Notice Historique sur le château de Tours

Henri II, roi d'Angleterre et comte de Touraine, voulant avoir, dans la ville de Tours, un point d'appui plus solide que la tour Hugon, construisit en 1160, dans l'angle N. 0. de l'ancienne cité, une nouvelle forteresse.

Les dispositions de ce château ne sont pas connues ; l'on sait seulement qu'il était défendu au nord et à l'ouest par les anciens murs gallo-romains, et qu'au centre s'élevait un donjon carré A flanqué à chaque angle de deux contreforts (pl. III).

Château de Tours d'après des plans et des dessins anciens

Il occupait l'emplacement sur lequel se voyaient autrefois le temple de Mercure et le prétoire romain (3).

Il était à peine achevé que Philippe-Auguste, alors en guerre avec le roi d'Angleterre, s'étant emparé de la ville de Tours le 3 juillet 1189, vint l'assiéger ; son gouverneur, nommé Gilbert, n'opposa qu'une faible résistance, et ne tarda pas à capituler avec la garnison (4).

Siège d'une ville (Tours ou Le Mans) par Philippe Auguste [

En 1194, Richard Cœur-de-Lion, fils de Henri II,  le reprit. Après sa mort, son neveu et héritier légitime Artus prit possession de la Touraine, et vint l'habiter pendant quelque temps ; il se joignit ensuite à Philippe-Auguste pour guerroyer contre Jean Sans-Terre, frère de Richard, qui s'était emparé de la couronne d'Angleterre; celui-ci, l'ayant fait prisonnier à Mirebeau, vint à Tours où il entra sans résistance le 3 août 1203, par suite de la retraite précipitée de Jean de Roorte son gouverneur, et en donna le commandement à Brandinellis Cottereau, l'un de ses meilleurs capitaines.

Informé de ces faits, Philippe-Auguste, qui était alors devant Arques, vint attaquer Tours et s'en empara le 20 août 1203, après une vigoureuse résistance ; il y installa pour gouverneur Geoffroy des Roches ; mais il s'était à peine éloigné pour retourner en Normandie, que Jean Sans-Terre revint assiéger la ville et l'emporta d'assaut le 1er septembre suivant : Girard d'Athée, nommé gouverneur, confia la garde du château à une forte garnison commandée par Guillaume le Batillé son lieutenant, et alla défendre celui de Loches (5).

Jean-Sans-Terre, ayant assassiné son neveu Artus, le jeudi saint 3 avril 1203 (6), fut ajourné devant ses pairs à Chartres et à Vendôme, et condamné à mort et à la confiscation de ses états.

En exécution de cette sentence, Philippe-Auguste conduisit de suite son armée devant Tours, dont Guillaume le Batillé lui remit les clefs sans coup férir : les châteaux de Loches et de Chinon se défendirent courageusement, mais ils durent se rendre en 1205, et la Touraine fit définitivement retour à la couronne.

Le château avait été fort éprouvé dans les luttes qui viennent d'être rappelées, et il était devenu insuffisant, à la fin du XIIIe siècle, en présence des progrès de la stratégie et des moyens d'attaque.

Philippe le Hardi, successeur de saint Louis., le reconstruisit à cette époque, en ne conservant guère que le donjon carré qui fut englobé dans les bâtiments (7).

Vue du Château de Tours d'après des dessins anciens

Il formait un quadrilatère irrégulier (pl. II), flanqué à chaque angle d'une tour ronde ; les tours D et E ont été détruites ; celles B et C subsistent encore.

La tour B. dite tour de Guise, dont le duc, qui y était enfermé depuis la fin de décembre 1588, s'évada le 15 août 1591, a été décrite dans le Bulletin du deuxième trimestre de 1905 ; nous nous bornerons à rappeler qu'elle contenait 6 étages voûtés, y compris le rez-de-chaussée ; l'entrée se trouvait au 1er étage, qu'un escalier rampant, pratiqué dans l'épaisseur du mur, faisait communiquer avec le 2e et le 3e étages ; un escalier à vis, contenu dans une tourelle en encorbellement qui n'existe plus, conduisait aux étages supérieurs dont la construction ne remonte qu'au XVe siècle (8).

Cette tour est crénelée et défendue par des mâchicoulis et de nombreuses meurtrières ; le rez-de-chaussée a été enfoui dans les remblais ; c'était la plus forte de toutes et elle remplaçait l'ancien donjon. D'importantes réparations lui furent faites en 1628 et en 1647 (9).

