Réforme pontificale le démembrement du diocèse de Poitiers par bulles du pape Jean XXII du 13 août 1317 (3)

L’Abbaye Saint-Pierre de Maillezais (Malleacum) fut fondé vers 990, par Guillaume IV Fier-à-Bras, duc d’Aquitaine, et par Emma, son épouse, qui appelèrent, pour l’habiter, des moines de l’abbaye de Saint-Julien de Tours. Elle fut érigée en évêché par une bulle du pape Jean XXII, datée du 13 aout 1317, et son diocèse fut formé au moyen d’un démembrement de celui de Poitiers.

Dès son élévation à la papauté, Jean XXII se préoccupa de problèmes administratifs. L'un des aspects de la réforme pontificale fut le démembrement de plusieurs diocèses du sud-ouest de la France. Après l'évêque d'Albi (1), ceux de Limoges, Rodez, Agen, Périgueux et Poitiers reçurent, le 13 août 1317, notification de la décision pontificale détachant de leur juridiction une partie de leur territoire (2). Dans le même temps, le diocèse de Toulouse, déjà amputé, en 1295, du territoire qui devait former le diocèse de Pamiers, subissait un démembrement encore plus complet : il est vrai que Toulouse devenait le siège d'un archevêché, aux dépens de la province de Narbonne (3). De son côté, l'évêque de Clermont n'obtenait que quelques mois de délai (4). Au total, un archevêché et seize évêchés furent érigés entre juillet 1317 et mars 1318.

Ainsi, le démembrement du diocèse de Poitiers n'est pas un cas isolé : il s'inscrit, au contraire, dans un plan d'ensemble et devra être étudié dans cette perspective. Il semble cependant intéressant de rechercher quelles raisons plus spéciales ont poussé le souverain pontife à diviser le diocèse de Poitiers et surtout d'après quels critères (ou en vertu de quelles influences) ont été choisis les nouveaux sièges épiscopaux.

Ces questions ont déjà été posées, de manière plus ou moins explicite, au siècle dernier, par les historiens des diocèses de Luçon et de Maillezais (5).

Aucune n'a reçu de réponse satisfaisante. Nous osons espérer qu'une information plus étendue que celle dont ont bénéficié les historiens du siècle dernier nous permettra de reprendre certaines données et d'éclairer les causes et les modalités du démembrement du diocèse de Poitiers.

I. — LES CAUSES DU DEMEMBREMENT

Les seuls documents en notre possession dont nous puissions tirer quelques renseignements sur l'origine du démembrement sont, d'une part, la bulle du 13 août 1317 par laquelle le pape notifie la division du diocèse de Poitiers et fixe les limites des nouvelles circonscriptions, d'autre part, les lettres adressées par le pape à chacun des nouveaux évêques et datées également du 13 août (6).

Les lettres communes, par contre, nous fournissent peu de renseignements.

Les auteurs dont nous avons parlé (7) s'en sont tenu aux termes mêmes de ces trois bulles qu'ils n'ont fait que paraphraser. Or ces lettres ne nous renseignent guère sur les intentions du pape. Sans doute, celui-ci proteste-t-il de son désintéressement : il tient la place du « maître de la moisson », soucieux de recruter des ouvriers pour cultiver son champ ; d'autant plus que « la moisson est abondante ». Un seul pasteur, continue-t-il, ne peut suffire dans ce diocèse vaste et peuplé ; le pape a conscience que la réforme profitera au culte divin et au progrès spirituel des âmes.

En réalité, ce ne sont là que des formules, les mêmes d'ailleurs que celles qui sont employées dans la bulle de division du diocèse de Toulouse (8). Cependant il est à remarquer qu'aucune allusion n'est faite au montant de la mense épiscopale de Poitiers, alors que les préoccupations financières apparaissent au premier plan dans la création des diocèses issus du démembrement de Toulouse (9).

En d'autres termes, il est surprenant que le diocèse de Toulouse ait été divisé surtout en raison de sa trop grande richesse, alors que celui de Poitiers aurait subi le même sort uniquement en raison de son étendue.

Certes, l'extension du diocèse de Poitiers pouvait motiver une division : son territoire dépassait, en effet, très largement le cadre des trois départements actuels de la Vienne, des Deux-Sèvres et de la Vendée ; du Tressay évalue sa population à « près d'un million d'habitants » (10). Mais nous connaissons, d'autre part, grâce aux enquêtes effectuées par Gautier de Bruges (11), grâce aussi aux comptes des décimes de 1326, le nombre approximatif des abbayes, chapitres, prieurés et paroisses du diocèse de Poitiers : ces indications peuvent nous fournir des éléments d'estimation de la mense épiscopale.

