins heureuses que certaines maisons religieuses, les abbayes de l'Aunis n'ont conservé dans les dépôts publics ni cartulaires ni archives.

  • Leur histoire doit donc être refaite de toutes pièces avec des documents épars. Cette oeuvre nous l'avons entreprise, en commençant par La Grâce-Dieu, la plus célèbre des abbayes aunisiennes, et c'est la monographie de celle-ci que nous présentons aujourd'hui au lecteur.

Nous n'avons pas la prétention d'être complet; on ne l'est jamais en ces matières. Nous avons pu néanmoins tracer les grandes lignes de la vie abbatiale de La Grâce-Dieu, compléter la liste des abbés que le Gallia christiana avait donnée en partie, reconstituer l'état des biens de la maison, étudier quelques problèmes historiques et économiques qui suffiront, croyons-nous, à faire connaître la vie d'une maison religieuse pendant huit siècles.

Les sources où nous avons puisé, sont les fonds conservés soit à la bibliothèque et aux archives nationales, aux archives de la Vienne, à la bibliothèque de Poitiers, soit à la bibliothèque de La Rochelle et aux archives des notaires de la région ; nous avons aussi été puissamment aidé par un fonds important mis obligeamment à notre disposition par le regretté M. Laurence, de Niort, qui, avec un soin jaloux, malheureusement trop rare, et un grand sens historique, avait su conserver une quantité considérable des papiers de l'abbaye lui provenant de ses ancêtres.

Mais nous ne nous sommes pas contenté de tracer en grandes lignes l'histoire de La Grâce-Dieu, nous avons pensé qu'il pouvait être utile aux sciences historiques de publier intégralement les pièces les plus importantes que nous avons rencontrées, persuadé que les érudits y trouveraient après nous de nombreux faits à y glaner.

Notre publication se composera donc de deux parties distinctes : en premier lieu l'histoire de l'abbaye, en second lieu les documents eux-mêmes.

GEORGES MUSSET.

 

 

CHAPITRE PREMIER. — LA FONDATION.

1er. — Le schisme d'Anaclet.

A la mort d'Honorius II une double élection papale, en date du 14 février 1130, avait amené le schisme dans l'église. Haimeric, cardinal diacre du titre de Sainte-Marie Nouvelle, qui remplissait alors les fonctions de chancelier de l'église romaine, fit élire le cardinal diacre Grégoire de Saint-Ange sous le nom d'Innocent II, tandis que quelques heures plus tard un collège de cardinaux proclamait pape, sous le nom d'Anaclet II, Pierre de Léon, cardinal du titre de Saint-Calixte, de la riche et puissante famille des Pierleoni. Ce dernier, qui avait la puissance et la richesse, avait réussi à entraîner Rome et une partie de l'Italie ; mais « le reste de la chrétienté était moins aisé à gagner ».

C'est en vain que le pontife maître de Rome avait sollicité, par ses lettres et ses légats, les suffrages de l'Italie, de la France et de l'Angleterre. La France en particulier s'était tue pendant quelques mois. Quel pouvait être le fruit de son recueillement ? De toutes les églises de la catholicité « elle était la seule qui n'eût jamais fléchi devant l'erreur et n'eût jamais été souillée par le schisme. Toujours soutenue de Dieu, elle est demeurée attachée à l'unité, et toujours elle s'est appliquée à donner à l'église romaine des témoignages de son précieux dévouement ».

C'est en ces termes qu'Anaclet II, l'un des papes élus, la salue et la loue dans une de ses lettres. Persuadé qu'elle entraînera par son exemple les nations à sa suite, il la conjure de faire entendre sa voix. On sent que c'est d'elle qu'il attend son triomphe définitif ou sa ruine. C'est de la France en effet que partit le coup qui devait le précipiter de son siège.

Comme lui, Innocent II en avait appelé au jugement de Louis-le-Gros et de l'épiscopat français. Ni les évêques ni le roi n'avaient osé se prononcer entre les deux prétendants. Mais, lorsque le pontife exilé, après un séjour de quelques mois à Pise et à Gênes, eut abordé à Saint-Gilles, il put s'apercevoir qu'il mettait le pied sur un sol ami. Le concile d'Étampes venait de lui préparer les voies, en proclamant avec éclat la validité de son élection 1.

A côté de l'illustre abbé de Saint-Denis, Suger, et des archevêques de Reims, de Sens et de Bourges, saint Bernard, abbé et fondateur de Clairvaux, prit une part active au concile et à la décision à laquelle il s'arrêta. Quelques contemporains vont même jusqu'à prétendre qu'il en fut le principal oracle. Si cette opinion contient peut-être de l'exagération, on peut néanmoins induire des récits d'alors et de l'appui qu'il prêta par la suite au pape Innocent II, que la sagesse, l'éloquence entraînante et communicative du saint abbé de Clairvaux eurent une grande influence sur les membres du concile.

Soutenant la légalité de l'élection d'Innocent II, qui aujourd'hui paraît discutable aussi bien que la légalité de l'élection d'Anaclet II, saint Bernard en appelait en outre à la moralité des élus. « L'abbé de Clairvaux fit valoir au roi la supériorité morale du cardinal Grégoire, la priorité de sa nomination, l'autorité de ses électeurs et de son consécrateur (le cardinal évêque d'Ostie), et finalement il conclut à la validité de son élection.

Louis-le-Gros, malgré ses attaches personnelles à Pierre de Léon, ratifia cet arrêt si sage, et promit solennellement de soutenir Innocent II. Sa déclaration trouva un écho dans toute l'assistance. Évêques, abbés et seigneurs y répondirent par une puissante acclamation et jurèrent, avant de se séparer, obéissance au nouveau pape. Pour beaucoup d'esprits incertains la décision du concile d'Étampes fut un trait de lumière. Elle arrivait juste à temps pour arrêter les progrès du mal qui menaçait de dévorer la France. Les archevêques et les évêques se hâtèrent de la publier dans leurs diocèses, les abbés dans les monastères de leur dépendance et les seigneurs laïques eux-mêmes dans leurs provinces (2). »

Saint Bernard, l'humble moine qui était à ce point entré dans l'intimité du chef de l'église « que celui-ci, dit un historien du temps, ne pouvait souffrir d'en être séparé (3), » continua son

oeuvre en faveur d'Innocent II. Après l'avoir accompagné au concile de Clermont (18 novembre 1130), il se rendit auprès de Henri Ier, roi d'Angleterre, et amena celui-ci à déposer à Chartres, aux pieds du souverain pontife, ses hommages, ses présents, son sceptre et son épée (4).

Puis il l'accompagna dans son voyage auprès de l'empereur Lothaire. Ce fut l'abbé de Clairvaux qui eut raison des revendications de Lothaire, dénonçant le concordat de Worms et réclamant le droit des investitures par la crosse et l'anneau. « Rempli d'une généreuse audace, il prit la parole au nom du souverain pontife et, à force de logique et d'éloquence, parvint à faire sentir au prince allemand l'iniquité de ses revendications. Grâce à cette courageuse intervention, l'église échappa encore une fois au joug de l'état et conserva ses franchises électorales (5).