La tour C, dont le rez-de-chaussée a également disparu dans les remblais, n'a conservé que deux étages voûtés en ogive, et une partie d'un troisième qui supporte la toiture ; un escalier rampant dans l'épaisseur du mur les faisait communiquer entre eux ; les meurtrières ont été bouchées.

 La double rangée de trous de boulins, qui s'élèvent en hélice extérieurement sur la tour de Guise, ne se voit pas sur cette tour, dont le revêtement présente d'ailleurs le même appareil moyen.

Primitivement, le château était entouré de tous côtés de larges fossés, et des palissades plantées sur la grève complétaient cette défense. Le Roi l'ayant trouvée insuffisante du côté de la Loire, fit enlever cette grève en 1417, et le fleuve vint baigner les murailles du château (10) ; la poterne M, qui permettait d'y descendre directement, ne fut construite qu'en 1467 ; l'on remarque, entre cette poterne et la château, une échauguette J ; mal placée pour les défendre, ou pour en surveiller les approches, elle avait sans doute une destination bien plus modeste ; d'autres travaux avaient été exécutés en 1447 (11).

La tour E était reliée par une arcade jetée sur le fossé à la porte I de la ville, dite porte Saint-Genais; cette porte, refaite en 1632, a été démolie en 1784 (12).

Au nord-est de la basse-cour existait un vaste bâtiment H désigné sous le nom de « logis du gouverneur » dans une vue de Tours gravée en 1613 par C. Vischer; M. de Souvré, gouverneur de la province, y demeurait en 1590 et 1591, et de riches tapisseries, posées et entretenues aux frais de la ville, l'ornaient à cette époque (13).

 

M. de Souvré alla ensuite s'installer dans le logis abbatial de Saint Julien, que ses successeurs occupèrent jusqu'au 1630, époque à laquelle l'hôtel de la Bourdaisière leur fut affecté ; ils n'en continuèrent pas moins à avoir la disposition du château et de ses dépendances, car, le 1er octobre 1737, le duc de Charolais en concéda la jouissance à un sr Louis Jardin, concierge, lequel loua, le 15 décembre 1749, au sr des Armoises, inspecteur des magasins du Roi, « la maison du château royal ses appartenances.

« consistant en plusieurs maisons, cours, jardins, « écuries, caves et généralement tout ce qui peut « dépendre du château. », le tout moyennant un prix annuel de 500 livres (14).

Tours en 1561 par Joris Hoefnagel (archives départementales d'Indre et Loire, B coll

L'ensemble du château figure dans plusieurs vues de la ville, notamment dans celle de C. Vischer, dont nous avons parlé, et dans celle d'Houfnaglius (1561).

Dans sa Topographie française, C. Chastillon (1641-1647) la donne avec plus de détails ; nous la reproduisons pl. II, complétée et rectifiée d'après les plans conservés aux Archives départementales (15).

Aucun de ces plans n'indique de quel côté se trouvait la porte du château ; elle devait être placée au sud des bâtiments, et l'on y arrivait par un pont-levis jeté sur la douve (16) ; il fallait d'abord franchir la porte N dite des Arcis, puis celle de la basse-cour placée d'abord en 0, vis-à-vis celle du cloître Saint-Gatien, et ensuite en P, près des prisons (17).

Belleforest rapporte que Louis d'Orléans et Louis d'Anjou firent de grands embellissements aux bâtiments, et qu'on y voyait encore de son temps leurs armes gravées en plusieurs endroits ; celles d'un duc d'Anjou existaient encore en 1818 au-dessus de la porte du grand escalier, et celles de Charles VII,  « parties d'Anjou moderne et de Jérusalem », sur la cheminée d'une chambre en ruines (18).

La chapelle K, « attenante au grand bâtiment », en occupait la partie nord-ouest ; elle fut décorée au XIIIe siècle par un peintre nommé « Pot à feu », et réparée par Charles VII vers 1447 (19).

plan_moyen-age_tours

C'est dans cette chapelle que furent célébrés, le 18 décembre 1413, le mariage du Dauphin (depuis Charles VII) avec Marguerite d'Anjou, fille du duc d'Anjou, roi de Sicile, et de Yolande d'Aragon, et, le 24 juin 1436, celui du futur roi Louis XI avec Marguerite d'Ecosse, fille de Jacques Ier (20)

Le duc de Guise venait d'y entendre la messe lorsqu'il s'échappa de la tour où il était détenu.

