Château féodal de Sigournais brulé par passage des colonnes infernales du général Beffroy 15

Le logis comporte deux ailes en équerre, dont l'une a été incendiée ainsi que le bourg  suite au passage des colonnes infernales du général Beffroy commandant de la division de Luçon, successeur de Tuncq après la défaite de Chantonnay le 8 septembre 1793.

Le généralissime des Vendéens dans l'expédition d'outre-Loire, Larochejaquelein, avait été séparé de son armée devant Ancenis, avec trois autres chefs, Stofflet, Debaugé et de Langerie. Ils n'avaient avec eux qu'une vingtaine de soldats. Ils pénétrèrent jusqu'à Châtillon, où ils entrèrent de nuit; et, sans s'y arrêter, ils se rendirent à Saint-Aubin-de-Baubigné chez Mlle Larochejaquelein , qui était cachée dans ce village.

Là, ils apprirent que Charette était à Maulevrier. Ils allèrent visiter ce général : la froide réception qu'ils en reçurent, abrégea l'entrevue.

 

1793 Les Chemins de la Mémoire, Puy du Fou - Guerres de Vendée (in memoriam )

Larochejaquelein rentra dans le département des Deux-Sevres. Les paysans des environs de Châtillon et de Chollet, qui faisaient partie de l'armée de Charette, abandonnèrent ce chef, pour se ranger sous les ordres de Larochejaquelein. Celui-ci eût attaqué la garnison de Châtillon, mais il la jugea trop forte. Il se contenta de faire de légères incursions, soit pour surprendre des postes, soit pour enlever des convois. Dans une de ces courses, le 28 janvier, il somma deux grenadiers républicains de se rendre; l'un d'eux lui tira un coup de fusil à bout portant, et l'étendit mort sur la place.

Ce fut à l'époque de cet événement, que Marigny, autre chef vendéen, traversa la Loire et vint se fixer dans le canton de Bressuire, qu'il connaissait parfaitement. Il y rassembla les restes de la division de Lescure, et s'en forma une petite troupe, dont il établit le quartier-général à Cerisay.

Ainsi l'insurrection se trouva divisée en trois bandes : celle du Bas-Poitou, commandée par Charette; celle d'Anjou par Stofflet, et celle du Haut-Poitou par Marigny. La totalité de leurs forces réunies ne s'élevait qu'à 6,000 hommes.

Château féodal de Sigournais brulé par passage des colonnes infernales du général Beffroy (15 septembre 1793) (1)

Les troupes des républicains étaient de 42,000 combattants aguerris. Il était donc bien facile alors d'en finir avec la Vendée.

 Il ne fallait qu'user de modération avec les vaincus, compatir aux pertes immenses qu'ils avaient faites, chercher même à les désintéresser; enfin, si l'on se croyait trop fort et trop outragé, pardonner comme la divinité, avec plein pouvoir de punir.

Mais Turreau venait d'être nommé général en chef de l'armée de l'Ouest, et, dès son avènement au commandement, il met à l'ordre du jour la violence, l'incendie, le meurtre et la dévastation.

S'il consulte les représentants du peuple en mission près de son armée, ce n'est pas qu'il n'ait l'intention bien prononcée de tout incendier; il veut seulement que sa responsabilité soit mise à couvert : que, par un arrêté, les conventionnels lui prescrivent cette mesure affreuse; et qu'ils prononcent d'avance, sur le sort des femmes et des enfants, s'il faut les passer tous au fil de l'épée.

Les commissaires se gardèrent bien de prendre l'initiative de pareils forfaits. Ils furent épouvantés du message de Turreau, et ils demandèrent leur rappel. Abandonné à ses propres fureurs, et surpris de ne pas trouver de complices dans les membres de la Convention, qui avait décrété la formation des colonnes infernales, ce général écrit au Comité de salut public :

«  Je regarde comme indispensable de brûler villes, villages et métairies, si l'on veut entièrement finir avec l'exécrable guerre de la Vendée; J'ai lieu de croire que vous l'approuverez. Je vous demande la grâce de me répondre par le même courrier. J'ai d'autant plus besoin de votre réponse, que je me trouve abandonné ici de vos collègues. »

Le Comité de salut public garda le silence. Turreau ne suspendit point l'exécution déjà commencée de son plan d'extermination.

Dans l'exposé qu'il en avait fait à l'armée, il lui avait dit que douze colonnes, réparties sur une ligne de vingt lieues, devaient traverser la Vendée, de l'est à l'ouest, tandis que huit autres colonnes, parties des bords de la mer, viendraient à la rencontre des premières, en marchant de l'ouest à l'est.

« On emploiera tous les moyens de découvrir les rebelles ; tous seront passés au fil de la bayonnette. Les villages, métairies, bois, landes, genêts et généralement tout ce qui peut -être brûlé, sera livré aux flammes.

Pour faciliter cette opération, on fera précéder chaque colonne par 40 ou 50 pionniers ou travailleurs, qui feront les travaux nécessaires, pour propager l'incendie. »

Château féodal de Sigournais brulé par passage des colonnes infernales du général Beffroy (15 septembre 1793) (2)

Treize villes ou bourgs devaient être exceptés de cet arrêt général. Bressuire était de ce nombre. Il n'en fut pas moins incendié par la colonne qui sortit d'Argenton-Château, sous le commandement de Grignon.

 Ses soldats, en entrant dans une commune où les rebelles avaient séjourné, passaient au fil de l'épée tous les individus qui s'y trouvaient, sans excepter les femmes et les enfants des patriotes, qui n'avaient pu se sauver.