Innocent II ne voulut pas quitter la France sans visiter cette abbaye dont le chef lui avait été d'un si précieux appui. Il y fut reçu avec une simplicité renouvelée des premiers âges de l'église. Les pauvres de Jésus-Christ, remarque un historien, allèrent à sa rencontre, non pas sous la pourpre et la soie, ni avec des livres de prières recouverts d'or et d'argent, mais vêtus de grosse bure et précédés d'une croix de bois. Leur joie n'éclata pas en bruyantes acclamations ; elle perçait à peine sous les modulations d'une psalmodie à mi-voix. L'appareil, si imposant et si nouveau pour eux de la cour pontificale ne piqua même pas leur curiosité ; leurs paupières, gardiennes de leur recueillement intérieur, restèrent baissées. Devant ce spectacle d'austère pauvreté et d'angélique modestie, le pape et les cardinaux versèrent des larmes d'attendrissement.

L'église et le réfectoire réservaient encore aux augustes visiteurs des surprises du même genre. La chapelle de Clairvaux, brillante de propreté, mais absolument dépourvue d'ornements, soit sculptés, soit peints, n'était remarquable que par son dénuement. Quel contraste avec la basilique de Cluny que le souverain pontife avait consacrée six mois auparavant ! Au réfectoire, les hôtes de saint Bernard durent se contenter de l'ordinaire des moines, « manger du pain de son, et boire, au lieu de vin une espèce de raisiné du jus d'herbes. En guise de turbot, on leur servit des choux auxquels on ajouta comme friandise quelques autres légumes. C'est à grand'peine que l'on put trouver, pour la circonstance, un poisson que l'on plaça devant le seigneur pape : la communauté n'en eut que la vue. Tout le monde cependant était dans l'allégresse. Cette fête, en effet, remarque précisément le biographe de saint Bernard, « n'était pas une réjouissance de table, ce fut la fête des vertus. »

La France entière ne s'était pas cependant ralliée aux décisions du concile d'Étampes. L'oeuvre de saint Bernard n'était pas achevée.

Histoire de l'Abbaye de la Grâce-Dieu de Benon (1)

Dans l'Aquitaine, le schisme était entretenu par un personnage remuant, Gérard II, normand d'origine, promu évêque d'Angoulême grâce au renom de savoir et de prudence dont il jouissait dans les écoles du Poitou.

Précédemment légat des papes Pascal II, Gélase II, Calixte II et Honorius II, il obtint de l'antipape Anaclet la confirmation de sa charge, même avec une extension de territoire (mai 1130), confirmation qu'il avait en vain demandée à Innocent II. Il prit avec passion le parti de celui qui avait été le plus favorable, choisissant « pour pape, comme écrit saint Bernard, un pape à sa guise, celui qui consentira à le faire légat. Ainsi, ajoute le saint abbé avec une mordante ironie, à moins que tu ne sois légat, Rome ne pourra avoir de pape ? D'où te vient ce privilège dans l'église de Dieu (6) ? »

Gérard avait su entraîner dans sa cause Guillaume X, comte de Poitou et duc d'Aquitaine.

Guillaume VIII, dixième du nom, avait eu une jeunesse qui prouvait bien l'indépendance outrée de son caractère et sa nature batailleuse. Il eut de violentes contestations avec son père et fut en guerre pendant sept ans avec lui. L'histoire a conservé le souvenir des démêlés qu'il eut avec les évêques de Poitiers et de Limoges (7).

Entraîné dans le schisme par Gérard d'Angoulême, il expulsa Guillaume Adelelme, évêque de Poitiers, pour le remplacer, après un semblant d'élection, par Pierre de Châtellerault, l'une de ses créatures. L'évêque de Limoges eut le même sort et fut remplacé par Rainulphe, abbé du Dorat.

Bernard chercha à le ramener et lui écrivit une de ces lettres éloquentes dont il avait le privilège : « Quelle est cette merveille et par quel conseil s'est opérée si promptement votre conversion, cette déplorable conversion qui vous fait encourir de nouveau, et plus gravement que par le passé, la colère de Dieu ? Quel est celui dont la fascination vous a fait si tôt sortir de la voie de la vérité et du salut ? Certes, celui-là, quel qu'il soit, portera la peine de son crime. Revenez, revenez et rappelez à leur porte ceux que vous avez chassés. »

Cet appel ne fut pas entendu et le schisme, sous l'influence de Gérard, prenait pied de plus en plus dans l'Aquitaine.

Pendant ce temps, Bernard avait suivi Innocent II en Italie, où Lothaire cherchait, par la force des armes, à placer le souverain pontife sur le trône pontifical. Mais la campagne de l'empereur fut sans résultat et, le 23 août 1133, il était revenu dans ses états allemands.

Innocent II dut s'enfuir de la ville éternelle et se réfugier à Pise (septembre 1133). L'abbé de Clairvaux était rentré depuis plusieurs mois dans son cloître. Il s'employa, d'ailleurs, avec le plus grand zèle, dans les années qui suivirent, à l'extinction du schisme en Aquitaine.

 Vers la fin de 1134, croit-on, il entreprit, dans cette région, une nouvelle mission, avec l'appui de Geoffroy de Lèves, évéque de Chartres, légat d'Innocent II. Son but était surtout de ramener Guillaume X dans la droite voie.

Sur les conseils de l'évêque d'Angoulême, Guillaume avait cherché, tout d'abord, à éviter une entrevue avec les représentants d'Innocent II ; mais, mieux conseillé, il consentit à les recevoir dans son château de Parthenay, choisi en raison de ce que Guillaume III Larchevêque, alors seigneur de Parthenay, avait servi de médiateur dans cette affaire délicate. Cela se passait en 1135, dans le château des seigneurs.

Laissons la parole à Bélisaire Ledain, pour nous raconter l'événement considérable qui amena la fondation de l'abbaye de La Grâce-Dieu :

Histoire de l'Abbaye de la Grâce-Dieu de Benon (2)

« Saint Bernard et les ecclésiastiques qui l'accompagnaient cherchèrent à ramener le duc à de meilleurs sentiments, en lui démontrant que l'église est une et que tous ceux qui l'abandonnent doivent nécessairement périr. Puis ils exposèrent le tableau des châtiments dont les schismatiques ont toujours été frappés par la justice divine. Guillaume, à demi ébranlé, répondit qu'il reconnaîtrait sans difficulté le pape Innocent II ; mais il ne voulut jamais consentir à rétablir sur leurs sièges les évêques qu'il avait chassés. Saint Bernard, voyant qu'il était impossible de vaincre ses résistances sur ce point, résolut de recourir à des moyens plus efficaces.