 Dans sa Description de la ville de Tours, vers 1477, François Florio raconte qu'à cette époque le Roi y faisait célébrer tous les jours le service divin, et qu'il y entretenait une excellente musique sous la direction d'un chantre habile nommé Jean Okegam (21).

Cette maîtrise ne tarda sans doute pas à être transférée dans la chapelle des Montils, que le Roi fit construire, après l'acquisition du domaine en 1463, et où il établit « un bel et notable service divin » (22)

Le curé de Saint-Pierre-du-Boille desservait la chapelle ; il était en même temps chargé d'administrer les sacrements aux prisonniers de la conciergerie du château, et de veiller à leur entretien ; il lui était servi annuellement « pour ses soins et peines » une rente de 4 s. 5 1., et il recevait en outre un demi-minot ou 2 boisseaux de sel (23).

En 1357, la ville de Tours menacée par les Anglais, qui occupaient les places voisines, s'entoura de fortifications comprenant dans une même enceinte l'ancienne cité et Châteauneuf ; le château fut restauré, et mis en état de défense ; l'on y fit le guet de nuit et de jour et on le débarrassa « des ronces et herbiers » poussés du côté de la grève (24).

Le roi en confia la garde, en 1369, à Pierre Trousseau, seigneur de Châteaux, avec 6 hommes d'armes ; Jean le Meingre, dit Boucicaut, le remplaça le 14 juillet 1392 ; Charles VI, qui s'y trouvait alors, y conclut, le 26 juillet de la même année, un traité avec Jean IV duc de Bourgogne (25).

Jean de Mortemart-Rochechouart en était gouverneur, lorsque la reine Isabeau de Bavière exilée à Marmoutier fut délivrée, le 2 novembre 1417, par le duc de Bourgogne ; elle entra dans Tours et le remplaça par Charles Labbé qui commit de graves exactions ;

le 26 novembre 1418, le Dauphin vint attaquer la ville et, après un long siège, se la fit ouvrir par le gouverneur qui, pour prix de sa trahison, reçut la somme de 14,0001. (26).

Le château ne paraît pas avoir souffert de ce siège, dont les efforts se portèrent principalement du côté du portail de la Riche.

Antoine du Pesle remplaça Charles Labbé, et les Elus lui remirent 9 canons pour la défense du château (27).Du Pesle s'étant emparé des clefs de la ville, sous le prétexte que « sa qualité lui donnait le droit d'en avoir la possession », les Elus se plaignirent au chancelier, qui, par un mandement du 26 mai 1424, en ordonna la restitution. Les mêmes prétentions ayant été élevées par les gouverneurs en 1425,1585 et 1627, elles furent rejetées par le Roi qui décida que la qualité de capitaine de la ville appartenait au maire seul, et que seul il avait la garde des clefs (28).

Charles VI avait appelé à son secours des troupes écossaisses, sous le commandement du comte de Douglas, et leur avait donné la garde du château ; le comte ayant été tué à la bataille de Verneuil, le 17 août 1424, la ville paya à la garnison, dont elle se défiait, pour lui faire évacuer la place, une somme de 500 livres, et le capitaine Demuy en prit possession (29).

En 1439, la reine Marie d'Anjou fit élever d'importantes constructions dans la basse-cour : les bois nécessaires « pour les poutres et chevrons » furent pris dans la forêt de Blois (30).

 Dans les premiers mois de l'année 1453, Jacques Cœur, dont on instruisait alors le procès, fut transféré du château de Maillé dans celui de Tours, où se trouvait la cour, pour y être interrogé par les commissaires, mais le Roi ayant été obligé de partir pour la Guyenne envahie par les ennemis, le procès tira en longueur, et Jacques Cœur fut conduit au château de Poitiers, puis à celui de Lusignan, où l'arrêt qui le condamnait fut prononcé le 29 mai 1453 (31). (Château de Taillebourg, le financier Jacques Coeur est arrêté sur ordre du roi de France Charles VII. (Time Travel 1451)

Le 2 avril 1562 les Huguenots s'emparèrent par surprise du château, et se livrèrent à toutes sortes de pillages et de dévastations dans la ville; indigné de ces excès, le roi de Navarre, quoique protestant lui-même, les somma de se retirer; ce qui eut lieu le 10 juillet suivant.