Au début du XIVe siècle, environ 1250 paroisses et 550 prieurés relevaient de l'évêque de Poitiers (12) alors qu'à la même époque le diocèse de Toulouse comprenait 850 paroisses. Or le revenu de la mense toulousaine était évalué à 45.000 livres tournois (13).

Est-il téméraire de conclure que la mense épiscopale de Poitiers ait pu avoir un montant au moins égal (14) ? Pouvons-nous aller plus loin et dire qu'en parlant d'extension territoriale le pape pensait aux revenus exagérés de l'évêque de Poitiers ? Cela correspondrait bien, d'ailleurs, à la mentalité de l'administrateur financier que fut Jean XXII. Mais pourquoi ce silence alors qu'au même moment le pape ne cachait pas ses intentions à l'encontre de l'évêque de Toulouse ? N'oublions pas que le siège épiscopal de Poitiers était occupé par Fort d'Aux, neveu du cardinal Arnaud d'Aux.

Celui-ci n'accepta sans doute pas de gaîté de cœur de voir son protégé — pour qui il avait obtenu cette dignité avec dispense d'âge — dépouillé subitement d'une grosse partie de ses revenus : on comprend dans ces conditions que le pape ait préféré s'abstenir de parler finances.

On comprend aussi qu'il ait tenu à conserver à l'évêque de Poitiers une mense très supérieure à celle de ses voisins de Luçon et de Maillezais.

 

Réforme pontificale le démembrement du diocèse de Poitiers par bulles du pape Jean XXII du 13 août 1317 (2)

II. — LES MODALITES DU DEMEMBREMENT LE CHOIX DES SIÈGES ÉPISCOPAUX

Une fois admis le principe de la division, restait à choisir les nouveaux sièges épiscopaux et à délimiter les nouveaux diocèses.

En réalité, le choix du pape était fixé dès le 13 août et la délimitation arrêtée, puisque — contrairement à ce qui se passa pour la plupart des autres diocèses démembrés (15) ---, toutes ces questions furent réglées dans la bulle même de division.

On a remarqué qu'après 1317 le diocèse de Poitiers a, géographiquement, des proportions bien équilibrées « de telle sorte que la ville épiscopale en occupe le centre géométrique » (16) et, si Fort d'Aux était préoccupé du progrès spirituel de ses diocésains, il dut être sensible à l'allégement de ses charges pastorales. Malheureusement, la configuration des deux nouveaux diocèses ne facilitait pas de la même manière la tâche de leurs chefs : les deux nouvelles « cités » étaient, en effet, l'une et l'autre situées dans la partie méridionale de diocèses qui s'allongeaient démesurément du nord au sud. Si le pape était vraiment soucieux de faciliter aux fidèles l'approche de leur évêque et aux évêques le contact avec leurs diocésains (17) comment se fait-il qu'il ait établi les nouveaux sièges épiscopaux dans une position aussi excentrique ?

Jean XXII a donné lui-même les raisons de son choix dans les lettres adressées aux évêques de Luçon et de Maillezais. C'est, d'une part, parce que ces villes, grâce à leurs monastères, offraient aux nouveaux évêques et à leur chapitre des conditions de vie décente ; d'autre part, les abbés de ces monastères d'après des « témoignages dignes de foi » lui paraissaient idoines à l'épiscopat (18).

 En somme, le pape se félicite de son œuvre car chacun des nouveaux évêques aura une mense convenable qu'il utilisera au mieux des intérêts spirituels de ses diocésains.

En réalité, le problème reste entier. Même à supposer que, dans la pensée du pape, seules les villes monastiques aient été aptes à fournir une mense convenable, il restait un certain nombre d'autres abbayes susceptibles d'être érigées en évêchés et qui auraient eu l'avantage d'occuper le centre d'un diocèse (19).