Un jour, l'abbé de Clairvaux célébrait la messe à Notre-Dame de La Couldre, église fondée par les seigneurs de Parthenay dans l'intérieur de leur château.

Une grande foule remplissait l'église, et à la porte se tenaient le duc d'Aquitaine et ses adhérents, auxquels l'entrée était interdite, à cause de l'excommunication qui pesait sur eux. Après le saint sacrifice, saint Bernard prend l'hostie sacrée sur la patène, sort de l'église, et, le visage en feu, les yeux enflammés d'un zèle pieux, il interpelle directement Guillaume :

 « Nous t'avons prié de donner la paix à l'église, s'écrie-t-il, et tu as méprisé nos prières. Voici le fils de la Vierge, le chef de l'église que tu persécutes ; il s'avance vers toi pour te supplier à son tour. Devant toi est ton juge au nom duquel tout genou fléchit dans le ciel, sur la terre et dans les enfers ; ton juge dans les mains duquel tombera ton âme. Voudras-tu bien le mépriser? Oseras-tu le repousser comme ses serviteurs ? »

Tous les assistants pleuraient, attendant avec anxiété la fin de cette scène émouvante. Attéré par les paroles et l'attitude du saint, le duc Guillaume tombe à la renverse. Relevé par ses chevaliers, il retombe de nouveau la face contre terre, et semble frappé d'épilepsie.

Alors l'homme de Dieu s'approchant de lui, lui commande de se lever. « L'évêque de Poitiers, que tu as expulsé, est ici présent, dit-il, va, réconcilie-toi avec lui et donne-lui le baiser de paix ; soumets-toi au pape Innocent et obéis-lui comme toute l'église. »

A ces paroles, le duc, subitement changé en un autre homme, court vers l'évêque de Poitiers et le rétablit sur son siège aux acclamations de tous. Le saint abbé, prenant ensuite avec le comte un langage plus doux, lui donne de salutaires avis, et il a la consolation, en retournant à son monastère de Clairvaux, de voir le schisme entièrement éteint dans l'Aquitaine (8). »

Toute mutilée qu'elle soit, l'église de Notre-Dame de La Couldre conserve encore en partie la façade devant laquelle eut lieu cet événement dramatique, qui, à plusieurs reprises, a justement tenté des artistes de talent.

La tradition en avait d'ailleurs conservé le souvenir, comme cela se voit dans le Gallia christiana (9), dans la Chronique des ursulines de Parthenay (1673) et dans l'historien du Poitou, Thibaudeau.

La fondation de l'abbaye de La Grâce-Dieu en Aunis fut le sceau mis par Guillaume à sa conversion et à sa renonciation au schisme.

 

 

 2. — La fondation.

Guillaume X avait ouvert ses états aux Cisterciens en fondant une abbaye dont le nom rappelait la grâce que Dieu lui avait faite de l'arracher au schisme.

Les bases de cette fondation avaient dû certainement être arrêtées à Parthenay, lors de l'entrevue de saint Bernard avec le prince. Mais il est vraisemblable que la donation qui devait lui assurer la vie et l'existence comme les lignes de cette donation ne furent monumentées que plus tard.

Si l'on accepte sans hésitation la date de 1135, comme celle de l'entrevue de Parthenay (10), il faut forcément rapporter cette entrevue au mois de janvier ou au mois de février.

C'est qu'en effet, à la fin de février ou au commencement de mars 1135 au plus tard, saint Bernard était reparti pour l'Allemagne en proie à la guerre intérieure entre les Hohenstaufen et l'empereur Lothaire. Il est certain qu'il assistait, le 17 mars 1135, à la diète de Bamberg.

Saint Bernard était donc bien loin de l'Aunis à la date du VIII des kalendes d'avril que l'on attribue à l'acte de donation de La Grâce-Dieu aux Cisterciens. Le VIII des kalendes d'avril correspond en effet au 25 mars. Bien plus, il est vraisemblable que cette date du 25 mars n'appartient pas à l'année 1135, mais à l'année 1136.

La donation prit corps non pas à Parthenay, mais à Benon ou dans le voisinage.

 Parmi les témoins qui y sont indiqués, figurent Guillaume, chapelain de Benon, Hugues, son oncle, Létard et Guillaume Gauthier, tous deux habitants de cette localité, Hugues de La Laigne, seigneur d'une terre voisine de Benon. Comment pourrait-on admettre que ces modestes personnages se fussent trouvés à point à Parthenay pour assister à la conversion de Guillaume d'Aquitaine et à un acte de libéralité que rien ne pouvait faire prévoir ? Il est à remarquer également qu'il n'est pas question de l'évêque de Poitiers, dont la présence à Parthenay est incontestée.

On est donc amené à conclure de cela, que rendez-vous fut pris pour confirmer sur les lieux mêmes la libéralité que Guillaume avait faite aux Cisterciens. Mais à quelle date cette confirmation eut-elle lieu ? Nous serions tenté de dire que ce fut une année après, c'est-à-dire le 25 mars 1136, et voici sur quoi nous appuyons notre manière de voir.

La donation, monumentée par Geoffroi de Lèves, évêque de Chartres, légat du saint-siège apostolique, est faite en présence de Geoffroi, archevêque de Bordeaux, Guillaume, évêque de Saintes, Grimoard, abbé des Alleux, futur évêque de Poitiers, sacré comme tel le 26 janvier 1140, Guillaume, chapelain de Benon, Hugues, son oncle, Geoffroi de Rançon, Guillaume de Mauzé, maître d'hôtel (11) du comte de Poitiers, Lethard de Benon, Guillaume Gauthier de Benon, Hugues de La Laigne et Geoffroi Le Veneur.

Or, Geoffroi de Loroux n'apparaît sur le siège archiépiscopal de Bordeaux qu'en l'année 1136, d'après la Gallia christiana. Cette indication doit être exacte. Gérard, l'ancien évêque schématique d'Angoulême, promu archevêque de Bordeaux, serait mort le jour des kalendes de mars 1135, un dimanche d'après les chroniqueurs.

Les kalendes de mars correspondent au 1er mars, et dans l'année 1136 (n. s.) ce serait un dimanche. Geoffroi de Loroux ne pouvait, une année auparavant, être qualifié archevêque de Bordeaux. Ces données sont-elles en contradiction avec celles de la charte de La Grâce-Dieu ? Pas le moins du monde, mais elles le sont au contraire avec l'unique mention que nous connaissions de la date de la donation.

En adoptant, il est vrai, le commencement de l'année au 25 mars, mode d'Aquitaine, cette date du 25 mars eut été le premier jour de l'année 1135-1136 (ancien style), c'est-à-dire le 25 mars 1135, lundi de la passion (n. s.). Mais si, au contraire, Geoffroi de Lèves a fait commencer son année à pâques, le 25 mars ne trouve plus sa place en l'année 1135 (n. s.), ni en l'année 1136 (n. s.) En l'année 1135, pâques tombe le 7 avril et en l'année 1136 le 22 mars ; il n'y a plus de 25 mars entre le 7 avril 1135 et le 22 mars 1136.