Les habitants ayant soutenu dans cette occasion la cause royale, Charles IX leur accorda le pardon de leur faute, à la condition qu'ils se garderaient mieux à l'avenir ; ils s'empressèrent alors d'acheter au château des armes de toute nature, mais ils ne purent éviter l'envoi à Tours de deux compagnies de chevau-légers sous les ordres des srs de Clervaux et de Bramiau, pendant que le sr Daubigny s'installait au château avec de nombreux soldats (32).

Malgré leur réclamation pour obtenir l'évacuation de cette garnison, qui était à leurs frais, le Roi y maintint « 19 soldats harquebusiers à pied, avec un caporal pour les commander, par le motif que le château servait alors de magasin général d'armes, poudres et salpêtres de la généralité de Languedoil et grande partie de la Guyenne et de dépôt des armes de tous les habitants. » En outre, dit un procès-verbal, « la basse-cour sert de tout temps à faire « pouldre à canon, et il y a un moulin à cet effet (33) ».

 Chaque homme ne recevait que 3 écus 1/3 par mois ; Anne de Montmorency, mis de Thury, se plaignit au Corps de ville de l'insuffisance de cette solde, « je ne puis les tenir qu'à 5 escuz par mois, et encore avec «prière », écrivait-il (34): nous ignorons quelle réponse lui fut faite.

Après la dissolution des Etats de Blois, Henri III ne pouvant rentrer à Paris, qui tenait pour le duc de Mayenne, et ne se sentant pas en sécurité à Blois, vint se réfugier au château de Tours au mois de février 1589; les troupes de Mayenne, maîtresses de Saint-Symphorien, tentèrent de s'emparer de la ville, mais elles furent repoussées par les habitants qui s'étaient joints aux troupes royales ; cette attaque a laissé sur la tour de Guise, du côté de la rivière, de nombreuses traces de balles.

En récompense de la fidélité de la ville, le Roi renouvela ses anciens privilèges (35).

Pendant longtemps les Elus tinrent leurs séances au château ; c'est là, notamment, qu'ils arrêtèrent, le 1er août 1417, les mesures nécessaires pour la sûreté de la ville (36) ; en même temps, il était le siège du bailliage de Touraine et celui de la prévôté; François Ier, voulant les réunir en un même lieu, fit acheter, par un acte passé à Rennes le 7 août 1517, la maison d'un sr François Dalles, premier médecin, située « près de l'hôtel de vigne » (37).

Dans le courant de l'année 1643 et des années suivantes, les prisonniers faits à Lens, Rocroy, Mardick, etc., furent détenus au château ; les officiers logeaient dans le vieux donjon; un détachement de la milice bourgeoise fut chargé de les garder, mais, malgré les réparations faites en 1647au donjon et à divers autres bâtiments, les portes et les serrures étaient en si mauvais état que, le 10 décembre 1648, treize officiers réussirent à s'échapper (38) ; le gouverneur déclara ne plus vouloir les garder, s'il n'était pas remédié immédiatement à cet état de choses.

Deux bâtiments F, G, placés, l'un au sud, l'autre à l'est de la basse-cour, renfermaient les prisons dites prisons royales ; le bâtiment G, qui existait depuis - longtemps, ayant été trouvé insuffisant, l'on construisit celui du sud, dans les premières années du XVIIIe siècle, pour « resserrer les gueux et mendiants », et particulièrement les « faux saulniers » ; on l'appelait la Conciergerie.

Ces prisons étaient en fort mauvais état en 1766, et le 20 août l'on en adjugea les travaux de réparation; un projet de reconstruction fut dressé en 1774, mais on ne l'exécuta pas, et les nouvelles prisons furent annexées au Palais de justice de la rue Traversine (39). Les anciennes servirent cependant encore aux condamnés pour délits militaires.

La basse-cour renfermait deux autres bâtiments, que nous n'avons pas fait figurer sur le plan, leur situation n'étant pas exactement connue ; l'on sait seulement qu'ils se trouvaient du côté sud-est de la basse-cour.

L'un d'eux, appelé la halle aux cuirs, fut loué le 20 janvier 1712 à des « tondeurs (40) ».

L'autre bâtiment, qui avait autrefois servi d'arsenal, fut affermé, le 24 janvier 1764, au sr Chaslon commissaire des poudres (41).

La basse-cour renfermait également une glacière, dont le transfert dans la tour C fut proposé en 1774; elle était affermée au profit de la ville (42).

En 1755, le sr de Crétot, lieutenant-général du Roi, occupait au château un logement fort délabré, probablement dans le bâtiment H ; pour éviter à la ville de trop coûteuses réparations, il consentit à l'abandonner moyennant une rente viagère de 150 l. (43).