Mais Luçon et Maillezais n'étaient-elles pas les plus florissantes des abbayes du Bas-Poitou ? C'est ce qu'on a prétendu. Dom Besse est catégorique : pour lui, le monastère de Maillezais était « le plus riche du Poitou » (20). On sait par ailleurs qu'au cours de la seconde moitié du XIIIe siècle, Maillezais avait accru considérablement ses possessions, grâce à des dons en terres, forêts et marais, dons émanant de la générosité des seigneurs du Bas-Poitou, mais dus aussi aux travaux de bonification effectués par les moines (21).

Quant à Luçon, du Tressay affirme qu'elle faisait desservir par ses religieux près de « quatre-vingts paroisses » (22). En réalité, l'imprécision de notre documentation ne permet pas d'établir une priorité parmi les abbayes : Saint-Michel-en-l'Herm, Nieul-sur-l'Autize, Mauléon (pour ne citer que quelques noms) avaient également un passé brillant et une mense solide.

L'explication du choix des nouveaux évêques doit être plus vraisemblablement cherchée du côté des « témoins dignes de foi » auxquels le pape fait allusion. L'un de ces témoins — et non des moindres — fut sans aucun doute le cardinal Arnaud d'Aux. Quel rôle joua-t-il en cette occurence ? Avait-il des raisons spéciales de favoriser les abbés de Luçon et de Maillezais ? Les connaissait-il ?

Un fait est certain, c'est la présence en Avignon, le 13 août 1317, des deux abbés, Pierre de la Voyrie et Geoffroy Pouvreau : ils reçoivent, en effet, ce jour-là permission de se retirer de la curie (23).

Y séjournaient-ils à titre d'attachés permanents ? Etaient-ils venus en simples solliciteurs, avertis d'une éventuelle aubaine? Avaient-ils été convoqués officiellement ? Autant de questions difficiles à résoudre. Ce qui importe d'ailleurs, ce serait de pouvoir établir qu'Arnaud d'Aux eut des contacts avec eux avant leur élévation à l'épiscopat, au cours par exemple des années pendant lesquelles il fut évêque de Poitiers, ou même auparavant, au temps où il exerçait les fonctions de secrétaire auprès de Bertrand de Got.

Nous savons qu'au cours des visites canoniques de 1304-1305 dans sa province, l'archevêque de Bordeaux reçut un accueil des plus chaleureux à l'abbaye de Luçon « avec grande joye et musique, instruments, orgues, cimbales sonnants et autres grandes solennités » (24) au point même que, sur l'invitation de l'abbé, Bertrand de Got consentit à prolonger d'une nuit son séjour à Luçon (25).

Accueil auquel l'archevêque et sa suite durent être d'autant plus sensibles que ce fut la seule fois au cours de la visite pastorale dans les diocèses de Périgueux et de Poitiers que semblable invitation devait être formulée. Or l'abbé de Luçon était alors Pierre de la Voyrie. Rien ne prouve qu'Arnaud d'Aux ait été présent à la réception (encore que sa présence auprès de son parent soit vraisemblable). Mais même s'il n'a pas bénéficié personnellement de cet accueil, il est improbable qu'il n'en eut pas connaissance.

Ceci se passait, il est vrai, douze ans avant les événements de 1317 : devenu cardinal après avoir été évêque de Poitiers, sollicité par maints neveux et autres protégés, l'ancien secrétaire de Bertrand de Got se souvint-il néanmoins de l'accueil reçu à Luçon et voulut-il en récompenser l'auteur ? Il serait abusif de l'affirmer : la relation est trop ténue. De toute façon et on aimerait savoir pourquoi Bertrand de Got ne visita pas Maillezais en 1305 ; Arnaud d'Aux ne put donc pas entrer en relation avec Geoffroy Pouvreau à cette occasion (26).

Concluons prudemment que des influences personnelles ont dû s'exercer sur le choix de Jean XXII ; qu'au premier rang des personnages influents figure certainement Arnaud d'Aux : les documents que nous possédons ne nous permettent pas de mesurer cette influence.

 

FORMATION ET CONFIGURATION DES NOUVEAUX DIOCÈSES

La bulle de 1317 précisait que chacun des deux nouveaux diocèses serait formé de quatre doyennés et d'un archiprêtré. Le diocèse de Luçon comprit les doyennés d'Aizenay, Mareuil, Montaigu, Talmont et l'archiprêtré de Pareds ;

celui de Maillezais s'étendit sur l'archiprêtré d'Ardin et les doyennés de Bressuire, Vihiers, Saint-Laurent-sur-Sèvre et Fontenay-le-Comte.