Mais comment alors faire concilier la date du 25 mars 1135 avec la présence de Geoffroi de Loroux qui ne put être évêque avant le 1er mars 1136 ?

(Château de Talmont – Guillaume de Lezay - Guillaume IX- Hugues VII de Lusignan - Louis VII et Aliénor d’Aquitaine (Time Travel)

 Il est vrai que nous ne connaissons cette date de fondation du VIII des kalendes d'avril 1135 que par l'Exordium cisterciense, qui ajoute cette indication erronée que l'abbaye aurait été fondée par Aliénor d'Aquitaine, fille du duc Guillaume. L'Exordium se tromperait peut-être sur tous les points (12).

Guillaume donnait à La Grâce-Dieu tout ce qu'il possédait à l'extrémité de sa forêt d'Argençon. C'est en effet ce qui est bien indiqué par les deux lignes limitatives de la description, lignes qui sont perpendiculaires l'une à l'autre. L'une est le chemin qui part du castel de Mauzé, passe vraisemblablement à Benon pour rejoindre la villa appelée Chremeri, que l'on peut identifier avec Cramahé, village de la commune de Saint-Cyr du Doret; l'autre, un chemin vicinal encore existant qui réunit le Gué, c'est-à-dire Le Gué d'Alleré, à Benon.

C'est dans l'angle de ces deux lignes, vers l'ouest, qu'est placée l'abbaye de La Grâce-Dieu avec ses domaines et dépendances, tels que Le Treuil du Rivage, La Grange du Bois, La Fragnéc, Chanteloup, etc.

De plus le duc d'Aquitaine accordait aux moines pour construire leurs édifices et pour l'usage de leur maison, tout ce dont ils auraient besoin, à prendre à leur volonté dans une partie quelconque de la forêt, même dans les défens appelés Les Espauds, s'ils ne pouvaient se munir ailleurs du nécessaire. Les religieux devaient aussi avoir dans la forêt, excepté dans les défens des Épauds, droit au pâturage des chevaux, des bêtes à cornes et de leurs troupeaux, et le pasnage de leurs pourceaux.

Cette donation fut le point de départ de nombreuses libéralités en dehors des confirmations successives dont elle fut l'objet de la part des souverains (13).

 Aliénor d'Aquitaine, la fille de Guillaume X, avait apporté le Poitou et l'Aquitaine en don à son mari le roi de France, Louis VII le jeune.

Comme don de joyeux avènement, et peut-être pour savoir gré au clergé d'Aquitaine d'avoir favorisé cette union, Louis-le-Jeune avait renoncé par une charte demeurée célèbre « à l'hommage ou au serment des évêques et des abbés de toute la province de Bordeaux et au droit de dépouilles pendant la vacance des sièges (14) ».

De plus, par une charte de cette année, et du consentement d'Aliénor, le roi avait donné aux religieux de La Grâce-Dieu tout ce qu'ils pourraient occuper de terres « terreni » dans les eaux douces et salées d'Andilly-les-Marais, « in loco dicto Andille. »

Cette donation doit être le point de départ du dessèchement de La Brie et des Clos-Cirrouet.

Un exemple parti de si haut ne tarda pas à avoir des imitateurs. Les amis et les serviteurs du prince apportèrent leur pierre à l'édifice. De ces premières donations nous ne constations guère que l'existence, les documents n'étant pas tous parvenus jusqu'à nous.

Les donateurs sont Robert de Montmirail, sénéchal du Poitou ; Pierre Bertin, sans doute le prévôt de Benon ; Guy de Thouars, Eble de La Laigne, Guillaume Bardon, Guillaume « Ostorius », Hélie de Charron, Bonevie, et d'autres encore dont les noms sont inconnus.

Cela se passait avant qu'Othon, duc d'Aquitaine, et Richard Coeur-de-Lion vinssent confirmer les donations de leurs prédécesseurs.

Entre temps, Henri II d'Angleterre avait à son tour confirmé les privilèges de l'abbaye.

 Cette succession de confirmations était d'ailleurs dans l'esprit et, ajoutons-le, dans les nécessités du temps. La région avait trop souvent changé de maîtres pour que sujets et justiciables ne fussent dans la crainte continuelle de voir défaire et révoquer par l'un ce que l'autre avait édifié, créé ou accordé.

Aussi, communes, abbayes, seigneurs viennent-ils à l'envi les uns des autres, à chaque changement de souverains et suzerains, demander la consécration de leurs droits. C'était d'ailleurs, il faut bien le dire, un moyen de faire augmenter les privilèges et les faveurs.

L'influence française et l'influence anglaise dominaient quelque peu à tour de rôle, et si les sujets tenaient à ne pas se mettre à mal avec de nouveaux maîtres, ceux-ci, il faut le reconnaître, cherchaient à rendre indissoluble le lien qui les unissait à nouveau.

Si les confirmations de Henri II nous sont inconnues, il n'en est pas de même de celle de Richard dont l'original a été conservé religieusement, et de celle d'Othon dont nous avons des copies.

 

La charte de Richard Coeur de Lion vise plusieurs choses ;

tout d'abord la confirmation pure et simple de la donation faite par ses auteurs et prédécesseurs, et particulièrement les droits dans la forêt de Benon qui sont indiqués dans les mêmes termes que dans la donation de Guillaume X.

Puis Richard ajoute aux libéralités précédentes en donnant à l'abbaye la moitié de tous les prés qui appartiennent au seigneur de Benon, le jardin « ortum » de Rioux avec tout ce qu'il contient en y comprenant un homme, Renaud Ortolan « Ortolanus » (15) et ses héritiers ; l'eau, la pêcherie et le marais de Rioux et tout ce qui dans ce lieu pourra être utile à l'église.

Richard accorde en outre aux religieux le droit de devenir possesseurs et propriétaires de tout ce qu'ils pourront acquérir à titre d'achat, d'échange ou de donation, dans son fief, soit terres, prés, vignes, métairies ou tous autres biens.

Golfe Pictons Lacurie

(Lacurie (abbé). Carte du Golfe des Santons, Pictons sous les Romains)

Il les maintient enfin dans la possession des biens qui leur ont été donnés, et il énumère la prée d'Andilly depuis le moulin appelé La Brie jusqu'au moulin nommé d'Arconcelles, avec faculté aux religieux de défendre, soit contre les eaux de mer, soit contre les eaux douces, tout ce qui pourra être livré à la culture et être transformé en prés, pacages, pêcheries, ainsi que les clos qu'ils ont proche Marans ; de même, ce qu'ils tiennent à Sérigny de la donation de Robert de Montmirail, alors son sénéchal, et de Pierre Bertin, prévôt de Benon, le bois et les autres biens donnés par Guy de Thouars ; d'autres biens encore donnés par Pierre Bertin, Eble de La Laigne et Guillaume Bardon.

