Episode d'Aliénor au château de Mauléon les Chauvigny

Sur la plate-forme, au couchant de l'église de St-Pierre, était autrefois le château Mauléon. Le château féodal de Montléon (Mons léonis, Monte léone, hauteur) est aujourd'hui à peu près disparu. On en aperçoit les vestiges à travers le pâté de maison qui, dès la fin du Moyen-Age, a commencé à couvrir ses ruines, entre la rue Montléon et l'impasse d'Harcourt.

Il se composait, d'un quadrilatère restreint de 11 m. 50 sur 8 m. 50 environ.

L'ancienne « tour Oger » devenue plus tard « tour de Montléon » était le principal corps de logis. Cette tour, située au midi et à quelques mètres de l'Eglise Saint-Pierre, n'a plus que ses quatre murs. L'entrée primitive existe encore à l'est.

Les murailles de clôture sont appuyées à l'extérieur par des contreforts variés s'élevant à une grande hauteur, principalement rue des Rampes.

En avant de la Tour, sur la droite, dans un massif latéral, s'ouvre une porte ogivale donnant accès dans une galerie longeant le mur ouest et de là sur un petit plateau extérieur recouvrant un vaste souterrain. Un autre souterrain arrivant du dehors au sud, venait aboutir au pied du contrefort sud-est de la Tour et y pénétrait.

 L'enceinte nord, face à l'église Saint-Pierre, était crénelée ; seul le mur de la rue des Rampes est assez bien conservé.

C'est le château qui a souffert le plus pendant la guerre de cent ans. Le château de Montléon est probablement le premier qui tomba en ruines, mais en 1372, il existait encore.

Il fut détruit à l'époque où, dit Froissard , les Anglais ardirent et exilèrent les villes et châteaux appartenant aux Français, Savari de Mauléon  est une preuve que les seigneurs de Chauvigny ne se livraient pas exclusivement à la carrière des armes ; il, cultivaient avec succès le arts, les sciences et les lettres.

 Car « Mauléon, dit Robert du Dorat, fut autant prudent, vaillant et renommé aux armes que amateur des gens doctes, li recevait ii tous les poètes de son temps écrivant tant en latin, provençal, qu'autre langue vulgaire, et leur faisait de beaux cadeaux. Il était savant aux lettres et libéral. Il s'esnamaroucha d'une gentille femme de Provence, de la maison de Glandève, à la louange  de laquelle il fit plusieurs belles chansons, en l'une desquelles se plaignant d'elle, il dit qu'il aurait plutôt ployé un gros arbre, entendant d'un chêne qui porte gland, faisant allusion à son nom, que le cœur d'elle.»

Ce seigneur guerrier-troubadour mourut au service du roi de France, dans une expédition contre Raymond, comte de Toulouse ( 1).

Le Château de Montléon appartenait primitivement à la vieille famille des Ogers, Otgérii, mentionnée dans les titrès du pays du Xe au XIIe siècle. Il doit son nom actuel à la famille poitevine des Montléon qui le possédait vers la fin du XIIIe siècle.

Le premier des Montléon était membre de la famille de Preuilly et avait relevé le nom des Montléon par les femmes.

C'est probablement un Oger qui construisit le donjon de Touffou, actuellement la partie la plus ancienne du château.

 

Le plus ancien Oger que nous connaissions d'une façon précise à Touffou est un certain Amenon, seigneur de la Roche-Amenon et de Touffou, qui se faisait appeler Amenon de la Roche.  Nous le voyons en 1267. Il a un fils, Guy Oger, à qui il remet dès lors sa « maison de Touffou », et c'est celui-ci, très vraisemblablement, qui donna sa fille Agnès en mariage à Guy, fils de Jourdain de Preuilly et d'Alix de Montléon.

VERS 1280 GUY I DE MONTLEON

Le second des Montléon, Guy Ier est dénommé seigneur de Montmorillon, de Touffou, de la Maison-Neuve et de la Roche Amenon.

Le gendre de Guy Oger devait prendre le nom de Guy de Montléon pour relever le nom de cette grande famille, menacée d'extinction par l'entrée en religion du frère aîné d'Alix. Agnès apportait à son époux une magnifique dot : Touffou, La Roche-Amenon et la tour Oger, de Chauvigny, qui prit dès lors le nom de tour de Montléon. : Guy de Montléon fit en 1280 son testament, par lequel il voulait être enterré dans la sépulture des Oger, ses beaux-parents, à Saint-Pierre de Chauvigny.