Il est donc erroné de dire que le diocèse de Maillezais fut « partagé en quatre doyennés compris dans un archiprêtré » (27). L'assertion est non seulement anachronique (au XIVe siècle les doyens ne dépendaient pas d'un archiprêtré) mais elle ne rend pas compte du procédé utilisé pour former les diocèses.

Voici comment étaient répartis abbayes, prieurés et paroisses dans chacun des diocèses poitevins (28) :

 

LUÇON

MAILLEZAIS

POITIERS

Abbayes

13

8

34

Prieurés

122

146

275

Paroisses

245

225

750

Cette répartition appelle deux remarques. La première c'est que le pape a eu le souci de créer deux évêchés dont les menses seraient sensiblement égales. Par contre, la mense épiscopale de Poitiers devait être environ de trois fois supérieure à chacune des deux autres. Le souci de ménager Fort d'Aux semble évident, surtout si l'on compare son sort à celui de l'évêque de Toulouse, Gaillard de Preyssac (29). Nul doute que l'évêque de Poitiers dut cette faveur aux prières de son généreux oncle (30).

Les contours des nouveaux diocèses s'expliquent par le choix des sièges épiscopaux et par le fait qu'on ait respecté les circonscriptions antérieures.

Dans sa plus grande longueur — de la Sèvre Niortaise au nord de Vihiers — le diocèse de Maillezais s'étendait sur plus de 80 kilomètres, alors qu'il était étranglé au centre, au point que les diocèses de Luçon et de Poitiers n'étaient distants que d'une douzaine de kilomètres. Au sud, la limite du diocèse coïncidait grossièrement avec le cours de la Sèvre Niortaise, jusqu'à la paroisse de Coulon laissée au diocèse de Poitiers.

La frontière s'incurvait alors vers le nord-est en suivant le cours de l'Egray, affluent de la Sèvre Niortaise. Elle reprenait de nouveau la direction du nord-est avec le doyenné de Bressuire (englobant notamment les paroisses de Boismé et Chiché et l'abbaye d'Airvault) puis, de nouveau, la direction du nord-ouest.

A l'est du doyenné de Vihiers, le diocèse de Maillezais confinait encore à celui de Poitiers, tandis qu'au nord-ouest et à l'ouest il était limité par le diocèse d'Angers. Par contre, c'est le diocèse de Nantes qui limitait, à l'ouest, le doyenné de Saint-Laurent-sur-Sèvre ; du moins, au nord-ouest de la Sèvre Nantaise : au sud-ouest commençait, en effet, le diocèse de Luçon.

La Sèvre ne constituait une limite que sur quelques kilomètres, entre l'archiprêtré de Pareds et le doyenné de Bressuire. Quant au doyenné de Fontenay-le-Comte, sa limite occidentale ne correspondait ni à la topographie ni à l'hydrographie de la région : elle semble purement arbitraire.

Le diocèse de Luçon paraissait beaucoup plus équilibré. On pouvait seulement déplorer que certaines paroisses se trouvassent si éloignées de la ville épiscopale.

Nous pouvons en définitive résumer nos observations de la façon suivante. On ne peut pas se fier aux termes des trois bulles du 13 août 1317 pour établir les causes et expliquer les modalités du démembrement du diocèse de Poitiers : la réalisation dément les prétendues intentions pontificales.

 En effet, le pape entend faciliter aux fidèles l'approche de leur évêque : or, après la réforme, certaines paroisses demeurent aussi éloignées de leur nouvelle ville épiscopale qu'elles l'étaient de Poitiers. Par ailleurs, l'évêque de Poitiers est encore chargé d'un grand diocèse qu'il eût été possible de diminuer, au profit, par exemple, de celui de Maillezais. Le pape, cela est certain, a été influencé par des considérations d'ordre personnel que nous ne faisons qu'entrevoir. Certes, la tâche de Jean XXII n'était pas facile ; mais elle fut viciée au départ par le fait que le pape s'est montré plus soucieux de la situation matérielle des nouveaux pasteurs que du progrès spirituel de leurs ouailles.

 

III. — QUELQUES CONSEQUENCES DU DEMEMBREMENT

 

Les limites assignées par le pape à chacun des trois diocèses poitevins étaient suffisamment nettes puisque les conflits de juridiction furent réduits au minimum : c'est dire que doyennés et archiprêtrés étaient des circonscriptions bien établies au début du XIVe siècle. Une seule contestation interviendra pendant le pontificat de Jean XXII et c'est à celui-ci que s'en remettront les parties, l'évêque de Poitiers, Fort d'Aux, et celui de Maillezais, Geoffroy Pouvreau. Il s'agissait de savoir de qui relevaient les paroisses de Sainte-Pézène et de Scieq (31).