Richard abandonne aux religieux tous les devoirs et les services qu'il a sur les hommes et les choses des biens donnés; toute la liberté qui a été comprise dans les autres donations analogues, liberté analogue à celle qui existe sur ses propres terres, et décide que les religieux bénéficieront pour l'acquisition des biens, par prescription, des usages de l'antique coutume de Benon et de La Rochelle.

En cas de poursuite contre les religieux ou leurs biens, ils seront justiciables de son tribunal suprême ou de la cour des prélats ecclésiastiques. Puis Richard déclare les prendre sous sa sauvegarde.

Cela se passait à Saint-Jean d'Angély, en présence de l'archidiacre de Lisieux, vice-chancelier du roi d'Angleterre, Jean de Al..., et des seigneurs poitevins Pierre Bertin, sénéchal de Poitou, Guy de Thouars, Pierre de Voluire, Roger et P. de Préaux (de Pratellis) et de Raoul, fils de Geoffroi.

En l'année 1197, Othon, alors duc d'Aquitaine, confirme à son tour toutes ces donations dans les mêmes termes que Richard.

Mais entre- temps les domaines de l'abbaye s'étaient augmentés d'un don de marais fait par Guy de Thouars dans la terre de Marans ; cette confirmation est donnée à Pont-l'Abbé, en présence de Geoffroi de Bella, sénéchal de Poitou, Pierre Savari, Gérard de Fermia. et Pierre Bertin.

En mai 1199, il y avait une nouvelle confirmation d'Aliénor (16).

Des difficultés ne tardèrent pas à surgir à l'occasion des domaines qui avaient été donnés à La Grâce-Dieu, difficultés sur lesquelles des détails seront donnés dans le cours de cette étude. Quelques- uns de ces biens avaient des voisins puissants ou se trouvaient grevés de droits au profit des seigneurs.

Ce fut le cas des marais compris dans la terre de Marans donnés à l'abbaye soit par les comtes de Poitou, soit par Geoffroi Ostorius ou d'autres. Le seigneur de Marans vint à composition, et comme cela arrivait fréquemment, les abbés obtinrent non seulement le maintien de leur droit, mais encore l'accroissement de leurs privilèges.

En décembre 1200, Guillaume de Mauléon, seigneur de Marans, avec le consentement de sa femme Agnès, de ses fils Pierre, Porteclie et Guillaume, et de sa fille Marquise, confirme les donations faites à l'abbaye d'un grand marais situé dans la terre de Marans, et d'un petit marais proche de la clôture de La Brie, reçu de Pierre Bertin, alors sénéchal du Poitou.==> Histoire Généalogie des Seigneurs de Mauzé et de Marans

Dorénavant les religieux tiendront les biens en pure aumône, sans aucune charge ni service. Guillaume consent à ce que l'abbaye puisse procéder au dessèchement de ses marais, soit en dirigeant les eaux vers la mer, soit en les écoulant vers la Sèvre.

En 1213, c'est Guillaume de Forz qui donne à l'abbaye, en pure aumône, tout ce qu'il possède à Saint-Sauveur, soit terrages, soit dîmes, et en plus les cifos et scultellas qu'il avait le droit de recevoir de son frère Guillaume, présent et consentant à cette libéralité. Des difficultés s'étant élevées avec sa veuve, L., dame de Loulay, une transaction intervient en 1223 (n. s.), sur le mandement du pape, avec le concours de frère Jean, prieur d'Anais, et Arricaigne, chapelain d'Aytré. Il s'agissait d'une rente due sur la terre nommée Lentiliacum.

Le 7 février 1231 (n. s ), l'abbaye reçut la donation d'un pré de Jeanne, fille de Guillaume de Périgny, femme de Pierre de Valle Gornic.

La même année, au mois de mai, Denise, veuve de Giraud Benoit, bourgeois de La Rochelle, fit à son tour donation d'un marais qu'elle possédait à Sérigny, mais à la charge d'une mine de froment de cens.

Un autre contrat est indiqué, mais n'a pas été conservé. C'est une cession ou une concession faite par Aimeri ou Aiméric de Saint-Georges, chevalier, d'hébergements situés vraisemblablement à Surgères et où les abbés avaient créé un centre d'exploitation analogue à un bourg neuf.

Cette partie des droits de l'abbaye est connue par la transaction qui intervint en février 1234 entre les abbés et Guillaume Maingot. Il en est de même d'une donation faite par un sieur Bonevie ou Bonnevoie d'un hébergement à Sérigny, près d'Andilly, avant mars 1243 (v. s.), et d'une donation de rente émanée de Jeanne, femme de Geoffroi Goupilleau, de Benon, antérieurement à l'année 1244.

Ce ne sont plus des domaines, mais des rentes qu'Alfonse, comte de Poitiers, va donner en 1244, pour le repos de l'âme des siens : 40 livres parisis, d'une part, à prendre sur la prévôté de Poitiers pour fournir aux frais du chapitre de Cîteaux ; 25 livres pour l'entretien de deux religieux chapelains à La Grâce-Dieu et 30 livres encore pour le chapitre de Citeaux, à prélever sur la prévôté de La Rochelle. Galvagnus de Tonnay donne de son côté 20 sous de rente annuelle pour son anniversaire et à percevoir sur son grand fief d'Aunis.

Une donation de 1256 émane d'une famille Constance qui possède des biens entremêlés avec ceux qui proviennent à l'abbaye de sa fondation entre Dardais, Le Gué d'Alleré et la forêt au nord. Elle est particulièrement intéressante, parce qu'elle indique un certain nombre de lépreux et les rentes que doivent ces déshérités.

Et enfin une donation de tous leurs droits à Plaim point par Pierre d'Anais, valet, et Jeanne sa femme, en 1307, semble clore la série des titres ayant pour effet d'accroître d'une manière importante les domaines de l'abbaye.

Après cela, les générosités deviennent de plus en plus rares. Le domaine de l'abbaye est constitué dans ses grandes lignes, tel que nous le retrouvons dans les derniers siècles; s'il subit des modifications, ce seront des amoindrissements contre lesquels les religieux seront obligés de lutter ou auxquels ils se prêteront par suite des malheurs des temps : guerre de cent ans, incursion des routiers, guerres de religion, abandon des terres et des vignes qui était la conséquence des événements et aussi de l'empiétement des officiers du roi ou des seigneurs (17).

Signalons cependant les quelques donations qui de loin en loin vinrent favoriser l'abbaye.

Un testament de Guillaume Surreau, prêtre d'Énandes, contient un legs de « 40 sols de pitance » aux abbayes de Saint-Michel en L'herm, Charron, La Grâce-Dieu, et Saint-Léonard, pour que le testateur soit participant « en lours biens-faiz espirituaus » (4 mars 1323 (n. s.); une donation de Pernelle de La Vallée, de Benon, du 4 décembre 1333, de biens situés aux terroirs de La Grâce-Dieu et Benon ; une autre de tous ses biens, par Thomas Rousseau, de Ferrières (16 juin 1340) ; une fondation d'anniversaire dans l'abbaye par Jean Harpedanne de Belleville, seigneur de Belleville, de Montaigu et de Lemeix, moyennant le don de deux terres situées près La Brie (22 juin 1430).