En 1281, il vendit au Roi la baronnie et le château de Montmorillon moyennant, entre autres choses, un droit d'usage attaché à la maison de Touffou dans la forêt de Moulière. Il eut 7 fils et 3 filles, dont deux entrèrent au monastère de la Puye.

1285 à 1295 GUY II DE MONTLEON

Fils de Guy I, il hérita de son père Touffou, la Roche-Amenon et la Maison-Neuve.

En 1285, il vendit au Roi 21 livres de rente sur un moulin des bords du Clain.

En 1295, il vendit à l'évêque de Poitiers Gauthiers de Bruges, pour lui et ses successeurs, le château de Montléon de Chauvigny avec ses diverses dépendances.Il épousa Jeanne de Beauçay et eut 2 fils.

 

La Maison des Montléon s'est continuée dans le Poitou jusqu'au XVIIIe siècle.

C'est Joachim de Montléon qui obtint du roi Charles VIII la création de la foire de Saint-Claud, près de la Chapelle-Moulière. Cette foire, en plein champ, qui a lieu en Octobre.

En 1519, le château de Touffou, avec la seigneurie d'Abain et d'autres seigneuries de la famille de Montléon, étaient passés à la famille Chasteigner par le mariage de Claude de Montléon, duchesse de Touffou, descendante de Guy II avec Jean III Chasteignier, seigneur de la Roche-Posay.

 

Armoiries

Les armes des Montléon étaient de gueules au lion passant d'argent, onglé et lampassé de sable.

Elles figuraient sur les portes d'entrée des châteaux de Chauvigny et de Touffou.

Les seigneurs du château avaient le droit de haute et basse justice.

 

LES FIEFS.

Le texte d'acte du 18 janvier 1295 qui transfera la Seigneurie aux évêques de Poitiers, indique que les Seigneurs de Montléon étaient titulaires de l'ancienne Viguerie de Chauvigny, des fiefs d'Artiges, d'Aillé, de la Lande.

Dans un acte d'échange intervenu le 29 juin 1410, on relève une rente de 12 mines de blé, due à Gilette Agnette, femme de Jehan de Montléon, écuyer et à G. Faure par « messire Jehan Thalebast, chevalier, seigneur de la Thalabastière, près Chauvigny », rente que Simon de Cramaud donna par testament à l'évêché de Poitiers. (G. Gauthiers, 28).

La Talbatière, domaine qui fait face au château baronnial, rive gauche de la vallée du Talbat, sur les plateaux de la Grondine et du Clos Fournier près du faubourg de Bellevue, avait autrefois un manoir fortifié d'origine très ancienne. Une grande tour ronde qui fut le colombier seigneurial, existe encore. Une autre tour, également semblable par la base, fut découverte au ras du sol en 1920, dans un jardin touchant la rue du Charaudoux et à environ 100 mètres de la première (propriété de M. Fouché).

Ce fief important dominait la vallée du Talbat. Il appartint à Hamon de Chauvigny, seigneur de la Talbastière, lequel fit aveu, en 1307 et 1326, du chef de sa femme Jeanne Badestrang, fille de Renaud, seigneur de la Talbastière.

Eh 1421, le logis était habité par le seigneur Jean Talbast,

Au XVe siècle, Philippe Porcheron est comme seigneur de la Talbastière et du Moulin de la fontaine Talbat.

 

Episode d'Aliénor. (Aénor/Eléonore)

Un auteur dont le nom est caché sous les voiles de l'anonyme raconte à peu près de la manière suivante la destruction du château de Mauléon et le touchant épisode d'Aliénor et de Georges Dandel :

Aliénor, fille de Guy, seigneur de Mauléon, la perle des dames de la contrée, était aussi remarquable par ses vertus que par sa beauté. Les jeunes gens du Poitou aspiraient à l'honneur d'obtenir sa main. Le cœur de la jeune fille, rempli des plus douces illusions, n'avait encore parlé pour aucun de ses nombreux prétendants.

 Un soir, au coucher du soleil, Aliénor, toute pensive, était accoudée à une des croisées du château, contemplant les charmants paysages que forment la Vienne et les collines environnantes.

Episode d'Aliénor au château de Mauléon les Chauvigny (3)

 

Tout à coup le vent porte à ses oreilles des cris, des bruits d'armes, comme le retentissement d'un combat. Bientôt le son du cor de la sentinelle du donjon s'est fait entendre, le pont-levis s'abaisse, et dans la cour du château entrent des soldats portant un guerrier baigné dans son sang.