 Le 29 septembre 1318, après enquête du cardinal Pierre d'Arreblay, le pape trancha le différend en faveur de l'évêque de Poitiers, étant donné, pouvait-on lire, que ces paroisses étaient comprises dans l'officialité de Niort (32).

La bulle de division prévoyait que les évêques de Luçon et de Maillezais, bien qu'exempts de toute sujétion à l'égard de l'évêque de Poitiers, devaient cependant lui rendre « l'hommage » (33).

Cette mesure n'avait sans doute pour but que de ménager la susceptibilité de l'évêque lésé par le démembrement. En fait, chacun garda une entière indépendance (34).

Réforme pontificale le démembrement du diocèse de Poitiers par bulles du pape Jean XXII du 13 août 1317 (1)

Une autre conséquence — indirecte — de l'érection d'un évêché à Maillezais, fut la création de foires dans le village. C'est en effet sur les instances de l'évêque que Philippe le Long roi de France et de Navarre accorda à la nouvelle cité épiscopale la faveur d'un marché hebdomadaire et c'est également à l'évêque qu'en fut confiée l'organisation (35).

L'afflux périodique de population et de numéraire à Maillezais favorisa la prospérité économique de la bourgade, prospérité dont bénéficia certainement la mense épiscopale.

La succession du premier évêque de Luçon donna également lieu à quelques difficultés.

A la mort de Pierre de la Voyrie (12 novembre 1333) le Saint-Siège, en vertu d'une réserve particulière, nomma évêque de Luçon un Poitevin, Renaud de Thouars, prieur du Saint-Sépulcre (36) au diocèse de Troyes (37).

Mais le chapitre de Luçon avait déjà élu évêque Itier Forestier, prieur des Mignons au diocèse de Luçon. Itier dut s'incliner devant la décision pontificale et céder ses droits sur l'évêché : le pape le nomma alors prieur du Saint-Sépulcre (38). Quant à Renaud de Thouars, il n'était que diacre ; il obtint, en janvier 1334, la permission de recevoir la prêtrise et la consécration épiscopale de l'évêque de son choix.

Il semblerait normal que la désignation de l'évêque de Maillezais ait relevé elle aussi du Saint-Siège, les motifs de réserve étant les mêmes que pour Luçon. Mais aucun changement de titulaire n'est signalé pour l'évêché de Maillezais dans les lettres de Jean XXII.

Or on admet généralement que Geoffroy Pouvreau mourut lui aussi au cours de l'année 1333 (39). Devons-nous, de ce silence, conclure que l'évêque de Maillezais était élu par le chapitre cathédral ?

La question reste posée.

Quoi qu'il en soit, la création des évêchés de Luçon et de Maillezais n'aura été que d'un maigre profit pour le Trésor pontifical au temps de Jean XXII. En effet, les servitia communia payés, en 1317, par Pierre de la Voyrie et Geoffroy Pouvreau, puis, en 1333, par Renaud de Thouars et, éventuellement par le second évêque de Maillezais, représentent un total maximum de 1.000 florins. Quant aux annates, elles ne purent être levées, à Luçon comme à Maillezais, qu'en 1333. Il est vrai que les chefs des deux nouveaux diocèses devaient payer certaines redevances à l'occasion de leurs visites ad limina dont — à la différence de l'évêque de Poitiers ils n'étaient pas dispensés (40). Il est vrai aussi que la papauté avait en Poitou d'autres sources de revenus, puisqu'elle s'était réservé la collation de nombreux autres bénéfices.

 

 

 

 

Société des antiquaires de l'Ouest.

 

 ==> Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania (LES GRANDES DATES DE L'HISTOIRE DU POITOU )

==> MAILLIZIACUS (Maillezais en Vendée) Golfe des Pictons

==> Emma comtesse de Blois et duchesse d’Aquitaine fondatrice des Abbayes Saint Pierre de Maillezais et de Bourgueil

==>Visite pastorale dans le Poitou de Bertrand de Got (CLÉMENT V) du 17 MAI 1304 au 22 juin 1305

==>Après son sacre à Chartres, le roi Henry IV établit en 1591 des foires à Maillezais pour remercier son évêque.

