Juillet- Aout 1224 - Prise de Niort, Saint Jean-d’Angely et La Rochelle (Louis VIII – Savary de Mauléon)

Peu après et en 1223 Philippe-Auguste venait de mourir (le 14 juillet 1223), et son fils Louis VIII l'avait remplacé sur le trône de France.

Sacré le 6 août 1223, avec la reine Blanche qu'il avait épousé 23 ans auparavant. La cérémonie à lieu à la Cathédrale de Reims et est célébrée par l'Archevêque Guillaume de Joinville.

C’est pendant le règne de son père que Louis VIII fut Surnommé « le Lion » en remportant sur Jean sans Terre, roi d'Angleterre, la victoire de La Roche-aux-Moines en 1214.

Alors ce prince qui jeune, s'était mesuré avec le parti anglais, résolut de se servir du prétexte du défaut d'hommage du roi d'Angleterre, comme duc d'Aquitaine, pour entreprendre la conquête de ce pays. Profitant ainsi de la minorité d'Henri III, pour s'emparer des dernières possessions Plantagenêts.

Au cours d'une campagne rapide, Louis VIII s'empare de la majorité des terres de l'Aquitaine. Les villes du Poitou, de la Saintonge, du Périgord, de l'Angoumois et d'une partie du Bordelais tombent les unes après les autres.

Devant les protestations du Pape Honorius III, Bordeaux et la Gascogne ne furent pas attaquées.

 

Louis VIII le lion, Soumission du Poitou et de la Saintonge 1224

 

Il réunit, en conséquence, une armée à Tours, et se dirigea sur les terres du vicomte de Thouars. Ce grand vassal se rendit à Loudun, et, faisant sa paix avec le roi, il dissipa ainsi l'orage.

Plus avant, c'était Savari de Mauléon qui commandait pour l'Angleterre. Ce guerrier se renferma dans Niort, qu'investit Louis VIII le 3 juillet.

 La place se défendit bien; mais, foudroyée par une masse énorme de pierres jetées par les machines en usage dans ces temps éloignés, la place fut obligée de capituler vers le 15 du même mois.

Savari et les siens obtinrent de sortir libres, sous la promesse de ne pas combattre contre le roi de France jusqu'à la Toussaint, excepté à la Rochelle. C'était là où devait se rendre Savori de Mauléon et où il arriva en effet.

Après la prise de Niort, Louis VIII se dirigea sur Saint- Jean-d'Angély qu’il emporta, puis il investit la Rochelle.

Juillet- Aout 1224 - Prise de Niort, Saint Jean-d’Angely et La Rochelle ( Savary de Mauléon - Louis VIII )

 Là se trouvait encore Savari de Mauléon, mais bien fourni de troupes et de munitions, et ayant notamment avec lui 300 chevaliers. Des attaques fréquentes eurent lieu, et la résistance fut forte et bien entendue. Mais la ville était mal approvisionnée, et des secours qui étaient promis par Henri III n'arrivèrent pas, ou le vaisseau qui devait apporter des vivres et des fonds n'était chargé au dire de certains chroniqueurs, que de son et de pierres (.1).

Toujours est-il qu'alors force fut de traiter, et les Aquitains consentirent à se soumettre au roi de France, taudis que leur général, Savari de Mauléon et les Anglais, avec Geoffroi de Nevill leur chef, obtinrent la liberté de se retirer librement au-delà du détroit (2).

La Rochelle remise entre les mains du roi de France, Mauléon s'embarqua pour passer en Angleterre. Mais, pendant la traversée il fut en proie aux attaques les plus violentes on le représenta comme l'auteur de tous les désastres de la campagne, et on manifesta même l'intention de s'assurer de sa personne.

Ce seigneur, exaspéré par ces propos et reconnaissant l'existence de menées dirigées contre lui (3), parvint à éviter le piège qui lui était tendu. Il retourna en France (4), où Louis VIII, dit, le Lion, l'accueillit favorablement, et reçut son hommage pour ses nombreuses possessions, qui lui furent restituées sans difficulté.