La foi vive des siècles précédents a disparu. La gêne est arrivée avec la guerre de cent ans. Quand la fortune publique et privée se relèvera, les guerres de religion viendront à leur tour, et l'ère des générosités sera passée. Au lieu de recevoir, l'abbaye sera contrainte de lutter contre les envahisseurs et les usurpateurs (18).

 

 

 3. — Les abbés.

I. ARNAUDUS. — En l'année 1149, il signa des lettres données à La Grâce-Dieu par l'évêque de Bernard pour le monastère (coenobium) d'Aix (19).

II. PAGANUS. — Il est mentionné comme abbé de La Grâce-Dieu en 1182, année dans laquelle il fit, pour son abbaye, un échange avec l'abbé et le couvent de Nouaillé en Poitou, pour des biens situés près de Saint-Sauveur de Nuaillé en Aunis (prope Liguriacum) (20).

III.DANIEL. — Fut présent en 1191 avec Pierre, abbé de Saint-Léonard, dans une transaction devant l'abbé de La Couronne, au sujet d'un différend entre Ithier de l'Ile, chevalier, de Jarnac, et Gérald, abbé de Dalon (21).

IV. * MILON, 1200. — Au mois de décembre de cette année, figure comme partie à une cession de marais faite par Guillaume de Mauléon (22).

V. LAMBERTUS, 1212. — Serait décédé en cette année, d'après une chronique ; il était avec trois autres abbés dans le cloître de Saint-Martial (23)

VI. EVRARDUS, 1220. — Est témoin avec Jean, prieur d'Anais, dans une transaction passée entre Guy, abbé de Saint-Léonard des Chaumes, et Guillaume de Nuaillé, chevalier (24).

Est-ce lui qui fut chargé par Honorius III, avec quelques autres religieux du diocèse de Saintes, de régler un différend entre le roi d'Angleterre et les chevaliers du temple de La Rochelle (25) ?

VIL JEAN, OU JEAN DE CANTORBÉRY. — Aurait été chargé par Henri III, roi d'Angleterre, d'une mission comme enquêteur des injustices commises ou souffertes par les baillis du roi. On suppose qu'il était le même que Jean de Cantorbéry qui, dans l'année où il avait été nommé prieur de Clairvaux, s'en alla comme abbé diriger l'abbaye de Font-Morigny (Fontismorum) (26); puis retourna en Angleterre, devint abbé de Chester (Diva), puis moine de Clairvaux, après quoi il fut institué abbé de La Grâce-Dieu (27).

VIII. WILLELMUS, 1241-1249. — En l'année 1241, il traite avec Pierre Bertin, chevalier, au su jet d'une prairie sur laquelle les parties prétendaient des droits respectifs. — En l'année 1244, il fait avec Guillaume, abbé de Nouaillé, et Jean, prieur de Saint-Sauveur de Nuaillé, un échange de biens situés dans le bourg (oppidum) de Saint-Sauveur de Nuaillé. — En février 1248 (v. s.), il transige avec l'abbé et le couvent de Saint-Léonard des Chaumes, et avec Pierre Boson, percepteur de la milice du temple de La Rochelle, au sujet du chenal du Roi (128).

IX. A. ou AYMERV, 1264-1273. — Il apporte son témoignage aux miracles qui auraient eu lieu dans l'église des carmes de Toulouse, le samedi après la fête de saint Michel de l'année 1264. Ce serait lui qui aurait transigé avec l'abbé de Nouaillé, d'après un document conservé en copie dans les archives de M. Laurence (29).

X. JOHANNES ou JOHANNES DE TRECIS, 1273 ? — Aurait été prieur de Clairvaux ; aurait traité avec l'abbé de Nouaillé au sujet de difficultés relatives à Saint-Sauveur de Nuaillé, en 1273 (30) ; un document semble dire qu'il fut choisi comme portier (portarius) (31) de Clairvaux, sans doute, et qu'il mourut dans un âge avancé.

D'après le Gallia (tome II, col. 199), Jean est indiqué comme huitième abbé de Font-Morigny, dans des chartes de 1220 et 1226. Une vieille inscription avait appris aux auteurs du Gallia que, le 17 des calendes do juillet 1225 (15 juin 1225), Simon I, archevêque de Bourges, avait fait la dédicace de l'église abbatiale (basilica) réédifiée pendant qu'il occupait le siège abbatial.

XI. *NICOLAS « BROSSERIE » ou DE LA BROSSE, 1278, juillet (32).

XII. SANTZ, 1294 (33).

XIII.GUILLAUME DE YÈVRES, 1300-1307. — En l'année 1300, il cède à Pierre de La Court, de Saint-Sauveur, tout ce qu'il pouvait avoir provenant de Girard, prévôt de Saint-Sauveur, et de sa femme Jeanne. Son sceau qui le représentait vétu des ornements abbatiaux était orné de deux lys (34).

Son tombeau existait au chapitre de Noirlieu où se lisait cette épitaphe : « HIC JACET DOMINUS GUILLELMUS DE YEVRES QUONDAM ABBAS GRATIA DEI IN PICTAVIA QUI OBIT IV NON. OCTOB. ANNO DOMINI 1307. A. E. R. I. P. A. » (35)

XIV. *PIERRE, 1310. — A la date du 7 février 1309 (v. s.), il fait un accord, au sujet d'une prairie à Andilly, avec Bertrand de La Roquenade, chevalier (36).

XV. *WILLELMUS, 1329. — Dom Estiennot le donne comme successeur à Guillaume de Yèvres, mort en 1307. Il n'était pas, comme on vient de le voir, son successeur immédiat. D'après une charte de. Gaignières, il aurait vécu en l'année 1329 (37).

XVI. HÉLIE, 1336-1339. — Figure dans des pièces du 2 novembre 1336 (le samedi après la fête de la toussaint), et du 13 décembre 1339 (le lundi après la conception de la vierge Marie (38).

XVII.  JEAN, 1389. — Il donne, à la date du 14 juillet 1389, une procuration pour régler avec Tristan, vicomte de Thouars, seigneur de Benon, un différend relatif à la création d'un étang par ce seigneur (39).

XVIII. ANDRÉ, 1398-1410. — Le 6 mars 1397 (v. s.), il consent une baillette à Hudin de Cosson ; le 3 septembre 1398, consent une autre baillette pour la petite abbaye de La Névoire ; le 17 novembre 1408, donne une quittance à Jean Innocent, receveur du roi en Saintonge ; en 1405, comparaît dans une pièce relative au fief du Fichon ; les 15 et 18 décembre 1410, figure dans une transaction avec Jean Harpedanne de Belleville, seigneur de Belleville, au sujet du fief des Vivets (ou Vinets) (40).