 

 

 

 

 


 

(1) Le diocèse d'Albi fut démembré le 9 juillet 1317.

(2) L. c. n°4.696 (Condom) ; n° 4.697 (Luçon et Maillezais) ; n° 4.724 (Tulle) ; n° 5.430 (Sarlat).

(3) Des remaniements successifs eurent lieu entre le 22 février et le 26 septembre 1317. Une relation complète en est donnée par J.-M. VIDAL, Les origines de la province ecclésiastique de Toulouse (1295-1318), dans « Annales du Midi », t. XV.

(1903), p. 289 ss. ; p. 469 ss. ; et t. XVI, (1904), p. 5 ss.

Furent créés successivement les évêchés de Saint-Papoul, Montauban, Lombez, Rieux, Lavaur et Mirepoix.

(4) Création de l'évêché de Saint-Flour, le 22 février 1318.

(5) Pour Maillezais : Ch. ARNAUD, Histoire de Maillezais, Niort, Paris. 1840.

Abbé LACURIE, Histoire de l'abbaye de Maillezais, Fontenay-le-Comte, 1852.

Pour Luçon : Du TRESSAY, Histoire des moines et évêques de Luçon, 2e éd., Paris, 1869.

(6) On peut lire la bulle d'érection des diocèses de Luçon et Maillezais dans : E. AILLERY, Pouillé du diocèse de Luçon, p. XXXV-XXXVI de préférence à : LACURIE, op. cit., p. 344-346. Les bulles adressées aux évêques de Luçon et de Maillezais figurent en partie dans la Gallia Christiana, t. II, col. 1370-1371 (Luçon), col. 1406-1407 (Maillezais). Pour Maillezais, des références plus complètes sont fournies par L. DELHOMMEAU, Notes et documents pour servir à l'histoire de l'abbaye Saint-Pierre de Maillezais au diocèse de Luçon depuis sa fondation (vers CMLXXVI) jusqu'à son érection en évêché par le pape Jean XXII (Août MCCCXVII), Paris, 1961, p. 61.

(7) Li-dessus, n. 5.

(8) J.-M. VIDAL, op. cit., p. 470.

(9) Ibid., p. 469 ss. Le pape avait d'abord prescrit aux enquêteurs de créer cinq évêchés nouveaux d'un revenu de 5.000 livres tournois chacun. S'il restait des territoires inemployés — et il était souhaitable que ces territoires fussent contigus — on créerait de nouveaux diocèses. Or, après la création des cinq premiers évêchés, il resta des bénéfices d'un revenu total de 15.000 livres. On érigea alors deux évêchés supplémentaires (Lavaur et Mirepoix) de 5.000 livres chacun. Puis avec les 5.000 livres disponibles furent créées deux collégiales à 1.500 livres (Saint-Félix et l'Isle-Jourdain) et deux autres à 1.000 livres (Castelnaudary et Saint-Etienne-de-Tescou).

(10) Op. cit., p. 238. L'auteur ne cite pas ses sources. Le chiffre est certainement exagéré ; E. PERROY, dans « Annales, Economies, Sociétés, Civilisations », t. IV, 1949, p. 168 estime la population totale de la France à cc 10 ou Il millions d'âmes s en 1300.

(11) Evêque de Poitiers de 1279 à 1306. E.-R. LABANDE, op. cit., p. 13, n. 9 (Bibliographie).

(12) Liste dans BEAUCHET-FILLEAU, Pouillé du diocèse de Poitiers.

(13) J.-M. VIDAL, op. cit., p. 289, n. 1.

(14) Officiellement, cependant, les revenus nets de l'évêque de Poitiers étaient très inférieurs à ces chiffres : Fort d'Aux payait seulement 280 livres tournois pour la décime (L. c. n° 14.798) ce qui suppose (toutes charges déduites) un revenu de 2.800 livres environ.

(15) Ainsi les limites des diocèses créés en même temps que ceux de Luçon et Maillezais ont été fixées aux dates suivantes : Vabres, le 22 novembre 1317 ; Sarlat.

le 9 janvier 1318 ; Tulle, le 5 février 1318. (BALUZE, Vitae., éd. MOLLAT, t. II, P. 238).