Savari de Mauléon fit plus jadis à la solde de l'Angleterre, il avait été secourir les Albigeois.

Redevenu Français, il assista à une assemblée des notables tenue à Paris le 28 janvier 1226 où on arrêta les mesures à prendre contre eux. Le guerrier poitevin les indiqua même, et il fut cette fois faire la guerre avec le roi Louis VIII a des populations plutôt égarées que coupables.

On sait que Louis le Lion mourut dans cette expédition (5) et que se vérifia ainsi la prédiction de Philippe-Auguste (6)

 « Les gens d'église eugagent mon fils à faire la guerre aux hérétiques Albigeois, il ruinera sa santé à cette expédition ; il y mourra, et par là le royaume demeurera entre les mains d'une femme et d'un enfant. » Or, cette femme était Blanche de Castille; cet enfant c'était Louis IX, dit le Saint.

Pouvait-on désirer une plus habile régente! Pouvait-on espérer un roi plus vertueux et plus véritablement grand!

Réconcilié avec le roi de France, Savari fut chargé de la garde des côtes du Poitou (7) et autres adjacentes.

C'était une sorte d'amirauté qu'on constitua pour lui dans cette province et au-delà. Ce fut pendant qu'il était absent qu'eut lieu l'expédition du comte de Salisbury pour reprendre la Rochelle, et qui se borna, ainsi que nous l'apprend un historien (8) à une simple descente au prieuré de Notre-Dame-des-Chàteliers en l'île de Ré après une tempête, et à un rembarquement subit pour l'Angleterre.

Il parait qu'après la mort du roi de France, Louis VIII (9), et sans doute pendant les troubles qui furent le prélude de la régence de Blanche de Castille, Savari de Mauléon changea pour la dernière fois de parti en quittant la fortune de la France pour s'attacher à celle de l'Angleterre (10).

Il entra, du reste dans la ligue formée par un grand nombre de seigneurs poitevins contre la mère de Louis IX.

On a prétendu qu'il avait même engagé Richard, frère du roi d'Angleterre à venir attaquer la Rochelle, et qu'il se livra lui-même à des brigandages multipliès, c'est l'expression dont se sert Arcère.

On trouve en effet que vers cette époque et notamment en 1226 et en 1227, Savari de Mauléon allié avec le roi d'Angleterre, et Richard, frère de celui-ci se livra à une guerre de piraterie sur les terres du roi de France et particulièrement en Aunis et en Poitou, enlevant tout ce qui tombait en ses mains, et n'épargnant, assure-t-on, ni le rang, ni l'âge, ni le sexe (11).

Néanmoins, entré dans la ligue des seigneurs confédérés, ceux-ci, dans leur conférence de Tours (12), ne parvinrent pas à s'entendre.

Le comte de Bretagne se détacha du parti et traita. Alors le prince Richard d'Angleterre convint d'une trêve avec la France il en fut accordé aussi une au vicomte de Thouars, et l'autre à Savari de Mauléon (13), et celui-ci obtint même qu'on lui rendrait les meubles qui lui avaient été enlevés lorsqu'il défendait la Rochelle, et la restitution de ses revenus, d'après une estimation.

Plus tard Savari recommença ses pirateries; car Henri III, roi d'Angleterre, dans une lettre du 16 mai 1230, mande à ses baillis de ne pas empêcher les hommes de son cher et fidèle Savari de Mauléon de s'enrichir aux dépens de ses ennemis, et particulièrement des habitants de la Rochelle (14).

On sait que les armements du personnage qui nous occupe se faisaient dans le port de la côte appelé le port Savari, et l'un des hommes qui ont le plus éclairé notre histoire nationale (15) prétend que c'était surtout dans un havre existant alors sur un point près de Luçon que le seigneur de Mauléon et de Talmont faisait ses armements.

On retrouve encore quelques actes de Savari de Mauléon sur le continent.