L'on a vu que le château servait de magasin aux poudres ; elles étaient déposées dans la tour de Guise, qui en contenait de 7 à 8 milliers en 1682. Ce dépôt offrant un grand danger pour la ville, l'intendant fut prié de le faire transporter en dehors (44), mais cette réclamation resta sans effet, et c'est sans plus de succès qu'elle fut renouvelée en 1771,1773, 1776 et 1784 (45).

Enfin, le tonnerre étant tombé sur les bâtiments voisins, dans la nuit du 18 au 19 thermidor an II, le Conseil général de la commune finit par obtenir cette translation (46) ; il resta cependant toujours une certaine quantité de poudre dans la tour de Guise, qui sert encore de dépôt des cartouches du 32e régiment d'infanterie.

Pendant longtemps les troupes furent logées dans les hôtelleries et cabarets : pour mettre fin aux plaintes que cet usage suscitait journellement, le Corps de ville obtint du gouverneur, en 1646, l'autorisation de transformer le château en caserne pour loger les troupes à pied ; il fut depuis souvent utilisé pour cet usage.

C'est ainsi qu'il reçut, notamment, en 1729, le régiment provincial d'infanterie, en 1761, la compagnie des gardes créée par le duc de Choiseul, et en 1789, le régiment d'Anjou ; le 15e chasseurs y était logé en l'an III et il servait en outre, ainsi qu'on l'a dit, de maison de discipline militaire (47).

Mais, incommode et mal entretenu par le concierge, qui était chargé des réparations (48), il était devenu insuffisant; sa démolition fut décidée, et, après avoir un moment projeté de construire sur son emplacement un nouveau collège, on prit le parti de le remplacer par des casernes spacieuses : l'on commença dès 1780 à en extraire des pierres pour la réparation des quais et des murs de la ville (49), et en 1813 il ne restait plus du château proprement dit que la partie figurée en rouge sur le plan ci-joint.

La plus grande partie des matériaux servit à la construction d'une caserne de cavalerie qui reçut d'abord le 3e régiment des gardes d'honneur ; cette caserne fut agrandie en 1816 et en 1827 (50) ; un puits artésien y fut foré en 1833.

Elle fut transférée au Champ de mars en 1845, et les bâtiments construits au château furent affectés au logement des régiments d'infanterie; cette caserne, connue sous le nom de caserne Meusnier, est occupée actuellement par le 32' régiment.

Un grand nombre de fiefs relevaient du Roi, à cause de son château de Tours ; le détail en a été donné par M. de Busserolle dans ses « A veux de fiefs» (51); nous ne croyons pas devoir le reproduire ici.

De son côté, le Roi devait à la Trésorerie de l'église de Tours un cierge du poids de 82 livres et demie plus une mesure d'huile, le tout livrable le jour de la fête de saint Maurice.

En 1790, cette redevance ne se payait plus depuis longtemps (52).

La liste des gouverneurs du château se trouve dans deux manuscrits portant les n° 1230 et 1494 de la Bibliothèque municipale. Nous la donnons, complétée autant que possible d'après les divers documents consultés au cours de cette étude.

II. — Le passage du pont de Tours ne fut, pendant longtemps, défendu que par une porte fortifiée placée sur l'Entrepont, du côté de Saint-Symphorien (53).

Lorsque les Anglais menacèrent la Touraine, cette fortification parut insuffisante, et les Elus firent construire en 1368, entre la 6e et la 7e arche du pont, à environ 150 pas de la ville, une tour carrée munie d'une herse (pl. 2); en outre, l'on pratiqua une coupure dans la 7e qui ne put être franchie que sur un pont-levis (54).

Ce bâtiment s'appela d'abord le Portail du Pont-Levis ; on le nomma ensuite la Bastille ; il fut refait vers 1560, et en 1582 l'on y ajouta un corps de garde du côté de la ville ; dans la suite, le pont-levis fut remplacé par un pont de bois fixe, puis l'on rétablit l'arche en pierre.

Lorsque le calme fut revenu dans la province, la ville afferma ces bâtiments à divers particuliers, après y avoir aménagé des boutiques (55).

L'ancien pont étant devenu inutile par suite de la construction du pont neuf, sa démolition fut adjugée à un sr Lournaud le 18 août 1784 (56).