Le seigneur, fidèle aux lois de l'hospitalité, s'avance pour le recevoir. Grand  Dieu! il a reconnu Georges Dandel, Ie fils de son meilleur ami, un des plus puissants seigneurs du Poitou.

Le jeune chevalier, venait visiter l'ami de son père.

 A quelque distance du pont de la Vienne, au lieu appelé Descente-de-la Justice, parce que c'était là que se dressaient les hideuses fourches patibulaires, il avait été subitement attaqué par un parti français qui tenait le champs, errandonnants, dit notre chroniqueur Froissard, bannières et penons venlerants.

Le jeune chevalier, après avoir fait des prodiges de valeur, était tombé frappé d'un coup de lance, et ses gens l'emportaient au château voisin.

 La blessure était profonde et dangereuse ; les soins les plus touchants lui furent prodigués. Aliénor veillait constamment au chevet du jeune malade. La convalescence fut longue, et , Georges ne put de longtemps être ramené chez son père.

 

Mais,  lorsque ses forces commencèrent à se rétablir, il visitait, accompagné d' Aliénor, tantôt les prairies de la Vienne aux flots argentés, tantôt les prairies émaillées de fleurs qu'arrose le Talbat aux nombreux détours, tantôt les bosquets silencieux de la forêt qui s'étendait alors jusqu'au pied du donjon, tantôt, avec elle, il allait puiser les eaux minérales et salutaires à la source du vallon ( 2).

Episode d'Aliénor au château de Mauléon les Chauvigny (2)

Les âmes du couple heureux ne tardèrent pas à se comprendre, ils se jurèrent une fidélité éternelle, et un prompt hymen u devait mettre le comble à leur bonheur.

Mais voici que les combats réclament le jeune guerrier. Son père le presse de venir le rejoindre. La séparation fut cruelle; d'abondantes larmes furent versées. La guerre avait recommencé avec fureur.

Du Guesclin avait déjà obtenu quelques avantages.  Le père d'Aliénor, tourmenté par l'ambition, prête l'oreille aux propositions du roi de France. Il fait égorger la garnison anglaise qui tenait le fort et le remet aux mains des français. Puis il forme le projet de donner sa fille à un des plus puissants seigneurs de la contrée.

Aliénor se jette en vain à ses pieds, en vain elle le supplie de ne pas la contraindre d'épouser un homme qu'elle abhorre ; le père reste inflexible, il part pour la cour du roi de France, et, à son retour, le mariage doit s’accomplir.

Cependant les Anglais ne tardent pas à être informés de ce qui se passe au château de Mauléon.

Douze cents lances sont  confiées à Georges Dandel.

 Il brûle du désir d'arracher son amante aux mains de l'infâme qui veut la lui ravir. Déjà il entoure la forteresse, il la presse de toutes parts. L'assaut est donné; les portes sont enfoncées; mais les Français, redoutant la vengeance de leurs ennemis, aiment mieux périr par les flammes que par le fer des Anglais. Ils mettent le feu à la forteresse confiée à leur vaillance.

Déjà s'embrase la tour où était Aliénor. Georges se précipite à travers l'incendie, et bientôt on  l'entrevoit, au haut de l'édifice, tenant dans ses bras son amante évanouie. Puis des tourbillons de flammes et de fumée s'élèvent dans les airs, la tour s'écroule et tout à disparu à jamais. Dieu seul entendit leur prière et leur dernier soupir »

Episode d'Aliénor au château de Mauléon les Chauvigny (1)

Bulletin de la Société des antiquaires de l'Ouest et des musées de Poitiers

 

 

==> La mémoire des temps passés - Histoire des châteaux de la cité médiévale de Chauvigny.

==> Église Saint-Pierre de Chauvigny


La Mesnie d'Augerolles : Reconstitution d'un campement seigneurial du XVe siècle et la vie quotidienne de nobles en voyage.
Démonstrations de combats et d'armes de traits. Présentation d'armement, de calligraphie et de chirurgie.
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(1)    Robert du Dorat, v, 29.P- 71, 285, 337.

(2)    (2) Au pied de la colline d'où jaillit la fontaine Talbat, on trouve plusieurs sources d'eau ferrugineuse que la science médicale pourrait utiliser.