Nous citerons, par exemple, la confirmation du don fait précédemment par un comte de Poitou, de l'île de Choupeau, au monastère de Luçon (16). Il faut aussi noter que précédemment, pour réparer les vexations qu'il reconnaissait avoir faites au prieuré de Fontaine, il donna aux religieux de cet établissement trois mille sous d'or et quinze livres tournois (17).

La renommée de Savari de Mauléon était alors si grande, que c'était beaucoup dans l'opinion publique, que de lui tenir par les liens du sang. Aussi Eustachie, sa sœur prend-elle ce titre dans son testament où elle donne au monastère de l'Absie-en-Gâtine un vignoble dans l'île de Ré, avec les fùts vinaires qui étaient attachés à ce domaine (18).

Dans les dernières années de sa vie, Savari de Mauléon se fixa tout à fait en Angleterre, et il parait même qu'il y mourut eu 1234 (19), «  parce que, dit l'abbé de la Rue, la garde-noble de son fils était, cette même année, dans les mains du roi, avec des réserves pour le douaire et les droits de viduité d'Amabilie du Bois, sa mère (20). »

Alors, a fini la vie agitée du natif de la localité que nous nommons à présent Chatillon-sur-Sèvre et que le guerrier et troubadour Savari a fait connaître au monde du XIIIe siècle en portant le nom de Mauléon.

Quelques mois avant, en 1232 (21) et en vertu des ordres du pape l'archevêque de Bordeaux avait légitimé un fils appelé Raoul, que Savari de Mauléon avait en de la mème Amabilie du Bois, que l'on prétendait n'être que sa concubine. Le roi d'Angleterre l'avait légitimé également, par lettres du 10 mai 1232.

Néanmoins, plus tard, l'état de Raoul de Mauléon fut encore contesté, et Alphonse, comte de Poitou, s'empara de ses biens. Aussi, lorsqu'en 1242 Henri III, roi d'Angleterre, excité par sa mère, la comtesse-reine, Isabelle d'Angoulême, commença contre la France cette guerre que termina la mémorable bataille de Taillebourg, il prit pour prétexte (22) que Louis IX s'était emparé de l'héritage de Savari de Mauléon, et il ajoutait qu'il ne déposerait les armes que quand l'héritage usurpé aurait été restitué.

Probablement que- cette restitution fut opérée sous condition, car on trouve qu'en 1248 Alphonse comte de Poitou,  autorisa Raoul de Mauléon à engager ses terres de Talmont, de Brandois et d'Aunis, envers le vicomte de Thouars, pour 4,000 livres tournois (23).

 Raoul de Mauléon mourut sans enfant, et après avoir testé, en 1253; et Alphonse, comte de Poitou, renouvela encore ses prétentions en soutenant la non-légitimité de Raoul (24).

Néanmoins les biens importants de la maison de Mauléon passèrent à la maison de Thouars, par le mariage de Gui, vicomte de Thouars, avec Alix de Mauléon, l'ainée des sœurs de Savari.

Un si riche héritage augmenta beaucoup les richesses des vicomtes de Thouars dont il augmentait notablement le territoire (25).

 

 

 

 

Revue anglo-française : destinée à recueillir toutes les données historiques et autres, se rattachant aux points de contact entre la France, l'Aquitaine et la Normandie, la Grande-Bretagne et l'Irlande / rédigée par une société de savans et de littérateurs, et publiée... sous la direction de M. de La Fontenelle de Vaudoré

 

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Sacre des Rois de France -17 juillet 1429 - Charles VII est sacré à Reims  <==

La Rochelle au Moyen Age - Le château Vaucler d’Henri II Plantagenêt et Aliénor d’Aquitaine  <==

 

 

 

 


(1)   L'auteur des gestes de Louis VIII prétend qu'on n'avait envoyé, en effet, les caisses que lui apporta un navire qui entra dans le port de la Rochelle, que du son des ferrailles et des pierres. La Chronique de St-Denis dit que (les habitants de la Rochelle) « ils trouvèrent en une huche pierres et brun que ils enidoient que li roys Henry d'Angleterre leur eust envoyée pleine d'argent.