C'est non loin de la Bastille que, le 7 juillet 1568, le capitaine de Saint-Martin, chargé de la garde du pont, fut massacré par les habitants de Tours qui voulaient empêcher le passage des troupes du prince de Bourbon-Montpensier (57).

 

ARCHÉOLOGIE MÉDIÉVALE :

— Lorsque furent entreprises les fouilles du Château en 1974, on s'attendait à découvrir un donjon carré des environs de 1160, édifié par Henri II Plantagenêt. Une tradition historique remontant au moins au début du XIXe siècle avait peu à peu transformé l'hypothèse en quasi-certitude. La description qui vient d'être donnée ne laisse planer aucun doute sur l'identité de la découverte. Cependant, il convient de proposer une date pour l'édification de la résidence.

Dès l'origine, les caractéristiques architectoniques décrites plus haut suggéraient de placer le terminus ante quem de la construction de la résidence vers les années 1100.

Pour tenter d'obtenir une datation plus précise, l'examen des actes provenant de la chancellerie des comtes d'Anjou entre 1044, date de l'annexion de la Touraine, et 1109, date de la mort de Foulques le Réchin, s'est révélé infructueux. Entre ces deux dates, 15 actes ont été souscrits à Tours, dont aucun ne fait mention de l'existence de la résidence.

En revanche, l'information archéologique est plus éloquente.

Dans les sols successifs des communs du rez-de-chaussée ont été retrouvées, pour la seule première période d'occupation (antérieure à l'établissement du mur de refend), 39 monnaies. 30 ont pu être identifiées. 6 monnaies sont résiduelles, gallo-romaines ou antérieures à l'an mil. 4 monnaies originaires d'ateliers distincts, Saint-Martin de Tours (deux), Melle (une), Angers (une) peuvent être attribuées indifféremment au XIe ou XIIe siècle.

5 monnaies — quatre de Saint-Martin de Tours, une d'Orléans, — appartiennent à la première moitié ou au milieu du XIe siècle, les 15 autres appartiennent à la deuxième moitié du XIe siècle ou au début du XIIe siècle. Parmi elles, deux, dans les niveaux les plus anciens, sont attribuables à Geoffroy Martel (1044-1060) ou Geoffroy Barbu (1060-1068), comtes d'Anjou, accompagnées de monnaies de Saint-Martin de Tours attribuées au milieu ou à la seconde moitié du XIe siècle (10).

Dans des niveaux de même période se trouvent des monnaies au monogramme de Foulques. Ce sont ces monnaies qui nous amènent à dater la résidence de la seconde moitié du XIIe siècle, sans doute possible.

Enfin, pour confirmer l'hypothèse, les monnaies découvertes dans les niveaux contemporains de la réfection de la grande salle sont elles aussi au type de Foulques IV ou V (1068-1129). L'attribution de la résidence à Geoffroy Martel ou Geoffroy Barbu est moins certaine, quoique vraisemblable. Cependant, un élément l'indique, s'il ne le prouve pas : les premières monnaies datables précisément proviennent de ces deux comtes : elles ne sont accompagnées d'aucune monnaie antérieure ; on n'a trouvé aucune monnaie originaire de Blois, de Châteaudun ou de Chartres, ateliers proches.

Ceci tend à prouver d'une part que la résidence est postérieure à 1044, date de l'annexion de la Touraine au comté d'Anjou par Geoffroy Martel, d'autre part qu'il ne se trouve pas de matériel résiduel. Le raisonnement nous amène à la conclusion que les monnaies de Geoffroy II ou III ont peu de chances, elles aussi, d'être résiduelles et que la résidence, sans trop risquer, peut être attribuée à l'un d'eux.

GOUVERNEURS DU CHATEAU (58)

 Gilbert, 1186.

Brandinellis Cottereau, 1201.

Hamelin de Roorte, 1203.

Geoffroy des Roches, seigneur de Rochecorbon, 1203.

Girard d'Athée, 1203.

Guillaume de Forest.

Philippe Coraud XIIIe siècle.

Geoffroy Villette.

Thibault de Cepay, 1343.

Raoul de Mer, 1367.

Jean de Roigebec, 1368.

Pierre Trousseau, 1369.

Jean de Meingre, dit Boucicaut, 1392.

Jean de Rochechouart de Mortemart, 1417.

Charles Labbé, 1417.

Hardouin de Lannoy, 1418 (non installé).

Antoine du Pesle, 1418.

Adam Duglas, 1424.

Le capitaine Dumuy, 1425.

Allain Haussard, 1425.

Jean V, sire de Bueil, 1429.