Des officiers municipaux en écharpes tricolores, des citoyens munis de certificats de civisme, des hommes qui bénévolement servaient de guides aux détachements, et qui, au moindre mouvement de l'ennemi, au moindre bruit d'une fusillade, allaient prendre des renseignements précis, et revenaient, après s'être exposés aux plus grands dangers, faire part de leurs découvertes aux républicains, tous étaient impitoyablement égorgés.

 Chaque colonne infernale rivalisait de férocité : une ceinture de feu marquait partout son passage. Ces mesures atroces donnèrent de nouvelles forces à l'insurrection. Tout ce qui restait d'hommes dans les campagnes reprit les armes, et se battit avec le courage du désespoir.  

Colonnes Infernal - Cinéscénie Puy du Fou

 (Colonnes Infernal - Cinéscénie Puy du Fou)

Les mouvements réglés par le plan général du 3 septembre n'avaient pu s'effectuer aux époques déterminées sur les directions d'Angers, Saumur et Thouars.

La division de Saumur, principal corps d'armée, devait être rendue à Vihiers le 14, et ce jour-là elle était attaquée à Doué : sa marche, qui devait servir de signal aux divisions des généraux Duhoux et Rey, n'eut lieu que le 17.

Cependant le général Chalbos s'était porté sans obstacle à la Châtaigneraie, et le général Mieszkowsky arrivait à Saint-Fulgent.

La petite division de Luçon s'était promptement réorganisée et était rentrée en campagne.

Château féodal de Sigournais brulé par passage des colonnes infernales du général Beffroy (15 septembre 1793) (3)

La lettre suivante du général Beffroy, en date du 19 septembre, au ministre de la guerre, fait connaître ses mouvements:

 

« Citoyen ministre, je n'ai pas encore pu avoir l'honneur de vous rendre compte depuis mon départ de Tours ou j'ai reçu l'ordre de venir prendre le commandement de la division du général Tuncq.

 Je suis arrivé à Luçon le 6, lendemain de l'échec que la division avait éprouvé. Je me suis occupé, avec les officiers qui commandaient, tels que les citoyens Lecomte, général de brigade, et Marceau adjudant-général, à réparer cette armée et la mettre en état de reparaître avec avantage, pour détruire les brigands.

Le 11 septembre, nous avons tenu un conseil de guerre, en présence des citoyens Bellegarde et Fayau, représentants du peuple. Le conseil a décidé que nous étions en état de marcher et de suivre l'exécution du plan arrêté à Saumur et subordonné aux mouvements du général Chalbos.

Nous sommes partis le 13 de Luçon et nous nous sommes portés à Saint-Hermand. Mon avant-garde, commandée par le citoyen Joba (1), composée de trois cent cinquante hommes de la légion du Nord et de quarante gendarmes, a trouvé les rebelles au nombre de quatre cents hommes d'infanterie et deux cents cavaliers; elle s'est portée dessus et l'ennemi s'est retiré. Il y a eu une forte fusillade: je n'ai perdu personne.

Le même soir j'ai fait occuper le poste de la Chapelle-Themer par le lieutenant-colonel Bard du dixième bataillon de la formation d'Orléans.

Ayant été instruit que l'ennemi était à Saint-Laurent de la Salle, et devant balayer ma droite, j'ai fait attaquer ce poste par Bard; après quelque résistance, il a été enlevé. Je n'ai pas eu un seul blessé.

On a brûlé cinq châteaux qui servaient de repaire à cette horde scélérate.

J'avais fait partir, le 12, le général L'Échelle avec deux mille cinq cents hommes, pour nettoyer ma gauche. Il s'est porté à Creil de Bournezeau, a chassé devant lui tout ce qui s'est présenté, incendié tout ce qui servait de repaire aux brigands, et a fait passer sur le derrière de l'armée tous les bestiaux qu'il a pu trouver.

Je suis parti le 15 de Saint-Hermand, dirigeant ma petite armée sur trois colonnes; celle de gauche que je commandais, sur Chantonnay ; celle du centre, commandée par Bard, sur Bazoges, et celle de droite, commandée par le général Lecomte sur Mouilleron.

A chaque tête de colonne, nous avons trouvé l'ennemi qui a toujours été repoussé et battu. J'ai fait brûler, sur la direction de Chantonnay, le village et le château de Sigournay où les brigands m'avaient pris deux hommes d'une patrouille de cinq, qu'ils ont emmenés.

  Il était tard, je ne pus les attaquer ce jour-là; mais le lendemain matin, malgré une pluie horrible, je fis attaquer le village et le château : le poste fut enlevé, et le feu y fut mis de suite.

N'ayant point de nouvelles par ma gauche, je n'ai rien pu entreprendre sur les Essarts, Saint-Fulgent et les Herbiers.

 Le 18 à quatre heures du matin, j'ai reçu ordre du général en chef de me replier sur Luçon , en conservant les postes du pont-Charon, la Réorthe et Saint-Herinand. Ma retraite s'est exécutée fort tranquillement. »

Cet ordre de retraite avait été adressé le 16 par le général en chef Rossignol au général Chalbos, qui s'empressa d'en donner connaissance aux généraux Beffroy et Mieszkowsky, le 17.

 

 

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(1) Joba commandait l'infanterie de la légion de Westermann. Il avait été dénoncé au ministre comme l'ennemi de Rossignol et de Salomon, et par conséquent bon à expulser.