 

 On lit encore dans Guil. Guyard, la branche aux royaux lignages :

Li rois Henris leur ot tramise

Une huche et lot on la mise ;

De deniers pleines la cuidoient,

Leurs serjans payer en devoient ;

Mais de bran rasée la vinrent,

Et de pierres quand ils l’ouvrirent.

 

 

Ce serait cette sorte de moquerie du monarque anglais qui aurait excité un long débat entre la garnison anglaise et les chevaliers d'Aquitaine, :et aurait engagé ceux-ci à traiter avec le roi de France.

D'après les textes cités, était très-rationnel de la part de Rapin Thoyras d'adopter leur version et Arcère a tort de s'en étonner. Mais il est, un autre document, cité par Mathieu Paris, qui aplanit entièrement cette difficulté, au moins à notre avis. Nous voulons parler de l'espèce d'acte d'accusation dressé, en 1239, par le roi Henri III contre Hubert, comte de Kent.

Le monarque anglais reproche à ce personnage d'avoir causé la perte de la Rochelle et de tout le pays qui l'entoure en n'envoyant aux assiégés renfermés dans cette ville qui attendaient des secours d'Angleterre que des tonneaux pleins de sable, au lieu de l'argent destiné à sauver la ville et la terre; lequel argent il avait, méchamment et furtivement soustrait.

On voit que la chose est claire, car Savari de Mauléon, en ouvrant les tonneaux qui lui étaient adressés et qui devaient contenir de l'argent, n'y aurait en effet trouvé que du sable. Seulement, si Henri III avait bien expédié de l'argent, le comte de Kent l'aurait enlevé pour y substituer ce qu'on trouva à l'arrivée.

(2) On lit pourtant dans un document  que « Savary se sauva de nuit laissant là les bourgeois. »

(3) On lit, par exemple, dans une lettre écrite par le corps de ville de Bayonne an roi Henri III et qui se trouve dans la collection de Rymer que la ville de la Rochelle avait, été livrée aux Français, et qu'elle aurait bien pu être conservée à l'Angleterre si Savari de Mauléon et les bourgeois de la ville avaient fait pour la défendre ce que leur commandait la foi qu'ils avaient jurée. Voir aussi M. Massiou Hist. de Saintonge.

(4) Chron, de St Denis. – Citron. A Mart. Tur.

(5) Le 8 novembre 1226.

(6) Art de vérifier les dates.

(7) Mari prœfectus in Pictavia.

(8) Mathieu Paris, qui parle de ce fait, ajoute que Mauléon, visitant alors les iles de la côte avec de nombreux hommes d'armes, aurait pu s'emparer du comte de Salisbury, qui fut reconnu par deux sergents d'armes; mais que ceux-ci pour sauver le prince, l'engagèrent à se rembarquer précipitamment ; ce qu'il fit.

(9) Arrivée le S novembre 1220, a Montpensier, en Auvergne.

(10) Dans la suite, dit Arcère, Hist de la Rochelle il trouva de nouveaux prétexter pour rompre ses anciennes liaisons avec l'Angleterre. » C'est ici une erreur.

(11) Chron. Turon.

(12) Du 20 février 1227.

(13) Joinville, Hist. du St Louis. – Guil. De Nangis, Annal du règne de St Louis.

(14) Rymer, Faedera.  

(15) Duchesne. On a déjà dit un mot de cette opinion.

(16) Ms de D. Fonteneau. – Hist. du monastère et des évêques de Luçon, par l'auteur, et actuellement sous presse.

(17) On doit pourtant dire que, si Savari de Mauléon affranchit de tous droits envers lui le prieuré de Fontaine, il parait d'après un document que l'abbé de Marmoutiers, d'où dépendait ce prieuré, lui avait compté neuf cents sous afin d'arriver à cet affranchissement.

(18) Ms de D. Fonteneau.

(19) Mémoire Ms.