Baudouin de Champagne, 1431.

Guillaume d'Avaugour. 1439.

Bertrand de Beauvau, baron de Pressigny, 1445.

Jacques Pélieu.

Jacques Binet, 1460.

Georges de La Trémoille, 1466.

Jean de Bâillon, 1479.

Jean du Fou, seigneur de Nouastre, 1480.

Guy Pot, seigneur de la Roche-Pot, 1483.

Antoine d'Aubusson, 1490.

Louis de Laval, seigneur de Montbazon, 1492.

René Charnel, seigneur d'Auge, 1508.

Jacques de Beaune, seigneur de Semblançay, 1520.

Robert de La Marthonie, 1527.

Jean de Villemart, 1539.

Jean Babou. seigneur de la Bourdaisière, 1561.

Le sieur Daubigny, 1562.

Monseigneur de Montpensier, 1563.

Le sieur de Monterud, 1565.

Le sieur de Lafin, 1580.

Anne de Montmorency, marquis de Thuri, 1589.

Jean de Courseuille, sieur de Rouvray, 1591.

Charles de L'Aubespine, 1632.

Jean de Gassion, 1640.

Georges Ysoré, marquis d'Hervault, 1644.

Le sieur Des Fossés, sieur de la Plante, 1648.

Le marquis de Pleumartin, 1652.

Le marquis de Vassé, 1698.

Le comte de Charolais, 1737.

Le sieur de Crestot, 1755.

Le marquis de Razilly, 1756.

Le marquis de Paulmy, 1770.

NOTA. — Dès les premières années du XVII. siècle, le château avait perdu toute valeur militaire, et le titre de gouverneur ne répondait plus à la réalité.

E. GATIAN DE CLÉRAMBAULT.

Bulletin de la Société archéologique de Touraine

Chronologie des ROIS, COMTES, DUCS, etc. qui ont gouverné La TOURAINE <==....

L'expansion de l'empire Plantagenêt (carte et Donjon de Niort) <==

 

 

 


 

(1) Délibération du 1er mars 1619.

(2) Archives départementales, Alignement et Voirie, liasse 65.

(3) L'on remarquait au-dessus de la poterne M une pierre antique recouverte de sculptures et provenant probablement de la frise d'un de ces monuments. On l'appelait vulgairement le tombeau de Turnus (Dom Housseau. Bibl. municipale, ms. 1243).

(4) Dom Housseau. Chalmel, Histoire de Tours.

(5) Lambron de Lignim, Girard d'Athée. Chalmel.

(6) Ancien style. L'année commençait alors à Pâques.

(7) Belleforest, Cosmographte universelle (1575).

(8) Celle tourelle est représentée dans une des planches du Voyage dans les départements de France par Lavallée, an III.

(9) Délibérations, vol. 34 et 45.

(10) Comptes municipaux, 1417.

(11) Bibliothèque municipale, ms. 1494. Giraudet, Ai tintes tourangeaux. Comptes municipaux, 1448.

(12) De La Grandière, Histoire de la mairie de Tours. Un dessin de cette porte par G. Gautier se trouve à la Bibliothèque municipale.

(13) Comptes municipaux, 1591.

(14) Bail devant Chotard et Tournier, notaires royaux. Archives municipales, DD. 8.

(15) Archives départementales, C. 355, 356. Bibl. municipale, 1813 ms.

(16) Délibérations des 4 décembre 1737, 24 juillet 1741.

(17) Archives départementales, C. 544.

(18) Dom Housseau. Chalmel, Mélanges historiques, p. 474.

(19) Devis du 5 juin 1766. Archives départementales, C. 202. Ch. de Grandmaison, Nouvelles archives de l'art français, t. I, 1872, p. 124.

Cette appellation était probablement un surnom, qui semble indiquer que le peintre exécutait ses œuvres à l'encaustique.

(20) Comptes de 1435-1436.

(21) Mémoires de la Société archéol. de Touraine, t. VII, p. 85.

(22) Archives municipales, GG. 23. Recueil d'arrêts in-4°.

(23) Bibl. municipale, fondations, ms. 1243.

(24) Comptes municipaux, 1375. Salmon, Bibl. municipale, mss. 1231, 1232. — Arch. mun., EE. I.