(16) J. SALVINI, Le diocèse de Poitiers à la fin du Moyen-âge (1346-1560). Paris, P. U. F., 1946. p. 9.

(17) Il fait en effet, état dans la bulle de division des difficultés pour les clercs et les laïcs d'avoir recours à leur évêque : « durum erat atque difficile, in eadem diocesi,. ad unum tantum, a tot personis ecclesiasticis et mundanis, recursum haberi D.

(18) « In te. quem. fide digna testimonia recommendant direximus oculos mentis nostrae ».

(19) Nous pensons par exemple à La Grainetière (Cne d'Ardelay, C. des Herbiers, arr. de La Roche-sur-Yon) ou à Mauléon (arr. de Bressuire).

(20) Dans Dom BEAUNIER, Abbayes et prieurés de l'ancienne France, t. III, Les provinces ecclésiastiques d'Auch et de Bordeaux, p. 150. -

(21) P. GUÉRIN, Recueil de documents concernant le Poitou contenus dans les registres de la Chancellerie de France, dans « Archives historiques du Poitou », t. X, 1881, et t. XIII, 1883.

(22) Du TRESSAY, op. cit., p. 237.

(23) L. c., n° 5.979, 5.980.

(24) La visite pastorale de Bertrand de Got en Bas-Poitou, dans « Archives du diocèse de Luçon », Mélanges, t. I, (1926), p. 137. - - -- -

(25) Bertrand de Got est dit « le lundi de Pasques avoir presché confirmé et tonsuré, et fait autres actes tant au chapitre que hors icelluy, avoir couché au dit lieu le dict jour, à ce invité par l'abbé ». -

(26) Celui-ci était cependant connu de Clément V qui lui accorda de nombreuses grâces. L. DELHOMMEAU, op. cit., p. 65.

(27) LACURIE, op. cit., p. 109.

(28) BEAUCHET-FILLEAU, Pouillé du diocèse de Poitiers, et AILLERY, Pouillé du diocèse de Luçon.

(29) Celui-ci, en effet, à l'issue des démembrements de 1317-1318 avait vu le montant de ses revenus réduit à 10.000 livres tournois, soit le double seulement des revenus de ses suffragants et ceci bien que métropolitain, dignité dont Fort d'Aux ne pouvait se prévaloir.

(30) Signalons cependant que l'évêque de Limoges se trouvait encore plus favorisé par rapport au nouvel évêque de Tulle. Au début du XIVE siècle le diocèse de Limoges comptait 917 paroisses ; le démembrement lui en enleva seulement 54 qui formèrent le diocèse de Tulle. R. LIMOUZIN-LAMOTHE, Le diocèse de Limoges des origines à la fin du Moyen-âge, Paris, 1951, p. 12.

 (31) C. et arr. de Niort. - - - - ---

(32) L. c., n° 8.465. La bulle est citée intégralement dans le Cartulaire de l'évêché de Poitiers, éd. REDET, « Archives historiques du Poitou », t. X, 1881, p. 167.

(33) « exceptis homagiis et deveriis ratione quorum duntaxat quivis teneretur facere hommagium episcopo pictaviensi, ac ipsum in jocondo adventu suo, portare ab ecclesia beatae Mariae majoris pictaviensis, usque ad ecclesiam cathedralem pictaviensem quae erunt et remanebunt episcopo pictaviensi »

(34) A ce sujet, AUBER, Histoire de la cathédrale de Poitiers, p. 77, signale que Poitiers conservait sur Luçon et Maillezais un droit de luminaire s'élevant à 120 livres par an. Nous n'avons pas pu vérifier l'exactitude de ce renseignement.

(35) Documents concernant le Poitou., éd. GUÉRIN, dans « Archives Historiques du Poitou », t. XI, p. 198.199.

(36) Cne de Villacerf, c. et arr. de Troyes.

(37) L. c., n° 62.176.

(38) L. c., n° 62.307. - - -.

(39) M. MARTIN, Les anciens évêques de Maillezais, dans « Revue du Bas-Poitou », 1923, p. 172.178. L'auteur établit — contrairement à la Gallia Christiana (t. II, col.

1372) et à GAMS, Series episcoporum, (p. 569) que Geoffroy Pouvreau conserva l'évê- ché de Maillezais jusqu'à sa mort en 1333. -..

(40) Ceci n'implique pas que Fort d'Aux ne versait pas les mêmes redevances ; u est probable qu'il devait les acquitter par procureur.