(620) Ce seigneur (Savari de Mauléon) vivait encore, dit Arcère, eu 1231 ignore la date de sa mort.

Il y a sur quelques-uns des Savaris que l'on possède la lettre A dans le champ. On a pensé (M. G. Lecointre-Dupont, Monnaies du Poitou) que c'est peut-être l'indication du nom d'Amabilie ou d'Amablc, veuve de Savavi de Mauléon qui après la mort de son mari, aurait fait frapper cette monnaie dans la ville de Mauléon, dont elle jouissait à titre de douaire.

Quoi qu'il en soit, on trouve sous l'an 1256 une charte par laquelle Amable, veuve de noble seigneur Savari de Mauléon, de Malleone, assigne sur les terrages de blé de Saint-Michel-en-l’Herm, dont elle jouissait pour son douaire, une rente de cent livres, léguée par Savari son mari et par Raoul leur fils à l'abbaye de Charroux.

(21) Documents fournis par l'abbé de La Rue.

(22) Rex omnibus etc. Sciatis quod potestatem dedimus Hugoni de Rohum comiti Essex, etc., quod si Ludovieus,  rex francorum, reddiderit nobis terras quoe fuerunt Savarici de Maloleone, quas de exitibus quos indé percepit, postquàm terras illas occupavit, dies rationabiles possint dare de emendis, recipiendis, etc. Apud Pentem, 30 die maii, Rymer, Foedera.

(23) On trouve peu d'actes de Raoul de Mauléon fils de Savari- Néanmoins nous en indiquerons deux de l'an 1248.

Par le premier, où il se qualifie du seigneur de Talmont et de Châtelaillon, il confirme les acquisitions faites par le monastère de Saint-Maixent dans le territoire de ses seigneuries, et dans l'autre il assigne sur sa terre de Saint-Michel-en-l’Herm de cent livres léguée par son père au monastère de Charroux.

On voit, d'après cela, que Ra, comme on l'appelait, ou plutôt Raoul de Mauléon était revenu sur le continent et qu'il jouissait de son héritage paternel, sauf douaire de sa mère, qui probablement avait la possession de Mauléon.

Toujours cst-il que le fils de l'illustre Savari ne poussa pas loin sa carrière, car il mourut en 1254 et nous trouvons sous la date de 1250 le testament de Raoul de Mauléon, sire de Talmont et de châtelaillon, où il indique comme ses exécuteurs testamentaires, L'abbé de Talmont, Me Hugues du Bois, son oncle (c'était le frère de sa mère), et Thibault Chasteigner, chevalier de cette très-ancienne et illustre famille du Poitou encore existante.

(24) En effet, à la mort sans enfant, en 1253, de Raoul de Mauléon on le prétendit bâtard, et Alphonse, comte de Poitou s'empara d'abord de sa succession comme seigneur féodal.

 

Aymeri VII, vicomte de Thouars, fils du vicomte Gui 1er et d'Alix de Mauléon, sœur de Savari ; Aymcri de Rochechouart et Jeanne de Mauléon, sa femme, autre sœur de Savari et Geoffroy de Tonnay - Charente du chef de ses enfants issus d'une autre sœur de Savari de Mauléon, réclamèrent inutilement la succession de Raoul de Mauléon.

 

Enfin Alphonse abandonna ses prétentions: et remit les biens qu'il avait usurpés, sauf la baronnie depuis comté de Benon qu'il sc fit abandonner par le vicomte de Thouars.

 

(25) Cet état de choses résulta d'une transaction faite en octobre  1254 entre  Aymeri, vicomte de Rochechouart, et de Jeanne de Mauléon, sa femme, d’une part, et Aymerie VII, vicomte de Thouars, de l’autre, par laquelle les premiers abandonnèrent au dernier, moyennant certaines redevances, toute la succession de Savary de Mauléon et de Ro ou Raoul de Mauléon, son fils.

 

Nous allons donner ici la copie entière de cette charte, qui fit passer tous les biens de la maison de Mauléon dans celle de Thouars, par le motif surtout que cette pièce dans l’idiome dont on se servait alors dans le pays, est un curieux morceau de linguistique.