XIX.NICOLAS, 1417-1449. — Le 14 février 1416 (v. s.), il consent une baillette de terres au Sableau ; le 17 novembre 1424 et le 15 novembre 1440, donne des quittances à Bernard Carn, receveur du roi ; le 26 juillet 1449, il consent diverses baillettes (41).

XX. PIERRE GRANTHOMME, 1449-1457. — Les 30 novembre 1449, 16 août 1451, 19 décembre 1457, il donne diverses quittances aux receveurs du roi ; le 6 février 1454 (v. s.), il cède à Berthomé Charlot des terres situées à La Névoire ; le 2 mars de la même année (v. s.), il cède à Macé Henry des terres au fief de Jard ; le 5 avril 1456, il consent une ferme à Guillaume Durant, d'Andilly ; le 19 mai 1457, Macé Henry lui fait une reconnaissance de cens (42).

XXI. NICOLAS MÉRICHON, 1460-1467. — Le titre le plus ancien où il serait fait mention de cet abbé, serait une transaction du 12 août 1460, signalée dans une pièce de procédure de 1677 relative aux bois de Benon (43). A compter de cette date on en trouve de nombreuses mentions, soit dans des traités passés avec les vassaux ou les tenanciers de l'abbaye, soit dans les quittances délivrées par les trésoriers du roi pour les rentes dues à l'abbaye. Quelques- unes de ces pièces donnent le sceau de Mérichon et sa signature.

Le 15 mai 1484, une bulle de Sixte IV lui accorde à lui et à ses successeurs le droit d'officier avec la mître, l'anneau et les autres ornements pontificaux tant dans les prieurés et les églises paroissiales dépendant de l'abbaye qu'à l'abbaye même ; le droit de donner la bénédiction solennelle après la messe, les vêpres et les matines, à la condition qu'un représentant ou un légat du pape ne soit pas présent; le droit de bénir les ornements et vêtements ecclésiastiques qui ont coutume de l'être ; celui de purifier par l'eau bénite les cimetières relevant de l'abbaye qui auraient été souillés par l'effusion du sang ou autrement.

Mérichon appartenait certainement à la famille de Jean Mérichon, l'un des maires les plus célèbres de La Rochelle, qui fut conseiller de Louis XI. Ses armes sont les mêmes que celles du maire, et ont comme pièces une panthère au naturel passante accompagnée de 3 couronnes d'olivier de sinople. Il a été cependant impossible d'établir les liens de parenté qui l'unissent à la famille rochelaise. Il est bon d'observer toutefois que la nomination de l'abbé et les faveurs particulières à lui accordées par Sixte IV correspondent avec les années pendant lesquelles le maire Jean Mérichon fut au faite des honneurs.

XXII. JEAN DU BOYS, appelé aussi ANTOINE DU BOYS OU DU Bos, licencié en décret, protonotaire de N. S. P. le Pape, abbé commendataire de La Grâce-Dieu et prieur commendataire de Champdeniers au diocèse de Poitiers, 1504-1521. — En 1504 et 1519, il signe des quittances au trésorier du roi ; le 22 septembre 1507, il comparaît à une délivrance de bois à l'abbaye ; en 1514 et 1515, il comparaît aux grandes assises de Benon et dans différentes pièces judiciaires.

Ses armoiries portent comme pièces un chevron accompagné de 9 billettes, 3 en chef à dextre, 3 à senestre et 3 en pointe.

Il était décédé le 6 janvier 1521 (n. s.), date à laquelle il est procédé à l'élection de son successeur, Pierre Arrivé (44).

XXIII. PIERRE ARRIVÉ, 1521-1538. — Le 7 janvier 1521 (n. s.), il est procédé à son élection par les religieux de l'abbaye. Le 11 janvier 1530 (n. s.), le 13 novembre 1531 et le 18 novembre 1538, il signe des quittances au trésorier du roi ; en 1521 et 1532, il comparaît à divers actes. C'est peut-être à lui que remonte la cession faite de la seigneurie du Sableau à une famille Arrivé qui, dès le 14 juin 1578, s'en voyait confirmer la rente dans la personne de noble homme François Arrivé et Marie Pérault, sa femme, par l'abbé Pierre Raoul. (Voir titre du 18 juillet 1651 et aussi celui du 8 mai 1651.) (45)

XXIV.NICOLAS ARRIVÉ, 1539-1550. — Le 19 septembre 1539, Jehan d'Estouteville, seigneur de Villebois, garde de la prévôté de Paris et conservateur des privilèges royaux de l'université de Paris, donne mandement à tous les sergents, etc., de conserver sous la sauvegarde et protection du roi, avec droit de committimus, Nicolas Arrivé, abbé de La Grâce-Dieu, « escollier estudiant en l'université de Paris (46) . »

On le retrouve le 18 novembre 1546 signant des chartes conservées à la bibliothèque nationale. Le 20 février 1549 (v. s.), il rend hommage au roi en vertu de lettres du roi données à Saint-Germain-en-Laye le 19 mars 1548.

A la date du 3 février 1551 (v. s.), il est fait mention que, depuis la mort de Nicolas Arrivé, à une date qui n'est pas indiquée, l'abbaye avait été mise sous la main du roi qui la faisait régir par commissaires.

XXV. * JEAN DE FONSÈQUE, évêque de Tulle, abbé commendataire des abbayes séculières et collégiales de Saint-Martial de Limoges et de La Grâce-Dieu,1564-1574. — Les 26 octobre et 7 novembre 1564, il est partie dans un procès intenté par Claude de La Croix, écuyer, étudiant en l'université de Poitiers, tendant à mettre sous séquestre les biens de l'abbaye ; le 3 janvier 1574, il cède à Jean de Thou, son secrétaire, le fief noble de La Rousselière ; le 17 avril de la même année, il afferme le Pré-Cloux à Jean Guy, seigneur du Grand-Garson 47).