(25) Le traitement annuel des gouverneurs varia beaucoup : Pierre Trousseau reçut 200 1. Il fut alloué à Boucicaut, par le roi, 700 I. dont 400 l. comme capitaine garde du château et 300 1. comme capitaine de la ville ; mais, sur la réclamation des habitants, Boucicaut consentit à réduire ses appointements à 200 1. (Bibl. muuicipale, ms. 1231),

 En 1224, le châtelain ne touchait que 125 1. de gages, 7 1 pour le guet et 6 1. pour les robes et livrées (Bibl. municipale, ms 1230).

En 1460, Jacques Binet reçut 13 s 4 d. par jour, et chacun de ses hommes 6 s. 8 d. (De La Grandière).

Les gages de Thibaut de Cépoy étaient, en 1343, de 125 1. y compris une robe évaluée 6 1. (Comptes municipaux, Chalmel) Charles VI avait réduit, le 25 mai 1413, à 100 1. les gages du capitaine, mais cette ordonnance fut abrogée le 5 septembre, suivant (Salmon, Bibl. municipale, ms. 1255).

(26) Comptes de 1417-1418. Delaville-Ie-Roulx, Domination bourguignonne (1877).

(27) Délibération du mois de juillet 1419.

(28) De La Grandière, Bibliothèque mun., ms. 1245.

(29) Quittance du 25 août 1424. Bibl. municipale, ms. 1510.

(30) Bibl. municipale, ms. 1222, 1256. Lettres de la Reine des 21 octobre et 30 novembre 1439.

(31) Bibl. municipale, ms. 1144. Recueil de plaidoyers notables (1645).

(32) Lettres de commission des 19 et 20 septembre 1562. Arch. municipales, EE 3, 4.

(33) Procès-verbal du 12 août 1562, Règlement du 16 janvier 1563.

Arch. municipales, EE. 3, 4.

(34) Luzarche, Lettres historiques des Archives communales de Tours (1861).

(35) Lettres patentes de mai 1589. Arch. municipales, EE. 7, 8.

(36) Reg. des délibérations. Mémoire. Bibl. municipale, ms. 1245, De La Grandière.

(37) Bibl. municipale, Salmon, ms. 1370.

(38) Délibération du 11 décembre 1648.

(39) De La Grandière, ms. 1245, Bibi. municipale. Archives municipales, EE. 18, 19. Arch. départementales, C. 286, 202. Bibl. municipale, ms. 1243. Délibérations, 29 ventôse an II, 25 prairial an III.

(40) Etat des biens de la ville, Archives municipales, DD. 8.

(41) Archives départementales, C. 202

(42) Plan de 1813, Archives municipales. Bibliothèque municipale, no 1245. Délibération du 4 janvier 1702.

(43) Délibération du 31 décembre 1755.

(44) Délibérations des 18 février et 11 mars 1682.

(45) Délibérations des 11 septembre 1771,3 mars et 15 décembre 1773, 17 janvier et 22 février 1776.

(46) Délibération du 5 vendémiaire an III.

(47) Délibérations des 29 ventôse an II, 25 prairial an III.

(48) Délibération du 1er avril 1738.

(49) Bulletin de la Soc. arch. de Touraine, t. X, p. 220. Archives municipales, DD. 23, 24.

(50) Délibérations des 10 juin, 26 août et 18 décembre 1813, 28 juin 1816, 10 février 1826.

(51) Tours, Suppligeon, 1885.

(52) Registre des droits honorifiques et utiles dépendant de la Trésorerie de l'église de Tours (1290-1729). Archives départementales, G. 56.

53    Cette porte était flanquée de 2 tours et garnie de créneaux et de mâchicoulis (Reg. des Comptes de 1368, ms. 1231). Ses ruines ont été dessinées par Thomas Pringot, 1781-1789 (Bulletin Soc. arch., 1er trim. 1900).

cette porte étaient sculptées les armoiries de Charles VII soutenues par 2 angelots, ainsi que celles de la ville et du maire, le s. du Fou de Noastre (Giraudet, Artistes Touranqeaux).

(54) Comptes municipaux 1368. Dessin de N. Poictevin, Bibliothèque nationale. Bibliothèque municipale, ms. 1235, XVIIIe siècle.

(55) Délibérations des 3 et 10 mars 1639, 15 mars 1645,5 décembre 1618, 27 janvier, 10 février 1622, 30 juillet 1681, etc.

(56) Archives municipales, Délibérations, vol. 80.

(57) Archives municipales, Guerres civiles.

(58) Biblioth. municipale, ms. 1230, 1494. Le premier manuscrit est attribué à Dom Abrassart ; le 2e est de M. Lambron de Lignim.