 

A toz ceaux qui cestes presentes lettres verront e orrunt, Aymeris vicons de Rochechchaward, e Johana sa femme, salu en nostre segnor Jhucrist. Sachet que cum nos demamde som pocio e partie avenant, en le héritage e la descedue fau Savari de Mauléon ayné a may Johene, e Ro son fil de Mauléon, dans quaus li nobles home Aymeris, vicons de Thoars est , en l’ommage e en la foi au cunte de Peitiers ; a la par fin ou le conseil de prodes homes fut aparié entre nos e dit vicons de Thoarz e lau mamnère que ledit vicons de Thoarz nos asit quatre vinz livres de rente durable de monei usable en pais pour raison del héritage e la descendue fau Savari de Mauléon, e trente livres de rende, que il nos done de grace e de don, e nos asiet lo dit viscons de Thoarz e lesditets quatre-vinz livres à nos et à nos hers, qui de mei Aymeric et Johana ma femme sunt issu on istront durant le mariage entre nos, à prendre e avoir le devaut dites rendes chescun an apries la mort Amable femme fau Savari de Mauléon en minage de Niort portant cum li dit minage vaudreit o les appartenances ; e si qui endred defaillet dans quatre-vint livres de rende del héritage et trente livres de rende de don desus diz ; cou qui en defrudet nos aurom e prendrom en l’ile de Ré duche q a parfscement de la somme devaunt dite. E si aucunes maisons est appartenance audit minage, el est nostre sans conter en rende. C’est encore à savoir que en candementres cum ladite Amable vivra, ledit viscons nos est tenus à hers de mis diz e à nostre certein comandement rendre e bailler cinquante livres de monei usable ou pays ou taillées de Talamond, chescun an, à nau tutn solement dau diz quatre-vinz livres de rende, qui nos avom de don, si cum ol est de suis diz, retorneront a dit visconte de Thoars e à ses hers e à ses succenors. Eisi nos Aymeris et Johana devant dite por nos, e por noz hers, et successors clamon quité a dit visconte de Thoarz e à ses hers e à ses successors tot le héritage e la descendue dexant dite o tote lor appartenances e o totes les choses qui porreint e devroint escheer por raison de fau Savari de Mauléon, for tant solement cou qui à non porreil e devroit escheer po droit et à venir en aucun tens à nos hers per raison de la partie de iceles qui sont serors à moi Johana devant dite, si aucune de e les o tot morreint sans hers en tens qui est à venir. E ceste paix e cestes convenances nos e aus li diz ciscons de Thouarz avom jure suis les seins evangeles à tenir e à garder leaument por nos e por noz hers, et por nos successors sans venir en cotre. E est encore à savoir que li diz visconte de Thouarz noz a quité icele partie, que nos doussom mettre au palit e a rechat que il a feil au conte de Peitiers dans devant dites choses. E si ol adveneit que rechau ou plaiz de mortemain fut fait au viage de moi Aymeric daucant dit de choses devaunt dites, ge ni suis tenuz à rien mettre, mais après ma mort, ma devant dite femme, et un hoir, e mi successor sunt tenu à mettre au plait e à rechat de mortemain segom nostre partie de suis nomée, que nos avom de choses, e segom cou qui nostre autre paràonir mettront au plait, et à rechat por caus por raison de lors partie segum le usage e la costume daupais. E por cou que nos Aimeris e Johana dauvant dite, e nostre heir, e nostre successors ,ne poissom en aucun tens venir en contre ceste choses, no en donom à dit visconte de Thoarz e ces hers e à ces successors cestes présentes lettres saalées de nos seus en garantie de vérité. Ceu fut fait en l’an de l’incarnation nostre Seignor Jhésus-Christ 1254 au mois d’octobre.

Original orné de deux sceaux, l’un perdu, et l’autre ayant d’un côté les armes des Rochechouart et l’autre un cheval.