Jean de Fonsèque appartenait à la famille de ce nom qui possédait la terre de Surgères, en Aunis. Il était fils d'Edmond de Fonsèque, baron de Surgères, et de Hardouine de Laval. Nommé évêque en 1553, il ne reçut jamais la consécration. Il s'adjoignit pour les fonctions épiscopales Benoit « de Rota, » ; puis, après avoir été mis en possession de sa dignité en 1560, il céda, la même année, son siège épiscopal en échange de l'abbaye de Saint-Martial de Limoges, qu'il garda jusqu'en 1581 (48)

 

 

 

 

 

 

Eglise Notre-Dame de la Couldre de Parthenay, Bernard de Clairvaux et la conversion de Guillaume X d'Aquitaine (1135)<==.... ....==>La Conversion de Guillaume X d'Aquitaine, Mariage de Louis VII le Jeune, futur roi de France avec Aliénor de Guyenne

 


 

1. Vie de saint Bernard, par l'abbé Vacandard, avec les références que cite cet auteur.

2. Vacandard, loco citato.

3. Ernald, cité par M. Vacandard, p. 311-312.

4. Vacandard, loc. cit., t. Ier, p. 303.

5. Vacandard, loc. cit., t. Ier, p. 307.

6. Vacandard, loc. cit., p. 322.

7. Voir Historiens des Gaules ; Chron. Goffridi Vosiensis, XII , 434 apud Vacandard, p. 318).

8. Bollandus, Acta sanctorum de sancto Bernardo, t. IV, mense aug. — D°, Vie de saint Guillaume, t. n, mense febr. — Vie de saint Bernard, par Alain d'Auxerre, chap. XXI, ap. ord. Sancti Bernardi, éd. de dom Mabillon,vol. II, p. 278.— Gallia christ., t. u, p. 1207.— Mss. du capucin Joseph Aubert, de Parthenay, 1693. — Hist. des comtes du Poitou, par Besly. — Thibaudeau, t. i, p. 234. — Marchegay, Notice sur les Larchevêque, etc. — Ledain, La Gâtine historique et monumentale.

9. T. II, 1207.

10. Il ne peut y avoir, en effet, d'hésitation. Le voyage de saint Bernard en Allemagne et la diète de Bamberg à laquelle il assista sont certainement de l'année 1135. Et tous ceux qui ont raconté sa vie placent l'apaisement du schisme d'Aquitaine avant le voyage en Allemagne. — Voir cependant la charte d'Aubry de Mauléon pour Fontevrault. Gall. christ., t. II, 1172, note 2.

11. Dapifer.

12. Voir Gallia christ., t. II, col. 1397. — Mss. 37, Bibl. de La Rochelle.

13. 1146, confirmation par Louis VII ; une confirmation d'Aliénor esten outre expressément visée par la notice de Geoffroi de Lèves. Nous ne la connaissons pas.

14. Historiens des Gaules, XVI, 2. — Voir aussi Luchaire, Actes de Louis VII, p. 83.

15. Sans doute le détenteur de l'« Ortus».

16. Voir Gallia christ., t. II, col. 389, Inst. Lettres d'Aliénor pour l'abbaye de Charron. — Voir dans les pièces les confirmations successives des rois de France.

17. Voir notamment la charte de 1264.

18. Dès l'année 1204, des difficultés s'étaient élevées entre l'abbaye et celle de Saint-Léonard des Chaumes, au sujet des marais de Marans. Quatre abbés sont chargés de trancher le différend; une transaction intervint en 1212. (Voir Gallia christ., col. 1401.)

19. Biblioth. Cluniac., fol. 1450-1451. — Bibl. de La Rochelle, mss. 37, fol. 81.

20. Gallia christiana, d'après un cartulaire de Nouaillé (Tabularium Nobiliacense). — Bibl. La Rochelle, mss. 37, fol. 81.

21. Gallia christiana et archives de Dalon.

22. Voir pièces justificatives. — Les astérisques placés devant quelques noms d'abbés indiquent ceux qui ne figurent pas au Gallia christiana.

23. Gallia christiana, t. II, col. 1398.

24 Gallia christiana, t. II, col. 1398 et 1401.

25. Massiou, Histoire de la Saintonge, t. 2, p. 229. — Rymer, Acta publica, t. i, p. 258.

26. Il s'agit évidemment de Font-Morigny, commune de Menetou-Couture, arrondissement de Saint-Amand Montrond (Cher), en latin Moriniacum et Fons Morigniaci, abbaye où les moines de Cîteaux avaient remplacé les religieux de Saint-Benoît.

27. Gallia Christian, II, col. 1398. —Bibl. de La Rochelle, mss. 37, fol. 270, d'après dom Estiennot. — Bibl. nat., fonds Gaignières, 20894, fol. 110-111.

28. Voir pièces justificatives. — Bibl. de La Bochelle, mss. 37, fol. 81. — Gallia christiana, II, col. 1398.

29. Gallia christiana, II, col. 1398, ex. Tab. fr. Carmel, Tolos. — Voir pièces justificatives, n° 28.

30. Gallia christ., II, col. 1398. — Bibl. La Rochelle, mss. 37, fol. 81 v°, et fol. 270. (S. d. d'après dom Estiennot.) — Bibl. nat., fonds Gaignières, 20894, fol. 110-111. — Pièces justificatives, n° 28.

31. « ulllud (officium) viris aetate maturis et vitae inculpatae ut plurimum commitebatur : uti praecipitur in Novella Justiniani 133, cap. I, adeo ut inter potiora monasterii munia haberectur, interdumque in abbates eligerentur portarii... » (Du Cange, Glossaire, V° Portarius, I.)

32. Voir pièces justificatives, n° 30.

33. Gallia christiana, II, col. 1398.

34. Gallia christiana, t. n, col. 1398. — Bibl. de La Rochelle, mss. 37, fos 81 v° et 270.

35. Lisez : « Anima ejus requiescat in pace. Amen. »

36. Titre mentionné dans une confirmation du reg. XLIX, n° 27, aux Arch. nat. (En déficit dans les layettes du trésor des chartes.)

37. Bibl. La Rochelle, mss. 37, f° 270.

38. Bibl. nat., fonds fr., 20905, f° 49, et fonds Gaignières, 20894, f° 110-111.

39. Bibl. de La Rochelle, mss. 456, f° 346 (d'après l'abbé Cholet).

40. Voir pièces justificatives ; arch. Laurence. — Bibl. nat., fonds fr., 20,905, f° 49.

41. Voir pièces justificat. nos 76-84 (arch. Laurence). — Bibl. nat., fonds fr. 20905, f° 51; fonds Gaignières, 20894, fol. 110-111. — Bibl. de La Rochelle, note de M. de Ponthieu, mss. 123, f° 18.

42. Bibl. nat., fonds fs. 20905, f° 53 ; 20974, n° 2358 ; fonds Gaignières, 20894, f° 110-111. — Arch. Laurence.

43. Archives Laurence. Procès avec M. de La Trémoille et autres pièces de la même collection. — Bibl. nat., fonds fr., fonds Gaignières, 20894, f° 110-111; 25974, n° 2359; 20905, fos 53, 57; Gallia christiana, loc. cit.

(44) . Bibl. nat., fonds Gaignières, 20894, fol. 110-111 ; fonds fr., 20905, f° 59. — Arch. Laurence.

45. Bibl. nat., fonds Gaignières, 20894, fol. 110-111 ; fonds fr, 20905, fos 59 et 61. — Arch. Laurence.

46. Bibl. nat., fonds Gaignières, 20894, vol. 110-111 ; — fonds fr., 20905, f° 64.— Arch. Laurence.

47. Bibl. de La Rochelle, mss. 218 (anc. 3336, 50), f° 68 ; — mss. 238 (anc. 3336, 79, fol. 114). — Arch. Laurence.

48. Gallia christiana, t. II, col. 675 et 566.